Félicité de Genlis

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Félicité de Genlis
Madame de Genlis by Lemoine.jpg

Portrait par Lemoine.

Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 84 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom de naissance
Stéphanie Félicité du Crest de Saint-AubinVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Écrivaine, harpiste, dame de compagnie, salonnière, romancière, auteure de littérature pour la jeunesseVoir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Enfant
Autres informations
Instrument
Blason de la ville de Genlis (21).svg

blason

Père-Lachaise - Division 24 - Genlis 01.jpg

Vue de la sépulture.

Stéphanie Félicité du Crest de Saint-Aubin, par son mariage comtesse de Genlis, marquise de Sillery, née le au château de Champcery à Issy-l'Évêque et morte le à Paris, est une femme de lettres française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance et enfance[modifier | modifier le code]

Stéphanie-Félicité du Crest, comtesse de Genlis, marquise de Sillery, naquit dans une famille de noblesse d’épée originaire de Bourgogne ; elle était la fille d’un ancien capitaine qui portait le titre de marquis de Saint-Aubin. Dans son enfance, conformément à un usage alors fréquent dans la noblesse de province, son père, après avoir fourni la preuve de huit quartiers de noblesse pour Félicité, la fit recevoir chanoinesse dans un des chapitres du Lyonnais. Lorsqu’il mourut en juillet 1763, sa veuve, marquise de Saint-Aubin, et ses deux enfants – Félicité et son frère – se trouvèrent soudain jetés, sinon dans la pauvreté comme on l’a dit, du moins dans une certaine gêne[1]. Comme chanoinesse, elle fut appelée « la comtesse Félicité de Lancy », parce que son père était seigneur et patron de cette petite ville. Pendant cette période, elle acquit un savoir encyclopédique qui devait lui être utile par la suite.

Les débuts de la vie mondaine[modifier | modifier le code]

La marquise de Saint-Aubin – mère de Félicité – eut l’habileté de s’introduire dans les salons des grands financiers du temps, où sa jeune fille se fit remarquer par son talent de harpiste. Ce furent ses concerts qui remirent à la mode cet instrument, qu’on avait cru oublié depuis la Renaissance. Quatre fois par semaine, la mère et la fille se rendaient à des dîners à l’issue desquels Félicité donnait son récital (on prétendit que c’était moyennant une rétribution convenue à l’avance). Toutefois, on trouve dans les mémoires de la marquise de Créquy un démenti formel, et fort argumenté : « On a dit et publié (par animosité contre Mme de Sillery) que sa mère avait eu l’indignité de lui faire jouer de la harpe à des concerts publics, et qu’on les faisait venir à nos soirées moyennant rétribution, ce qui n’est pas vrai le moins du monde. D’abord aucune personne comme il faut n’aurait voulu participer à cet avilissement d’une famille noble et d’une fille de condition ; ensuite Mme du Crest avait deux fortes pensions sur les états et le clergé de Bourgogne, sans compter l’argent qu’on allait solliciter pour elle et qu’on obtenait toujours de M. le Prince de Condé, gouverneur de Bourgogne. À ma connaissance, et jusqu’au mariage de sa fille, au moins, elle n’a jamais dépensé dans une année moins de quinze à dix-huit mille francs honorablement perçus. Enfin, son caractère était justement l’opposé d’une pareille conduite ; et quand nous avions donné quelque bagatelle à sa fille, elle ne manquait jamais de faire apporter chez nous un panier du cru de montrachet, que nous appelions, à cause de cela, le vin des États de Bourgogne. — Vous me ruinez, nous disait-elle, avec vos cadeaux ; et si vous avez compassion de moi, ayez la bonté de ne jamais nous en faire !… »

Auprès de la famille d'Orléans[modifier | modifier le code]

Par l’entremise de sa tante, la marquise de Montesson[2], Félicité rencontra Charles-Alexis Brûlart, marquis de Sillery, comte de Genlis, filleul et héritier d’un ancien ministre d’État, Louis Philogène Brûlart de Sillery, marquis de Puisieulx, colonel des Grenadiers, qui devint par la suite marquis de Sillery. Félicité qui cherchait un mari aisé et bien portant sauta sur l’occasion. Les jeunes gens se marièrent en novembre 1763 mais monsieur de Genlis n’interférera jamais dans les ambitions sociales de sa femme. Grâce à sa position dans la société, la comtesse de Genlis fut présentée à la cour, deux ans après son mariage. En 1770, elle espérait entrer dans la maison de Marie-Joséphine de Savoie[3]. Les Brûlart, refusant de s’abaisser à en faire la demande à la comtesse du Barry, ainsi qu’il en était de rigueur à l’époque, Félicité dut se rabattre sur la maison d’Orléans.

