Anne de Kiev

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Anne de Kiev
Représentation présumée d'Anne de Kiev dans une fresque dépeignant les filles (ou les fils ?) du grand-prince Iaroslav de Kiev, cathédrale Sainte-Sophie de Kiev, XIe siècle[1].
Représentation présumée d'Anne de Kiev dans une fresque dépeignant les filles (ou les fils ?) du grand-prince Iaroslav de Kiev, cathédrale Sainte-Sophie de Kiev, XIe siècle[1].
Fonctions
Régente du Royaume des Francs
Monarque Philippe Ier
Reine des Francs
Monarque Henri Ier
Prédécesseur Mathilde de Frise
Successeur Berthe de Hollande
Biographie
Dynastie Riourikides
Nom de naissance Анна Ярославна
Date de naissance v. 1024 / 1032
Lieu de naissance Kiev ( Rous' de Kiev)
Date de décès v. 1075 / 1079
Père Iaroslav le Sage
Mère Ingigerd de Suède
Conjoint Henri Ier de France
Raoul IV de Vexin
Enfants Avec Henri Ier :
Philippe Ier Couronne de France
Hugues Ier de Vermandois

Signature de Anne de Kiev
Reines des Francs

Anne de Kiev (également appelée Agnès), (ukrainien : А́нна Яросла́вна, russe : Анна Ярославна (Anna Iaroslavna), est une princesse kievienne, la fille de Iaroslav le Sage, grand-prince de Kiev et de sa seconde épouse, Ingigerd de Suède. Elle serait née à Kiev, selon certaines sources vers 1024, 1032 ou en 1036, et morte entre 1075 et 1079. Épouse de Henri Ier, roi des Francs, elle fut reine des Francs de 1051 à 1060 et mère du roi Philippe Ier.

Les manuels d'histoire l'ont longtemps appelée Anne de Ruthénie[2], mais on trouve également Anne de Russie[3], Anne d'Ukraine[4] ou Anne d'Esclavénie. La Russie, la Biélorussie et l'Ukraine se disputent la postérité de la reine[5], reflétant les divergences historiographiques et mémorielles relatives à la Rus' de Kiev[6].

Biographie[modifier | modifier le code]

Quelques généalogies nomment son arrière-grand-père paternel Romain II, empereur byzantin, lequel affirmait descendre des rois de Macédoine[7], mais la fille de Romain II, Anne de Byzance, n'était que la seconde épouse de Vladimir Ier, père de Iaroslav le Sage, et n'était donc pas la grand-mère d'Anne de Kiev.

Mariage[modifier | modifier le code]

Une ambassade de grande importance fut envoyée à Kiev pour y obtenir la main de la fille de Iaroslav le Sage, prince de Kiev. Cette ambassade était conduite par Roger II de Châlons[8], évêque de Châlons. Anne avait reçu une éducation soignée et connaissait le grec et le latin. Le consentement des parents obtenu, elle voyage par Cracovie, Prague et Ratisbonne. Appartenant, par sa confession, à l'Église des sept conciles, elle épouse à Reims en premières noces, le [9], le roi Henri Ier de France qui relève, quant à lui, de l'Église catholique romaine. Ces deux églises forment encore l'Église indivise, puisque cet événement a lieu avant le schisme de 1054. Ce mariage à Reims est l'occasion de grandes festivités.

Unions et descendance[modifier | modifier le code]

Ils ont ensemble quatre enfants :

Elle introduit le prénom « Philippe » à la cour de France en le donnant au fils aîné de son premier mariage. Il régnera sous le nom de Philippe Ier.

Devenue veuve d'Henri Ier, elle devient régente de son fils Philippe jusqu'en 1063, date de son remariage[11] avec le comte de Valois, Raoul de Crépy, après que celui-ci a répudié son épouse légitime. Cette union suscite la colère des évêques ainsi qu'une brouille passagère avec son fils Philippe Ier[12], et le couple est excommunié en 1064[13].

Anne fait reconstruire à Senlis une église ou chapelle ruinée qui est consacrée en 1065, et y fonde en même temps l'abbaye Saint-Vincent et meurt entre 1076 et 1089, peut-être en 1079[réf. souhaitée].

