Maria Ressa

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Maria Ressa
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Maria A. Ressa est une journaliste et autrice philippino-américaine. Elle est surtout connue pour avoir cofondé Rappler et être la directrice générale[1]. Auparavant, elle a travaillé pendant près de deux décennies comme journaliste d'investigation principale en Asie du Sud-Est pour CNN.

Ressa est inclus dans la liste des Personnalités de l'année 2018 du Time avec d'autres journalistes du monde entier luttant contre les fausses informations (fake news). Le 13 février 2019, elle est arrêtée pour « cyber-diffamation », après accusée de falsification d'informations et d'évasion fiscale plusieurs entreprises[2]. En tant que critique du président philippin Rodrigo Duterte, son arrestation est perçue par la communauté internationale comme un acte politique motivé par le gouvernement de ce dernier[2].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Ressa est née à Manille et y grandit jusqu'à l'âge de 9 ans, lorsque ses parents partent pour Toms River, dans le New Jersey. Elle y passe le reste de son enfance et de son adolescence, où elle obtient son diplôme à la Toms River High School North (en)[3].

Ressa étudie la biologie moléculaire et le théâtre en premier cycle à l'université de Princeton, où elle obtient cum laude un baccalauréat ès arts en anglais[4],[5]. Elle reçoit ensuite une bourse Fulbright, avec laquelle elle termine sa maîtrise à l'Université des Philippines Diliman[6].

Carrière[modifier | modifier le code]

Ressa interviewant à l'ancien président philippin Benigno Aquino III dans la salle de musique du palais de Malacañang, le 7 juin 2016

Ressa commence à travailler pour CNN et y reste pendant près de deux décennies, occupant les fonctions de cheffe de bureau à Manille de 1988 à 1995 et de cheffe de bureau à Jakarta de 1995 à 2005. Principal journaliste d'investigation de CNN en Asie, elle se spécialise dans les enquêtes sur les réseaux terroristes[7]. Elle devient autrice en résidence au Centre international de recherche sur la violence politique et le terrorisme (ICPVTR) de la S. Rajaratnam School of International Studies (en) à l'université de technologie de Nanyang à Singapour[8].

À partir de 2004, Ressa dirige division presse de ABS-CBN[9], tout en écrivant également pour CNN[10] et The Wall Street Journal[11]. Son départ éventuel d'ABS-CBN survient en 2010 après avoir reçu une offre de démission ou de licenciement après la découverte de son travail pour CNN, le contrat de Ressa étant exclusif[12]. Dans une lettre ouverte en date du 11 octobre 2010, Ressa indique qu'elle ne renouvelle pas son contrat de six ans avec ABS-CBN[13].

Elle est l'autrice de deux ouvrages sur la montée du terrorisme en Asie du Sud-Est: Seeds of Terror: An Eyewitness Account of Al-Qaeda's Newest Center (2011) et From Bin Laden to Facebook 10 Days of Abduction, 10 Years of Terrorism (2013)[14].

Elle fonde le site d'informations en ligne Rappler en 2012. Celacommence comme une page Facebook nommée MovePH en août 2011[15] et qui évolue ensuite pour devenir un site Web complet le 1er janvier 2012[16].

Arrestation[modifier | modifier le code]

Le 22 janvier 2018, Ressa comparaît devant le National Bureau of Investigation (NBI) des Philippines pour se conformer à une assignation à comparaître au sujet d'une plainte en ligne pour diffamation. La citation est émise le 10 janvier contre Ressa, l'ancien reporter du Rappler, Reynaldo Santos et l'homme d'affaires Benjamin Bitanga. Celle-ci fait suite à une plainte déposée en octobre 2017 par un ressortissant philippino-chinois, Wilfredo Keng, que le site accuse de corruption auprès de l'ancien Juge en chef du pays Renato Corona (en)[17].

En novembre 2018, le gouvernement philippin annonce qu'il accuse Rappler Holdings Corporation, société mère du site Rappler, de fraude fiscale et de non-déclaration de revenus[18]. La redevance concerne l’investissement fait par Omidyar Network en 2015. Ressa nie alors avoir commis des actes répréhensibles[19], affirmant d’abord que l'argent étranger ont été « donné » à ses dirigeants puis par la suite que les investissements étaient sous forme de titres[12]. Rappler publie une déclaration niant tout acte répréhensible[20]. Après avoir étudié des explications de Ressa, le Bureau of Internal Revenue des Philippines estime que les gains en capital générés par Rappler sont imposables. Il est conclu que Rappler doit 133 millions de pesos philippins au fisc[12].

