Araméens

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Les Araméens sont un ensemble de groupes ethniques du Proche-Orient ancien qui habitaient des régions de la Syrie et de la Mésopotamie au Ier millénaire av. J.-C.. De petits états araméens se sont développés à partir du XIe – Xe siècle av. J.-C. durant les premiers temps de l'Âge du Fer. Les Araméens n'ont pourtant jamais développé une culture ou un état unifié. Ils sont devenus au milieu du Ier millénaire un élément important de la population de l'Assyrie et de la Babylonie, au point que leur langue, l'araméen, s'est répandue dans tout le Proche-Orient ancien.

Histoire des royaumes araméens[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Le terme Aram apparaît pour la première fois dans une inscription du roi assyrien Teglath-Phalasar Ier (1114-1076 av. J.-C.), qui mentionne une victoire contre les « Ahlamû du pays d'Aram » ou les « Ahlamû-Araméens », lors d'une campagne dans la région située entre la rivière Khabur et l'Euphrate, et même au-delà. Il s'agit alors de groupes de populations tribales vivant dans ces régions, peut-être là des groupes de semi-nomades. Ces mêmes populations se retrouvent dans les textes relatant les guerres des roi assyriens suivants, à commencer par Assur-bel-kala (1073-1056). Le pays d'Aram ou les Araméens sont alors souvent associés à un autre terme désignant une population, Ahlamû, mentionnés dans des textes antérieurs[1].

Les populations araméennes telles qu'elles apparaissent dans les textes suivants sont manifestement de descendants des populations ouest-sémitiques occupant ces régions depuis de nombreux siècles, qui se constituent en de nouvelles entités politiques à la suite de l'effondrement de beaucoup de royaumes de l'espace syrien, après la chute de l'une des grandes puissances dominant la partie occidentale de la région auparavant, les Hittites, et du recul progressif des Assyriens dans la partie orientale, période marquée notamment par un phénomène de ruralisation et de déclin des villes. Ces populations n'avaient donc pas forcément des origines nomades ou semi-nomades, et n'étaient pas d'origine extérieure comme cela a pu être proposé par le passé, mais comprenaient au contraire des composantes urbaines, rurales et semi-nomades issues des populations occupant la même région durant l'Âge du Bronze[2].

Les royaumes araméens de Syrie : formation et développement[modifier | modifier le code]

Carte des États néo-hittites et araméens vers 900-800 av. J.-C.

Les sources assyriennes ne documentent plus la situation politique de la Syrie durant le siècle suivant, qui voit l'éviction de ce royaume de cet espace. L'archéologie atteste en tout cas d'un processus de ré-urbanisation aux XIe – Xe siècle av. J.-C. en Syrie, avec l'apparition de capitales fortifiées, d'abord au nord/nord-ouest, puis dans les autres parties de la région par la suite, ce qui semble confirmer la constitution de nouveaux royaumes plus ou moins centralisés et urbanisés[3]. Ce n'est qu'à partir du début du IXe siècle av. J.-C. que les Assyriens reprennent pied dans ces régions, et font alors face à ces entités politiques qui se sont manifestement formées depuis leur départ, dans des conditions qui restent inconnues. On trouve alors des royaumes divisés couramment en deux groupes, essentiellement en fonction de l'ethnie qui les domine (mais ne constitue pas forcément le gros de leur population) :

  • des royaumes araméens, dominés par une élite ouest-sémitique, parlant un dialecte araméen, plus développés à l'ouest, mais pas seulement ;
  • des royaumes dits « néo-hittites », dont les souverains portent des noms louvites ou hittites, plus marqués par l'héritage de l'ancien royaume hittite, plus développés dans la partie occidentale.

