Île des Faisans

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Île des Faisans
Konpantzia (eu)
Isla de los Faisanes(es)
Image illustrative de l’article Île des Faisans
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Drapeau de l'Espagne Espagne
Localisation Bidassoa
Coordonnées 43° 20′ 34″ N, 1° 45′ 56″ O
Superficie 0,006 82 km2
Géologie Île fluviale
Administration
Statut Condominium

Drapeau de la France France
Région Nouvelle-Aquitaine
Département Pyrénées-Atlantiques

Drapeau de l'Espagne Espagne
Communauté autonome Pays basque
Province Guipuscoa
Démographie
Population Aucun habitant
Autres informations

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Îles en France / Île en Espagne

L'île des Faisans (en espagnol : Isla de los Faisanes) ou île de la Conférence (en basque : Konpantzia) est une petite île fluviale située sur la Bidassoa, près de son embouchure et de la baie de Chingoudy, sur la frontière franco-espagnole.

Ayant le statut de condominium, elle est administrée alternativement par la France et l'Espagne avec un changement d'administration tous les six mois. Il s'agit du seul exemple dans les relations internationales contemporaines d'une souveraineté alternée sur un même territoire[1]. Son accès est interdit au public.

Toponymie[modifier | modifier le code]

À l'époque romaine l'île aurait été nommée Pausu[2], comme tout le quartier proche Béhobie d'Urrugne ou Behobia d'Irun. Connue ensuite en espagnol sous le nom Isla de los Pausans ou Isla de los Faisants[3], et en français îles des Faussans, puis Faisans.

Avant les événements de 1659 qui la firent entrer dans la postérité, l'île était nommée Insura Haundia (la « grande île », en basque)[4].

Le toponyme « île de la Conférence » apparaît sous la forme Isola della Pace en 1690 sur la carte de Cantelli[5]. Joseph Nogaret[6] signale qu’avant de se nommer « île de la Conférence », l’île était appelée « île de l'Hôpital ».

Géographie[modifier | modifier le code]

L'île des Faisans mesure environ 210 m de long sur 40 m dans sa plus grande largeur pour une superficie de 6 820 m2. Elle est située sur la rivière Bidassoa, entre Béhobie en France et Irun en Espagne, à 275 m en aval du pont international de Béhobie et à environ 1,8 km en amont des ponts ferroviaires de la ligne Hendaye-Irun à l'embouchure dans la baie de Chingoudy. L'île est un simple dépôt d'alluvions de peu d'étendue, que le fleuve aurait fait disparaître depuis longtemps si elle n'avait été entourée d'une palissade et d'empierrements en raison des souvenirs historiques qui s'y rattachent.

La frontière conventionnelle passe sur l'îlot même.

Histoire[modifier | modifier le code]

Dès le XVe siècle, l'île se prête à des rencontres diplomatiques et royales. En 1463, Louis XI (roi de France) et Henri IV de Castille, s'y rencontrent. En 1526, François Ier, fait prisonnier par Charles Quint à la bataille de Pavie (1525), y est échangé contre ses deux fils[7].

Échange de fiancées royales (1615)[modifier | modifier le code]

L'Échange des deux princesses de France et d'Espagne, tableau allégorique de Pierre Paul Rubens pour le Cycle de Marie de Médicis, vers 1622-1625

En 1615, les ambassadeurs français et espagnols font dans l'île des Faisans l'échange de deux fiancées royales : Élisabeth, fille d'Henri IV, roi de France, promise à Philippe IV, roi d'Espagne ; et la sœur de celui-ci, Anne, destinée à Louis XIII, frère d'Élisabeth et fils d'Henri IV.

Négociations du traité des Pyrénées[modifier | modifier le code]

Entrevue de Louis XIV et de Philippe IV sur l'île des Faisans en 1660 (Entrevue des deux rois sur l'île des Faisans, tableau de Jacques Laumosnier).
L'Ile de la Conférence en 1660 (gravure du temps).

Jusqu'en 1659, l'île est possession de la ville de Fontarrabie[4]. En 1659, sur ce petit espace de vase desséchée, le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d'Autriche, fille du roi d'Espagne Philippe IV et d'Élisabeth de France, est âprement négocié, en même temps que le traité de paix dit des Pyrénées — d'où l'autre nom parfois donné à l'île : « île de la Conférence ». Les pourparlers entre le cardinal Mazarin et don Luis de Haro durent trois mois (24 rencontres[4] du au , date du mariage).

Les 5 et , Louis XIV et Philippe IV s'y rencontrent en personne pour la confirmation du traité et la conclusion du mariage, dont la célébration a lieu à Saint-Jean-de-Luz le .

Mémorial du traité des Pyrénées sur l'île des Faisans.

Un monument commémoratif de la conférence de 1659 est élevé en 1861 sur l'île des Faisans par les deux pays limitrophes.

Traité de Bonne Correspondance[modifier | modifier le code]

Aux XVIe et XVIIe siècles, l'île est également le lieu de rencontre des délégués du biltzar du Labourd, et ceux de Bayonne d'une part, et des représentants du Guipuscoa et de la Biscaye, pour la signature des divers traités de Bonne Correspondance.

Nouvel échange de princesses (1722)[modifier | modifier le code]

Le , a lieu un nouvel échange entre deux princesses : Marie Anne Victoire, infante d'Espagne, trois ans, promise à Louis XV, roi de France, onze ans ; et Louise-Élisabeth d'Orléans, douze ans, fille du Régent, promise au prince des Asturies, le futur roi d'Espagne Louis Ier, quatorze ans[8].