Le 13 février 2019, la juge philippine Rainelda Estacio-Montesa de la division n°46 du tribunal de première instance régional de Manille lance un mandat d'arrêt pour « cyber-diffamation » contre Ressa. Cette dernière conteste l'accusation relative à l'efficacité d'une loi limitant l'article en question. Rappler, au lieu de supprimer l'article, publie une mise à jour en février 2019[21].

En raison de contraintes de temps, Ressa n'est pas en mesure de verser la caution de 60 000 pesos (environ 1050€), ce qui entraîne son arrestation et sa mise en détention. Au total, six avocats, deux pro bono, sont affectés à son dossier[22].

L'arrestation de Ressa est critiquée par la communauté internationale. En tant que critique du président Rodrigo Duterte, beaucoup estiment que cette arrestation est motivée par des considérations politiques[2]. En revanche, le porte-parole officiel du palais de Malacañang nie toute implication du gouvernement dans l'arrestation, affirmant que le procès contre Ressa est intenté par un particulier, le plaignant, Wilfredo Keng[23].

Madeleine Albright, une ancienne secrétaire d'État américaine, émet un avis selon lequel cette arrestation « doit être condamnée par toutes les nations démocratiques »[23]. De même, le Syndicat national des journalistes des Philippines qualifie cet acte de « persécution sans vergogne par un gouvernement brutal »[24].

Le National Press Club déclare que l'arrestation n'est pas du harcèlement et que Ressa ne doit pas être relégué au rang de « martyr sur l'autel de la liberté de la presse »[25]. Il met également en garde contre la politisation de la question[25].

Le procès de Ressa pour cyber-diffamation commence en juillet 2019[26].

Récompenses[modifier | modifier le code]

