Marie d'Anjou

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d’aide sur l’homonymie Cet article concerne la reine de France. Pour les autres personnalités du même nom, voir Marie d'Anjou (homonymie).
Marie d'Anjou
Description de cette image, également commentée ci-après
Marie d'Anjou, reine de France.
Dessin de Bunel d'après Jean Fouquet, volet du triptyque de la chapelle du palais Jacques-Cœur à Bourges, vers 1450 (Carpentras, Bibliothèque Inguimbertine).

Titres

Reine de France


(38 ans, 9 mois et 1 jour)

Prédécesseur Isabeau de Bavière
Successeur Charlotte de Savoie

Dauphine de France


(5 mois et 29 jours)

Prédécesseur Jacqueline de Hainaut
Successeur Marguerite d'Écosse
Biographie
Dynastie Valois-Anjou
Naissance
Angers (Anjou)
Décès (à 59 ans)
Abbaye des Châtelliers (France)
Sépulture Nécropole de Saint-Denis
Père Louis II d'Anjou
Mère Yolande d'Aragon
Conjoint Charles VII de France
Enfants Louis XI, roi de France
Radegonde
Catherine, comtesse de Charolais
Yolande, duchesse de Savoie
Jeanne, duchesse de Bourbon
Madeleine, princesse de Viane
Charles, duc de Guyenne
Religion Catholicisme

Description de cette image, également commentée ci-après

La princesse Marie d'Anjou, née le au château d'Angers et morte le à l'abbaye cistercienne Notre-Dame des Châtelliers, est reine de France de 1422 à 1461, par son mariage avec le futur roi Charles VII.

Biographie[modifier | modifier le code]

Marie est la fille de Louis II d'Anjou (1377-1417), duc d'Anjou, comte de Provence , roi titulaire de Naples, et de Yolande d'Aragon (1381-1442), fille de Jean Ier (roi d'Aragon).

Elle est fiancée à l'âge de 9 ans, le 20 novembre 1413, au Louvre, par son père, Louis II d'Anjou, au comte Charles de Ponthieu, né le 22 février 1403, âgé seulement de dix ans[1]. Il est le dernier fils du roi de France, Charles VI et de la reine Isabeau de Bavière , et il n'a aucune chance de régner, étant précédé de deux frères ainés, les ducs Louis de Guyenne (1397-1415) et Jean de Touraine (1398-1417). Le sort en décide autrement : ses deux frères étant morts prématurément , il deviendra dauphin de France le 4 avril 1417, à l'âge de 14 ans.

Après leurs fiançailles, Yolande d'Aragon, ne souhaitant pas laisser sa fille à Paris, dans une période dangereuse, sous la menace des Bourguignons, emmena les jeunes fiancés en Anjou et en Provence, au début de 1414[2].

Au mois de juin de l'année 1416, à l'âge de 13 ans, Charles de Ponthieu devra rentrer à Paris, sous la tutelle de son père, le roi Charles VI, pour participer au Conseil de Régence présidé par son futur beau-père, Louis II d'Anjou, qui décédera le 29 avril 1417. Le dauphin Charles de Ponthieu, âgé de 14 ans, assisté de conseillers Armagnacs fidèles à la couronne, est désigné pour succéder à feu Louis II d'Anjou à la présidence du conseil de régence: il attire ainsi sur lui la réaction du duc de Bourgogne, Jean sans Peur, décidé à prendre le pouvoir, du fait de l'incapacité du roi Charles VI et de la jeunesse du dauphin.