Remise d'une princesse (1723)[modifier | modifier le code]

Le , Philippine-Élisabeth d'Orléans, dite « mademoiselle de Beaujolais », huit ans, fille du Régent fiancée à l'infant Charles, sept ans, est conduite dans l'île par le duc de Duras, qui la remet au duc d'Osuna[9].

Souveraineté partagée : statut de condominium[modifier | modifier le code]

Depuis le traité de Bayonne de 1856, précisé par une convention en 1901, l'îlot est un condominium sous l'autorité conjointe de la France et de l'Espagne, changeant de souveraineté tous les six mois[1] : du 1er août au 31 janvier pour la France, du 1er février au 31 juillet pour l'Espagne.

Le condominium est administré par deux vice-rois, officiers de marine, l'un commandant de la base navale de l'Adour à Bayonne, en service depuis 1983, l'autre commandant de la station navale de Fontarrabie et de Saint-Sébastien pour l'Espagne[1]. Pierre Loti fut un de ces vice-rois[10]. La fermeture en juillet 2015 de la base navale de l'Adour, voit la charge de vice-roi transférée au commandant de la marine à Bordeaux[11],[12]. Le 1er février 2012, la passation de pouvoirs entre les deux vice-rois a donné lieu, pour la première fois, à une cérémonie sur l'île[13].

Depuis 1901 et le règlement du conflit frontalier, aucun événement majeur ne s'est produit sur l'île aux Faisans hormis une tentative de franchissement illégal de la frontière franco-espagnole en 1974 par un groupe armé de l'ETA qui provoqua l'intervention de la Guardia civil entraînant la mort de deux personnes (un agent espagnol et un militant basque)[3].

La commission internationale des Pyrénées est chargée de régler tous les problèmes frontaliers : c'est ainsi qu'une convention a accordé alternativement aux riverains des deux pays le droit de pêche sur la Bidassoa et dans la baie. L'île des Faisans a déjà été la plateforme de rencontres binationales. Ainsi, y a été signée le 6 février 2008, une convention sur le rejet des eaux usées entre l’agglomération Sud Pays basque (Hendaye, Biriatou, Urrugne, Béhobie, etc.) et la Mancomunidad de Txingudi (Irun, Fontarrabie).

L'entretien de l'île est assuré à tour de rôle par les villes d'Hendaye (pour la France) et d'Irun (pour l'Espagne)[14],[15].

Le titre de Vice-roi de nos jours[modifier | modifier le code]

Le titre de « vice-roi » de l’île des Faisans, conféré encore aujourd’hui aux commandants de la Marine (de Bordeaux pour la France et de Saint-Sébastien pour l'Espagne) repose sur une continuité historique. Ce titre était jadis accordé aux commissaires royaux à qui l'on avait confié la surveillance de la frontière, et la charge de la souveraineté de l'île par alternance, dans le Traité. Le titre est maintenu en France, bien que République, par égard pour l'Espagne (qui est une monarchie constitutionnelle) afin de respecter une certaine homogénéité entre les deux homologues[16]. De la même manière en Andorre, le président de la République française est co-prince de ce petit État.

Dans les arts[modifier | modifier le code]

Peinture[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Je m'imagine voir, avec Louis le Grand,
Philippe Quatre qui s'avance
dans l'île de la Conférence[17].

Cinéma[modifier | modifier le code]

En 2017, le roman de Chantal Thomas est porté à l'écran par Marc Dugain, toujours sous le titre L'Échange des princesses.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c L'île des Faisans et le vice-roi de la République
  2. (eu) Izaga David, « [itzul] BEHOBIA » (consulté le 16 avril 2016)
  3. a et b (es) Lorenzo Calonge, « La isla que pertenece seis meses a España y seis meses a Francia », El País, 30 juillet 2017.
  4. a b et c Peio Etcheverry-Ainchart, Louis XIV et le Pays basque, Elkar (ISBN 978-84-9783-790-3)
  5. Paul Raymond, Dictionnaire topographique Béarn-Pays basque
  6. Joseph Nogaret, Saint-Jean-de-Luz des origines à nos jours, Bayonne, Imprimerie du Courrier,
  7. Guide Michelin Aquitaine - Edition 2001 - Article Hendaye
  8. Saint-Simon, Mémoires, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, Gallimard, 1988, t. VIII, p. 291, 294, 298.
  9. Saint-Simon, op. cit., p. 562 et note 1.
  10. « Histoire de la Marine nationale en terre basque », sur defense.gouv.fr, (consulté le 2 novembre 2014).
  11. « L’inévitable fermeture de la base navale de l’Adour », sur Mer et Marine, (consulté le 4 novembre 2014)
  12. Emmanuelle Fère, « La Base navale de l'Adour dit adieu à Bayonne », Sud Ouest, (consulté le 8 février 2016)
  13. Passation de pouvoirs entre marins français et espagnols sur l'île des Faisans, Mer et Marine, 1er février 2012.
  14. (es) « Barrios históricos de Irun / Behobia »
  15. (en-GB) « The island that switches countries every six months », BBC News,‎ (lire en ligne)
  16. « https://www.defense.gouv.fr/marine/au-fil-de-l-eau/passation-de-pouvoirs-entre-marine-francaise-et-marine-espagnole-au-pays-basque », sur www.defense.gouv.fr (consulté le 31 mars 2018)
  17. La Fontaine, Fables, XII, 4.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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