La prétendue tombe de Villiers-aux-Nonnains[modifier | modifier le code]

Anne aurait été inhumée à l'abbaye de Villiers-aux-Nonnains[14] à Cerny près de La Ferté-Alais dans l'Essonne. Étant donné que l'abbaye de Villiers n'a été fondée que vers 1220, soit près de 140 ans après cette inhumation, et qu'aucun texte ne parle d'un transfert des restes d'Anne dans l'abbaye, il est difficile d'admettre qu'elle y fut inhumée dès sa mort. Cette abbaye fut détruite à la Révolution française consécutivement au vote par l'Assemblée nationale législative du décret du 14 août 1792, « relatif à la destruction des monumens, susceptibles de rappeler la féodalité »[15]. Les pierres de l'abbaye ont été utilisées pour la construction de certaines maisons de La Ferté-Alais.

En 1682, le Journal des savants rendait compte brièvement d'une série de « nouvelles découvertes » historiques faites par le père Menestrier, savant jésuite qui était alors une autorité en matière d'histoire nobiliaire. En tête de celles-ci, figurait la description d'une pierre tombale trouvée dans l'église abbatiale de Villiers-aux-Nonnains, près de la Ferté-Alais : le père Menestrier s'était persuadé qu'elle appartenait à la reine malencontreusement appelée Anne plutôt qu'Agnès, épouse de Henri Ier.

« C’est une tombe plate dont les extrémités sont rompues. La figure de cette Reine y est gravée, ayant sur sa tête une couronne à la manière des bonnets que l’on donne aux Électeurs. il y a un retour en demi-cercle, où commence son épitaphe en ces termes : Hic jacet Domina Agnes uxor quondam Henrici Regis, le reste est rompu, et sur l'autre retour on lit : eorum per misericordiam Dei requiescant in pace… »

Les auteurs de la Gallia Christiana revinrent sur le sujet dans leur notice sur l'abbaye de Villiers. Ils firent remarquer que deux informateurs de leur ordre avaient examiné cette épitaphe à un siècle d'intervalle et qu'aucun n'y avait vu le mot Regis ; Magdelon Theulier, qui avait visité l'abbaye dès 1642, croyait même que les mots uxor quondam Henrici avait été rajoutés à l'inscription primitive. D'ailleurs les bénédictins du XVIIIe siècle, pas plus que les frères de Sainte-Marthe au siècle précédent, n'imaginaient qu'Anne de Ruthénie pût apparaître sous le nom d'Agnès ; ils s'étonnaient que l'abbaye de Villiers ayant été fondée un bon siècle et demi après sa mort, il aurait fallu qu'elle y fût transférée après 1220 sans que cet événement ne laissât de trace ; ils pensaient enfin, ayant sans doute consulté Duchesne ou dom Bouquet, qu'Anne, veuve de Raoul, était retournée mourir en Ruthénie.

La pierre tombale ayant disparu depuis la Révolution, il faut bien nous contenter de ces deux textes et on ne pourra plus établir, même par hypothèse, d'où vient cet improbable mot Regis qui paraît avoir trompé Menestrier. Car, en dehors de lui, rien ne résiste : personne n'a jamais pu expliquer de manière convaincante comment la dépouille d'Anne de Kiev serait arrivée dans cette obscure abbaye de femmes du Gâtinais ni par quelle autre église ou chapelle elle aurait transité auparavant ; le type de pierre décrit par le Journal des Savants, avec l'effigie de la défunte entourée d'une épitaphe, n'existait certainement pas au milieu du XIe siècle, comme le souligne R.-H. Bautier ; enfin, l'utilisation du pluriel : eorum… requiescant… signifie que la défunte n'était pas seule. L'hypothèse de loin la plus vraisemblable est donc que cette femme en bonnet, épouse — pourquoi pas ? — d'un certain Henri qui n'était pas roi et qui partageait peut-être sa tombe, était une bienfaitrice de l'abbaye ayant vécu au XIIIe siècle et qui fut accueillie à sa mort dans l'église des religieuses.

L'article du Journal des savants ainsi qu'une traduction de la notice latine des bénédictins ont été republiés avec soin à la fin du Recueil de Labanoff. Une autre copie de ce petit dossier se trouve parmi les annexes d'une traduction de la Chronique de Nestor donnée par Louis Paris en 1834.