Madame de Montesson la fit admettre au début de 1772 comme « dame pour accompagner » la duchesse de Chartres, belle-fille du duc d’Orléans, tandis que le comte de Genlis était nommé capitaine des gardes du duc de Chartres, futur Philippe Égalité. Ces deux postes comportaient le logement au Palais-Royal ainsi que des gages de 6 000 livres pour le mari et 4 000 pour la femme de celui-ci.

À peine arrivée, la comtesse de Genlis entame une liaison avec le duc de Chartres. Pendant l’été 1772, alors que la duchesse était partie en cure à Forges-les-Eaux[4], cette liaison tourna à la passion.

La comtesse de Genlis se chargea également de l'éducation des enfants d'Orléans et notamment de celle du futur roi des Français, qu'elle éleva avec l'idée d'en faire un nouveau saint Louis[5]. Dès la naissance de Louis-Philippe en 1773, elle proposa au duc de Chartres divers gouverneurs possibles, mais, celui-ci les ayant tous rejetés, elle proposa d'éduquer les enfants elle-même. Cette proposition fut acceptée. La charge était délicate étant donné que vers l’âge de sept ans, l’usage était que les princes « passent aux hommes » pour être confiés aux soins d’un gouverneur assisté d’un sous-gouverneur. Félicité de Genlis ne fut pas nommée gouverneur. De cette manière, elle put diriger l’éducation de Louis-Philippe jusqu’au moment où elle pouvait en être officiellement chargée. En attendant, il fut convenu avec la duchesse de Chartres qu’elle prendrait en main l’éducation des deux jumelles nées en 1777 et que, pour ce faire, elle s’installerait avec elles dans un couvent. En fait, elle alla s’établir dans un petit bâtiment appelé pavillon de Chartres ou pavillon de Bellechasse, spécialement construit sur un terrain dépendant du couvent des dames chanoinesses du Saint-Sépulcre au Faubourg Saint-Germain. À cette époque, elle se lie avec la baronne de Montolieu qui devient une amie intime.

Le duc de Chartres la nomma « gouvernante » de ses enfants, au nombre desquels le futur Louis-Philippe, futur roi des Français (de 1830 à 1848), qui lui voua toute sa vie une véritable adoration. Ainsi dans ses Mémoires, le roi Louis-Philippe raconte l’éducation spartiate que ses frères et sœurs ainsi que lui-même avaient reçue de Mme de Genlis. Il qualifie cette éducation de « très démocratique[6] », et assure qu'adolescent, il a été quasiment amoureux d’elle, en dépit de sa sévérité[7]. L’ensemble de ces princes et princesses la préférèrent d’ailleurs toujours à leur propre mère.

Félicité de Genlis se fit connaître par ses principes sur l’éducation des jeunes gens et par de nombreux ouvrages littéraires. Elle rencontra Rousseau et Voltaire, fut l'amie de Charles-Pierre Claret de Fleurieu, de Bernardin de Saint-Pierre, de Talleyrand, de Juliette Récamier, et composa une œuvre riche de quelque cent quarante volumes. Son premier essai, Théâtre à l'usage des jeunes personnes, reçut les éloges de Marmontel, d'Alembert et Fréron[8].

Sous la Révolution, l'Empire et la Restauration[modifier | modifier le code]

Portrait par Adélaïde Labille-Guiard (1790).

De 1789 à 1791, elle tient un salon, que fréquente le duc d’Orléans, et où se retrouvent Talleyrand, David et de jeunes députés de la Constituante comme Lameth, Barère et Barnave.

Madame de Genlis s'enfuit en Angleterre pendant la Terreur. Son mari ainsi que Philippe Égalité furent guillotinés, tandis que deux de ses pupilles, les frères de Louis-Philippe, croupirent si longtemps en prison qu’ils contractèrent une maladie de poitrine qui les emporta en 1807 et 1808. Sa fille, Pulchérie, mariée au général de Thiembronne, passa, elle aussi, très près de l’échafaud. En Angleterre, Félicité de Genlis maria une autre de ses filles, Pamela Brûlart de Sillery qu’elle avait eue en secret du duc de Chartres, à Lord Fitzgerald, qui fut massacré lors de la rébellion irlandaise de 1798. Sa deuxième fille, Fortunée Elisabeth Herminie Compton[9], est la grand-mère de Marie Lafarge.

