Division des Fatimides

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Division des Fatimides
Liwa Fatemiyoun
لواء فاطمیون
Image illustrative de l’article Division des Fatimides

Idéologie Islamisme chiite
Statut Actif
Fondation
Date de formation 2012 ou 2013
Pays d'origine Drapeau de l'Afghanistan Afghanistan
Organisation
Chefs principaux Alireza Tavasoli (tué en 2015)
Membres 3 000 à 20 000[1],[2],[3]
Sanctuaire Mashhad, Iran
Groupe relié Corps des Gardiens de la révolution islamique
Soutenu par Drapeau de l'Iran Iran
Guerre civile syrienne

La Division des Fatimides, anciennement Brigade des Fatimides (Arabe: لواء الفاطميون Liwā’ al-Fāṭamiyūn, Persan/Dari: لواء فاطمیون ou لشکر فاطمیون), également appelée le Hezbollah afghan[4], est une milice islamiste chiite, formée par l'Iran et constituée de combattants hazaras afghans.

Logos[modifier | modifier le code]

Fondation[modifier | modifier le code]

Les premiers combattants afghans auraient été déployés en Syrie fin 2012, à la demande d'Alireza Tavasoli et du clerc iranien Mohammad Baqir Alaoui[5]. Ces premiers contingents ne comptent alors que quelques dizaines d'hommes, mais ils reçoivent progressivement des renforts et passent à plusieurs centaines d'hommes en 2013[5]. Ils combattent alors au sein de la milice irakienne Kata'ib Sayyid al-Shuhada (en)[5], de la Brigade Abou al-Fadl al-Abbas ou d'autres milices chiites irakiennes, jusqu'à ce que fin 2013 ils soient réunis au sein d'un brigade indépendante[1],[6].

Organisation et effectifs[modifier | modifier le code]

Des miliciens de la Brigade des Fatimides, à Palmyre, le .

La Brigade des Fatimides tire son nom de la dynastie historique des Fatimides, qui étaient des chiites ismaéliens tandis que les membres de cette organisation moderne sont chiites duodécimains. La milice est constituée de Hazaras venus d'Afghanistan[7],[8],[6]. Elle est formée par l'Iran et ses troupes sont armées et entraînées par le Corps des Gardiens de la révolution islamique et le Hezbollah[9],[2],[6]. En 2015, entre plusieurs centaines et 3 000 de ses combattants sont déployés à Damas, Alep et dans le gouvernorat de Deraa[7],[10],[8].

Le chef de la brigade, Alireza Tavasoli, dit Abou Hamed, est tué près de Deraa en mars 2015[2],[6],[5]. Il avait pris part à la guerre Iran-Irak, combattu les talibans en Afghanistan et rejoint le Hezbollah lors du conflit israélo-libanais de 2006[11],[5]. Le commandant adjoint de la brigade est Sayyed Hassan Husseini, dit Sayyed Hakim, il est tué près de Palmyre en juin 2016[1],[6]. Le groupe est ensuite dirigé par des officiers iraniens de la Force Al-Qods des Gardiens de la révolution islamique[5].

Plusieurs milliers de combattants hazaras sont déployés en Syrie. Début 2016, des médias iraniens vont jusqu'à parler de 10 000 à 20 000 hommes[2]. En 2016, Sayyed Hassan Husseini, déclare que le Liwa Fatemiyoun compte 14 000 à 20 000 hommes en Syrie, divisés en trois brigades à Damas, Hama et Alep, avec leur artillerie, leurs blindés et leur propre service de renseignements[1]. Le groupe compte notamment des chars T-72 et T-90, ainsi que des blindés BMP-1[5]. Pour Stéphane Mantoux, agrégé d'histoire et spécialiste du conflit syrien : « Cela entre en contradiction avec la plupart des chiffres qui placent le nombre d'Afghans à 3 000, voire un peu plus, entre 5 et 10 000 »[1], cependant il indique que l'engagement de la milice afghane dans le conflit syrien ne cesse de croître, le groupe passe du rangs de brigade à celui de division en 2015[12]. En 2017, selon Human Rights Watch, la Brigade compte 15 000 hommes[13].

Lorsque la Brigades des Fatimides est formée, environ trois millions de réfugiés hazaras sont installés en Iran, principalement à Mashhad et à Qom[6]. Le , Human Rights Watch affirme dans un rapport que, depuis novembre 2013 au moins, des milliers d'Afghans sans-papiers ont été recrutés en Iran pour être envoyés en Syrie[14]. Selon des témoignages recueillis, certains se portent volontaires « soit par conviction religieuse, soit pour régulariser leur statut de résidence en Iran » et d'autres sont enrôlés de force[14]. La salaire est également une source de motivation[5]. Les recrutements sont organisés par le Corps des Gardiens de la révolution islamique[14],[3]. Des enfants soldats sont également recrutés[6],[15]. Avant le conflit, la Syrie avait également accueilli 2 000 réfugiés afghans chiites, dont certains auraient rejoint la brigade[16],[6]. En juin 2016, un bureau de recrutement est également ouvert par l'Iran à Hérat, en Afghanistan[6].

Actions[modifier | modifier le code]

Des miliciens de la Brigade des Fatimides avec Qasem Soleimani, le commandant en chef de la Force Al-Qods, près d'al-Tanaf, le 12 juin 2017.