La réaction de Jean sans Peur ne tarde pas : Le 29 mai 1418, alors que les deux fiancés résident à l'Hôtel Saint-Pol, demeure royale du quartier du Marais, à Paris, ils sont menacés par les Bourguignons, menés par le bourreau Capeluche, aux ordres du duc de Bourgogne, Jean sans Peur. Le dauphin, protégé par de fidèles officiers de la couronne, réussit à fuir et va se réfugier à Bourges, capitale de son Duché de Berry . Mais, Marie d'Anjou , adolescente de treize ans, était restée otage de Jean sans Peur . Elle s'était réfugiée, avec ses suivantes, dans l'Hôtel de Bourbon et avait assisté aux massacres commis par les Bourguignons, dont elle faillit être victime. Elle ne sera délivrée que le 22 septembre 1418, et rendue à sa mère et à son fiancé, au château de Saumur, résidence de Yolande d'Aragon, par le duc Jean V de Bretagne, allié de Jean sans Peur, en échange de la ratification du projet de Traité de Saint-Maur (1418) que le dauphin n'entérinera finalement pas[3].

Placée sous la protection de sa mère, Yolande d'Aragon, la princesse Marie d'Anjou a vécu des jours paisibles en Anjou. Elle s'est mariée le avec le dauphin Charles de Ponthieu, futur roi Charles VII, en la cathédrale Saint-Étienne de Bourges. Le mariage est célébré par monseigneur Guillaume de Champeaux, évêque de Laon. La cérémonie des noces, organisée par Jean Louvet, conseiller du dauphin, fut fastueuse, au point que la princesse dut vendre ses bijoux et sa Bible enluminée, afin de payer une partie des créanciers.

Reine de France[modifier | modifier le code]

Copie d'un portrait disparu de Marie d'Anjou
(collection Roger de Gaignières, XVIIe siècle, Paris, BnF).

Après la mort de son père, le roi Charles VI, survenue le 21 octobre 1422, le dauphin Charles de Ponthieu , seul héritier légitime de la couronne , se proclame roi de France le 30 octobre 1422, sous le nom de Charles VII. Il occupe la cinquième place dans la Dynastie de Valois des rois ayant régné sur la France. En ce jour solennel, le roi Charles VII, nouvellement couronné, siège en majesté, aux côtés de son épouse, Marie d'Anjou, reine de France, lors de la cérémonie religieuse présidée par monseigneur Henry d'Avaugour, archevêque de Bourges, en la cathédrale de Bourges, entouré de ses fidèles conseillers et de personnalités du royaume.[4].


Jeanne d'Arc, est d'abord présentée au roi Charles VII au château de Chinon, puis à la reine Marie d'Anjou et à sa mère, Yolande d'Aragon. Inspirée par les saints du ciel, elle dénonce à Chinon, le 25 février 1429, le Traité de Troyes, accordant en 1420 la royauté de France aux usurpateurs anglais de la dynastie de Plantagenêt-Lancastre, incarnée par le jeune Henri VI (roi d'Angleterre), orphelin de son père, le roi Henri V d'Angleterre, placé sous la tutelle de son oncle, le duc de Bedford, qui exerce la présidence de la Régence du royaume de France à Paris.. Elle encourage le roi Charles VII à bouter les Anglais hors de France. De victoires en victoires , depuis Orléans, le roi de France recouvrera la totalité de ses territoires, après la Bataille de Castillon du 17 juillet 1453 (à l'exception de Calais qui ne sera restitué au royaume de France qu'en 1598).

La reine, résidant à Chinon, ne pourra participer à la chevauchée royale, ni assister à la cérémonie du couronnement de son mari, le roi Charles VII, organisée en la cathédrale de Reims, le 17 juillet 1429., à l'instigation de Jeanne d'Arc. Elle en reçoit un compte-rendu détaillé de Pierre de Beauvau[5].

Elle remplit parfaitement son rôle de mère de famille nombreuse en donnant à son époux pas moins de 14 enfants, de 1423 à 1446 , dont cinq sont morts prématurément. L'aîné de ses enfants, né le 3 juillet 1423 à Bourges, est l'héritier au trône, le futur Louis XI.

