Belges

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Les peuples belges (en orange) incluant les Armoricains (en bleu)

Les Belges (en latin Belgae) correspondent aux populations celtes qui occupaient une partie de la Gaule septentrionale (la Gaule belgique). Ils ont également colonisé des territoires sur l'île de Bretagne (ou Bretagne insulaire).

Ethnonymie[modifier | modifier le code]

Le mot belge serait issu du celtique *bhelgh « se gonfler, être furieux » (voir le gaulois *bolga « sac de cuir » et le vieil irlandais bolg « soufflet, ventre »). Il faudrait le comprendre soit comme « les furieux », « les belliqueux », « les belligérants », soit comme « les fiers, les vantards, ceux qui se gonflent comme une outre »[1],[2]. Le celtique *bhelgh dérive de la racine indo-européenne *bhel- « gonfler ».

Il existe un autre type de racines indo-européennes *bh(e)legh « briller, enflammer » ou *bhel « brillant, luisant, blanc » qui peuvent expliquer le nom de fédérations de peuplades, nommées en latin classique Belgae. Les monts sommets Belchen présents dans les Vosges et en Forêt-Noire, souvent placés sous le patronage du dieu celte Belenos, pourraient être le lieu d'attachement des ancêtres migrants. Ce dieu solaire organisateur et rassembleur, correspondant dans le ciel au dieu du peuple et de la guerre sur la terre, ainsi que les sommets massifs et arrondis qui, depuis le XVIIIe, sont dénommés ballons en français, possèderaient une racine commune avec le nom ethnique ou fédérateur. Les Belges sont nés sur les bords du Rhin, comme le rappellent leurs multiples légendes[3]. Il est à noter que le terme balkan ou balkô est aussi un mot proto-germanique désignant une crête, une chaîne ou une arête qu'on retrouvait dans le norrois balkr, le vieux haut-allemand balcho et le vieil anglais balca ayant produit balk (obstacle, entrave, bloc) en anglais moderne, tous ultimement du proto-indo-européen bhelg[4]. « Belges » pourrait donc être un exonyme des Germains cisrhénans pour désigner les Gaulois habitant le nord de la Gaule transalpine.

Belges ou Belgis est aussi le nom encore cité au Moyen Âge par certains chroniqueurs (ex : Jacques de Guyse[5]) d'une ville de la province de Hainaut, qui pourrait être devenue Bavay selon la plupart des chroniqueurs de l'époque ; Jacques de Guyse, après d'autres, attribue à cette ville une fondation ensuite considérée comme mythique par Bavo, prince de Phrygie et cousin de Priam qui aurait abouti dans le territoire de l'ancienne Gaule Belgique avec une partie de son armée, après la guerre de Troie (épisode rapidement considéré par de nombreux auteurs comme une fable, qui aurait par exemple pu être copiée par Lucius au XIIIe siècle, peut-être dans un roman latin du XIIe siècle)[6].

Origines[modifier | modifier le code]

Longtemps les Belgae furent considérés comme un peuple gaulois, ou comme un peuple germanique dominé par une aristocratie gauloise (hypothèse suggérée par le fait que les noms des chefs belges sont d'origine celtique, ainsi que les toponymes anciens et non pas germaniques. Des analyses plus précises[réf. nécessaire] des noms de leurs tribus, de leurs chefs et de leurs dieux amènent à ces diverses hypothèses: certaines tribus seraient authentiquement gauloises (comme les Remi, les Bellovaci, les Morins ou encore les Atrebates)[réf. nécessaire]; d'autres montreraient des caractères germaniques (Nervii, Aduatuci, Condruses, Menapi,…) selon César (De bello gallico ii 4) certains auteurs suggèrent un troisième groupe, pas vraiment germanique, avec des affinités italiques (Paemani, Menapi…)[réf. nécessaire].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les premiers Celtes[modifier | modifier le code]

En 500 av. J.-C., habitée par des Celtes, la province Belgica subit les influences de la Tène et commerce avec le monde méditerranéen. Dès 150 av. J.-C., les premières monnaies celtes font leur apparition. Les diverses tribus vivant sur ces territoires à cette époque étaient les Éburons, les Aduatiques, les Rémes, les Nerviens, les Véromanduens, les Suessions, les Ménapes, les Morins et les Trévires. Une partie des peuples belgaes entament une migration vers les îles Britanniques dès les années 200 av. J.C. et s’y installent durablement. Le lien continuera d’exister entre ces « deux » peuples belgaes : le chef Commios, fuyant les Romains en Gaule, fuira en Bretagne chez les Belgaes bretons.