La Brigade des Fatimides prend une large part à la bataille d'Alep[6]. En février 2016, elle participe à l'offensive qui brise le siège de Nobl et Zahraa[6], puis elle prend part à la bataille de Palmyre de mars 2016[17] et à la bataille de Palmyre de décembre 2016[18],[19]. En septembre 2016, elle combat dans le gouvernorat de Lattaquié[1]. En février 2017, la brigade combat près de Khanasser, puis des troupes sont déployées en mars pour repousser l'offensive de Hama lancée par les rebelles[11]. Elle prend aussi part à la bataille de Boukamal de juin 2018[5].

Pertes[modifier | modifier le code]

Les miliciens de la Brigade des Fatimides sont généralement utilisés comme « chair à canon »[20],[21],[6],[22]. Leurs membres reçoivent généralement un entraînement sommaire de deux à quatre semaines en Iran avant d'être envoyés au front[5]. De septembre 2013 à mars 2015, 62 Afghans ayant vécu en Iran sont tués lors du conflit syrien, pour la plupart au sein de la Brigade des Fatimides ou de la Brigade al-Abbas[16]. Selon Stéphane Mantoux, il y a eu 92 enterrements de Hazaras en Iran de septembre 2015 à février 2016[23]. Ali Alfoneh, chercheur-associé à la Fondation pour la défense des démocraties, à Washington, a recensé pour sa part, entre septembre 2013 et décembre 2016, 600 morts parmi les miliciens afghans et pakistanais dépêchés par l'Iran[24] ; un bilan ensuite revu à la hausse, à 764 morts à la date du 16 octobre 2017[13], puis à 905 morts au 1er janvier 2019[5],[22]. Ces bilans ne prennent cependant en compte que les combattants enterrés en Iran[5]. En janvier 2018, l'hodjatoleslam Zohair Mojahed, un commandant de la division des Fatimides, déclare que 2 000 afghans ont été tués et 8 000 autres blessés en Syrie en combattant au sein du groupe[25],[22].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f Mourir pour Assad 10/Liwa Fatemiyoun (août-novembre 2016), Historicoblog, 1er décembre 2016.
  2. a b c et d En Syrie, des Afghans chiites combattent pour le compte de l’Iran, Le Monde, 1er février 2016.
  3. a et b Antoine Hasday, L'armée syrienne est à bout de souffle et ne tient que par ses soutiens étrangers, Slate, 21 octobre 2016.
  4. « Liwa al-Fatemiyoun :: Jihad Intel », sur jihadintel.meforum.org (consulté le 16 août 2018)
  5. a b c d e f g h i j k et l Matteo Puxton, Pour se battre en Syrie, l'Iran enrôle massivement des Afghans chiites, France Soir, 25 février 2019.
  6. a b c d e f g h i j k et l Stéphane Mantoux, Bataille d'Alep: Liwa Fatemiyoun, ces miliciens afghans chiites qui se battent pour le régime de Damas, France Soir, 9 décembre 2016.
  7. a et b Jean-Pierre Perrin, Le général iranien Soleimani vole au secours de Damas, Libération, 5 juin 2015.
  8. a et b Julien Abi Ramia, Caroline Hauyek, Lina Kennouche, Samia Medawar et Anthony Samrani, Syrie : qui combat qui, et où, OLJ, 17 octobre 2015.
  9. Phillip Smyth, Iran's Afghan Shiite Fighters in Syria, The Washington Institute, 3 juin 2014.
  10. Paul Khalifeh, Syrie: 10 000 volontaires rejoignent Damas pour soutenir le régime, RFI, 4 juin 2015.
  11. a et b Mourir pour Assad 13/Liwa Fatemiyoun (décembre 2016-avril 2017), Historicoblog, 1er mai 2017.
  12. Mourir pour Assad 6/Liwa Fatemiyoun (mai-août 2016), Historicoblog, 15 août 2016.
  13. a et b «Juste une affaire d’argent»: des Afghans enrôlés chez Assad, AFP, 24 octobre 2017.
  14. a b et c Téhéran a enrôlé des milliers d’Afghans pour combattre en Syrie, selon Human Rights Watch, Le Monde avec AFP, 29 janvier 2016.
  15. Daikha Dridi, L'Iran envoie des enfants afghans combattre en Syrie, Le Huffington Post, 26 octobre 2017.
  16. a et b Didier Chaudet, Des Afghans pro-Assad et pro-Iran en Syrie?, 'Huffington Post, 8 avril 2015.
  17. Iranian special forces arrive in Palmyra to help liberate the city, Al-Masdar News, 21 mars 2016.
  18. Stéphane Mantoux, Bataille de Palmyre: un soldat du régime raconte la débâcle de l'armée syrienne face aux djihadistes de Daech, France Soir, 15 décembre 2016.
  19. « IRGC officers killed in Palmyra | FDD's Long War Journal », sur FDD's Long War Journal (consulté le 15 janvier 2017)
  20. James Harkin, En Syrie, une centaine de petits Hezbollahs, Slate, 22 juin 2016.
  21. Mourir pour Assad 3/Liwa Fatemiyoun, Historicoblog, 19 avril 2016.
  22. a b et c Pierre Alonso, Les Afghans, «chair à canon» de l’Iran en Syrie, Libération, 10 avril 2019.
  23. Offensive du régime à Alep: le soutien clé de Moscou et des milices étrangères, AFP, 8 février 2016.
  24. Louis Imbert, Laure Stephan et Benjamin Barthe, A l’assaut d’Alep-Est, une coalition de forces pro-Assad, Le Monde, 6 décembre 2016.
  25. Plus de 2.000 Afghans entraînés par l'Iran tués en Syrie, AFP, 6 janvier 2018.