Postérité[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Régine Deforges, Sous le ciel de Novgorod (roman).
  • Antoine Ladinsky Anne de Kiev, reine de France, adapté au cinéma par Igor Maslennikov sous le titre Ярославна, королева Франции (Yaroslavna, reine de France), 1978.
  • La petite princesse des neiges, Anne de Kiev, Marie-Claude Monchaux (roman historique).
  • La pièce Nous vivrons éternellement (Yaroslavna — reine de France) de Valentyn Sokolovsky tirée de son roman Anna. La Dilogie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dans cette fresque du mur sud de la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev restaurée durant les années 1950-1960, l'historien d'art soviétique Victor Lazarev croit reconnaître « les quatre filles cadettes » du grand-prince Iaroslav le Sage, « Anne en tête » (Lazarev 1971, p. 236).
    Toutefois, dans une étude parue à Kiev en 1978, l'épigraphiste ukrainien S.A. Vysoc'kyj remet en cause cette identification. S'appuyant sur le texte de Vysoc'kyj, l'historien médiéviste français Robert-Henri Bautier souligne que l'« [l']interprétation [de Lazarev] doit être abandonnée » puisque la tradition byzantine réservait la partie méridionale aux hommes ; les quatre figures de la procession représenteraient donc les fils de Iaroslav. Anne et ses sœurs devaient probablement figurer dans les fresques du mur septentrional, qui ne subsistent qu'à l'état de fragments (Bautier 1985, p. 541, n. 5).
  2. Du IXe au XIIIe siècles, la principauté de Kiev est le premier État organisé de ce qui va devenir la Ruthénie.
  3. Pierre François Marie Massey de Tyronne, Histoire des reines, régentes et impératrices de France, 1827, p. 101
  4. Selon le professeur d'histoire Christian Bouyer, « Anne cumule dans les sources de nombreux patronymes. Les historiens en recensent à son égard une bonne demi-douzaine : Anne de Russie, Anne de Ruthénie, Anne d'Ukraine, Anne d'Esclavénie, Anne de Kiev et quelques autres très imprécis », (Christian Bouyer, Les Enfants Rois, Paris, Pygmalion, , 280 p. (ISBN 978-2-7564-0511-7, lire en ligne)).
  5. Philippe Delorme, Anne de Kiev : épouse de Henri Ier, Paris, Pygmalion, , 271 p. (ISBN 978-2-7564-1489-8).
  6. Olivier Piot, « Kiev la doyenne », sur www.lemonde.fr, 1er octobre 2009, mis à jour le 20 avril 2010 (consulté le 31 mai 2017).
  7. Françoise Guérard, Dictionnaire des Rois et Reines de France, Vuibert (ISBN 2-7117-4436-1).
  8. La chronique de Champagne, dir. Henri Fleury & Louis Paris, Reims, 1837, TII, p. 90.
  9. Christian Bouyer, Dictionnaire des Reines de France, Librairie Académique Perrin, 1992, (ISBN 2-262-00789-6). Christian Bouyer nuance : le mariage « a sans doute lieu le 19 mai 1051 ».
  10. Selon F. Guérard (op. cit), Emma serait morte à quelques mois.
  11. Ou 1062 selon C. Bouyer, op. cit.
  12. C. Bouyer, Dictionnaire…
  13. F. Guérard, op. cit.
  14. Toutefois, selon Françoise Guérard (op.cit.), elle serait retournée mourir à Kiev. Christian Bouyer (op. cit.) évoque également la même hypothèse, une « tradition [qui] veut qu'elle soit retournée dans son pays. »
  15. Le décret du 14 août 1792 indiquait notamment, dans son paragraphe 3, que « les monumens restes de la féodalité, de quelque nature qu'ils soient, existant encore dans les temples et autres lieux publics, et même à l'extérieur des maisons particulières, seront, sans aucun délai, détruits à la diligence des communes ». Texte complet en page 359 de Jean-Baptiste Duvergier (éditeur scientifique), Collection complète des lois, décrets, ordonnances, réglemens et avis du Conseil-d'État : De 1788 à 1824 inclusivement, pâr ordre chronologique (…), Tome quatrième, Paris, A. Guyot et Scribe, , 570 p. (lire en ligne), p. 359.

Sources primaires[modifier | modifier le code]

  • Alexandre Labanoff de Rostoff (prince), Recueil de pièces historiques sur la reine Anne ou Agnès, épouse de Henri Ier, roi de France et fille de Iarosslaf Ier, grand-duc de Russie : avec une notice et des remarques du prince Alexandre Labanoff de Rostoff, aide de camp de Sa Majesté l'Empereur de toutes les Russies, Paris, Imprimerie de Firmin Didot, , XXII-57 p. (lire en ligne).
  • Maurice Prou (éditeur), Recueil des actes de Philippe Ier, roi de France (1059-1108), Paris, Imprimerie Nationale, Librairie C. Klincksieck, coll. « Chartes et diplômes relatifs à l'histoire de France publiés par les soins de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres », , CCL-566 p. (lire en ligne).
  • Frédéric Soehnée, Catalogue des actes d'Henri Ier, roi de France, 1031-1060, Paris, Librairie Honoré Champion, coll. « Bibliothèque de l'École des hautes études. Sciences historiques et philologiques », (lire en ligne).
  • Gallia Christiana… Opera et studio Monachorum Congregationis S. Mauri… [Tome 12]. Paris, Imprimerie royale, 1750.

