Abiy Ahmed

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Abiy Ahmed Ali
አብይ አህመድ አሊ
Illustration.
Abiy Ahmed en mai 2018.
Fonctions
Premier ministre d'Éthiopie
En fonction depuis le
(1 an, 6 mois et 17 jours)
Président Mulatu Teshome
Sahle-Work Zewde
Coalition FDRPE
Prédécesseur Haile Mariam Dessalegn
Président de l'Organisation démocratique des peuples Oromo
En fonction depuis le
(1 an, 7 mois et 27 jours)
Vice-président Lemma Megersa
Prédécesseur Lemma Megersa
Ministre des Sciences et des Technologies

(1 an et 26 jours)
Président Mulatu Teshome
Premier ministre Haile Mariam Dessalegn
Prédécesseur Demitu Hambisa
Successeur Getahun Mekuria
Biographie
Nom de naissance Abiy Ahmed Ali
Date de naissance (43 ans)
Lieu de naissance Agaro (Éthiopie)
Nationalité Éthiopienne
Parti politique Organisation démocratique des peuples Oromo
Diplômé de Université de Greenwich
Université d'Addis-Abeba
Distinctions Prix Nobel de la paix
Religion Protestantisme

Abiy Ahmed
Premiers ministres d'Éthiopie

Abiy Ahmed Ali (guèze : አብይ አህመድ አሊ ; oromo : Abiyyii Ahimad Alii), dit Abiy Ahmed, né le à Agaro, dans la région d'Oromia en Éthiopie[1], est un homme d'État éthiopien, Premier ministre depuis le .

Il est lauréat du prix Nobel de la paix 2019, en particulier pour ses actions ayant conduit à la résolution du conflit entre l'Éthiopie et l'Érythrée[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et carrière[modifier | modifier le code]

Il est né le à Agaro[3]. De père oromo musulman nommé Ahmed Ali et de mère amhara chrétienne orthodoxe nommée Tezeta Wolde[4]. Il est chrétien protestant[5].

Il parle couramment l'oromo, l'amharique, le tigrigna et l'anglais[6].

Vers la fin des années 1980, il rejoint l'Organisation démocratique des peuples Oromo (OPDO). En 1990 il se joint à la lutte armée contre le régime militaire de la République démocratique populaire d'Éthiopie[7], renversé en 1991. Il sert ensuite dans l'armée éthiopienne, et est déployé au sein de la Force de maintien de la paix des Nations unies au Rwanda en 1995[7]. Il atteint le grade de lieutenant-colonel et contribue à organiser les services de renseignement éthiopiens. Formé aux États-Unis et au Royaume-Uni, il est cadre technique spécialiste en cybersécurité au sein des services de renseignement[8]. En 2009, il fonde l'Agence nationale de sécurité des réseaux d’information, dont il sera le directeur jusqu'en 2012[8].

Le 11 octobre 2019, Il est lauréat du prix Nobel de la paix 2019, pour ses actions ayant conduit à la résolution du conflit entre l'Éthiopie et l'Érythrée.

Ministre[modifier | modifier le code]

Entré en politique en 2010[7], Abiy Ahmed est brièvement ministre des Sciences et des Technologies de 2015 à 2016[9].

Premier ministre[modifier | modifier le code]

Élu à la tête de l'OPDO le [10], puis à la tête de la coalition au pouvoir, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPE), le de la même année[11], il succède à Haile Mariam Dessalegn, démissionnaire, au poste de Premier ministre le [12].

C'est la première fois que l'ethnie des Oromos (majoritaire dans le pays) est représentée à la tête du pouvoir. Sa confession religieuse ainsi que ses origines sont parfois perçues comme un « atout » dans le besoin de fédération du pays[5].

Le , Abiy Ahmed procède à un remaniement ministériel. Il réduit de près d'un tiers la taille du gouvernement et présente une équipe qui, pour la première fois dans l'histoire de l'Éthiopie, compte autant de femmes que d'hommes[13].