La reine de France, décrite par les chroniqueurs comme pieuse et effacée, a joué un rôle non négligeable auprès de son époux: On relève notamment qu'elle a participé par intermittence à l'administration du royaume, avec les fonctions de lieutenant-général du roi , dont entre autres la présidence du conseil, lors des déplacements du roi Charles VII. Elle dirigeait une centaine de personnes [6]. Elle a organisé la rénovation complète du château de Chinon[7].

Elle est citée par l'historien Louis-François de Villeneuve-Bargemont, comme « modèle des épouses et des reines, femme héroïque, mère des pauvres et des infortunés »[8].

Elle restera en retrait de la vie sentimentale de son mari. Celui-ci choisit , comme favorite, une ancienne demoiselle d'honneur de son épouse, Agnès Sorel, connue sous le nom de Dame de Beauté, dont trois filles seront légitimées en tant que princesses de France et mariées à de grands seigneurs de la Cour[9].

Le , la reine accueille dans sa résidence du château d'Amboise, son fils Louis XI, sacré roi de France, en la Cathédrale de Reims, le 15 août 1461, après la mort de son père Charles VII, survenue le 22 juillet 1461 [10]. Deux ans plus tard, à la fin de sa vie, la reine s'en alla à Saint-Jacques-de-Compostelle. Selon une spécialiste du pèlerinage de Compostelle, Denise Péricard-Méa, il est possible qu'elle fût une ambassadrice secrète de son fils Louis, car le pèlerinage fut effectué en hiver, à savoir à la mauvaise saison, de plus par mer[11],[12]. Toutefois, "on ne sait, tout ceci étant secret par excellence."

Descendance[modifier | modifier le code]

De Charles VII, elle avait eu

Décès[modifier | modifier le code]

Elle s'éteint le 29 novembre 1463, au retour d'un pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, à l'abbaye cistercienne Notre-Dame des Châtelliers (diocèse de Poitiers), après deux ans de veuvage, après un règne marqué par les victoires de la France sur l'Angleterre. Elle est inhumée dans la chapelle Saint-Jean-Baptiste de la basilique Saint-Denis aux côtés de son époux Charles VII. Son tombeau est profané le .

À la suite de ce trépas, Regnaud le Queux composa L'exclamation en la mort de Marie d'Anjou où cette disparition est présentée comme une apothéose[13].

