Alexandre Litvinenko

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Alexandre Litvinenko
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Alexandre Valtérovich Litvinenko (russe : Александр Вальтерович Литвиненко), né à Voronej le et mort à Londres le , est décrit selon les médias comme un ancien agent des services secrets russes, ex-lieutenant-colonel du FSB, service de contre-espionnage de Russie. Néanmoins, la veuve d’Alexandre Litvinenko a affirmé dans le talk-show de Charlie Rose que son mari n’avait non seulement jamais été un espion russe mais qu’il travaillait en fait pour les services secrets britanniques[1]. C'est également ce qu'affirme Ben Emmerson, son avocat, en 2012[2].

Opposition à Vladimir Poutine[modifier | modifier le code]

Il a travaillé pour le KGB puis pour son successeur le FSB à partir de 1986.

Opposant à Vladimir Poutine depuis 2000, date à laquelle il accuse publiquement le président russe de négliger la lutte contre la corruption, il quitte son pays pour s'établir à Londres où il se lie d'amitié avec le représentant des séparatistes tchétchènes Akhmed Zakaïev ainsi qu'avec Boris Berezovsky, un ancien oligarque russe lui aussi lié avec les djihaddistes tchétchènes comme Chamil Bassaïev. Ce dernier l'héberge et lui donne du travail, tous les deux étant recherchés par le parquet russe qui demande leur extradition. Litvinenko publie deux ans plus tard un livre dans lequel il accuse les services secrets russes d'avoir organisé eux-mêmes la vague d'attentats en Russie en 1999 attribuée aux Tchétchènes puis un autre livre dans lequel il accuse le FSB d'avoir réactivé le laboratoire de toxicologie n°12 du KGB (en) créé par Lénine[3]. Litvinenko est mortellement empoisonné fin 2006 dans des circonstances encore non élucidées, quelques jours après s'être, selon son père, converti à l'islam[4].

L'empoisonnement[modifier | modifier le code]

Enquêtes[modifier | modifier le code]

Le , il déjeune dans un restaurant de sushis à Londres avec un contact, l'italien Mario Scaramella (en), universitaire napolitain soupçonné d'avoir trempé dans plusieurs trafics et qui prétendait détenir des preuves reliant le gouvernement de Vladimir Poutine à l'assassinat de la journaliste et opposante russe Anna Politkovskaïa. (Mario Scaramella sera par ailleurs condamné en 2012 à trois ans et six mois de prison par la justice italienne pour calomnie contre un avocat de St-Marin.) À 16h30, il se rend à l’Hôtel Millennium où deux Russes l'attendent, Dmitry Kovtun (en) et Andreï Lougovoï . Anciens membres du FSB, ils sont à la tête d'une société de sécurité et souhaitent que son entregent les aide à décrocher des contrats dans leur domaine. Alors qu'ils commandent un verre de gin, Litvinenko se fait servir un thé. Deux heures plus tard, après qu'il a été ramené chez lui Akhmed Zakaïev, ancien chef de guerre tchétchène lui aussi réfugié à Londres, il se tord de douleurs et tombe gravement malade. Comprenant qu'il s'agit d'un empoisonnement, il avale deux litres d'eau pour laver son estomac, en vain. Deux jours plus tard, il est admis à l'University College Hospital[5].

Les médecins de l'University College Hospital pensent qu'il est atteint par un virus mais son état se dégrade rapidement : il perd ses cheveux, son rein et sa moelle osseuse se détériorent. Ses symptômes font penser initialement à un empoisonnement au thallium, un composant de la mort aux rats dont un antidote existe. Il décède le 23 novembre, à 21h21 à l'University College Hospital de Londres[6].

De « hautes quantités de radiations, probablement dues à une substance appelée polonium 210 », une matière hautement radioactive, sont détectées dans les urines de l'ancien espion selon les autorités sanitaires britanniques, bien que le rapport d'autopsie officiel n'ait jamais été rendu public[7]. Après avoir cru que l'empoisonnement avait eu lieu dans un restaurant à sushi, les autorités confirment que l'empoisonnement s'est en fait produit en buvant le thé au bar de l’Hôtel Millennium[8], les enquêteurs ayant de plus retrouvé des traces de polonium dans tous les lieux où sont passés Kovtun et Andreï Lougovoï[5].