Libération de prisonniers politiques[modifier | modifier le code]

Abiy Ahmed continue la politique de libération de prisonniers politiques entamée par son prédécesseur Haile Mariam Dessalegn — et qui en avait lui-même libéré plusieurs milliers au début de 2018 — et en libère 500 de plus le 29 mai[14].

Il invite par ailleurs en novembre 2018 Birtukan Mideksa, l'une des dirigeantes de l'opposition, à revenir d'exil aux États-Unis pour être nommée à la tête de la commission électorale. Birtukan Mideksa, qui avait passé dix-huit mois en prison avant de quitter l'Éthiopie, juge cette invitation « vraiment significative » et accepte[7].

Toutefois, après la tentative de coup d'État de 2019 dans l'Amhara, une vague d'arrestations est menée dans l'Amhara, l'Oromia et à Addis-Abeba fin juin, les chiffres allant de plus de 255 personnes selon le gouvernement jusqu'à environ 1 000 selon les ONG. Les militants amharas, le journaliste et ancien prisonnier politique Eskinder Nega, et des ONG comme Amnesty International et le Comité pour la protection des journalistes accusent alors le gouvernement éthiopien d'avoir arrêté certaines personnes (dont deux journalistes) non pas à cause d'une éventuelle implication dans la tentative de coup d’État, mais à cause de leurs opinions politiques[15]. Ce qui fait craindre aux ONG une régression de la liberté d'expression et de presse[15].

Fin de la guerre avec l’Érythrée[modifier | modifier le code]

Le 9 juillet 2018 le président érythréen Isaias Afwerki et le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed déclarent la fin de l'état de guerre entre leurs deux pays et la normalisation de leurs relations. Le rapprochement diplomatique se produit alors à grande vitesse. Le 16 juillet, le président érythréen Afwerki se rend dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba pour une visite diplomatique, et y annonce la réouverture de l'ambassade d’Éthiopie en Érythrée[16]. Le 19 juillet, Ahmed nomme le premier ambassadeur éthiopien en Érythrée depuis vingt ans, Redwan Hussein[16]. Le 11 septembre 2018, à l'occasion du Nouvel An éthiopien, au cours d'une cérémonie officielle le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et le président érythréen Isaias Afeworki rouvrent la frontière entre l’Érythrée et l’Éthiopie, qui était fermée depuis 1998, au niveau de deux postes-frontières : entre les villes de Bure, en Éthiopie, et Debay Sima, en Érythrée, et au nord-ouest entre Zalambessa (Éthiopie) et Serha (Érythrée)[17]. Un accord de paix est signé à Djeddah le 16 septembre[18]. Le trafic aérien a également pu reprendre entre les deux pays[19].

Toutefois, malgré la paix et la possibilité de circuler entre les deux pays, un an après les autres points restent à résoudre, notamment la rivalité territoriale autour de la région de Badmé — alors qu'une décision de la Cour d'arbitrage internationale de La Haye de 2002 accorde la région à l'Érythrée mais l’Éthiopie refuse de s'y conformer[19] — et à l'accès aux ports érythréens[19].

Réconciliation entre les communautés chrétiennes[modifier | modifier le code]

En juillet 2018, en visite aux États-Unis, il annonce un accord entre l’Église orthodoxe éthiopienne officielle dirigée par le patriarche Abune Mathias et les communautés chrétiennes de la diaspora fidèles au patriarche Abuna Merkorios. L'accord prévoit le retour du patriarche dans son pays où il sera hébergé dans une résidence pour lui, et que désormais l’Église officielle et la diaspora ne formeront plus qu'un seul synode[20].

Processus de paix avec la rébellion du FLO[modifier | modifier le code]

Le 7 août 2018, Abiy Ahmed signe un accord de paix avec la rébellion sécessionniste du Front de libération oromo (FLO), qui était active depuis les années 1970[21].

