Louis de France (1661-1711)

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Louis de France
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Le « Grand Dauphin » devant le siège de Philipsbourg (1688).

Titre

Prince héritier de France et de Navarre

1er novembre 1661 — 14 avril 1711
(49 ans 5 mois et 13 jours)

Prédécesseur Louis, dauphin de France
Successeur Louis, dauphin de France
Fonctions militaires
Conflit Guerre de la Ligue d’Augsbourg
Biographie
Titulature Fils de France
Dauphin de France
Dynastie Maison de Bourbon
Nom de naissance Louis de France
Surnom Monseigneur, ou « Le Grand Dauphin » après sa mort
Naissance
Fontainebleau (France)
Décès (à 49 ans)
Meudon (France)
Sépulture Nécropole de Saint-Denis
Père Louis XIV de France
Mère Marie-Thérèse d’Autriche
Conjoints Marie Anne Christine de Bavière
Marie-Émilie de Joly de Choin
Liaison Marie-Armande de Rambures (1662-1689)
Enfants Louis de France
Philippe de France
(Philippe V d'Espagne) Roi d’Espagne
Charles de France
Résidence Château de Meudon, Château de Versailles
Religion Catholicisme

Signature

Signature de Louis de France
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Héritiers du trône de France

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Louis de France, dit Monseigneur, ou le Grand Dauphin après sa mort, est né à Fontainebleau le et mort au château de Meudon le .

Biographie[modifier | modifier le code]

La reine Marie-Thérèse et son fils le Dauphin de France, Charles Beaubrun, 1663-1666.

Son enfance[modifier | modifier le code]

Fils aîné de Louis XIV et de Marie-Thérèse d’Autriche, il naquit le 1er novembre 1661 au château de Fontainebleau. Son père assista à l’accouchement et le Grand Dauphin enfin né, le roi courut à la fenêtre et annonça : « La reine est accouchée d’un garçon ! ». En son honneur, une nouvelle appellation fut créée : « Monseigneur ». Le 5 juin 1662, un grand carrousel est donné en l'honneur de sa naissance sur la place qui porte désormais le nom de « place du Carrousel ». Jusqu’à 7 ans, il eut pour gouvernante Madame de la Motte.

L'éducation de l'héritier du trône[modifier | modifier le code]

Ensuite, il eut pour gouverneur le très sévère duc de Montausier, Charles de Sainte-Maure — qui servit, dit-on, de modèle à Molière pour son Misanthrope[1] — et pour précepteur l’évêque de Condom, puis de Meaux, Jacques-Bénigne Bossuet, assisté de Pierre-Daniel Huet. Louis de France est, jusqu’en 1674, un élève appliqué. C’est à lui qu’est dédié le premier recueil des Fables de La Fontaine en 1668.

Il reçoit une éducation qui lui apprend davantage l’obéissance à son père que l’art de gouverner le royaume. Ses précepteurs en revanche lui transmettent le goût des antiquités (médailles, inscriptions, sculpture). Monseigneur avait commencé à collectionner, vers 1681, alors qu’il avait vingt ans, et, outre les porcelaines, il appréciait particulièrement les gemmes. Il était secondé en la matière, depuis 1680 jusqu’à son décès, par son conseiller le fameux orfèvre Philippe Van Dievoet dit « Vandive » (1654-1738), officier de la Garde-Robe du Roi, attaché à la personne du Dauphin. Saint-Simon brosse du caractère du dauphin un portrait sévère :

« Monseigneur était plutôt grand que petit, fort gros, mais sans être trop entassé, l'air fort haut et fort noble, sans rien de rude, et il aurait eu le visage fort agréable si M. le prince de Conti, le dernier mort, ne lui avait pas cassé le nez par malheur en jouant étant tous deux enfants. Il était d'un fort beau blond, il avait le visage fort rouge de hâle partout et fort plein, mais sans aucune physionomie ; les plus belles jambes du monde, les pieds singulièrement petits et maigres. Il tâtonnait toujours en marchant, et mettait le pied à deux fois ; il avait toujours peur de tomber, et il se faisait aider pour peu que le chemin ne fut pas parfaitement droit et uni. Il était fort bien à cheval et y avait grande mine, mais il n'y était pas hardi. Casau courait devant lui à la chasse ; s'il le perdait de vue il croyait tout perdu ; il n'allait guère qu'au petit galop, et attendait souvent sous un arbre ce que devenait la chasse, la cherchait lentement et s'en revenait. Il avait fort aimé la table, mais toujours sans indécence. Depuis cette grande indigestion qui fut prise d'abord pour apoplexie, il ne faisait guère qu'un vrai repas, et se contenait fort, quoique grand mangeur comme toute la maison royale. Presque tous ses portraits lui ressemblent bien.
De caractère, il n'en avait aucun ; du sens assez, sans aucune sorte d'esprit, comme il parut dans l'affaire du testament du roi d'Espagne ; de la hauteur, de la dignité par nature, par prestance, par imitation du roi ; de l'opiniâtreté sans mesure, et un tissu de petitesses arrangées qui formaient tout le tissu de sa vie ; doux par paresse et par une sorte de stupidité ; dur au fond, avec un extérieur de bonté qui ne portait que sur des subalternes et sur des valets, et qui ne s'exprimait que par des questions basses. Il était avec eux d'une familiarité prodigieuse, d'ailleurs insensible à la misère et à la douleur des autres, en cela peut-être plutôt en proie à l'incurie et à l'imitation qu'à un mauvais naturel ; silencieux à l'incroyable, conséquemment fort secret, jusque-là qu'on a cru qu'il n'avait jamais parlé d'affaires d'État à la Choin, peut-être parce que tous [deux] n'y entendaient guère. L'épaisseur d'une part, la crainte de l'autre, formaient en ce prince une retenue qui a peu d'exemples ; en même temps glorieux à l'excès, ce qui est plaisant à dire d'un Dauphin jaloux de respect, et presque uniquement attentif et sensible à tout ce qui lui était dû, et partout. Il dit une fois à Mlle Choin, sur ce silence dont elle lui parlait, que les paroles de gens comme lui portant un grand poids, et obligeant aussi à de grandes réparations quand elles n'étaient pas mesurées, il aimait mieux très-souvent garder le silence que de parler. C'était aussi plus tôt fait pour sa paresse et sa parfaite incurie; et cette maxime excellente, mais qu'il outrait, était apparemment une des leçons du roi ou du duc de Montausier qu'il avait le mieux retenue[2]. »

