Marina Ovsiannikova

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Marina Ovsiannikova
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Biographie
Naissance
Nom dans la langue maternelle
Марина Владимировна ОвсянниковаVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Марина Владимировна ТкачукVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Russe (depuis le )Voir et modifier les données sur Wikidata
Domiciles
New Moscow (en), TchétchénieVoir et modifier les données sur Wikidata
Formation
Université d’État de culture physique, de sport et de tourisme du Kouban (d) (depuis )
Académie russe de l'économie nationale (-)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Autres informations
A travaillé pour
Pervi Kanal (jusqu'en )Voir et modifier les données sur Wikidata
Prononciation

Marina Ovsiannikova (en russe : Марина Овсянникова), née Tkatchouk (russe : Ткачук) en 1978 à Odessa, est une journaliste et productrice pour la première chaîne de télévision russe Pervi Kanal, détenue majoritairement par l'État.

Dans la troisième semaine de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, le , elle se fait mondialement connaître par un acte de résistance, en brandissant lors du journal télévisé du soir Vremia, une pancarte « Non à la guerre, ne croyez pas à la propagande, on vous ment ici. Les Russes sont contre la guerre. » pour manifester son opposition à la guerre en Ukraine.

Elle est arrêtée, condamnée à une amende pour « infraction administrative » et relâchée, dans l'attente d'un jugement pour non-respect de la récente loi sur la « propagation de fausses informations sur l’utilisation des forces armées russes », qui pourrait lui valoir jusqu'à quinze ans de prison.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille d'une mère russe et d'un père ukrainien, Marina Ovsiannikova est diplômée de l'Université d'État du Kouban (KubSU), puis de l'Académie russe d'économie nationale et d'administration publique. Elle travaille d'abord pour la Compagnie d'État pan-russe de télévision et de radiodiffusion VGTRK. Elle anime ensuite une émission de sport sur Kouban TV, où elle parle de son attachement à l'équipe russe de football, de son peu de goût à voir des femmes jouer à ce sport et s'enthousiasme déjà à l'idée que « si le football peut éloigner un homme d'une arme à feu, c'est tout simplement merveilleux ! »[1].

Marina Ovsiannikova est mariée à un cadre de la télévision RT avec qui elle a deux enfants et dont elle est séparée[2].

Au Guardian, un de ses amis explique que « comme toute personne travaillant pour l’Etat, elle avait extrêmement peur du système et de perdre la vie qu’elle s’était construite »[3].

Interruption du journal télévisé[modifier | modifier le code]

icône image Image externe
Capture d'écran de l'intervention

Le , à une heure de grande écoute, lors d'un direct du journal télévisé Vremia sur Pervi Kanal (la première chaîne), Marina Ovsiannikova se place derrière la présentatrice, Iékaterina Andreïeva, qui reste impassible. Elle montre à la caméra une pancarte écrite à la main, décorée des drapeaux russe et ukrainien, qui dit, en russe et en anglais[4],[5] :

« No War
Остановите войну (Ostanavitié voïnou)
не верьте пропаганде (Nié viertié propagandié)
здесь вам врут (Zdiés vam vrout)
Russians against war »

ce qui se traduit[6] par :

« Non à la guerre. Arrêtez la guerre. Ne croyez pas à la propagande. Ils vous mentent ici. Les Russes contre la guerre »

La diffusion normale de l'émission est interrompue et un reportage pré-enregistré remplace le direct. Peu après, Marina Ovsiannikova est arrêtée. L'enregistrement du journal n'est pas disponible en téléchargement, ce qui n'est pas habituel pour cette chaîne de télévision[7],[8].

Message vidéo contre la guerre[modifier | modifier le code]

Avant d'interrompre le journal télévisé, sachant que ce qui est considéré par le régime russe comme un acte de trahison (et ailleurs dans le monde comme un acte de résistance[9]) la mettrait en danger, Marina Ovsiannikova enregistre un message vidéo d'1 min 16 qu'elle publie sur Telegram. Devant une bibliothèque, arborant un collier aux couleurs de l’Ukraine et de la Russie, elle s'adresse à la caméra[9],[10].

