Marie-Henriette de Habsbourg-Lorraine

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Marie Henriette Anne de Habsbourg-Lorraine, née à Pest, en Autriche-Hongrie (actuellement Budapest, en Hongrie) le , et morte à Spa (Belgique) le , est la fille de l'archiduc-comte palatin de Hongrie Joseph-Antoine d'Autriche et de Dorothée de Wurtemberg[1]. Archiduchesse d'Autriche et princesse palatine de Hongrie, elle épouse en 1853 Léopold, duc de Brabant, et devient, en 1865, après l'accession de ce dernier au trône sous le nom de Léopold II, la deuxième reine des Belges.

Une famille unie[modifier | modifier le code]

La reine Marie-Henriette vers 1865 par (Winterhalter).

Marie-Henriette de Habsbourg-Lorraine est la sœur de l'archiduc Étienne (« Stephan ») qui, après avoir succédé à son père comme comte palatin de Hongrie en 1847, soutiendra le désir d'indépendance des Hongrois pendant la révolution de 1848, et sera disgracié et exilé par l'empereur François-Joseph Ier.

Elle a pour sœur aînée Élisabeth, veuve du prince Ferdinand de Modène, dont l'empereur s'était épris au début de son règne. L'archiduchesse Sophie, mère de l'empereur, s'étant opposée à cette union, Élisabeth dut se remarier à l'un de ses cousins de la branche de Teschen. L'aînée des filles de l'archiduchesse Marie-Thérèse de Modène sera la dernière reine de Bavière, et la cadette, Marie-Christine d'Autriche épousera le roi Alphonse XII d'Espagne et sera régente pour son fils, Alphonse XIII.

Une autre nièce de Marie-Henriette, Marie-Dorothée de Habsbourg-Lorraine, épousera le duc d'Orléans.

Ainsi, la reine Marie-Henriette aura-t-elle été la belle-mère du Kronprinz austro-hongrois et du prince Napoléon, et la tante du « comte de Paris » et du duc de Brabant : autant de princes promis à un trône, mais dont aucun ne régnera.

Cavalière émérite, passionnée de chevaux au point de leur prodiguer elle-même des soins au mépris des convenances de l'époque, Marie-Henriette est pour l'heure une jeune fille joviale.

Un mariage trop politique[modifier | modifier le code]

En 1853, Marie-Henriette fait un mariage de raison avec l'austère Léopold, duc de Brabant[2], héritier du trône de Belgique. La jeune monarchie belge, issue d'une révolution qui avait mis sur le trône un roi luthérien, espère alors pour celui-ci une épouse issue d'une dynastie prestigieuse et catholique, lui permettant d'entrer pour de bon dans le cercle fermé des têtes couronnées. Après les révolutions de 1848 qui avaient ébranlé les monarchies européennes, la Maison de Habsbourg-Lorraine est toute désignée.

Les caricaturistes voient dans ce mariage celui d'un « palefrenier » et d'une « religieuse » – la « religieuse » étant le duc de Brabant.

Un mari impossible[modifier | modifier le code]

Léopold et Marie-Henriette, le duc et la duchesse de Brabant, vers 1853.

L'harmonie dans un couple si mal assorti ne peut durer. Timide et capricieux, le duc de Brabant ne fait aucun effort pour s'accorder avec son épouse et, son austérité se muant en un cynisme méprisant et égoïste, il se livre sans pudeur à l'adultère.

Pourtant, tout s'annonçait pour le mieux pour la famille royale belge : dès 1859 était né le petit Léopold, l'héritier désiré et, en 1864, l'archiduc Maximilien, époux de Charlotte de Belgique, était proclamé empereur du Mexique : le sang des Saxe-Cobourg, après avoir colonisé les trônes d'Europe étendait son influence jusqu'en Amérique !

Le roi Léopold Ier meurt l'année suivante, en 1865. Le duc de Brabant, alors âgé de trente ans, monte sur le trône et règne sous le nom de Léopold II. Lors de son couronnement, le souverain refuse que son épouse, qui est pourtant la mère de ses trois enfants, dont le prince héritier, soit associée aux cérémonies.

