Reginald Victor Jones

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Reginald Victor Jones

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R.V. Jones, à gauche, avec R. James Woolsey, Jr., directeur du CIA, et Jeannie de Clarens en 1993.

Naissance 29 septembre 1911
Herne Hill, Londres, (Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni)
Décès 17 décembre 1997 (à 86 ans)
Aberdeen (Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni)
Nationalité Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Champs physique et scientifique du renseignement militaire
Institutions Université d'Aberdeen
Diplôme Wadham College de l'université d'Oxford
Renommé pour Le développement de la guerre électronique du côté britannique durant la Seconde Guerre mondiale

Reginald Victor Jones, CH CB CBE FRS, (29 septembre 191117 décembre 1997) fut un physicien et scientifique du renseignement militaire britannique qui joua un rôle important dans la défense du Royaume-Uni durant la Seconde Guerre mondiale. Au cours de cette guerre, Jones eut à évaluer les développements technologiques des Allemands, notamment ceux du Rapport d'Oslo, et à proposer des contre-mesures dans ce qui deviendra la guerre électronique. Son travail et celui de son équipe fut très ardu mais novateur et lui méritera de devenir « père du renseignement scientifique ».

Éducation[modifier | modifier le code]

R. V. Jones est né à Herne Hill et fut éduqué au Alleyn's School (en) de Dulwich ainsi qu’au Wadham College d’Oxford en sciences naturelles[1]. En 1932, il fut diplômé avec honneur en physique, puis travailla au Clarendon Laboratory tout en complétant son doctorat sur les infra-rouges qu’il obtint 1934[1]. Il continua sa formation par un post-doctorat en astronomie au Balliol College d’Oxford[1].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1936, Jones obtint un poste au Royal Aircraft Establishment de Farnborough qui dépendait du ministère de l’air britannique. Il y travailla sur les problèmes de défense du territoire. En septembre 1939, le gouvernement britannique voulu envoyer un scientifique à la section du renseignement du ministère, une nouveauté dans ce domaine, et Jones fut choisi[1]. Il gravit rapidement les échelons et devint l’assistant-directeur des services scientifiques du renseignement[1].

Jones travailla brièvement à Bletchley Park en septembre 1939 mais retourna à Londres en novembre. À ce moment, le mathématicien allemand Hans Ferdinand Mayer fit parvenir secrètement un document à l’ambassade de Grande-Bretagne lors d’un voyage d’affaire à Oslo. Ce « rapport d’Oslo » décrivait les systèmes d’armements allemands et ceux prévus. Le MI6 le fit examiner par trois services qui y virent un document de désinformation. Seul R.V. Jones prit la chose au sérieux et les informations qui se révélèrent cruciales lors de la bataille d'Angleterre[2].

Bataille des faisceaux[modifier | modifier le code]

Carte montrant la position des transmetteurs du Knickebein
Article détaillé : Bataille des faisceaux.

La première question à l'ordre du jour fut pour Jones d’étudier les nouvelles armes allemandes en développement. La première de celles-ci fut le système de largage automatique des bombes, appelé Knickebein. Jones comprit rapidement qu’il s’agissait de deux signaux radio convergents émis de directions différentes et qui se croisaient au-dessus de l’objectif. Le bombardier suivait le premier signal et les bombes étaient larguées lorsque l’appareil rencontrait le second signal[3].

Le 21 juin 1940, Winston Churchill envoya un appareil de reconnaissance de la RAF repérer le faisceau de guidage qu’il trouva grâce à la gamme de fréquences indiquée par Jones. Cette confirmation permit aux britanniques de mettre en place de faux émetteurs qui « courbèrent » la trajectoire des bombardiers qui lâchèrent leurs bombes durant des mois sur la campagne anglaise minimisant les dégâts sur les villes[3]. Quand les Allemands prirent conscience de la supercherie, ils mirent en service d’autres systèmes de navigation par radio et les Britanniques réagirent par de nouvelles contre-mesures dans ce qui devint la « Bataille des faisceaux ».

Paillettes[modifier | modifier le code]

Un Lancaster lâchant des paillettes qui forment un genre de nuage blanc en forme de croissant à l'arrière de l'appareil
Article détaillé : Paillettes.