Les royaumes araméens sont souvent nommés d'après un ancêtre dynastique, suivant la formulation « Maison de X » (Bīt X). Les États les plus puissants sont le Bit Agusi, dans la Syrie du Nord, le royaume de Hama en Syrie centrale, le royaume de Damas (Aram-Damas) plus au Sud, et Sam'al (Bit Gabbari) dans les contreforts orientaux de l'Amanus. Sur le Moyen-Euphrate, Bit Adini et Bit Bahiani font face les premiers aux avancées assyriennes, qui les empêchent d'atteindre plus de puissance et de stabilité. Plus au sud Laqê et Bit Halupe sont des entités politiques moins centralisées, ne disposant apparemment pas de capitales fortifiées, de mêmes que, plus au nord, Nisibe et Bit Zamani qui se trouvent dans la région du Tur-Abdin[4]. La Syrie occidentale est marquée par la cohabitation de populations araméennes et « néo-hittites » (parlant plutôt la langue louvite, apparentée au hittite). Plusieurs royaumes situés vers la frange littorale sont ainsi considérés comme mixtes : Que, Unqi/Pattina ; c'est aussi le cas de Sam'al. Les principales puissances néo-hittites se trouvent entre le nord-ouest de la Syrie et le sud-est de l'Anatolie : Karkemish, Melid (Malatya), Kummuhu (la Commagène), Gurgum. Au Sud, le littoral libanais est quant à lui dominé par les royaumes phéniciens, situés au voisinage d'Aram-Damas, qui étend par ailleurs sont influence plus au Sud, vers le royaume d'Israël.

Les conquêtes assyriennes en Syrie[modifier | modifier le code]

Carte des différentes phases d'expansion de l'empire néo-assyrien.

À partir du règne d'Adad-nerari II, qui débute en 911, les Assyriens entament un processus de reconquête de la Syrie, poursuivi par ses successeurs[5]. Il est marqué par la mise en place d'une politique militaire agressive, comprenant des campagnes annuelles visant à soumettre les ennemis par la force, en leur imposant un tribut ; certains choisissent de se soumettre sans combat, d'autres en revanche prennent les armes et s'exposent à une répression terrible. Le rapport de force tourne dès le début en faveur des Assyriens, qui peuvent reprendre pied rapidement dans plusieurs régions de Syrie où ils affrontent en premier lieu des royaumes araméens de la Djézireh occidentale et du Moyen Euphrate, puis les coalitions des royaumes araméens et néo-hittites, quand ils parviennent plus à l'ouest.

Assurnasirpal II (883-859 av. J.-C.) mène plusieurs campagnes dans la région du Moyen Euphrate, où il défait les rois des pays de Suhû, de Laqê, du Bit Agusi et du Bit Adini[6]. Les Araméens rebelles commencent alors à être victimes des déportations massives perpétrées par les Assyriens dans le but d'abattre les velléités de soulèvement, tout en repeuplant des régions de leur royaume qu'ils souhaitent mettre en valeur, notamment la nouvelle capitale Kalkhu (Nimroud).

« Le vingtième jour du mois de Sivan (I), je quittai Kalkhu. Après avoir franchi le Tigre je me dirigeai vers le pays du Bit Adini (et) approchai la ville de Kaprabu, leur ville fortifiée. La ville était solidement fortifiée ; elle flottait telle un nuage dans le ciel. Les gens, confiants en leurs nombreuses troupes, ne descendirent pas (et) ne se soumirent pas à moi. Par l'ordre du dieu Assur, le grand seigneur, mon seigneur, et les insignes divins qui me précédaient, j'assiégeai la ville (et) la conquis grâce à des tunnels, des béliers (et) tours de siège. Je massacrai un grand nombre d'entre eux, je tuai 800 de leurs gens d'armes (et) leur pris des prisonniers (et) biens. J'emportai 2 500 de leurs troupes (et) les établis à Kalkhu. Je rasai, détruisis, brûlai (et) consumai la ville. (Ainsi) j'imposai le respect de la splendeur du dieu Assur, mon seigneur, sur le Bit Adini.

À ce moment je reçus le tribu d'Ahunu, homme du Bit Adini (et) de Habinu, homme de la ville de Til-abni, de l'argent, de l'or, de l'étain, du bronze, des étoffes en lin multicolore, des bûches de cèdre, trésor de son palais. Je leur pris des otages (et) leur montrai de la miséricorde. »

— Une campagne contre le royaume araméen de Bit Adini, d'après les Annales d'Assurnasirpal II[7].

Son successeur Salmanazar III fait face à la révolte du même Ahunu/i, souverain du Bit Adini qui avait rendu autrefois hommage à son père, mais avait pris de l'importance en étendant sa domination vers l'ouest, et monté une coalition avec l'appui de Sam'al, Karkemish et Que. Il est vaincu en 858, et sa capitale Til Barsip est prise. Elle est rebaptisée Kâr-Salmanazar (« Fort Salmanazar »), et sert de tête de pont à l'expansion assyrienne vers la Syrie. Le Moyen Euphrate est tombé entre les mains des Assyriens. Après cette victoire, Salmanazar poursuit son offensive vers la Syrie méridionale, où il remporte une premier succès contre Hama. Mais cela suscite une nouvelle coalition contre lui, conduite par le roi de Damas, Adad-Idri. Après plusieurs affrontements, en 845, la grande confrontation entre l'Assyrie et ses adversaires araméens et néo-hittites se déroule à Qarqar. Les Assyriens sortent apparemment victorieux, mais ne parviennent pas à s'emparer de leurs ennemis. Salmanazar revient dans la région en 841 et bat le nouveau roi de Damas, Hazael[8].

