Révolution brabançonne
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La Révolution brabançonne de 1789, parfois appelée « contre-révolution », se déroule dans les Pays-Bas autrichiens entre 1787 et 1790, sous le règne de Joseph II d'Autriche à l'époque du gouvernorat de l'archiduchesse Marie-Christine et de son époux le prince Albert de Saxe, duc de Teschen.
Cette révolution exprime un rejet des réformes progressistes de Joseph II, et conduit en 1790 à la création des États belgiques unis, qui ne durent qu'un an.
Sommaire |
Causes de la révolution [modifier]
La structure administrative et politique des Pays-Bas autrichiens [modifier]
Pour chaque état, ou province, l'ensemble des privilèges accordés par les souverains est à chaque fois consigné dans une charte appelée Joyeuse Entrée et renouvelé à chaque changement de souverain.
La Joyeuse entrée des provinces de Brabant et du Limbourg de Joseph II [modifier]
La Joyeuse Entrée du Brabant consiste en un recueil de 59 articles d'anciens privilèges[1], dont le souverain, lors de son inauguration, promet, sous serment l'observation. L'état de Limbourg est uni au Brabant depuis la conquête de Jean I, duc de Brabant, en 1288. Cette union est confirmée par le Traité du 4 novembre 1415[2]. Les dispostions de la Joyeuse Entrée sont donc communes aux deux états.
Article 1er : Sa Majesté leur sera bon, équitable et léal Seigneur : elle ne les gouvernera pas par la force, ni par la volonté, ni autrement que par droit et sentence et devant les juges ordinaires.
III : Sa Majesté n'entreprendra pas de guerre pour causes concernant les pays de Brabant et de Limbourg, que du consentement des villes et pays de Brabant; elle ne prendra pas d'engagement tendant à rétrécir les limites ou à diminuer les droits, libertés ou privilèges du même pays.
IV : Sa Majesté prendra les titres et les armes de Lothier, de Brabant, de Limbourg et du Marquisat du Saint-Empire; d'après ces titres et armes, elle fera graver un sceau, distingué des autres par une marque notable, lequel devra toujours demeurer dans le Brabant, et dont on scellera toutes choses concernant les pays de Brabant et d'Outre-Meuse; sans en sceller d'autres; de puls, ces actes seront dépêchés par l'un des secrétaires de sa Majesté, ordonné pour les affaires de Brabant.
V : Sa Majesté composera son conseil de Brabant de sept personnes, dont l'une sera chancelier et scelleur, natif du Brabant, sachant les langues latine, wallonne et flamande, qui gardera le sceau de Brabant; quatre autres seront Brabançons, ou devront possèder une baronnie d'Estoc par eux-mêmes, ou du chef de leurs femmes; et deux autres pourront être étrangers, au choix de Sa Majesté, pourvu qu'ils sachent le flamand.
Par ce conseil, ainsi composé, et par les autres personnes que Sa Majesté trouvera bon d'y ajouter, Elle fera traiter et expédier toutes les affaires du pays de Brabant et d'Outre Meuse, concernant la justice, statuts, édits, ordonnances ou mandement; et ne sera ledit conseil soumis à d'autres ordres que ceux de Sa MAjesté ou de son gouverneur-général, ou gourvernante-générale.
Les conseillers et secrétaires, avant de prendre possession de leurs places, jureront aux Etats qu'ils ne concourront jamais à aucun acte tendant à aliéner ou à engager aucune partie des pays de Brabant ou de Limbourg sans le consentement des Etats.
LVIII : Sa Majesté confirme en général aux prélats, nobles, villes, et à tous ses sujets du pays de Brabant et d'Outre Meuse, tous les droits, franchises, privilèges, chartres, coutumes, usages et autres droits qu'ils ont, et qui leur ont été donnés par les Ducs et Duchesses de Brabant, ainsi que ceux dont ils ont joui et usé, nommément les additions à la Joyeuse Entrée du Duc Philippe-le-Bon, du 20 septembre 1451, et du 28 novembre 1457, ainsi que les additions de l'Empereur Charles V, des 12 et 26 avril 1515.
Les réformes de Joseph II [modifier]
L'empereur Joseph II arrive au pouvoir an Autriche en 1780, suite au décès de sa mère Marie-Thérèse d’Autriche (1740-1780). Empereur du Saint-Empire, il est aussi à titre héréditaire le souverain des onze Etats qui composent les Pays-Bas autrichiens (Brabant, Flandre, West-Flandre, Hainaut, Namur, Luxembourg, Limbourg, Gueldre, Malines, Tournai et Tournaisis). Despote éclairé, il tente de leur imposer de nombreuses réformes centralisatrices et laïques, mais sans passer par la procédure habituelle : la consultation des États provinciaux. Ces mesures finissent par provoquer une vive opposition, tant pour des raisons de fond que de forme.