Fondation de la garde républicaine[modifier | modifier le code]

Le 23 juin 2018, un attentat à la grenade vise un meeting d'Abiy Ahmed qui se déroulait dans le centre d'Addis-Abeba, causant 1 mort et 150 blessés[22]. Suite à cela, et sur fond de violences inter-ethniques en progression dans plusieurs régions d’Éthiopie, Ahmed décide de mettre en place une garde républicaine destinée à « protéger les hauts responsables du gouvernement et leurs familles contre toute forme d'agression de la part de forces mal intentionnées »[22], leur protection étant auparavant confiée à des militaires d'élite et des agents secrets dont ce n'était pas la formation[22]. Elle prend ainsi de fait la suite de la garde impériale dissoute en 1974 après la chute de l'empereur Haïlé Sélassié Ier, jamais remplacée depuis[22]. L’Éthiopie est officiellement dotée de la garde républicaine six mois plus tard, le 23 décembre 2018[22].

Gestion des violences ethniques[modifier | modifier le code]

Malgré le processus de paix avec le FLO, d'autres violences inter-ethniques progressent en Éthiopie, ainsi que les exactions de la part des forces de l'ordre, forçant plus de deux millions de personnes à se déplacer[23]. Pour tenter d'enrayer les violences, Abiy Ahmed et le Parlement éthiopien mettent en place une Commission réconciliation le 26 décembre 2018[23]. La commission devra écouter toutes les parties, organiser des séminaires de réconciliation mais aussi « enquêter pour identifier les causes des disputes et violations des droits humains [...] Le contexte social des victimes et des agresseurs sera pris en compte »[23], mais ses objectifs et ses conclusions restent très flous[23]. La garde républicaine mise en place officiellement à partir du 23 décembre 2018 est en partie créée pour protéger les responsables gouvernementaux contre les violences ethniques[22].

Lutte contre la corruption[modifier | modifier le code]

Lors de sa nomination en avril 2018, Abiy Ahmed promet de lutter contre la corruption[24]. Dans les faits, cela se traduit par l'arrestation de dizaines de personnalités civiles et militaires soupçonnées d'être impliquées dans des activités de corruption en novembre 2018, et par l'arrestation de 56 responsables gouvernementaux dans la région d'Oromia le 26 décembre 2018[24].

En 2019, il est élu parmi les 100 personnalités du monde selon le magazine TIME[25].

Tentative de putsch dans l'Amhara[modifier | modifier le code]

Les tensions ethniques éclatent à nouveau le 22 juin 2019, en l'occurrence les tensions avec la partie ethno-nationaliste des Amharas, qui reprochent la marginalisation politique que les Amharas ont subi pendant des décennies, bien que le vice-Premier ministre Demeke Mekonnen soit lui-même un Amhara. Ce qui se traduit par une tentative de putsch régional à Baher Dar, capitale de la région d'Amhara[26]. Plus de 50 civils dans la région de Benishangul-Gumuz, près de la frontière avec l'Amhara, sont massacrés. Le chef d'état-major de l'armée nationale éthiopienne et le président de la région d'Amhara sont tués[27]. La tentative de putsch est une victoire pour les loyalistes, mais elle provoque des dizaines de morts, dont 5 hauts-responsables politiques ahmaras loyalistes assassinés à Baher Dar — dont le président de la région Ambachew Mekonnen — et deux généraux nationaux assassinés à Addis-Abeba, dont le chef d'état-major éthiopien le général Seare Mekonnen.

