Salomé (Wilde)

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Illustration d'Aubrey Beardsley pour Salomé : la robe de paon

Salomé est une tragédie d'Oscar Wilde dont la version originale de 1891 est en français. Une traduction en anglais a suivi trois ans plus tard. La pièce, en un acte, repose sur l'épisode biblique de Salomé[1], belle-fille du tétrarque de Galilée Hérode Antipas, qui, à la consternation de son beau-père, mais au grand plaisir de sa mère Hérodiade, demande qu'on lui apporte la tête de Iokanaan (Jean le Baptiste) sur un plateau d'argent comme récompense pour avoir exécuté la danse des sept voiles.

Versions et premières[modifier | modifier le code]

Wilde écrivit cette pièce à Paris, où il s'était retiré après avoir achevé L'Éventail de Lady Windermere. Il la dédia à Pierre Louÿs, qui apporta quelques corrections au texte mais n'intervint que très peu. Séduite par le rôle-titre, Sarah Bernhardt décida de l'interpréter elle-même, et les répétitions commencèrent au Palace Theatre de Londres. Ces répétitions durent toutefois s'interrompre lorsque la censure du Lord Chamberlain eut interdit Salomé au motif qu'il était illégal de représenter sur scène des personnages bibliques. Indigné, Wilde envisagea de renoncer à sa nationalité britannique et de devenir français afin de ne plus avoir à subir de telles restrictions[2].

Illustration d'Aubrey Beardsley pour Salomé : Iokanaan et Salomé

Le texte de la pièce fut publié pour la première fois en français en 1893. Interrogé sur la raison pour laquelle il avait choisi d'écrire Salomé en français, Wilde cita le Flamand Maurice Maeterlinck comme un exemple de l'effet intéressant qui résulte quand un auteur écrit dans une langue qui n'est pas la sienne. La traduction en anglais parut en 1894 chez les éditeurs Elkin Mathews & John Lane, avec des illustrations dues à Aubrey Beardsley. Sur la page de dédicace, Wilde indique comme traducteur lord Alfred Douglas. En fait, Wilde s'était querellé avec lui au sujet de la traduction, peu satisfait de ce travail dont « le résultat fut décevant[3] ». Il semble que le texte anglais soit l'œuvre de Wilde lui-même, qui s'est fondé sur ce qu'avait fait Lord Alfred Douglas.

Ce fut à cette époque que s'ouvrit le procès au cours duquel s'opposèrent Wilde et le marquis de Queensberry, père d'Alfred Douglas, et à l'issue duquel, le 25 mai 1895, Wilde se vit condamné à deux ans de travaux forcés et emprisonné le soir même[4].

La première de Salomé à Paris eut lieu en 1896 au théâtre de l'Œuvre ; des lithographies de Toulouse-Lautrec en illustraient le programme[5]. Wilde était alors incarcéré à la geôle de Reading.

L'interdiction du Lord Chamberlain ne fut pas levée avant presque quarante ans. La pièce fut cependant montée, de façon privée, dès 1905 avec une mise en scène de Florence Farr, ainsi qu'en 1906 à la Literary Theatre Society de King's Hall, Covent Garden. Salomé fut produite en Angleterre pour la première fois au Savoy Theatre le 5 octobre 1931.

Précurseurs[modifier | modifier le code]

Illustration d'Aubrey Beardsley pour Salomé : la déploration platonique

Beaucoup voient la Salomé de Wilde comme une superbe combinaison de traitements antérieurs du thème, où l'on retrouve la diction méthodique caractéristique du dramaturge belge Maurice Maeterlinck. Bien que le « baiser sur la tête » ait déjà été utilisé chez Henri Heine et même chez Heywood, le génie de Wilde a été de déplacer cet élément pour en faire le point culminant de la pièce. En dépit des emprunts indéniables, il y a quelques apports intéressants dans le traitement de Wilde, le plus remarquable étant son recours constant à des parallèles entre Salomé et la lune à travers ses innombrables jeux de miroirs. "Comme la princesse est pâle, jamais je ne l'ai vue si pâle" remarque le Jeune Syrien, interdit par sa beauté mortuaire du visage de la princesse, inondé par la lumière de l'astre lunaire.

Des spécialistes comme Nassaar[6] soulignent le fait que Wilde emploie un certain nombre d'images qu'aimaient les poètes de cour dans le royaume d'Israël et que le rôle de la lune est d'évoquer la déesse Cybèle, qui, comme Salomé, était obsédée par sa virginité à préserver et prenait donc plaisir à détruire la sexualité masculine.

L'influence ultérieure de Salomé[modifier | modifier le code]

La version de Wilde a par la suite donné naissance à d'autres autres œuvres artistiques, dont la plus célèbre est l'opéra du même nom de 1904 dû à Richard Strauss et dont le livret reprend le texte de la pièce dans la traduction d'Hedwig Lachmann.