Au niveau religieux[3] [modifier]
Le 12 novembre 1781, les gouverneurs des Pays-Bas autrichiens signent une ordonnance conforme à l'édit de tolérance (texte complet) publié par Joseph II, qui reconnaît la liberté de culte et permet aux protestants et aux juifs d'accéder aux fonctions publiques.
Le 12 janvier 1782, l'empereur édite une ordonnance pour la suppression de quelques couvents religieux, à savoir les maisons religieuses, couvents ou hospices des Chartreux, des religieux de l'ordre des Camaldules, des Hermites ou des Frères du bois, mais aussi des Carmélites, des religieuses de Sainte-Claire, des Capucines et des religieuses de l'ordre de Saint-François.
De plus il fait confisquer leurs biens pour utiliser l'argent récolté à la construction d'hôpitaux et d'écoles.
Il resserre davantage le contrôle de l’État sur l’Église. Malgré l'opposition des évêques et du Cardinal de Frankenberg il remplace les séminaires diocésains par son propre grand séminaire joséphiste à Louvain. Le clergé ne peut plus censurer l’État, et les évêques doivent prêter un serment civil.
L'empereur déclare, par son décret du 28 septembre 1784, que le mariage est un acte civil. De plus il abolit la notion de crime d'hérésie. Joseph II établit la liberté de conscience et autorise la fréquentation des écoles de confession non catholique.
L'ordonnance du 26 septembre 1785 instaure la lecture de tous les édits par les curés dans les églises, lors des prônes du dimanche.
Au niveau économique [modifier]
Il supprime les règlements des corporations relatif à l'embauche.
L'Edit éternel de 1786 impose la libre circulation des grains. Mais cette mesure tombe mal car elle coïncide avec une terrible carence frumentaire, accentuée ainsi par des exportations spéculatives.
Il fait baisser les redevances féodales, supprime les corvées et les droits banaux.
Au niveau administratif et judiciaire [modifier]
En 1787, Joseph II bouleverse toute la structure administrative et judiciaire héritée du Moyen Age: il supprime les trois Conseils collatéraux et crée le Conseil général du gouvernement des Pays-Bas, présidé par un ministre dépendant de l’empereur. Les anciennes provinces sont remplacées par 9 Cercles, eux-mêmes divisés en 64 districts.
Les juridictions existantes (seigneuriales, urbaines et ecclésiastiques) sont également supprimées et remplacées par une organisation hiérarchisée: des tribunaux de première instance dans les Cercles et deux cours d'appel, l’une à Bruxelles et l’autre à Luxembourg, le tout étant chapeauté par un Conseil souverain de justice, à Bruxelles.
C'est cette réforme drastique des institutions traditionnelles du pays, décidée 'd'en haut' et sans concertation avec les États, qui met le feu aux poudres et qui déclenche la Révolution brabançonne.
Au niveau géo politique [modifier]
Joseph II essaie de rétablir la circulation sur l'Escaut en la libérant du contrôle des Hollandais. Malheureusement sa tentative va échouer...
Les tendances internes dans les Pays-Bas autrichiens [modifier]
Sous le gouvernorat d'Albert et de son épouse Marie-Christine, une partie de la bourgeoisie s'irrite devant le maintien des privilèges féodaux qui privilégie la noblesse et les hauts fonctionnaires autrichiens aux postes clefs de l'administration.
Cette tendance est défendue par Jean-François Vonck, avocat au Conseil de Brabant, Jean-Baptiste Verlooy et Jacques-Dominique t'Kint
Déroulement de la Révolution brabançonne [modifier]
En guise de protestation contre la réforme de l'administration et la justice, qui risque de faire perdre leur emploi à des milliers de fonctionnaires, les États du Hainaut et du Brabant refusent de voter les subsides à l'empereur. Sur fond de tensions sociales, des milices bourgeoises se forment. Joseph II, déjà malade et occupé par des soulèvements en Hongrie, doit lâcher du lest en suspendant l'application des édits contestés. Le calme revient un moment.
Mais la tension reste vive, d'autant plus que les autorités autrichiennes mènent une politique de répression très dure. À l'occasion d'un nouveau rassemblement populaire, en janvier 1789, les troupes impériales tirent sur la foule. Le gouvernement supprime peu après les privilèges du duché de Brabant. Dès lors, les Brabançons considèrent que Joseph II a violé la Joyeuse Entrée - le serment par lequel il avait juré qu'il respecterait les libertés et les privilèges du duché de Brabant - et qu'ils sont eux aussi déliés de leur devoir d'obéissance. C'est l'épreuve de force.
Des insurgés belges prennent les armes et forment une petite armée de libération, qui se concentre à Breda, sur le territoire des Provinces-Unies. Les deux figures de proue du mouvement sont Henri van der Noot et Jean-François Vonck, deux avocats bruxellois aux idées assez divergentes: soutenu par le clergé, la noblesse et les métiers, Van der Noot représente un courant conservateur, voire réactionnaire, qui prône le rétablissement pur et simple des anciennes structures des états provinciaux (c'est pourquoi ses partisans sont appelés les ‘statistes’ parce qu'ils sont en faveur des états) et la suppression de toutes les réformes de Joseph II; le courant de Vonck, porté par la bourgeoisie libérale, est davantage influencé par la philosophie des Lumières et n'est pas hostile à certaines réformes, mais conteste le dirigisme brutal d'un empereur qui décide depuis Vienne sans la moindre forme de concertation.