La famille de Monseigneur[modifier | modifier le code]

Il épouse Marie Anne Christine de Bavière le 7 mars 1680. Ils eurent comme enfants :

  1. Louis (6 août 1682 † 18 février 1712), duc de Bourgogne, épouse en 1696 Marie-Adélaïde de Savoie (1685-1712) ;
  2. Philippe (19 décembre 1683 † 9 juillet 1746), duc d’Anjou, roi d’Espagne sous le nom de Philippe V et détenteur des Pays-Bas espagnols en 1700 (à la suite du décès du roi Charles II d'Espagne), épouse en 1701 Marie-Louise de Savoie ;
  3. Charles (31 juillet 1686 † 5 mai 1714) duc de Berry, épouse en 1710 Louise-Élisabeth d’Orléans (1695-1719).

Veuf en 1690, il épousa secrètement en 1695 sa maîtresse Marie-Émilie de Joly de Choin (1670-1732), dame d’honneur de sa demi-sœur préférée la princesse douairière de Conti, que cette dernière avait renvoyée.

Le Grand Dauphin en famille

Monseigneur et la politique[modifier | modifier le code]

Bien qu’il ait lui aussi épousé sa maîtresse, le roi n’approuva pas cette union. Le Dauphin se retira dans son château de Meudon[3] où se forma une sorte de contre-pouvoir à la politique de Louis XIV.

Opposé à la révocation de l’édit de Nantes (1685), il se signala également par sa bravoure au combat, notamment pendant la Guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688 à 1697).

Fier de son sang, il ne craignit pas de réclamer avec une vigueur inaccoutumée pour son fils cadet le duc d’Anjou, l’héritage de la couronne d’Espagne sur laquelle sa mère lui avait donné des droits (1700).

Mort et descendance[modifier | modifier le code]

Victime d’une attaque d’apoplexie en 1701, il mourut de la petite vérole le 14 avril 1711 à 23 h 30, et à l’âge de quarante-neuf ans en son château vieux de Meudon, dans la chambre de son Grand Appartement. Son fils, le duc de Bourgogne, ne fut finalement jamais roi car il décéda avant Louis XIV, mais le cadet Philippe fonda la Maison de Bourbon en Espagne qui détient encore le trône de ce pays.

Activités militaires[modifier | modifier le code]

Chevalier des Ordres à sa naissance, il fut reçu le 1er janvier 1682. Furent créés pour lui :

Titres[modifier | modifier le code]

1661 - 1711 S.A.R. Monseigneur le Dauphin

Odonymie[modifier | modifier le code]

Le Grand-Dauphin a donné son nom à la forteresse de Mont-Dauphin, fondée en 1693 par Vauban.

Ascendance[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Révérend Père Nicolas Le Petit, auteur d'une Vie du duc de Montausier (1729, tome II, p. 129) affirme que le duc ne se montra pas blessé des intentions prêtées gratuitement au poète à ce sujet.
  2. Saint-Simon, « Caractère de Monseigneur », Mémoires, Bibliothèque de la Pléiade,  éd. 1984, vol.IV, p. 78-79.
  3. Château dont le potager portera son nom : le potager du Dauphin

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Matthieu Lahaye, Louis, Dauphin de France. Fils de roi, père de roi, jamais roi, DEA sous la direction de Joël Cornette soutenu à l’université Paris VIII, 2005.
  • Matthieu Lahaye, « Louis Ier d’Espagne (1661-1700) : essai sur une virtualité politique », in Revue historique, no 647, septembre 2008.
  • Matthieu Lahaye, Le fils de Louis XIV. Réflexion sur l’autorité dans la France du Grand Siècle, thèse sous la direction de Joël Cornette à l’Université Paris VIII, 2011.
  • Matthieu Lahaye, Le fils de Louis XIV. Monseigneur le Grand Dauphin, Seyssel, Champ Vallon, 2013.
  • Charles IX. Récit d’histoire par Louis Dauphin et Bossuet, édité par Régine Pouzet, Clermont-Ferrand, Adosa, 1993, 298 p., 8 pl. (ISBN 2-86639-002-4)
  • Jean-Pierre Maget, Monseigneur, Louis de France, dit Le Grand Dauphin, fils de Louis XIV, Thèse sous la direction de Dominique Dinet, université de Strasbourg, 2010.
  • Collectif, Le Grand Dauphin, Fils de Louis XIV, Seigneur de Meudon, Éditions APAM (Association Publications Amis de Meudon), 2011.

Articles connexes[modifier | modifier le code]