Le 24 juin, le général Asaminew Tsige, accusé d'avoir participé au putsch, est tué lors d'affrontements[28].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Prix et récompenses[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en-GB) « Abiy Ahmed: The man changing Ethiopia », BBC News,‎ (lire en ligne, consulté le 11 octobre 2019)
  2. « source » (consulté le 11 octobre 2019)
  3. (en-US) « Ethiopia: Dr. Abiy Ahmed tipped to become next PM », Journal du Cameroun,‎ (lire en ligne, consulté le 28 mars 2018)
  4. (en)The rise of Abiy “Abiyot” Ahmed
  5. a et b « Éthiopie : Abiy Ahmed choisi pour devenir Premier ministre », RFI Afrique,‎ (lire en ligne, consulté le 28 mars 2018).
  6. (en) Nizar Manek, « Can Abiy Ahmed Save Ethiopia? », sur Foreign Policy (consulté le 13 avril 2019)
  7. a b c et d (en) "Ethiopia's Abiy Ahmed: The leader promising to heal a nation", BBC News, 3 janvier 2019
  8. a et b « Abiy Ahmed fait souffler un vent de changement en Éthiopie », sur france24.com, (consulté le 8 août 2018)
  9. (en) « Ethiopia's OPDO picks new chairman in bid to produce next Prime Minister | Africanews », Africanews,‎ (lire en ligne, consulté le 28 mars 2018)
  10. « En Éthiopie, les Oromo frappent à la porte du pouvoir », sur Le Monde, (consulté le 2 avril 2018)
  11. « Éthiopie : Abiy Ahmed choisi par la coalition au pouvoir pour devenir Premier ministre », sur TV5MONDE Afrique (consulté le 2 avril 2018)
  12. VOA Afrique, « Le nouveau Premier ministre prône la concorde en Éthiopie », sur VOA (consulté le 2 avril 2018)
  13. « Ahmed Shide, le nouveau joker d’Addis Abeba pour booster les IDE en Éthiopie », La Tribune,‎ (lire en ligne, consulté le 8 novembre 2018)
  14. « L’Éthiopie libère plus de 500 prisonniers, dont un dissident célèbre », sur lemonde.fr, (consulté le 8 août 2018)
  15. a et b « L’Éthiopie accusée de réprimer l’opposition après le coup d’Etat régional manqué », sur journaldutchad.com, (consulté le 10 juillet 2019)
  16. a et b « Sur fond de réconciliation, l'Éthiopie désigne un ambassadeur en Érythrée », sur france24.com, (consulté le 8 août 2018)
  17. « L'Érythrée et l'Éthiopie rouvrent deux postes-frontières fermés depuis 20 ans », sur france24.com, (consulté le 13 septembre 2018)
  18. « L'Éthiopie et l'Érythrée signent en Arabie saoudite un accord consolidant leur réconciliation », sur Challenges (consulté le 16 septembre 2018)
  19. a b et c « Éthiopie-Érythrée: un an après la réconciliation, quel bilan? », sur rfi.fr, (consulté en 10 juille 2019)
  20. Giorgio Bernardelli, « La Chiesa ortodossa dell’Etiopia chiude dopo 27 anni il suo scisma », sur lastampa.it, (consulté le 29 juillet 2018)
  21. « Éthiopie : accord entre le gouvernement et le Front de libération Oromo », sur france24.com, (consulté le 8 août 2018)
  22. a b c d e et f « L'Éthiopie se dote d'une Garde républicaine », sur francetvinfo.fr, (consulté le 26 décembre 2018)
  23. a b c et d « Éthiopie : une Commission réconciliation pour panser les plaies du pays », sur rfi.fr, (consulté le 26 décembre 2018)
  24. a et b « Éthiopie : arrestation de plus de 50 responsables gouvernementaux », sur sahel-intelligence.com, (consulté le 26 décembre 2018)
  25. (en-US) « Abiy Ahmed: The 100 Most Influential People of 2019 », sur TIME (consulté le 5 septembre 2019)
  26. « Situation confuse en Éthiopie, Abiy Ahmed prend la parole à la télévision », sur RFI Afrique (consulté le 23 juin 2019)
  27. Le Point, magazine, « Troubles en Éthiopie : le chef d'état-major et un dirigeant régional tués », sur Le Point (consulté le 24 juin 2019)
  28. « En Éthiopie, le général responsable du putsch manqué a été tué », sur France 24 (consulté le 25 juin 2019)
  29. (en) http://www.ebc.et/web/news-en/-/prime-minister-abiy-leaves-for-uganda
  30. (en) https://www.thenational.ae/uae/leaders-of-ethiopia-and-eritrea-meet-in-abu-dhabi-presidential-palace-in-pictures-1.753546
  31. (en) https://www.tesfanews.net/eritrea-ethiopia-leaders-received-saudi-arabia-highest-award/

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]