Emmanuel de Martonne

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Emmanuel de Martonne
avant 1929

Emmanuel de Martonne, né à Chabris (Indre) le 1er avril 1873 et mort à Sceaux le 24 juillet 1955 est un géographe français.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Fils de l'archiviste Alfred de Martonne, ancien élève du Lycée de Laval (Mayenne), où il a comme condisciples Carle Bahon et Francis Delaisi, il entre à l'école normale supérieure (ENS) en 1892, la même année qu'Albert Demangeon; il y suit les cours de géographie de Paul Vidal de La Blache. Agrégé en 1895, il est "maître-surveillant" à l'ENS (1897-1899), puis il soutient une thèse de géographie en lettres (sur la Valachie) en 1902 et une autre en sciences (sur les Alpes de Transylvanie, au sud des Carpates) en 1907.

Géographe, climatologue et traceur de frontières[modifier | modifier le code]

Carte de l'Autriche-Hongrie en 1914 avec les zones linguistiques selon le recensement de 1890.
Carte des pays danubiens avec les frontières de 1919, réalisée à la suite de l'application des Quatorze points du président Wilson : Emmanuel de Martonne joua un rôle essentiel dans l'établissement de ces frontières, pour la plupart encore en place au début du XXIe siècle.

Nommé à l'université de Rennes en 1899, puis à Lyon en 1905, il obtient un poste à la Sorbonne en 1909. La même année, il fait paraître un Traité de géographie physique qui connaît un grand succès (nombreuses rééditions, rédaction d'un Abrégé également réédité) et consacre son autorité en géographie physique. Féru de géomorphologie et de climatologie, il est célèbre pour ses indices d'évapotranspiration potentielle, utilisés aujourd'hui par les botanistes et les agronomes. Il invente le concept de « diagonale aride » regroupant les différents milieux secs échelonnés en latitude et en longitude et dont les mécanismes responsables des degrés d'aridité se combinent (on lui préfère aujourd'hui le concept de « diagonale sèche »)[1]. Il est enfin l'auteur du volume sur la géographie physique de la France dans la Géographie universelle (1942).

Il s'intéresse toujours à l'Europe centrale et, à ce titre, il participe aux travaux de la conférence de la Paix, en 1919, participant aux travaux de quatre commissions (commission des affaires roumaines et yougoslaves ainsi que sa sous-commission, commission des affaires polonaises ainsi que sa sous-commission, commissions réunies des affaires tchécoslovaques et des affaires polonaises, comité central des questions territoriales). Il fut également le Secrétaire du Comité d'études fondé par Aristide Briand en 1917. Durant les travaux, il insiste pour que les frontières tiennent compte non seulement des regroupements ethniques (selon le principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes), mais également, d'un point de vue plus matériel, des infrastructures du territoire : c'est ce qu'il nomme le « principe de viabilité ». C'est ainsi qu'à l'encontre des délégués américains et italiens, Martonne obtient que la frontière terrestre entre la Hongrie et la Roumanie longe et englobe côté roumain une ligne de chemin de fer reliant les villes de Timişoara, Arad, Oradea et Satu Mare (et aussi la Yougoslavie à la Tchécoslovaquie), malgré la présence de nombreuses "poches" à majorité hongroise sur le tracé. Ce choix est dicté par un axe géopolitique de la stratégie française de l'époque : renforcer la « Petite Entente » alliée à la France. Emmanuel de Martonne contribue ainsi de manière décisive au dessin des frontières de l'entre-deux-guerres, dont la plupart sont toujours en place. Il est l'auteur des deux volumes de la Géographie universelle consacrés à l'Europe centrale (1930 et 1931).

Transmetteur, fondateur et organisateur[modifier | modifier le code]

En Roumanie, Emmanuel de Martonne rencontre le naturaliste Grigore Antipa qui lui fait découvrir la géonomie, discipline à la croisée de la géographie et des sciences naturelles, que lui et son condisciple Albert Demangeon introduisent alors en France. Grand organisateur de la géographie à l'échelle nationale et internationale, Emmanuel de Martonne fonde le laboratoire de géographie de l'université de Rennes (qui a perduré jusqu'à nos jours, passant entre les mains d'André Meynier, baptisé aujourd'hui « COSTEL »: Climat et Occupation des Sols par Télédétection), puis ceux de Lyon et de Paris (1923) ; il devient directeur de ce dernier (1927-1944). Dans les années trente, il dirige la publication de l' Atlas de France. En 1943, il obtient la création d'une licence et d'une agrégation de géographie. Secrétaire général puis Président de l'Union géographique internationale (1931-1949), il est élu membre de l'Académie des sciences en 1940 ; il préside enfin la Société de géographie (1947-1952).

Hommages[modifier | modifier le code]

Un collège porte aujourd'hui son nom à Laval.

L'amphithéâtre B6 de l'Université Rennes 2 sur le Campus de Villejean, porte également le nom d'Emmanuel de Martonne.

Les villes roumaines de Cluj et Timişoara ont des rues qui portent son nom.

Publications[modifier | modifier le code]

  • La Valachie, Paris, Armand Colin, 1902 (thèse de doctorat).
  • Recherches sur l'évolution morphologique des Alpes de Transylvanie (Karpates méridionales), Paris, Delagrave, 1906.
  • Traité de géographie physique : Tome 1: Notions générales, Climat, Hydrographie. Tome 2: Relief du sol. Tome 3: Biogéographie, Paris, Armand Colin, 1909 (réédité).
  • Les régions géographiques de France, Paris, Flammarion, 1921.
  • Abrégé de géographie physique, Paris, Armand Colin, 1922.
  • Les Alpes. Géographie générale, Paris, Armand Colin, 1926 (réédité).
  • Géographie universelle (dir. Vidal de la Blache, Gallois), tome IV : Europe centrale, Paris, Armand Colin, deux volumes, 1930 et 1931.
  • Géographie physique de la France, Paris, Armand Colin, 1942.
  • Géographie aérienne, Paris, Albin Michel, 1948.
  • La découverte aérienne du monde (dir.), Horizons de France, 1948.
  • Géographie universelle (dir. Vidal de la Blache, Gallois), tome VI : La France physique, Paris, Armand Colin, 1942.

Bibliographie[modifier | modifier le code]


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Monique Mainguet, Les pays secs : environnement et développement, Ed. Ellipses, 2003