Les Britanniques ont été les premiers à mettre en service un système de défense par radar, le Chain home, et depuis 1937, R. V. Jones avait suggéré que de minces feuilles métalliques lâchées dans l’air pouvaient créer de faux échos. Avec Joan Curran (en), Jones développa la technique du lâcher de paillettes, nom de code « Window ». Il s'agissait d'éparpiller des paquets de minces bandes de ces feuilles à partir d’un avion pour créer de faux échos de bombardiers pour les opérateurs radar ennemis. Les Allemands, qui travaillaient également sur les radars, avaient eu la même idée. Cette technique ne fut utilisée des deux côtés que deux ans après le début de la guerre, car ni les Alliés, ni les Allemands ne voulaient révéler l’existence du radar à l’ennemi[3].

Jones est devenu un expert sur les fusées V2 et servit de conseiller pour les bombardements de leur base de Peenemünde[1]. Il fut largement impliqué également dans le système Double Cross de désinformation.

Après la guerre[modifier | modifier le code]

Jones ne désira pas demeurer dans le renseignement après la guerre, malgré un bref retour en 1952-53 à la demande de Winston Churchill[1]. En 1946, il fut nommé directeur de la chaire de Natural Philosophy (physique) de l’université d'Aberdeen, poste qu’il occupa jusqu’à sa retraite en 1981[1]. Il s’occupa beaucoup du développement de la sensibilité des détecteurs comme les sismographes, les micromètres à capacitance, les micro-barographes, etc. Il écrivit un livre sur le sujet, Instruments and Experiences, qui est souvent cité en référence dans ce domaine.

Récompenses[modifier | modifier le code]

Jones fut nommé commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique (CBE) en 1942 pour la planification du raid sur Bruneval qui permit de capturer de l’équipement radar allemand[4],[5]. Churchill avait proposé qu’il reçoive l’ordre de Compagnon de l'Ordre du Bain (CB) mais le chef des fonctionnaires, Sir Horace Wilson (en), menaça de démissionner jugeant que Jones n’avait pas un poste assez élevé dans la hiérarchie[6]. Jones reçu cependant cet honneur en 1946[7] et celui de l’Ordre des compagnons d'honneur (CH) en 1994[8].

En 1993, il fut le premier à recevoir le prix R. V. Jones créé par la CIA en son honneur [9]. Il fut élu Fellow of the Royal Society en 1965 et reçut un doctorat honoris causa de l’université d’Aberdeen en 1996.

L’autobiographie de R. V. Jones, «Most Secret War: British Scientific Intelligence 1939-1945», est devenu un document de référence sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et a servi de base pour la série documentaire « The Secret War » de BBC One de 1977. Jones y est d’ailleurs la personne la plus interviewée.

Personnel[modifier | modifier le code]

Jones maria Vera Cain en 1940, de qui il eut deux filles et un fils[1]. Il est enterré au cimetière de Corgarff à Strathdon, Aberdeenshire, Écosse[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j (en) M. R. D. Foot, « Obituary: Professor R. V. Jones », The Independent,‎ 19 décembre 1997 (lire en ligne)
  2. (en) Frederick I, III Ordway et Mitchell R Sharpe, The Rocket Team, coll. « Apogee Books Space Series 36 », 107 p.
  3. a, b et c (en) Tim Weiner, « R. V. Jones, Science Trickster Who Foiled Nazis, Dies at 86 », The New York Times,‎ 19 décembre 1997 (lire en ligne)
  4. (en) « R. V. Jones », London Gazette, no 35586,‎ 5 juin 1942, p. 2489
  5. (en) G. H. Martin, « Jones, Reginald Victor (1911–1997) » [par suscription], Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press,‎ septembre 2004 (DOI 10.1093/ref:odnb/68827, consulté le 3 juillet 2008)
  6. Most Secret War page 248
  7. (en) « R. V. Jones », London Gazette, no 37407,‎ 28 décembre 1945, p. 6
  8. (en) « R. V. Jones », London Gazette, no 53696,‎ 10 juin 1994, p. 5
  9. (en) Kent Centre for the Study of Intelligence, « Honoring two World War II heroes », CIA,‎ 8 mai 2007 (consulté le 3 juillet 2008)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) R. V. Jones, Most Secret War : British Scientific Intelligence 1939-1945, Londres, Hamish Hamilton,‎ 1978, 4e éd., 568 p. (ISBN 978-0-2418-9746-1, 978-1-8532-6699-7 et 024-1-8974-67)
    Publié aux États-Unis sous le titre de The Wizard War avec le même sous-titre

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]