Études historiques[modifier | modifier le code]

Vue d'artiste d'Anne de Kiev, d'après une effigie de l'abbaye St-Vincent de Senlis fondée par la reine. Gravure extraite de l’Histoire de France de François Eudes de Mézeray, Paris, 1643.
Statue d'Anne de Kiev érigée en 2005 à Senlis.
Vue d'artiste par les sculpteurs ukrainiens Myhkolay et Valentyn Znoba.
  • Robert-Henri Bautier, « Sacres et couronnements sous les Carolingiens et les premiers Capétiens. Recherches sur la genèse du sacre royal français », Annuaire-bulletin de la Société de l'Histoire de France,‎ 1987-1988, p. 7-56 (ISSN 0399-1350, JSTOR 23409201).
  • (en) Wladimir V. Bogomoletz, « Anna of Kiev : An Enigmatic Capetian Queen of the Eleventh Century : A Reassment of Biliographical Sources », French History, vol. 19, no 3,‎ , p. 299–323 (DOI 10.1093/fh/cri032, résumé).
  • Camille Couderc, « Une signature autographe d'Anne de Russie, femme de Henri Ier, roi de France », dans La Russie géographique, ethnographique, historique, politique, administrative, économique, littéraire, artistique, scientifique, pittoresque, etc., Paris, 1892, p. 473-475.
  • Augustin Fliche, Le règne de Philippe Ier, roi de France (1060-1108), Paris, Société française d'imprimerie et de librairie, , XXIII-600 p., in-8 (lire en ligne), p. 16-25 ; 96-97.
  • Roger Hallu, Anne de Kiev, reine de France, Rome, Editiones Universitatis catholicae Ucrainorum, coll. « Opera - Università cattolica ucraina » (no 24), , 247 p.
  • (de) M. Hellmann, « Die Heiratspolitik Jaroslavs des Weisen », in Forschungen zur Osteuropäischen Geschichte, 8, 1962, p. 7-25.
  • Andrew W. Lewis (trad. Jeannie Carlier), Le Sang royal : la famille capétienne et l’État, France, Xe – XIVe siècle [« Royal Succession in Capetian France »], Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », , 436 p. (ISBN 2-07-070514-5, présentation en ligne), [présentation en ligne].
  • Félix Olivier-Martin, Études sur les régences : I. Les Régences et la majorité des rois sous les Capétiens directs et les premiers Valois (1060-1375), Paris, Librairie du Recueil Sirey, , XXII-178 p.
  • (en) André Poulet, « Capetian Women and the Regency : The Genesis of a Vocation », dans John Carmi Parsons (éditeur), Medieval Queenship, New York, St. Martins Press, (1re éd. 1994) (ISBN 978-0-31-205217-1 et 978-0-31-217298-5), p. 93-116.
  • Christian Settipani, « Stratégies matrimoniales en question : quelques unions atypiques dans les royaumes carolingiens aux IXe-XIe siècles », dans Martin Aurell (éditeur), Les Stratégies matrimoniale (IXe-XIe siècles), Turnhout, Brepols, coll. « Histoires de famille. La parenté au Moyen Age » (no 14), (ISBN 978-2-503-54923-1 et 978-2-503-55033-6, DOI 10.1484/M.HIFA-EB.5.101228), p. 49-76.
    « Le mariage entre Henri Ier et Anne de Kiev », p. 55-67 : discussion des raisons possibles motivant l'union, du choix du prénom Philippe pour le premier-né et de la généalogie de la princesse.
  • (en) George Y. Shevelov, « On the so-called signature of Queen Ann of France (1063) », Studia Ucrainica, University of Ottawa Press, vol. 1,‎ , p. 57-63
  • (en) Emily J. Ward, « Anne of Kiev (c.1024–c.1075) and a reassessment of maternal power in the minority kingship of Philip I of France », Historical Research, vol. 89, no 245,‎ , p. 435–453 (DOI 10.1111/1468-2281.12139, lire en ligne).
  • (en) Talia Zajac, « Gloriosa Regina or « Alien Queen » ? : Some Reconsiderations on Anna Yaroslavna’s Queenship (r. 1050-1075) », Royal Studies Journal, vol. 3, no 1,‎ , p. 28-70 (ISSN 2057-6730, lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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