  • En 2010, le magazine Esquire proclame Ressa « la femme la plus sexy des Philippines », expliquant: « Malgré sa taille, assez intrépide pour écrire un récit de témoin oculaire d’Al-Qaïda »[27].
  • En 2015, le Philippine Movie Press Club décerne à Ressa un prix d'excellence pour l'ensemble de ses réalisations en matière de diffusion lors de la 29e édition des PMPC Star Awards for Television[28].
  • En 2016, elle est classée par Kalibrr parmi les huit leaders les plus influents et les plus puissants des Philippines[29].
  • En novembre 2017, Ressa, en tant que PDG de la société de presse Rappler, accepte le prix de la démocratie 2017 décerné par le National Democratic Institute à trois organisations lors de son dîner annuel à Washington, intitulé « Disinformation vs. Democracy: Fighting for Facts »[30].
  • En juin 2018, Ressa reçoit la Plume d'or de la liberté de l'Association mondiale des journaux, pour son travail avec Rappler[31].
  • En décembre 2018, elle a été incluse dans parmi la liste des Personnalités de l'année 2018 du Time dans la liste « The Guardians », une collection de journalistes du monde entier luttant contre la « guerre contre la vérité »[32]. Ressa est la deuxième Philippine à recevoir ce titre après l'ex-présidente Corazon Aquino en 1986.
  • En avril 2019, elle est incluse dans la liste des 100 personnalités les plus influentes dans le monde du Time[33].
  • En mai 2019, Ressa reçoit le Columbia Journalism Award de la Graduate School of Journalism de l'Université Columbia (en), le plus grand honneur de cette école, « pour la profondeur et la qualité de son travail, ainsi que pour son courage et sa persévérance sur le terrain »[34].
  • En juin 2019, Ressa reçoit le prix hommage de la Canadian Journalism Foundation (en), qui récompense un journaliste qui a eu un impact sur la scène internationale[35].
  • En octobre 2019, Ressa figure sur la liste des 100 femmes de la BBC[36].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Adrienne Arsenault, « 'Democracy as we know it is dead': Filipino journalists fight fake news », CBC News,‎ (lire en ligne)
  2. a b et c (en) Leung, Hillary, « Philippines Journalist Maria Ressa Released on Bail After Arrest for 'Cyber Libel' », Time, (consulté le 15 février 2019)
  3. (en) Oglesby, Amanda, « TIME person of the year, from Toms River, to trigger Time Square ball drop », Asbury Park Press,‎ (lire en ligne)
  4. (en) « Maria Ressa : HuMan of the year » [archive du ], Spinbusters (consulté le 27 septembre 2013)
  5. (en) « Maria Ressa: The best is yet to come », Philippines Star, (consulté le 4 janvier 2019)
  6. (en) « Maria Ressa on her toughest interviews, and the changing world of journalism », Philippines Satr,‎ (lire en ligne)
  7. (en) Doreen G. Yu, « Life, the news, and Maria Ressa », The Philippines Star,‎ (lire en ligne[archive du ])
  8. Maria Ressa invited to author a book on the Asian terrorism threat
  9. (en) « Palace: No media censorship on Rappler », The Manila Times, (consulté le 24 janvier 2020)
  10. (en) From Maria Ressa, Special to CNN, « Spreading terror: From bin Laden to Facebook in Southeast Asia », Edition.cnn.com (consulté le 11 décembre 2018)
  11. (en-US) Maria A. Ressa, « Noynoy Flunks His First Test », Wall Street Journal,‎ (ISSN 0099-9660, lire en ligne, consulté le 4 novembre 2019)
  12. a b et c (en-US) « The truth about Ressa and her vilification of Duterte », sur The Manila Times (consulté le 4 novembre 2019)
  13. (en) « Maria Ressa's letter to ABS-CBN News and Current Affairs », sur ABS-CBN (consulté le 11 décembre 2018)
  14. (en) « Results for 'au:Ressa, Maria.' [WorldCat.org] » (consulté le 24 janvier 2020)
  15. (en) « MovePH », Facebook (consulté le 12 mai 2014)
  16. (en) « About Rappler » (consulté le 20 août 2013)
  17. (en) « Rappler CEO Maria Ressa faces NBI over online libel complaint », sur cnn (consulté le 4 novembre 2019)
  18. (en) « DOJ orders filing of charges vs. Rappler head, accountant », www.pna.gov.ph (consulté le 24 janvier 2020)
  19. (en-US) Alexandra Stevenson, « Philippines Says It Will Charge Veteran Journalist Critical of Duterte », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 4 novembre 2019)
  20. (en) « Rappler: Tax case clear harassment, has no legal basis », Rappler (consulté le 24 janvier 2020)
  21. (en) Reynaldo Santos Jr, « CJ using SUVs of 'controversial' businessmen », Rappler (consulté le 17 février 2019)
  22. (en) « Maria Ressa, journalist and Duterte critic, arrested in Philippines », CNN (consulté le 13 février 2019)
  23. a et b (en) « Maria Ressa, head of Philippines news site Rappler, freed on bail », BBC News, (consulté le 15 février 2019)
  24. (en) Regine Cabato, « Top Philippine journalist and Time person of the year arrested on libel charges », The Washington Post, (consulté le 15 février 2019)
  25. a et b (en) « National Press Club: Ressa arrest 'smacks of bad taste,' but not harassment », Philippines Star (consulté le 17 février 2019)
  26. (en-GB) Hannah Ellis-Petersen south-east Asia correspondent, « Philippines libel trial of journalist critical of Rodrigo Duterte begins », The Guardian,‎ (lire en ligne)
  27. (en) « Maria Ressa-The Sexiest Woman Alive Atlas », Esquire, (consulté le 11 décembre 2018)
  28. (en) « Rappler CEO Maria Ressa gets lifetime achievement award at PMPC Star Awards », Rappler (consulté le 31 octobre 2018)
  29. (en) Ramos, « 8 Most Influential and Powerful Women Leaders », Kalibrr, (consulté le 24 janvier 2020)
  30. (en) « 2017 DEMOCRACY DINNER EXPLORES THE GLOBAL THREAT OF DISINFORMATION », NDI,‎ (lire en ligne)
  31. (en) « Maria Ressa, executive editor of Rappler, receives Golden Pen of Freedom », Journalism UK,‎ (lire en ligne)
  32. (en-US) Karl Vick, « TIME Person of the Year 2018: The Guardians », sur Time (consulté le 4 novembre 2019)
  33. (en-US) « Maria Ressa: The 100 Most Influential People of 2019 », sur TIME (consulté le 4 novembre 2019)
  34. « Maria Ressa, Investigative Journalist and CEO of Rappler, To Receive The Columbia Journalism Award | School of Journalism », sur journalism.columbia.edu (consulté le 4 novembre 2019)
  35. (en) « Canadian Journalism Foundation to recognize embattled journalist Maria Ressa with Tribute honour », sur News Wire (consulté le 4 novembre 2019)
  36. (en) « BBC 100 Women 2019: Who is on the list this year? », BBC News, (consulté le 24 janvier 2020)

Liens externes[modifier | modifier le code]