Jeanne d'Albret

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Jeanne III
Jeanne III d'Albret, reine de Navarre.Portrait au crayon, Paris, BnF, département des estampes, XVIe siècle.
Jeanne III d'Albret, reine de Navarre.
Portrait au crayon, Paris, BnF, département des estampes, XVIe siècle.
Titre
Reine de Navarre

(17 ans et 15 jours)
Avec Antoine (1548-1562)
Prédécesseur Henri II
Successeur Henri III
Biographie
Dynastie Maison d'Albret
Nom de naissance Jeanne d'Albret
Date de naissance
Lieu de naissance Saint-Germain-en-Laye (France)
Date de décès (à 44 ans)
Lieu de décès Paris (France)
Sépulture Collégiale Saint-Georges (Vendôme)
Père Henri II de Navarre
Mère Marguerite d'Angoulême
Conjoint Guillaume de Clèves
(1541, annulé)
Antoine de Bourbon
(1548-1562)
Enfants Henri de Bourbon
Henri IV Red crown.png
Louis-Charles de Bourbon
Madeleine de Bourbon
Catherine de Bourbon
Religion Calvinisme

Jeanne d'Albret
Monarques de Navarre

Jeanne III d'Albret (née le au château de Saint-Germain-en-Laye[1], morte le à Paris) fut reine de Navarre de 1555 à sa mort.

Elle était la nièce du roi de France François Ier et fut élevée sous son autorité à la cour de France. Elle épousa Antoine de Bourbon, premier prince du sang et fut la mère du roi Henri IV. Figure importante du protestantisme en France, elle s'illustra par sa rigueur morale et son intransigeance religieuse. Au début des guerres de religion, elle se sépara de son époux qui avait rejoint le camp catholique et implanta durablement la Réforme calviniste sur ses terres.

Titulature[modifier | modifier le code]

De son propre chef, par héritage de son père Henri d'Albret :

  • baronne de Castelnau, de Caussade et de Montmiral, de Meyrueis
  • dame de La Flèche, de Baugé, de Nérac, de Sully, de Craon, de La Chapelle des Aix-d'Angilon, d'Argent, de Clermont, de Villezon, d'Orval, d'Espineuil, de Château-Meillant, de Montrond, de Bruyères, de Dun-le-Roi, de Saint-Gondom, de Corberin, de Chalucet, de Sainte-Hermine, de Prahec, de Lussac, de Champagne, de Blois et de Chisay.

Par son mariage avec Antoine de Bourbon, premier prince de sang :

  • duchesse de Bourbon
  • duchesse de Vendôme (1550-1562)
  • duchesse de Beaumont (1550-1562)

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Jeanne est née au château de Saint-Germain-en-Laye le 16 novembre 1528[2]. Elle est la fille unique du roi de Navarre Henri II d'Albret et de Marguerite d'Angoulême.

Son oncle maternel, le roi François Ier, la fait installer en 1538 dans l'austère château de Plessis-lèz-Tours afin de la soustraire à son père qui entendait la marier au fils ou au neveu de Charles Quint, ce qui aurait fait passer à terme toutes les possessions de la famille d'Albret sous la coupe de l'Espagne[3]. Il assigne ainsi la jeune fille dans cette résidence à quelques lieues du château de Blois, résidence favorite des rois de France à la Renaissance. Jeanne grandit ainsi à la cour de France et assiste aux principaux événements politiques de son temps[4].

En 1541, elle essaye de résister au projet de mariage que le roi de France veut lui faire contracter avec Guillaume (1516-1592), duc de Clèves. Bien que n'ayant que douze ans, elle tient tête au roi jusqu'au jour de la cérémonie, où elle est physiquement poussée jusqu'à l'autel. La noce a lieu le 9 juin 1541 dans le Haut Poitou, à Châtellerault[5]. Les fêtes qui se tiennent à cette occasion, en juin et juillet 1541, sont restées « légendaires »[6]. Jeanne accumule les preuves que ce mariage lui a été imposé par la contrainte et repousse sans cesse sa consommation. Lorsque le duc de Clèves signe le traité de Venlo qui met fin à son alliance avec le roi François Ier, ce dernier laisse carte blanche à la jeune fille pour faire valoir ses arguments permettant d'obtenir l'annulation de mariage par un bref du pape Paul III le 12 octobre 1545[7].