Le 24 novembre 2006, la police entreprend des fouilles dans le domicile et le jardin de Litvinenko. Selon le quotidien londonien The Independent, toutes les hypothèses de mort sont alors en examen par la police britannique, y compris celle du suicide, qui aurait pu être commis afin de discréditer le président Poutine[9]. En effet, plusieurs spéculations circulent sur les commanditaires de la mort de Litvinenko, mais aucune piste n'est encore privilégiée par les enquêteurs du Scotland Yard.

Le 6 décembre 2006, Scotland Yard considère désormais la mort d'Alexandre Litvinenko comme un meurtre.

L'homme d'affaire russe Andreï Lougovoï, soupçonné par les autorités judiciaires anglaises d'être mêlé à l'empoisonnement, nie son implication et rejette l'accusation sur les services secrets britanniques du MI6, qui auraient voulu se débarrasser d'un enquêteur encombrant. Selon l'édition du 27 octobre 2007 du Daily Mail, Litvinenko aurait effectivement été employé par le MI6[10]. Par ailleurs, en avril 2012, Andreï Lougovoï a été soumis au détecteur de mensonge par des spécialistes britanniques qui ont conclu à son innocence[11], quoique ce système ne soit pas toujours efficace surtout quand il est appliqué à des espions[12].

Le général Oleg Kalouguine, ancien chef du contre-espionnage soviétique et aujourd'hui réfugié aux États-Unis, accuse le FSB qui selon lui « déteste les traîtres ; c'est pour cela qu'ils ont décidé de lui rabattre son caquet »[13].

La déclaration posthume de Litvinenko[modifier | modifier le code]

Tombe d'Alexandre Litvinenko enterré selon ses dernières volontés d'après le rite musulman[14]

Selon les déclarations de l'entourage de Litvinenko, trois jours avant sa mort, celui-ci aurait dicté une déclaration posthume à son ami, Alex Goldfarb (en) (aussi le président de la « fondation de libertés civiques » de Boris Abramovitch Berezovski). Il mettait directement en cause le président Poutine dans son empoisonnement.

« Je veux remercier plusieurs personnes. Mes médecins, infirmières et le personnel de l'hôpital qui font tout ce qu'ils peuvent pour moi, la police britannique qui approfondit mon affaire avec vigueur et professionnalisme et me protège, moi et ma famille. Je veux remercier le gouvernement britannique pour son attention à mon égard. Je suis honoré d'être un citoyen britannique. Je veux remercier le public britannique pour ses messages de soutien et pour l'intérêt qu'il a montré envers ma condition critique. Je remercie mon épouse Marina, qui m'a soutenu. Mon amour pour elle et notre fils ne connaît aucune limite. Je peux entendre nettement le battement des ailes de l'ange de la Mort. Peut-être puis-je lui fausser compagnie, mais je dois dire que mes jambes ne courent pas aussi rapidement que je l'aimerais. Je pense donc qu'il est temps de parler un peu des responsables de ma condition présente. Vous pouvez réussir à me faire taire, mais ce silence a un prix. Vous vous êtes montré aussi barbares et impitoyables que vos critiques les plus hostiles le prétendent. Vous avez montré que vous n'aviez pas de respect pour la vie, la liberté et les valeurs de la civilisation. Vous vous êtes montré indignes de vos fonctions, de la confiance des hommes et femmes civilisés. Vous pouvez réussir à faire taire un homme mais les hurlements de protestation du monde entier retentiront à vos oreilles pendant le reste de votre vie, M. Poutine. Que Dieu vous pardonne pour ce que vous avez fait, non seulement à moi mais encore à la Russie et à son peuple. »

Interrogé lors d'une conférence de presse sur cette lettre, Vladimir Poutine a répondu que « Si cette lettre existe vraiment, je me demande pourquoi elle n'a pas été publiée de son vivant »[15].

Il convient néanmoins de se montrer circonspect par rapport à l'authenticité de cette lettre. Le père d'Alexandre Litvinenko, Aleksandr, veillant son fils le jour de sa mort, affirme qu’aucune lettre posthume n'a été écrite dans sa chambre d’hôpital et que la fameuse lettre "J’accuse Poutine" de son fils était un faux, probablement écrit par Boris Berezovski ou Alex Goldfarb.

Réactions des autorités russes[modifier | modifier le code]

Le Service des renseignements extérieurs de la Fédération de Russie (SVR) a rejeté les accusations sur son éventuelle implication dans l'empoisonnement de l'ancien officier du FSB russe Alexandre Litvinenko à Londres.