То, что сейчас происходит на Украине — это преступление. И Россия — страна-агрессор. И ответственность за эту агрессию лежит на совести только одного человека. И этот человек — Владимир Путин. Мой отец украинец, моя мать русская. И они никогда не были врагами. И это ожерелье на моей шее — как символ того, что Россия должна немедленно остановить братоубийственную войну и наши братские народы ещё смогут примириться. К сожалению, последние годы я работала на Первом канале, занимаясь кремлёвской пропагандой, и мне сейчас очень стыдно за это. Стыдно за то, что позволяла говорить ложь с экрана телевизора. Стыдно за то, что позволяла зомбировать русских людей. Мы промолчали в 2014 году, когда всё это только начиналось. Мы не вышли на митинги, когда Кремль отравил Навального. Мы просто безмолвно наблюдали за этим античеловеческим режимом. И сейчас от нас отвернулся весь мир. И ещё десять поколений наших потомков не отмоются от позора этой братоубийственной войны. Мы, русские люди — думающие и умные, только в наших силах остановить это безумие. Выходите на митинги, ничего не бойтесь, они не могут пересажать нас всех.

« Ce qui se passe en ce moment en Ukraine est un véritable crime. Et la Russie est l'agresseur. Et la responsabilité de ce crime pèse sur la conscience d'une seule personne. Et cette personne est Vladimir Poutine. Mon père est ukrainien, ma mère est russe. Ils n'ont jamais été ennemis. Et le collier autour de mon cou est un symbole du fait que la Russie doit immédiatement arrêter la guerre fratricide afin que nos peuples frères puissent encore se réconcilier. Malheureusement, ces dernières années, j'ai travaillé sur la Première chaîne, en faisant la propagande du Kremlin, et j'en ai maintenant très honte. J'ai honte d'avoir laissé raconter des mensonges sur les écrans de télévision. J'ai honte d'avoir permis de zombifier les Russes. Nous sommes restés silencieux en 2014 quand tout cela a commencé. Nous ne sommes pas allés manifester lorsque le Kremlin a empoisonné Navalny. Nous nous sommes contentés d'observer en silence ce régime anti-humain. Et maintenant, le monde entier nous a tourné le dos. Et les dix prochaines générations à venir ne seront pas en mesure de laver la honte de cette guerre fratricide. Nous, les Russes, sommes réfléchis et intelligents. Il est en notre pouvoir d'arrêter cette folie. Allez manifester, n'ayez pas peur, ils ne peuvent pas nous emprisonner tous. »

En réponse au discours officiel, Marina Ovsiannikova commence par rappeler que l'agresseur est la Russie et elle déplore que la « propagande du Kremlin » a transformé le peuple russe en « zombie » et l'a entraîné dans une « guerre fratricide ». Elle oppose Vladimir Poutine à Alexeï Navalny et encourage les Russes à participer aux manifestations malgré les risques, au motif que le pouvoir en place ne pourrait arrêter tous les citoyens protestataires. Dans cette vidéo, elle justifie implicitement son geste en mentionnant que son père est ukrainien et sa mère russe[6].

Arrestation et procès[modifier | modifier le code]

Jugée coupable d'« infraction administrative », elle est condamnée le , après avoir subi 14 heures d'interrogatoires policiers, à une amende de 30 000 roubles (250 ) et laissée libre, en attendant un jugement où elle risque une sanction pénale pouvant aller jusqu'à 15 ans de prison[11]. Elle déclare : « Ma vie a beaucoup changé, c’est sûr. Je suis contente d’avoir exprimé ce que je pensais. Plus important, il y a maintenant une nouvelle tendance : d’autres journalistes suivent mon exemple. Il s’agit de jours très difficiles dans ma vie, j’ai passé près de deux jours sans sommeil, l’interrogatoire a duré quatorze heures. Je n’ai pas eu le droit de parler avec mes proches, ni eu accès à une assistance juridique et c’est pourquoi j’étais dans une position très difficile. Aujourd’hui, je dois me reposer »[11].

Une enquête est en cours pour non-respect de la toute nouvelle loi sur la « propagation de fausses informations sur l’utilisation des forces armées russes », qui pourrait lui valoir jusqu'à quinze ans de prison[12].

Réactions nationales et internationales[modifier | modifier le code]

Le porte-parole du Kremlin qualifie ses actions d'acte de « hooliganisme » sans se prononcer sur le fond[13].

La Novaïa Gazieta publie un photogramme de la scène, en floutant le contenu de la pancarte brandie par Marina.

