Frères musulmans en Syrie

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Emblème des frères musulmans.

En Syrie, le mouvement des Frères musulmans a été fondé dans les années 1930 par des étudiants syriens, anciens membres des Frères musulmans égyptiens. Le mouvement ne se considère pas comme un parti politique, car pour eux, tous les partis politiques sont des rassemblements d'athées. La confrérie joue un grand rôle en Syrie : c'est la principale force d'opposition au régime baathiste, elle est surtout présente dans les grandes villes du pays (Hama, Homs et Damas) et les classes populaires forment le gros des effectifs du parti[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Insurrection islamique en Syrie.

À la fin des années 1970, le mouvement initia une lutte armée contre le régime baasiste, organisant des attentats, etc.[2]. Interdit, il fit l'objet d'une répression très forte, notamment lors du massacre de Hama (1982) : les Frères musulmans ont tenté de soulever la population contre le président Hafez el-Assad, mais ils ont échoué, et l'armée a durement réprimé cette révolte : le centre-ville fut rasé et près de 20 000 personnes tuées[3],[4]. En juillet 1980, la loi n°49 - toujours en vigueur[3]- stipule qu'« est considéré comme criminel et sera puni de la peine capitale quiconque est affilié à l'organisation de la communauté des Frères musulmans[2]. » Le 17 mars 2006, les Frères musulmans syriens créent à Bruxelles avec Abdel Halim Khaddam, vice-président syrien ayant fait défection, un Front de Salut National auquel adhèrent aussi des opposants arabes et kurdes venus de divers partis[5]. En 2009, au moment de la guerre de Gaza, la confrérie conclut une trêve avec le pouvoir syrien[6]. En juillet 2010, Ali Sadr ad-Din al-Bayanouni, le leader syrien des Frères musulmans depuis 1996, cède sa place à Mohammed Riyad Al Chaqfeh[5], qui rompt la trêve avec le régime[6].

La confrérie n'est plus actuellement qu'une force politique en Syrie, mais elle maintient néanmoins un réseau d'appui mené depuis Londres et Chypre, sa direction se situant à Istanbul. Son financement provient essentiellement du Qatar et des pétromonarchies du Golfe[7]. Dans le contexte de la guerre civile syrienne, elle est par ailleurs majoritaire au sein du Conseil national syrien[8], bien que ses membres y siègent à titre individuel et non au titre de leur mouvement[6], et domine la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution selon l'universitaire Fabrice Balanche et l'opposant syrien Haytham Manaa[9].

Comme en Égypte, le mouvement (qui a adhéré à la Déclaration de Damas en 2005) a officiellement abandonné la violence, et demande l'installation d'une démocratie en Syrie, où le multipartisme serait assuré dans l'espoir de prendre le pouvoir par les urnes[7]. Il n'exige pas un État islamique mais la référence à la charia comme "l’une des bases de la législation"[10]. Dans le cadre de la guerre civile syrienne, il prône une intervention étrangère limitée[7]. Les partis kurdes accusent régulièrement les Frères musulmans de servir de cheval de Troie pour la Turquie[10].

Mohamed Hikmat Walid est élu président du mouvement lors des élections internes de 2013[11]. Il est présenté par le chercheur Raphaël Lefèvre comme « un islamiste modéré qui essaie tant bien que mal de moderniser les positions de la confrérie et de faire davantage de place aux jeunes, sa cheville ouvrière et pourtant sous-représentée au sein d'une direction vieillissante. Il tente aussi, avec grande difficulté, d’accroître les activités caritatives de la confrérie en Syrie afin de rétablir sa base populaire après trente années d'exil du parti »[11]. Ayant passé plusieurs années en Arabie saoudite, il a amélioré les relations du mouvement avec le royaume, ce qui lui a permis, d'après le journaliste Pierre Puchot, « de conserver une place majeure au sein de l'opposition syrienne »[11]. Parmi les groupes armés de la guerre civile syrienne, les Frères musulmans soutiennent la Légion du Sham[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hafez al Assad et le Parti Baas en Syrie, Pierre Guingamp, p.46
  2. a et b Damas liquide les Frères musulmans, Jeune Afrique, 2 février 2004
  3. a et b Syrie : les Frères musulmans resurgissent, Algérie DZ, 11 avril 2005
  4. Profil de la Syrie sur le site de l'Université de Sherbrooke (Canada).
  5. a et b Que veulent… et que peuvent les Frères musulmans syriens ? (1/3), Ignace Leverrier pour Le Monde, 22 novembre 2011
  6. a, b et c « Syrie: que cherchent les Frères musulmans? », Mediapart, 1er octobre 2011
  7. a, b et c « Comment s'organise l'opposition intérieure en Syrie ? », Le Monde,‎
  8. « Burhan Ghalioun reconduit à la tête du Conseil national syrien », Le Monde,‎
  9. Les Frères musulmans renforcés dans l'opposition par l'arrivée d'Al-Khatib, France 24, 13 novembre 2012
  10. a et b Que veulent… et que peuvent les Frères Musulmans syriens ? (2.2/3), Ignace Leverrier pour Le Monde, 30 novembre 2011
  11. a, b, c et d Pierre Puchot, « Les Frères musulmans en pleine mutation », sur Mediapart,‎ (consulté le 18 juin 2016).

Liens externes[modifier | modifier le code]

François Burgat, « Les Frères musulmans syriens et la communauté alaouite (Signets sur la route, 3) », Les Carnets de l’Ifpo. La recherche en train de se faire à l’Institut français du Proche-Orient (Hypothèses.org), 27 juin 2012. [En ligne] http://ifpo.hypotheses.org/3825