Les relations avec les Romains[modifier | modifier le code]

Par ailleurs, selon Strabon, leurs territoires se situaient entre le Rhin et la Loire et selon Jules César ils sont séparés des Celtes ou Gaulois par la Marne et la Seine, délimitation quelque peu arbitraire de César puisqu'il connaissait très peu les peuples du nord-ouest de la Gaule, ayant principalement délégué ses légats pour soumettre les tribus d'Armorique. Ainsi, les tribus belges des Morins et des Ménapiens sont alliées à d'autres du littoral dont les Osismes et les Lexoviens lors de la campagne maritime romaine contre les Vénètes[7]. César signale aussi que ce seraient des Belges qui occupaient à l'époque de la Guerre des Gaules les territoires maritimes de la Bretagne insulaire, ce que semble confirmer Dion Cassius en mentionnant toutefois : « Les Belges, qui habitaient à proximité du Rhin dans de nombreuses tribus mixtes et s'étendaient jusqu'à l'Océan en face de la (Grande) Bretagne »[8]. Il apparait alors que la dénomination des 'Belges' ne s'applique dorénavant (vers 220 apr.J.C.) qu'aux Germains cisrhénans (ce dernier nom n'est d'ailleurs plus mentionné) principalement des Germanies supérieure et inférieure et au-delà sur les côtes normandes (Côte saxonne) jusqu'à l'Atlantique (Armorique), ce qu'Eutrope relève également.

Venant de la moyenne vallée du Rhin et de la rive droite au nord du Main, les Belges arrivent dans la région où ils sont signalés à l'époque historique vers -600[réf. nécessaire]. Ils y supplantent des Gaulois[9]. Certains Belges semblent ensuite avoir migré vers les Balkans : on les signale en Bulgarie en -298, ils traversent l'Illyrie et attaquent la Macédoine (-260) et sont défaits par Attale Ier. Des éléments belges s'intègrent par la suite avec les Galates[10].

César, dans la Guerre des Gaules décrit ainsi les populations habitant la Gaule :

« Gallia est omnis divisa in partes tres, quarum unam incolunt Belgae, aliam Aquitani, tertiam qui ipsorum lingua Celtae, nostra Galli appellantur. Hi omnes lingua, institutis, legibus inter se differunt. (La Gaule tout entière est divisée en trois parties : les Belges habitent l'une, les Aquitains l'autre et ceux qui s'appellent Celtes dans leur propre langue et que nous appelons Gaulois dans la nôtre occupent la troisième. Ces nations diffèrent entre elles par le langage, les institutions et les lois.) »

Il poursuit en précisant, dans son célèbre « éloge » du peuple belge, que les Belges sont les plus braves parmi ces trois peuples car les plus éloignés de la culture et de la civilisation de Rome. Il explique aussi que les Belges descendent de tribus ayant traversé le Rhin longtemps auparavant. Selon lui, les Belges avaient acquis une rude réputation en combattant les Germains. L'archéologie moderne pourtant contredit César : les Belges n'étaient nullement retardés, ils ont même introduit les premières pièces de monnaie en (Grande) Bretagne[11]. Et c'est chez les Trévires qu'apparaît la première moisonneuse connue à travers l'histoire (poussée par un bœuf ou un âne, c'est une caisse sur roues qui arrache les épis qui tombent dans une caisse[12].

En -57, Jules César, ayant appris que les Belges ont conclu une alliance contre Rome, se dirige vers leur territoire à la tête de huit légions. Les Rèmes s'allient à César, qui installe son camp sur l'Aisne. La première confrontation a lieu le long de ce cours d'eau et s'achève par la retraite des Belges (bataille de l'Aisne). César assiège alors l'oppidum des Suessions, qui se soumettent finalement sans combattre. Les Bellovaques et les Ambiens font de même. Les Nerviens, les Atrébates, les Viromanduens et les Aduatuques forment alors une nouvelle coalition contre les Romains, mais César les défait lors de la bataille du Sabis. Les Aduatuques sont soumis peu après. Au terme de cette campagne, la Belgique est pacifiée.

À la fin de l'été -56, César attaque les Morins et les Ménapiens. Il ravage leur terre, mais ne peut les soumettre. En -55, ses légats soumettent enfin Morins et Ménapiens et les légions romaines hivernent en Gaule Belgique.