Les patriotes belges parviennent cependant à surmonter temporairement leurs divisions et, en octobre 1789, à mettre en fuite l'armée autrichienne, vaincue à la bataille de Turnhout elle se replie sur le Luxembourg tandis que des villes belges se soulèvent un peu partout avec les campagnes En janvier 1790, les insurgés proclament l'indépendance des provinces belges, qui forment les États-Belgiques-Unis.
En février 1790, Joseph II s'éteint sans comprendre "pourquoi ses peuples ne l'aimaient pas", disant au maréchal Prince de Ligne "les Belges m'ont tué". Son frère lui succède sous le nom de Léopold II.
En décembre 1790, une armée autrichienne contre-attaque et rétablit provisoirement le pouvoir impérial. Cependant, au sud, les événements de révolution française vont entraîner une nouvelle menace pour l'occupant autrichien.
Entre 1787 et 1790 se déroule la Révolution brabançonne, en rejet des réformes progressistes de l'empereur Joseph II. Elle n'est donc pas une conséquence directe de la Révolution française. Le principal meneur est l'avocat Henri van der Noot, un conservateur appartenant à un des Lignages de Bruxelles, ainsi que le chanoine van Eupen
Cependant, il existe un courant libéral porté par l'avocat Vonck soutenu par le banquier Walckiers. Mais ce courant inspiré de l'esprit des encyclopédistes et des idées de Voltaire ne trouve d'écho que dans une partie de la bourgeoisie. Le peuple, lui, est resté sous l'obédience de l'église catholique partisane du maintien des droits et privilèges accordés jadis aux villes, provinces et principautés, doctrine que défend Van der Noot. Il est intéressant de remarquer que certains droits revendiqués par les révoltés sur la base des vieilles chartes arrachées aux anciens souverains locaux étaient plus démocratiques que les lois imposées par le souverain autrichien qui prétendait unifier le droit dans tout son empire sur la base d'une conception absolutiste allant jusqu'à supprimer les droits reconnus aux corporations ainsi que les jours chômés des fêtes locales, droits très chers au peuple.
Menée par le colonel Van der Mersch qui a démissionné de l'armée autrichienne pour prendre la tête de l'insurrection, les insurgés défont les Autrichiens à Turnhout le 27 octobre 1789, prennent Gand le 13 novembre, forçant à l'exil les régents impériaux Albert de Saxe-Teschen et son épouse l'archiduchesse Marie-Christine de Habsbourg-Lorraine. Van der Noot déclara alors le Brabant indépendant, et d'autres provinces des Pays-Bas autrichiens suivirent le mouvement (à l'exception du Luxembourg).
La Révolution brabançonne ou « belgique » était plutôt conservatrice en comparaison de la Révolution française. L'agitation était suscitée par les tentatives de centralisation et de réforme de Joseph II. L'union confédérale s'inspirait de l'abjuration en 1581 par laquelle les sept Provinces-Unies des Pays-Bas du nord avaient fait sécession de leur roi, et de la déclaration par laquelle les treize États-Unis d’Amérique avaient fait de même en 1776. L'ampleur et la population de ces trois unions étaient à l'époque comparables.
La création des États belgiques unis [modifier]
Notes [modifier]
- Pierre Auguste Florent Gérard Essai sur les causes de la révolution brabançonne.
- Jean-Baptiste Chrystin Les délices des Pays-Bas, Volume 1.
- Observations philosophiques sur les principes adoptés par l'Empereur dans les amtières ecclésistiques 1785
Bibliographie [modifier]
- Théodore Juste, Histoire du règne de l'empereur Joseph II et de la revolution belge de 1790, Bruxelles, 1845.
- Suzanne Tassier, Les démocrates belges de 1789. Etude sur le Vonckisme et la révolution brabançonne, Bruxelles, Maurice Lamertin, Libraire Editeur, 1930.
- Suzanne Tassier, Figures révolutionnaires (XVIIIe siècle), Bruxelles, La Renaissance du livre, Collection notre passé.
- Pierre Auguste Florent Gérard, Essai sur les causes de la révolution brabançonne (1787), Anvers, 1833 http://books.google.be/books?id=f_8yAQAAMAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false
- Georges-Henri Dumont, « Les origines religieuses de la Révolution brabançonne », La Revue Générale, Juin-Juillet 1989 (ISSN 07708602) [texte intégral]
- Jean-Jacques Heirwegh, « La Révolution brabançonne : Révolution ou dernier sursaut? », La Revue Générale, Juin-Juillet 1989 (ISSN 07708602) [texte intégral]