En 1799, vivant alors à Berlin, âgée de 53 ans, frappée par « le joli visage et la noblesse de sa tournure », elle prend un enfant à la famille de sa logeuse, lui fait changer de religion et de prénom, afin qu'il porte celui de son fils mort, et l'élève à sa façon à Paris, ainsi qu'elle l'écrit elle-même : « Je demandai cet enfant à sa mère, en lui déclarant que je l'élèverais dans la religion catholique ; elle y consentit sans résistance, elle parut même charmée de me le donner, je le pris avec moi, et je l'appelai Casimir, du nom de mon fils que j'avais perdu. »

En 1801, Bonaparte l’autorisa à rentrer en France, l’utilisa comme espionne, et la pensionna. Elle fut, avec Antoinette Legroing de La Maisonneuve, que Mme de Genlis connaissait, une des femmes de lettres qu’il admira, et qu'il tâcha de récompenser. En revanche, Bonaparte n'admira jamais Germaine de Staël, qui fut considérée, sa vie durant, comme la rivale de Mme de Genlis ; en fait, il la détestait.

En 1815, sa vie devint difficile avec le retour des Bourbons. Elle ne vécut financièrement que grâce aux droits d’auteur qu’elle tirait de ses romans et nouvelles. Mais, toute sa vie durant, et malgré ses moyens limités, elle adopta de nombreux enfants de toutes les classes sociales et se chargea de leur éducation.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Madame de Genlis peu avant sa mort.

Félicité de Genlis vécut juste assez longtemps pour voir celui qu’elle avait élevé devenir roi des Français.

Victor Hugo rapporte les confidences que le roi lui avait faites sur Mme de Genlis. Celle-ci, raconte-t-il également, se plaignait de « la ladrerie du roi » et confia : « Il était prince, j’en ai fait un homme ; il était lourd, j’en ai fait un homme habile ; il était ennuyeux, j’en ai fait un homme amusant ; il était poltron, j’en ai fait un homme brave ; il était ladre, je n’ai pu en faire un homme généreux. Libéral, tant qu’on voudra ; généreux, non[10]. »

Elle laissait non seulement des mémoires appelés à devenir célèbres mais aussi de nombreux ouvrages édifiants à l’usage de la jeunesse.

Elle meurt le 31 décembre 1830 à Paris, faubourg du Roule, dans une pension de famille où elle s'était retirée depuis 1827, tenue par Madame Afforty, belle-mère du jurisconsulte et abolitionniste François-André Isambert.

Elle fut inhumée au cimetière du Mont-Valérien, le . Lors de son enterrement, le doyen de la Faculté des Lettres de Paris déclara : « Pour honorer et célébrer dignement la mémoire de Mme de Genlis, ce seul mot doit suffire : son plus bel éloge est sur le trône de France ![11] » Ses restes ont été transférés, le , dans la 24e division du cimetière du Père-Lachaise[12].

Publications (partielles)[modifier | modifier le code]

Madame de Genlis a composé plus de 80 ouvrages, dont seuls quelques uns sont indiqués ici.

  • Théâtre à l'usage des jeunes personnes, 4 tomes, Paris, Panckoucke, 1779-1780.
  • Adèle et Théodore ou Lettres sur l'éducation contenant tous les principes relatifs à l’éducation des Princes, des jeunes personnes et des hommes, Paris, Lambert & F. J. Baudouin, 1782.
  • Nouveaux Contes moraux, et nouvelles historiques, Paris, Maradan, 1802.
    • dont Mademoiselle de Clermont[13],[14]
  • La Femme auteur, 1802.
  • Les Chevaliers du cygne, ou la cour de Charlemagne, 3 tomes, Paris, Maradan, 1805.
  • Bélisaire, Paris, Maradan, 1808.
  • Maison rustique pour servir à l’éducation de la jeunesse ou Retour en France d’une famille émigrée, Paris, Maradan, 1810.
  • De l'influence des femmes sur la littérature française, comme protectrices des lettres et comme auteurs, ou Précis de l'histoire des femmes françaises les plus célèbres, Paris, Maradan, 1811.
  • Histoire de Henri le Grand, Paris, Maradan, 1815, 2 tomes (436 p. et 411 p.)
  • Dictionnaire critique et raisonné des étiquettes de la Cour ou l’esprit des étiquettes et des usages anciens, Paris, E. Mongie, 1818.
  • Les Parvenus, Paris, Ladvocat, 1819.
  • Les Petits Émigrés, ou Correspondance de quelques enfans : ouvrage fait pour servir à l'éducation de la jeunesse, Paris, Onfroy ; Berlin, Legarde, 1798.
  • Mémoires de la marquise de Bonchamps, Paris, Baudouin Frères, s.n., 1823, in-8, VIII-112 p.
  • Mémoires inédits sur le dix-huitième siècle et la Révolution française, depuis 1756 jusqu’à nos jours, Paris, Ladvocat, 1825.
  • Alphonsine ou la Tendresse maternelle, Paris, Lecointe et Durey, 1825.