Ascendance[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les deux fiancés sont cousins: ils sont tous deux les arrières-petits-enfants du roi de France Jean le Bon (1319-1364)
  2. La menace des Bourguignons: Le duc de Bourgogne, Jean sans peur, (cousin du roi Charles VI), avait déjà tenté de prendre le pouvoir en faisant assassiner par ses spadassins à Paris, le duc Louis 1er d'Orléans (frère cadet du roi), le 23 septembre 1407. En 1410, Charles d'Orléans, fils du duc assassiné, réclame vengeance auprès de son beau-père , le comte d'Armagnac: ainsi est née la Guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Le comte d'Armagnac est assassiné à son tour par les spadassins de Jean sans peur, lors de l'invasion de ces derniers le 29 mai 1418, à Paris
  3. Le Traité de Saint-Maur avait pour objet de faire rapatrier le dauphin Charles de Ponthieu à Paris, sous l'autorité de son père, le roi Charles VI. Ce dernier , en état de démence, était soumis à l'influence de Jean sans Peur qui voulait s'emparer du pouvoir. Parmi les arguments développés dans les attendus de ce Traité, on relève celui selon lequel les conseillers Armagnacs détiendraient le dauphin en otage à Bourges afin de le livrer aux Anglais contre une rançon! (SIC !). En tentant de faire entériner par le dauphin le Traité de Saint-Maur du 16 septembre 1418, en échange de la délivrance de sa fiancée , qui avait subi plus de trois mois de détention comme otage à Paris, les auteurs du dit Traité de Saint-Maur espéraient se concilier la faveur personnelle du dauphin, mais ce dernier formula un désaveu complet de cette transaction et la princesse Marie d'Anjou fut ainsi libérée sans la contrepartie projetée par Jean sans Peur (Auguste Vallet de Viriville, Histoire de Charles VII et de son époque, Livre II, Chapitre I,Paris, 1862)
  4. Cathédrale de Bourges: au XV° siècle, fut mise en place une grande composition sculptée surmontée de la couronne royale, aux armes du royaume de France à trois fleurs de lys et encadrée par deux anges, portant la mention suivante :« CY EST L'ESCU OÙ DIEU LE LIZ ANCRA / L'ANGE APORTA L'AMPOULE d'EXCELLENCE / ET L'ENVOYA AU NOBLE ROI DE FRANCE / À SAINT REMY QUI À RAIMS LE SACRA »- (A. de Girardot et H. Durand, Monographie de la cathédrale de Bourges, Moulins, 1829)
  5. Philippe Contamine, Olivier Bouzy, Xavier Hélary, Jeanne d'Arc: Histoire et dictionnaire, p.847-848, Robert Laffont, 2012
  6. Gaston du Fresne de Beaucourt, Histoire de Charles VII, T.2, p. 302, Paris, 1882
  7. Arnaud de Saint-Jouan, architecte des Monuments Historiques, Les logis royaux du château de Chinon, Congrès archéologique de France, 2003, actes , p.105-113
  8. Vicomte LF de Villeneuve-Bargemont, Histoire de René d'Anjou, roi de Naples, duc de Lorraine, comte de Provence, Paris, éd.Blaize, 1825, T1, p.394
  9. Paul Durieu, Les filles d'Agnès Sorel, in Revue de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, année 1922, pp.150-168
  10. Joseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de Louis XI, tome XI "itinéraire", Librairie Renouard, Paris 1909.
  11. http://www.saint-jacques.info/reines.html
  12. En tant que justificatif, Denise Péricard-Méa trouva la lettre de Louis XI expédiée aux habitants d'Amboise le 16 septembre 1466 : "De par le roy. Chiers et bien amez, pour ce que nostre tres chere et tres amee tante la contesse de Witembergh, laquelle est puis naguerre venue devers nous pour aucunes ses affaires, s'en va presentement devers nostre tres cher et tres ame oncle le roy de Secille, et de la a l'intencion de s'en aller en pelerinaige a monseigneur saint Jacques de Galice, nous voulons et vous mandons que vous la recevez et lui faites tout l'onneur et la meilleure chere que faire sera possible, tout ainsi [que] vouldriez faire a nous mesmes, et en ce faisant, vous nous ferez tres singulier et agreable plaisir. Donne a Montargis, le XVIe jour de septembre. LOYS. TOUSTAIN. (secrétaire) A noz chiers et bien amez les bourgeois, manans et habitans de la ville d'Amboise", Joseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de Louis XI, tome III p. 93-94, Société de l'Histoire de France et Librairie Renouard, Paris 1887.
  13. Jacques Heers, Louis XI p.132, Perrin, Paris 2003

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Chevalier, « Marie d'Anjou, une reine sans gloire, 1404-1463 », dans Geneviève et Philippe Contamine (dir.), Autour de Marguerite d'Écosse : Reines, princesses et dames du XVe siècle : Actes du colloque de Thouars (23 et 24 mai 1997), Paris, Honoré Champion, coll. « Études d'histoire médiévale » (no 4), (ISBN 2745301144, présentation en ligne), p. 81-98.
  • Solveig Bourocher, « La reine Marie d’Anjou : commanditaire des travaux du château de Chinon au milieu du XVe siècle ? », Le Moyen Âge, vol. 117, nos 3-4 « Le mécénat féminin en France et en Bourgogne, XVe-XVIe siècles : Nouvelles perspectives »,‎ , p. 497-506 (DOI 10.3917/rma.173.0487, lire en ligne) [télécharger]

Liens externes[modifier | modifier le code]