En 1866, la grand-mère du roi, l'ex-reine des Français Marie-Amélie de Bourbon, qui avait encore quelque influence morale sur sa famille, meurt en exil en Angleterre.

1867 est une année tragique : la cour de Bruxelles est affectée par l'exécution de Maximilien, l'empereur du Mexique, frère de l'empereur François-Joseph Ier d'Autriche, et par les troubles du comportement occasionnés, notamment par cette mort brutale, chez l'impératrice Charlotte, l'épouse de Maximilien et la sœur du roi Léopold II. Malgré son immense richesse, l'impératrice finit par être internée au Château de Miramar près de Trieste. La reine Marie-Henriette se rendra à Vienne auprès des siens pour négocier le retour de l'infortunée impératrice, maltraitée par ses serviteurs dans sa patrie d'origine.

Le prince héritier Léopold sur son lit de mort. Illustration parue dans un journal russe. 1869.

Ses bons offices ne rendent pas le couple royal de Belgique plus uni. En janvier 1869, le décès, à l'âge de neuf ans, de leur fils unique, Léopold, duc de Brabant et prince héritier, s'il constitue une véritable tragédie pour les souverains – pour des raisons affectives chez la reine, mais également politiques chez le roi –, amplifie la mésentente des époux. L'enfant a été emporté par une pneumonie, après être tombé dans un bassin du parc. Le roi, désespéré, tient sa femme pour responsable de la mort de l'enfant.

L'année suivante éclate la guerre franco-prussienne et, si le souverain belge parvient à sauvegarder l'indépendance de son pays, la reine se dévoue aux soins des blessés.

La princesse Stéphanie, âgée de six ans, contracte le typhus au grand dam de ses parents, qui craignent alors de voir mourir un second enfant. La petite princesse n'est sauvée que par les soins d'un médecin ardennais inconnu, mais à qui le couple royal avait accordé ses entrées.

Après un bref rapprochement dans l'espoir d'engendrer un second fils – mais c'est une fille qui naîtra en 1872 : la princesse Clémentine –, le couple fait désormais chambre à part. Le roi, n'ayant plus de fils, établit la loi salique et cherche à déshériter ses filles, puis se passionne pour la colonisation du Congo.

Aigrie, la reine se drape dans sa dignité d'épouse bafouée et se retire à Ostende et à Spa. Elle se consacre à l'éducation de ses filles, qu'elle élève comme il est de mise à l'époque pour les princes, c'est-à-dire « à la dure » – bains froid, etc. – et dans le respect strict du devoir. Ayant perdu sa joie de vivre, elle devient une souveraine solitaire et très discrète. Elle s'entoure d'artistes et s'adonne à la musique, à la peinture et à l'équitation, mais aussi à des œuvres charitables.

Des filles mal mariées[modifier | modifier le code]

Rodolphe, l'archiduc et prince héritier de l'Empire austro-hongrois, et son épouse Stéphanie, fille de Marie-Henriette, en 1881.

La reine rêve de mariages brillants pour ses filles.

C'est ainsi que Louise épouse en 1875 son richissime cousin Philippe de Saxe-Cobourg-Kohary, fils du non moins richissime prince Auguste et de la princesse Clémentine d'Orléans. Philippe, cependant, se révélera être un pervers tyrannique et débauché. Louise se venge en dépensant la fortune de son mari et en le trompant ouvertement. Le prince finit par la faire interner sous prétexte qu'elle s'est réfugiée dans les bras d'un chevalier servant. Louise s'enfuit, divorce en 1906, ce qui à l'époque fait scandale, et épouse son « sauveur ». Il sera épargné à la reine, morte en 1902, de connaître cette humiliation.