« Le SVR n'a rien à voir avec le mauvais état de santé d'Alexandre Litvinenko », a déclaré le chef du bureau de presse du SVR Sergueï Ivanov. Les informations diffusées par certains médias sur l'implication du Service dans cet incident sont « purement fausses et infondées », a-t-il ajouté.

Sergueï Iastrjembski, représentant spécial du président russe, a qualifié de « coïncidence inquiétante » les décès d'opposants au régime russe en place avec la tenue de forums internationaux où le président de la Fédération de Russie participe (la journaliste Anna Politkovskaïa avait trouvé la mort le 7 octobre 2006).

« Un nombre manifestement excessif de coïncidences de morts retentissantes de personnes qui, de leur vivant, se sont positionnées en opposants au pouvoir russe en place, avec les manifestations internationales auxquelles participe le président de la Fédération de Russie est pour le moins inquiétant », a notamment déclaré le représentant spécial du président russe pour les relations avec l'Union européenne, intervenant vendredi devant les journalistes à Helsinki à l'issue du sommet Russie-UE.

Sergueï Iastrjembski a dit ne pas être partisan de la théorie des complots. « Quoi qu'il en soit, on a bien l'impression d'être en présence d'une campagne bien orchestrée ou même de tout un plan de dénigrement continu de la Russie et de sa direction », a-t-il ajouté[16].

L'agence russe ITAR-TASS accuse l'agence britannique des relations publiques Bell Pottinger, proche de Bérézovski, d'être derrière la campagne de dénigrement du président russe. Les analystes russes, et même le président des affaires extérieures de la Douma Konstantin Kosatchev, accusent les milieux proches des séparatistes tchétchènes (dont l'émissaire de l'Itchkérie Akhmad Zakhaev recherché pour meurtres par la Russie et réfugié à Londres, ainsi que son sympathisant Bérézovski, avec lesquels Litvinenko avait de multiples contacts) d'être impliqués dans cet assassinat, pour effectivement discréditer le président russe[17]. Selon le quotidien londonien The Independent, des traces de polonium 210 auraient été trouvées dans les bureaux de Boris Berezovsky[18].

Rapport Owen de janvier 2016[modifier | modifier le code]

Une Inquest (enquête judiciaire en cas de mort suspecte), menée par Sir Robert Owen, juge de la Haute Cour agissant en tant que médecin légiste, devait débuter le mais a finalement été repoussée sine die. Le ministre des Affaires étrangères, William Hague, jugera en effet la procédure trop coûteuse et délicate, du point de vue diplomatique, au regard des relations entre Londres et Moscou[19]. Bien que des procureurs russes soient associés à cette enquête, Andrei Lugovoi, élu à la Douma en décembre 2007 et bénéficiant désormais de l'immunité parlementaire qui lui évite l'extradition, annonce en mars 2013 qu'il refuse de collaborer à cette enquête[20].

En janvier 2016, Sir Robert Owen, qui a été juge mais intervient ici en dehors du système judiciaire, reprenant les éléments de l'enquête publique, aboutit à la conclusion selon laquelle le Kremlin — dont le président russe Vladimir Poutine en personne — a « probablement approuvé le meurtre à Londres de l'opposant russe Alexandre Litvinenko[21] ». Le magistrat implique également l'ancien chef du Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie (FSB) — Nikolaï Patrouchev — dans ses imputations[8]. Owen déclare qu'il fonde ses conclusions sur des preuves, mais que ces preuves, en raison de leur caractère « sensible », ne seront pas portées à la connaissance du public[22].

Le polonium 210[modifier | modifier le code]