Les derniers médias indépendants russes la surnomment « Jeanne d'Arc »[14].

La journaliste a reçu le soutien du politologue Abbas Galliamov, de la correspondante de Radio Liberty Danila Galperovitch, de l'économiste Andreï Netchaïev, de l'attachée de presse d'Alexeï Navalny Kira Iarmych et de son alliée Lioubov Sobol, des opposants Lev Chlosberg, Dmitri Goudkov et Ilya Iachine. Le journaliste Timofeï Dziadko a comparé l'acte d'Ovsiannikova à la participation de la dissidente Natalia Gorbanevskaïa à la manifestation du .

Le président de l'Ukraine, Volodymyr Zelensky, se dit reconnaissant envers les Russes qui « parlent des vrais faits à leurs amis, leurs proches, leurs êtres chers et en particulier à la dame qui est entrée dans le studio de la chaîne 1TV avec une affiche contre la guerre »[13].

En France, l'affaire remonte jusqu'au président Macron qui, le , propose l'asile politique à la journaliste[15]. Dans une interview pour le journal Der Spiegel, elle déclare toutefois renoncer à cette proposition ne souhaitant pas quitter son pays. Elle déclare : « Je voulais aussi montrer que les Russes aussi sont contre cette guerre, ce que beaucoup de gens en Occident ne comprennent pas. La majorité des gens intelligents et éduqués ici s’opposent à cette guerre »[16].

Quelques jours plus tard, en Ukraine notamment, émerge l'hypothèse d'une manipulation du Kremlin afin de redorer l'image des Russes et de démontrer que la liberté d'expression n'est pas totalement bafouée en Russie[17].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (ru) « Марина Ткачук: "Если футбол может оторвать мужчину от оружия - это замечательно!" », sur Юга.ру,‎
  2. « La journaliste russe qui a protesté contre la guerre en Ukraine condamnée à une amende et libérée », sur Lefigaro.fr,
  3. (en) « ‘Her anger had been building’: Russian TV protester told friend of plan », sur the Guardian, (consulté le )
  4. Paul Guyonnet, « Marina Ovsiannikova condamnée à une amende et libérée, mais... », HuffPost, 15 mars 2022.
  5. « Qui est Marina Ovsyannikova, la femme qui a brandi une pancarte contre la guerre en Ukraine en plein JT russe ? », BFM TV, 15 mars 2022.
  6. a et b « « Ne croyez pas la propagande » : en plein journal télévisé en Russie, une manifestante brandit une pancarte contre la guerre », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  7. (ru) « Редактор Первого канала Марина Овсянникова ворвалась в прямой эфир Первого канала с плакатом «Остановите войну, вам здесь врут» », The Insider,‎ (lire en ligne).
  8. « « Ils vous mentent ! » Une femme interrompt le principal journal de télévision russe en plein direct », Ouest-France,‎ (lire en ligne).
  9. a et b « Une employée de la télévision russe dit non à la guerre : “Un acte de défiance extraordinaire” », sur courrierinternational.com, (consulté le )
  10. (ru) « VOAэкспресс 15 марта 2022 », sur ГОЛОС АМЕРИКИ (consulté le )
  11. a et b « Guerre en Ukraine : la journaliste russe qui a brandi une pancarte contre le conflit lors d’un journal télévisé a été condamnée à une amende et libérée », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  12. Veronika Dorman, « Le courage a le visage d’une femme: Marina Ovsiannikova dénonce la guerre en prime-time en Russie », sur Libération (consulté le )
  13. a et b Paris Match, « «Arrêtez la guerre» : Marina Ovsiannikova, la journaliste russe qui défie Poutine », sur parismatch.com (consulté le )
  14. « Vrai ou Fake Émission du samedi 19 mars 2022 », (consulté le )
  15. « Emmanuel Macron propose d'accorder l'asile à la journaliste russe qui a brandi une pancarte dénonçant la guerre en Ukraine », sur Franceinfo,
  16. sudouest fr avec AFP, « La journaliste anti-guerre russe refuse la proposition d’asile de Macron », Sud-Ouest,‎ (ISSN 1760-6454, lire en ligne, consulté le )
  17. Le coup d'éclat de la journaliste Marina Ovsiannikova était-il un fake piloté par la Russie ?

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]