Après la mort de François Ier en 1547, Jeanne épouse à Moulins, le [8], Antoine de Bourbon, « premier prince du sang ». Ils ont cinq enfants, dont deux survivent[9] :

Le 25 mai 1555, elle succède à son père sur le trône de Navarre qu'elle gouverne conjointement avec son mari.

Fidèle à l'esprit de sa mère, elle favorise l'implantation de la réforme protestante, mais rechigne encore à l'idée de rompre avec l’Église catholique à laquelle elle reste attachée. Dans le domaine des affaires extérieures, elle cherche en vain à obtenir la restitution de la Haute-Navarre, que les Espagnols ont annexée en 1512.

Action en faveur du protestantisme[modifier | modifier le code]

C’est au cours de l'année 1560 qu’elle passe au protestantisme. Jusqu'à cette date, elle s'était montrée particulièrement prudente quant à afficher sa sympathie pour la nouvelle religion. C'est probablement sous l'influence de Théodore de Bèze arrivé à sa cour, à Nérac, en août 1560 qu'elle se convertit[10]. Sa rupture définitive avec le catholicisme devient officielle à Noël[11]. À la même époque, son époux Antoine qui vit seul à la cour de France à Paris (le couple est séparé depuis que Jeanne a appris que son mari infidèle a eu un fils avec une autre femme[12]) affiche sous l'influence du roi qui lui promet la lieutenance générale du royaume de plus en plus ses préférences pour le catholicisme[13].

Par l’ordonnance du , elle autorise le calvinisme dans son royaume[14]. Elle entame après la mort d'Antoine, en 1562 une série de mesures visant à implanter la Réforme en Béarn. Parmi elles, on compte la publication du catéchisme de Calvin en béarnais (1563), la fondation d'une académie protestante à Orthez (1566), la rédaction de nouvelles Ordonnances ecclésiastiques (1566, 1571), la traduction en basque du Nouveau Testament par Jean de Liçarrague (1571), et la traduction en béarnais du Psautier de Marot, par Arnaud de Salette (1568). En 1567, Jean de Lacvivier devient un de ses plus proches conseillers. Une farouche opposition catholique se manifeste qui aboutit à ce que leur culte soit interdit et le clergé expulsé (1570).

Renée de France, duchesse de Ferrare, fille du roi Louis XII et elle-même convertie au protestantisme, critique dans sa correspondance le « fanatisme » religieux de la reine de Navarre qu'elle juge dangereux pour le pays. Elle l'accuse de mensonges, de prosélytisme et de répandre des rumeurs qui avivent la haine entre les protestants et les catholiques[réf. nécessaire].

En plus de ces publications, Jeanne a écrit ses Mémoires et quelques poèmes. Parmi ceux-ci quatre sonnets dont Response de la Royne aux louanges de du Bellay ; une Chanson sur les amours de Condé et de Mademoiselle de Limeuil ; un impromptu écrit lors d'une visite à l'imprimeur Henri Estienne[15]

Chef politique du parti protestant[modifier | modifier le code]

En 1568, elle prend la tête du mouvement protestant et emmène le prince Henri de Navarre, son fils âgé de quinze ans, à La Rochelle que Jeanne administre dans tous les domaines, à l'exception des affaires militaires. Elle assure la communication avec les princes étrangers alliés, dont elle tente de conserver le soutien, surtout après la mort de Condé en mars 1569. Contrairement aux prévisions, le parti huguenot tient bon, et même après la défaite de Moncontour, Jeanne refuse de se rendre. Mais au début de 1570, elle doit s'incliner devant la volonté de négocier de ses coreligionnaires. Elle quitte La Rochelle en août 1571, pour revenir sur ses terres. Une fois la paix de Saint-Germain signée, elle proteste à cause de sa mauvaise application.