Après cela, l'Assyrie connaît une période de troubles internes, et elle n'est plus en mesure de tenter de mettre la main sur les royaumes de Syrie. L'expansion du royaume d'Urartu, depuis l'actuelle Arménie, offre pendant un certain temps un contrepoids à l'expansion assyrienne. Si une coalition des rois de Damas, d'Israël, de cités phéniciennes et néo-hittites est battue par Adad-nerari III, cette victoire ne sera pas exploitée en raison des difficultés internes rencontrées en Assyrie. Néanmoins, ce royaume tient bon, notamment grâce à Shamshi-ilu, un général d'origine araméenne établi à Til-Barsip, qui mène des campagnes contre l'Urartu[9].

La fin des royaumes araméens de Syrie[modifier | modifier le code]

L'Assyrie reprend l'offensive avec la prise du pouvoir par Teglath-Phalasar III en 745 av. J.-C. Celui-ci change d'attitude vis-à-vis de ses adversaires : au système de prédation des ses prédécesseurs, qui se contentaient de lever un tribut sur leurs adversaires, il substitue un système d'intégration. Les royaumes vaincus sont désormais intégrés à l'empire assyrien après élimination de leurs élites. Tous les royaumes araméens vont peu à peu être détruits et intégrés à l'Assyrie. L'Urartu est vaincu avec ses alliés néo-hittites et araméens en 743. Quelques années plus tard, Teglath-Phalasar III revient, annexe les deux plus puissants royaumes araméens, Arpad et Damas, et organise des déportations de plus en plus massives[10]. À la mort de ce roi en 726, il n'existe plus aucune puissance politique araméenne, tandis que les autres royaumes néo-hittites de l'espace syrien sont également annexés ou en passe de l'être.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Briquel-Chatonnet 2004, p. 9-11 ; Sader 2010, p. 275-276
  2. Sader 2010, p. 277-280
  3. Sader 2010, p. 280-281
  4. Sader 2010, p. 281-282
  5. Garelli 2001, p. 73-77
  6. Garelli 2001, p. 77-79
  7. (en) A. Kirk Grayson, The Royal inscriptions of Mesopotamia. Assyrian periods Vol. 2 : Assyrian Rulers of the First Millennium B.C. (1114-859 B.C.), Toronto, Buffalo et Londres, University of Toronto Press, , p. 216
  8. Garelli 2001, p. 83-87
  9. Garelli 2001, p. 96-102
  10. Garelli 2001, p. 105-113

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Garelli et André Lemaire, Le Proche-Orient Asiatique, tome 2 : Les empires mésopotamiens, Israël, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « La Nouvelle Clio »,
  • Françoise Briquel-Chatonnet, Les Araméens et les premiers Arabes : des royaumes araméens du IXe siècle à la chute du royaume nabatéen, Aix-en-Provence, Edisud,
  • Paul-Eugène Dion, Les Araméens à l'âge du fer : histoire politique et structures sociales, Paris, Gabalda,
  • (en) Edward Lipiński, The Aramaeans : Their Ancient History, Culture, Religion, Louvain, Peeters,
  • Christine Kepinski et Aline Tenu (dir.), « Dossier : Interaction entre Assyriens et Araméens », Syria, t. 86,‎ , p. 7-178
  • (en) Hélène Sader, « The Aramaeans of Syria: Some Considerations on Their Origin and Material Culture », dans André Lemaire et Baruch Halpern (dir.), The Books of Kings: Sources, Composition, Historiography and Reception, Leyde et Boston, Brill, coll. « Supplements to Vetus Testamentum », , p. 273-300
  • (en) Trevor Bryce, The World of the Neo-Hittite Kingdoms : A Political and Military History, Oxford et New York, Oxford University Press,
  • (en) Herbert Niehl (dir.), The Aramaeans in Ancient Syria, Leyde, Brill,

Liens internes[modifier | modifier le code]