Stéphanie fait l'orgueil de ses parents en contractant, en 1881, l'union la plus prestigieuse de son époque avec l'archiduc héritier d'Autriche et de Hongrie Rodolphe, fils de l'empereur François-Joseph Ier et de « Sissi ». La reine Marie-Henriette ne peut que se réjouir que sa fille épouse un Habsbourg-Lorraine… Mais le mariage est prématuré. Après ses premières et très difficiles couches, et la naissance d'une fille, Elisabeth-Marie d'Autriche – la future « archiduchesse rouge » –, Stéphanie devient stérile. Atteint d'une maladie vénérienne qu'il a transmise à son épouse, Rodolphe comprend qu'il ne pourra donner d'héritier au trône, et le couple, dont les centres d'intérêt divergent, ne s'entend pas. L'archiduc s'abandonne à la débauche, en compagnie notamment de son beau-frère Philippe de Saxe-Cobourg, avant de mourir tragiquement à Mayerling, en 1889. Veuve à vingt-quatre ans, Stéphanie se retire en Hongrie et contracte en 1900, comme le fera six ans plus tard sa sœur aînée, une union morganatique qui lui aliène les familles impériale d'Autriche et royale de Belgique.

Une vie solitaire[modifier | modifier le code]

Le prince Albert, futur roi Albert Ier, et sa fiancée la future reine Élisabeth, vers 1900.

Entretemps, lasse d'un mari volage, la reine Marie-Henriette, aigrie, abandonne régulièrement la cour de Bruxelles pour venir se détendre dans la ville thermale de Spa, laissant le rôle de première dame à sa fille cadette la princesse Clémentine. À partir de 1895, elle s'installera définitivement dans la Villa royale, acquise en 1894, et aura à son service Auguste Goffinet (1857-1927).

Son neveu, le prince Baudouin, fils de Philippe, comte de Flandres (frère de Léopold II), et second dans l'ordre de succession au trône après son père, en qui on voyait le futur époux de Clémentine, meurt prématurément à l'âge de vingt et un ans en 1891, deux ans après l'archiduc héritier du trône d'Autriche-Hongrie, causant dans le monde un choc et une peine cruellement ressentis.

Ses nièces, les filles du comte de Flandres, se marient l'une en Allemagne et l'autre en France. Joséphine épouse en 1894 le prince Charles-Antoine de Hohenzollern. Henriette se marie deux ans plus tard avec le prince Emmanuel d'Orléans, « duc de Vendôme », fils du duc d'Alençon et de la duchesse née Sophie-Charlotte en Bavière, la plus jeune sœur de l'impératrice d'Autriche, qui mourra en 1897 brûlée vive au cours de l'incendie du Bazar de la Charité. L'impératrice « Sissi », ex-belle-mère de Stéphanie, meurt assassinée à Genève l'année suivante.

En 1900, Stéphanie se remarie. Au grand dam de la famille, elle porte son dévolu sur un simple gentilhomme hongrois, le comte de Lonyay. Malgré ce mariage inégal, Stéphanie sera enfin heureuse. Mais 1900 est avant tout l'année du mariage du neveu de Marie-Henriette et le second dans l'ordre de succession au trône jusqu'à la mort de son père en 1905, le prince Albert. Celui-ci épouse par inclination une nièce du roi de Bavière, filleule de la défunte impératrice, la duchesse Élisabeth de Bavière. La reine accueille avec chaleur cette nièce mélomane et intelligente. Il y aura enfin un couple heureux dans l'histoire des rois des Belges.

La reine Marie-Henriette meurt à Spa en 1902. Elle est inhumée dans la crypte royale de l'Église Notre-Dame de Laeken. Le roi Léopold II meurt sept ans plus tard, après avoir épousé religieusement, cinq jours avant son décès, sa dernière maîtresse, la baronne de Vaughan.

Les années suivantes voient ses filles se déchirer et intenter un procès public à leur père à propos de sa succession[3].

Descendance[modifier | modifier le code]

Le couple formé par le roi Léopold II et la reine Marie-Henriette aura quatre enfants :

Iconographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « Arbre généalogique », sur genealogiequebec.info (consulté le 29 août 2010)
  2. (fr) « arbre généalogique des Habsbourg-Lorraine », sur genealogiequebec.info (consulté le 29 août 2010)
  3. Voir e.a. « La succession du roi Léopold de Belgique », dans Émile de Saint-Auban (dir.), Revue des grands procès contemporains. Tome XXVIII. - Année 1910, Paris, Chevalier-Marescq, 1910, p. 196-262, disponible sur Gallica.
  4. Camée en agate du profil de la reine des belges par Reverchon

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]