Jeanne d’Albret va ensuite entreprendre de longues négociations à Paris, pour unir son fils Henri à Marguerite de France, la troisième fille de Catherine de Médicis. Elle doit cependant accepter une condition : Marguerite ne se convertira pas à la religion protestante. Le mariage doit avoir lieu le . Cependant, Jeanne III d’Albret n'y participera pas : elle meurt de la tuberculose le . Son décès soudain, affaiblissant opportunément le parti huguenot peu de temps avant le massacre de la Saint-Barthélemy, suscitera a posteriori des rumeurs infondées d'empoisonnement[16],[17]. Repris par Diderot[18] mais pas par Voltaire[19], ces soupçons seront maintenus sans preuves au XIXe siècle par Émile et Eugène Haag, historiens du protestantisme[20]. Aujourd'hui, ces accusations sont reléguées au domaine romanesque, plus aucun historien contemporain ne les reprenant à son compte[21].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Copie de son acte de naissance, conservée aux Archives Départementales 64 », sur BNF (consulté le 8 janvier 2015)
  2. Cazaux 1973, p. 22.
  3. Cazaux 1973, p. 33.
  4. Michel Levasseur, Histoire des d'Albret et des rois de Navarre, Atlantica, , p. 294.
  5. Cazaux 1973, p. 43.
  6. Chronique du roy François Ier, éd. par G. Guiffray, Paris, 1860, p. 364 et suivantes ; Histoire de Châtellerault, Alfred Hérault, A. Videau imp., 1927, p. 141.
  7. de Ruble 1877, p. 208, [lire en ligne].
  8. de Ruble 1877, p. 263, [lire en ligne].
  9. Danièle Thomas, Henri IV, Héraclès, , p. 272.
  10. Berriot-Salvadore, Chareyre et Martin-Ulrich 2004, p. 17.
  11. Paul-F. Geisendorf, Théodore de Bèze, Genève, Labor et Fides, 1949, p. 120.
  12. Roelker 1979, p. 146.
  13. Jean-Baptiste Laborde, Précis d'histoire du Béarn, Laffitte Reprints, , p. 244.
  14. Michel Levasseur, Histoire des d'Albret et des rois de Navarre, Atlantica, , p. 322.
  15. Poésies de Jeanne d'Albret
  16. René Bianchi, le parfumeur florentin de Catherine de Médicis, aurait vendu des gants empoisonnés à la reine de Navarre. Le premier pamphlet à formuler cette accusation date de 1574, voir le Discours Merveilleux de la vie, actions et deportements de Catherine de Medicis, Royne-mere, édition critique s.d. Nicole Cazauran en collaboration avec l'équipe du Centre V.L. Saulnier, Genève, Librairie Droz, 1995. In-8°. 355p. (p. 200). Dans son célèbre roman La reine Margot (1845), Alexandre Dumas reprendra cette accusation.
  17. Robert, Marc : Les empoisonnements criminels au 16e siècle (1903)
  18. Denis Diderot : Encyclopédie tome 12 page 192
  19. Voltaire, Jean-Marie : Note de 1723 sur le site de l'intégrale
  20. Eugène Haag (Théologien), Émile Haag : La France protestante ou vies des protestants français
  21. Roelker 1979, p. 366.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Sources primaires[modifier | modifier le code]

  • Bernard Berdou d'Aas, Jeanne d'Albret, reine de Navarre et vicomtesse de Béarn : Lettres ; suivies d'une Ample déclaration, Biarritz, Atlantica, , 235 p. (ISBN 978-2-7588-0023-1, présentation en ligne).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]