Le polonium 210 est un poison très puissant produit en très faibles quantités - 100 grammes par an par irradiation prolongée du bismuth dans le cœur d'un réacteur nucléaire. Il suffit d'une quantité infime (inférieure au microgramme) pour provoquer l'empoisonnement. Cependant, l'ingestion de polonium 210, bien que mortelle, est réputée pour provoquer une mort lente, laisser des traces radioactives facilement repérables (ce qui a permis à Scotland Yard de retracer rapidement le parcours de Litvinenko), et de fait, est rarement utilisé par les services, ce qui, aux yeux de certains journalistes dont Pierre Lorrain[23], légitimerait la thèse de la manipulation.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • (en) William Dunkerley, The phony Litvinenko murder : finally the truth after five years: the story told by the media doesn't match the facts, New Britain, Conn, Omnicom Press, (ISBN 9780615559018)
  • (en) Alexander Litvinenko et A. Goldfarb, LPG--Lubi︠a︡nskai︠a︡ Prestupnai︠a︡ Gruppirovka : ofit︠s︡er FSB daët pokazanii︠a, New York, GRANI,‎ (ISBN 0972387803)
  • (en) Alexander Litvinenko, Y. Felshtinsky et G. Andrews, Blowing up Russia : terror from within : acts of terror, abductions, and contract killings organized by the Federal Security Service of the Russian Federation, New York, S.P.I. Books, (ISBN 1561719382). (ISBN 1-56171-938-2) (auto-édition)
  • Alexander Goldfarb et Marina Litvinenko (trad. Claude-Christine Farny et Odile Demange), Meurtre d'un dissident : l'empoisonnement d'Alexandre Litvinenko et le retour du KGB, Paris, R. Laffont, (ISBN 2221109368 et 978-2221109366)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alexander Litvinenko: The Russian Spy Story Unraveled
  2. http://www.lefigaro.fr/international/2012/12/14/01003-20121214ARTFIG00446-litvinenko-l-ex-agent-du-kgb-travaillait-pour-le-mi-6.php
  3. (ru) Alexander Litvinenko, LPG : Lubianskaia Prestupnaia Gruppirovka : Ofitser FSB Daet Pokazaniia (« La Bande criminelle de la Loubianka »), Grani, 2002, 255 p.
  4. Alexandre Litvinenko s'est converti à l'islam avant de mourir (Litvinenko père), Ria Novosti, 4 décembre 2006.
  5. a et b (en) Brian Ross et Maddy Sauer, « Murder in a Teapot », sur ABCNews.com,‎
  6. « Du poison pour l'espion qui en savait trop », sur Le Point,‎
  7. Affaire Litvinenko : la Russie espère un procès impartial (Lavrov), Ria Novosti, 8 mars 2013
  8. a et b « Le KGB et Vladimir Poutine auraient approuvé le meurtre de Litvinenko », RTS Info,‎ (lire en ligne)
  9. (en) Litvinenko: police probe claims he may have killed himself, Article de The Independent, 28/11/2006
  10. AFP et Le Monde, 27 octobre 2007 : Litvinenko aurait été un agent des services secrets britanniques, selon Le Daily Mail
  11. Affaire Litvinenko: le suspect soumis au détecteur de mensonge
  12. Franck Daninos, Peut-on croire le détecteur de mensonges?, L'Histoire n°319, avril 2007, p. 25
  13. Marie Jégo, « Les poisons du Kremlin », sur Le Monde,‎
  14. (en) « Litvinenko's Father Says Son Requested Muslim Burial », Radio Free Europe/Radio Liberty,‎ (consulté le 6 décembre 2006)
  15. Pierre Avril, correspondant à Bruxelles, Europe et Russie ont fait le constat de relations sévèrement dégradées, Le Figaro, 25.11.06
  16. (fr) fr.rian.ru
  17. (ru) vesti.ru
  18. (en) Radioactive traces found at Berezovsky's office, Article de The Independent, 28/11/2006
  19. http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/les-dernieres-semaines-de-l-agent-secret-litvinenko-empoisonne-au-polonium_1297723.html
  20. (en) « Ex-FSB Officer Shuns Litvinenko Inquest », sur RIA Novosti,‎
  21. « Le Kremlin aurait commandité l’assassinat d’Alexandre Litvinenko », RTS Info, Radio télévision suisse « 19h30 »,‎ (lire en ligne [vidéo])
  22. « The law does not allow evidence to be taken in what are known as ‘secret’ or ‘closed’ sessions at an inquest. But the government material was so sensitive that it could not be adduced in any form of public or ‘open’ session. The material was therefore excluded from the inquest proceedings under the legal principle known as public interest immunity. » « Put very shortly, the closed evidence consists of evidence that is relevant to the Inquiry, but which has been assessed as being too sensitive to put into the public domain. The assessment that the material is sufficiently sensitive to warrant being treated as closed evidence in these proceedings has been made not by me, but by the Home Secretary. She has given effect to this decision by issuing a number of Restriction Notices, which is a procedure specified in section 19 of the Inquiries Act 2005. The Restriction Notices themselves, although not, of course, the sensitive documents appended to them, are public documents. They have been published on the Inquiry website and are also to be found at Appendix 7 to this Report.  » The Litvinenko Inquiry, Report into the death of Alexander Litvinenko, Chairman: Sir Robert Owen, January 2016, introduction de la partie 2, point 2.5, p. 9, et point 7.3, p. 181, en ligne.
  23. Valeurs actuelles, 15 décembre 2006, p. 38-41 (article de )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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