En 1906, Maud Allan a réalisé une production intitulée La Vision de Salomé, dont la première eut lieu à Vienne. Elle se fonde mais de loin sur la pièce de Wilde. Sa version de la Danse des sept voiles est devenue fameuse, ce qui lui a valu le surnom de « danseuse de Salomé ». Une représentation de la pièce aboutit à un procès en diffamation en 1918, quand Maud Allan fut accusée de promouvoir l'immoralité sexuelle.

Maud Allan dans le rôle de Salomé

En 1923, l'actrice Alla Nazimova produisit et interpréta un film muet d'après la pièce.

L'épopée biblique Le Roi des rois de Nicholas Ray (1961) utilise les dialogues originaux de Wilde plutôt que l'Évangile pour certaines scènes où apparaissent Hérode Antipas, Jean-Baptiste, Hérodiade et Salomé.

Avec un acteur comme Al Pacino dans ses représentations de 1980 au théâtre du Circle in the Square (et en 2006, dans une production de Los Angeles), ou dans le film Salome's Last Dance de Ken Russell (1988), c'est Hérode qui domine la pièce.

Le musicien australien Nick Cave a écrit une pièce en cinq actes intitulée Salomé qui est incluse dans le recueil de ses écrits (1988), King Ink ; la pièce fait allusion au récit évangélique, à la pièce de Wilde, et à la peinture de Puvis de Chavannes qui date de 1869, La Décollation de Jean-Baptiste.

Fortement influencées par la pièce sont également les vidéos des Smashing Pumpkins pour la chanson Stand Inside Your Love, et les chansons Mysterious Ways et Salomé de U2. Dans la musique toujours, le musicien britannique Pete Doherty livre en 2009 dans son album solo, une version musicale hommage à la pièce d'Oscar Wilde.

Le dramaturge américain Doric Wilson a réinventé de façon comique la Salomé de Wilde sous le titre Maintenant, elle danse !.

L’anime Blood+ fait également allusion de façon métaphorique à Salomé. Le peintre espagnol Gino Rubert a créé une série d'illustrations en 2005.

Le chanteur japonais Kaya sort prochainement un titre sur cette tragédie-là. Bien que les paroles ni le PV (clip) n'aient pas été encore dévoilés, on sait que le chanteur a pris le visuel de Salomé elle-même, avec des vêtements de style oriental.

Alice Guszalewicz, Salomé dans l'opéra de Strauss vers 1910.

Le chanteur français Jean-Patrick Capdevielle a écrit une chanson intitulée "Salomé" (1979) s'inspirant directement de l'histoire d'Oscar Wilde.

Le groupe français ECHO s'est inspiré de cette tragédie pour leur chanson "Salomé" (2012)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cet épisode est relaté dans le Nouveau Testament, en Mt 14:1-12 et Mc 6:14-29, où le nom de Salomé n'est pas indiqué. Elle est simplement « la fille d'Hérodiade ». Le nom apparaît chez Flavius Josèphe dans les Antiquités judaïques, Livre 18, V, 4.
  2. Cf. la préface de Vyvyan Holland (fils d'Oscar Wilde) in Oscar Wilde, Complete Works, Collins, 1948, 1973, p. 12 sqq.
  3. Cf. Merlin Holland (petit-fils d'Oscar Wilde), L'Album Wilde, Anatolia/Le Rocher, 2000, p. 162. Merlin Holland cite à ce propos le De Profundis de Wilde, où l'écrivain reproche à Alfred Douglas « [ses] fautes d'écolier dans [sa] tentative de traduction ».
  4. Cf. Album Wilde, Pléiade, Gallimard, 1996, textes de Merlin Holland et Jean Gattégno, p. 184 sqq.
  5. Cf. Album Wilde, Pléiade, op. cit., p. 213.
  6. Christopher S. Nassaar, auteur notamment d’A Literary Exploration of Oscar Wilde, Yale University Press, 1974.

Sources[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fac-similé: Oscar Wilde, Salomé. Premier manuscrit autographe de 1891, Première édition française de 1893, Première édition anglaise de 1894, Préface de Charles Méla, Introduction de Sylviane Messerli, Cologny, Fondation Martin Bodmer, Paris, Presses Universitaires de France, 2008 (ISBN : 978-2-13-057046-2).
  • Mario Praz, La Chair, la Mort et le Diable : le romantisme noir, Gallimard/Tel, 1999 (ISBN 978-2070754533)
  • (en) Dominic Shellard, Steve Nicholson & Miriam Handley, The Lord Chamberlain Regrets... A History of British Theatre Censorship, British Library, 2004, (ISBN 0-7123-4865-4)
  • (en) J.R. Stephens, The Censorship of English Drama 1824-1901, Cambridge University Press, 1981

Voir aussi[modifier | modifier le code]