Données BNF : les œuvres numérisées sur Gallica sont en tête de la liste des 526 documents.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le père de Félicité avait fait faillite et a laissé sa famille dans le besoin.
  2. Maîtresse puis épouse morganatique du duc d’Orléans père du futur Philippe-Égalité.
  3. Future épouse du comte de Provence, connu par la suite sous le nom de Louis XVIII.
  4. Les eaux de cette station balnéaire favorisaient, pensait-on à l’époque, la fécondité.
  5. (en) Machteld De Poortere (trad. John Lavash), The philosophical and literary ideas of Mme de Staël and of Mme de Genlis, New York & Bern, Peter Lang, coll. « Currents in comparative Romance languages and literatures, v. 160 », , 127 p., 24 cm (ISBN 978-1-43310-109-0, lire en ligne), p. 13.
  6. Selon Martine Reid dans la préface de La femme auteur de Mme de Genlis, Folio, 2007.
  7. Anne Martin-Fugier, Louis-Philippe et sa famille : 1830-1848, Paris, Librairie Académique Perrin, , 294 p., 18 cm (ISBN 978-2-26203-893-9, lire en ligne).
  8. Michel de Decker, La Duchesse d’Orléans : épouse de Philippe-Égalité, mère de Louis-Philippe, Paris, Pygmalion, (1re éd. 1981), 276 p. (ISBN 978-2-85704-693-6, lire en ligne), p. 82.
  9. http://gw.geneanet.org/garric?p=fortunee+elisabeth+herminie&n=sims.
  10. Victor Hugo, Choses vues 1847-1848, Paris, Gallimard, , 505 p. (ISBN 2-07-036047-4), p. 198-200.
  11. Cité par Guy Antonetti, op. cit., p. 640.
  12. Gaston Prinet, « Mme de Genlis ; sa sépulture », L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, vol. xciv, no 1740,‎ , p. 352-353 (lire en ligne).
  13. http://femmesdelettres.eklablog.com/mme-de-genlis-mademoiselle-de-clermont-a127920872
  14. http://flaubert.univ-rouen.fr/bovary/bovary_6/notices/genlis.html

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gabriel de Broglie, Madame de Genlis, Paris, Perrin, , 528 p., 23 cm (ISBN 978-2-26201-840-5, lire en ligne).
  • Guy Antonetti, Louis-Philippe, Paris, Fayard, (1re éd. 1994), 992 p., 22 cm (ISBN 978-2-21359-222-0, lire en ligne).
  • Jacques G. Barthélémy, Stéphanie Félicité, comtesse de Genlis, Paris, la Société des écrivains, , 321 p., 21 cm (ISBN 978-2-74802-403-6, lire en ligne).
  • Madame de Genlis. Littérature et éducation, sous la direction de François Bessire, Martine Reid, Publications des Universités de Rouen et du Havre, 2008
  • Pascale Navarro, La femme lettrée au XVIIIe siècle : fiction et théorie chez S. de Genlis, Montréal, Université McGill, (ISBN 978-0-61250-551-3).
  • « Madame de Genlis dans le champ éditorial de son temps », Revue de la BNF, no 39,‎ , p. 38-45 (lire en ligne).
  • (en) Bonnie Arden Robb, Félicité de Genlis : motherhood in the margins, Newark, University of Delaware Press, , 298 p., 24 cm (ISBN 978-0-87413-999-0, lire en ligne).
  • Lucien Taupenot (alias Luc Hopneau), Une féministe bourguignonne : madame de Genlis, revue « Images de Saône-et-Loire » n° 105 (juin 1996), p. 21-22.

Iconographie[modifier | modifier le code]

  • Olivier Blanc, Portraits de femmes, artistes et modèles à l’époque de Marie-Antoinette, Paris, Didier Carpentier, 2006.
    Présente tous les portraits de la comtesse de Genlis dont 9 reproduits en noir et en couleur.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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