Langue[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Belge (langue antique).

La nature de la langue (ou des langues) parlée par les Belges est incertaine, étant donné qu'il n'ont pas laissé d'écrits. Les hypothèses dans ce domaine se fondent principalement sur les témoignages des auteurs antiques ; sur l'étude des noms propres de leurs tribus, de leurs chefs et de leurs dieux, cités dans les textes antiques ; ainsi que sur l'analyse de la toponymie de la région qu'ils occupaient.

Une grande partie de l'onomastique de la Gaule Belgique s'explique par le gaulois. Il existe cependant un certain nombre de termes qui s'expliquent dans le cadre de la grammaire comparée des langues indo-européennes, mais présentent une phonétique distincte à la fois de celles des langues celtiques et des langues germaniques. Sur cette base, insi que sur l'affirmation de Jules César que les Belges différaient des Gaulois par la langue, certains spécialistes, tels Maurits Gysseling, Hans Kuhn, Rolf Hachmann et Wolfgang Meid, postulent l'existence ancienne d'une langue belge spécifique, rattachée à la famille des langues indo-européennes, mais distincte à la fois du celtique et du germanique, et entretenant peut-être des rapports particuliers avec les langues italiques. Cette hypothèse se rattache à l'existence supposée d'un ancien peuple appelé « bloc du nord-ouest » et situé entre Celtes et Germains, correspondant en archéologie à la culture de Hilversum. Dans cette hypothèse, l'onomastique de type gaulois de Gaule Belgique s'expliquerait par la celtisation de ses élites[13].

Enfin, Bernard Sergent distingue parmi les Belges à la fois des Celtes (Atrébates, Bellovaques, Morins, Rèmes, Trévires), des Germains celtisés (Aduatuques, Condruses, Nerviens) et des peuples appartenant au « bloc du nord-ouest » de Kuhn (Pémanes, Ménapiens, Sunuques)[14].

Listes des peuples belges[modifier | modifier le code]

 (Rèmes)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hans Kuhn, « Vor- und frühgermanisch Ortsnamen in Nord-Deutschland und die Niederlanden », Westfälische Forschungen, 12, p. 5 - 44, 1959.
  • Hans Kuhn, Rolf Hachmann et Georg Kossack, Völker zwischen Germanen und Kelten. Schriftquellen, Bodenfunde und Namengute zur Geschichte des nördlischen Westdeutschlands um Christi Geburt, Neumünster, Karl Wachholz, 1962.
  • Wolfgang Meid, "Hans Kuhn « Nordwestblock » Hypothese: zur Problematik der Völker zwischen Germanen und Kelten", in Germanenproblem in heutiger Sicht, Berlin, De Gruyter, 1986.
  • Bernard Sergent, Les Indo-Européens: Histoire, langues, mythes, Bibliothèques scientifiques Payot. Paris, 1995.
  • Victor Tourneur, Les Belges avant César, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1944, 115p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Jacques Jespers, Dictionnaire des noms de lieux en Wallonie et à Bruxelles, Lannoo, 2005, p. 172.
  2. Bernard Sergent, Les Indo-Européens : Histoire, langues, mythes, Bibliothèques scientifiques Payot, Paris, 1995, p. 205.
  3. Daniel Blampain, Le français en Belgique: Une communauté, une langue, De Boeck, 1997 p. 10
  4. http://www.etymonline.com/index.php?term=balk
  5. Annales historiae illustrium principum Hannoniae (Annales historiques des nobles princes du Hainaut), ouvrage rédigé en latin et dédié au comte Albert Ier de Hainaut. Jean Wauquelin en fera, sous le titre Chroniques de Hainaut, une traduction simplifiée mais richement illustrée pour la cour de Philippe le Bon (vers 1446-1450).
  6. M. Raynouard, Le Journal des savans, juillet 1831, et le marquis De Fortia à propos de Jacques De Guyse Vol III, X, 213 (Lien vers Google livre)
  7. Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, III, 7-16.
  8. Dion Cassius, Histoire Romaine, livre 39-1
  9. Georges-Henri Dumont, Histoire de la Belgique, des origines à 1830, Le Cri, Bruxelles, 2005, p. 11
  10. Georges-Henri Dumont, op. cit., p. 13-14
  11. Stephen Oppenheimer The Origins of the British
  12. Musée d'Arlon.
  13. Ugo Janssens, op. cit., p. 42, Jean Loicq, p. 12-13.
  14. Bernard Sergent, op. cit., p. 84.