Narcisse (mythologie)

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Narcisse, par Le Caravage (v. 1595)

Dans la mythologie grecque, Narcisse (en grec ancien Νάρκισσος / Nárkissos, dérivant peut-être de narkê, « sommeil ») est un chasseur originaire de Thespies en Béotie. Il est le fils de la nymphe Liriope violée par le dieu fleuve Céphise[1].

Sources historiques et épigraphiques[modifier | modifier le code]

Narcisse, par Benczúr Gyula, 1881

L'histoire la plus détaillée est rapportée dans le Livre III des Métamorphoses d'Ovide. C'est cette version qui est la référence de la majorité des écrivains et des artistes par la suite. Ovide s'est inspiré d'auteurs grecs de l'époque alexandrine tel que le poète Parthénios de Nicée auquel on attribue une version de Narcisse composée vers 50 av. J.-C. (version redécouverte dans les papyri d'Oxyrhynque à Oxford en 2004[2]), cette version se terminant, à la différence de l'auteur latin, par le suicide du chasseur. Une version contemporaine d'Ovide est due au grammairien grec Conon dont l’œuvre non conservée est résumée dans la Bibliothèque de Photios au IXe siècle. Une version rationalisante paraît dans un court récit du géographe grec Pausanias le Périégète dans le livre IX sur la Béotie de Description de la Grèce au IIe siècle : Narcisse y est amoureux de sa sœur jumelle, morte trop tôt. Pausanias suggère que le mythe provient déjà d'une longue tradition orale. Cette tradition est attestée par la fleur narcisse qui a donné son nom au chasseur grec et dont le nom existe bien avant les récits du héros homonyme à l'époque alexandrine[3].

Ovide place le mythe de Narcisse dans un cycle épique autour de la cité de Thèbes aux côtés d'Œdipe dont la figure manque chez l'auteur latin. Certains chercheurs pensent qu'il s'agit d'un choix délibéré d'Ovide qui, au lieu de reprendre les traditions orales thébaines sur Œdipe, a substitué Narcisse au personnage œdipien. Narcisse a un succès immédiat dans les arts figuratifs romains, notamment dans de nombreuses fresques pompéiennes[4].

En faisant des recherches épigraphiques, l'helléniste Denis Knoeplfer a retrouvé deux inscriptions sur un culte possible de Narcisse (la plus ancienne date du IIIe siècle av. J.-C.) remontant vraisemblablement « à l’âge du bronze finissant ». Il émet l'hypothèse que Narcisse est originaire non de la Béotie mais de la tribu Narkittis[5] dans l'île d'Eubée. Le géographe grec Strabon[6] mentionne dans la région d’Oropos le mnêma, tombeau de Narcisse l'Erétrien, appelé aussi le Silencieux ou le Silenciaire. L'helléniste Denis Knoeplfer date ce tombeau aux alentours de -600, date à laquelle Oropos était une possession d'Érétrie. Enfin le Pseudo-Probus, dans un commentaire des Bucoliques de Virgile, précise que Narcisse est le fils d’Amarynthus[7], « veneur d’Artémis qui fut un Erétrien originaire de l’île d’Eubée ». Le culte de Narcisse, chasseur de l'entourage d'Artémis, serait ainsi né en Eubée à l'époque archaïque et aurait transité par Oropos pour s'établir à Thespies, cité rivale de Thèbes proche du mont Hélicon, lieu de retraite des Muses qui inspira de nombreux poètes grecs. Le mythe, à l'instar de l'enseignement d'Apollon à Hyacinthe, serait ainsi la formation du jeune éphèbe Narcisse par Artémis à devenir un citoyen accompli[4].

Version du mythe selon Ovide[modifier | modifier le code]

Narcisse, fresque à Pompéi

À sa naissance, le devin Tirésias, à qui l'on demande si l'enfant atteindrait un âge avancé, répond : « Il l'atteindra s'il ne se connait pas. » Il se révèle être, en grandissant, d'une beauté exceptionnelle mais d'un caractère très fier : il repousse de nombreux prétendants et prétendantes, amoureux de lui, dont la nymphe Écho. Une de ses victimes éconduites en appelle au ciel. Elle est entendue par Rhamnusie - autre nom de Némésis - qui l'exauce[8].Un jour, alors qu'il s'abreuve à une source après une dure journée de chasse, Narcisse voit son reflet dans l'eau et en tombe amoureux. Il reste alors de longs jours à se contempler et à désespérer de ne jamais pouvoir rattraper sa propre image. Tandis qu'il dépérit, Écho, bien qu'elle n'ait pas pardonné à Narcisse, souffre avec lui ; elle répète, en écho à sa voix : « Hélas ! Hélas ! ». Narcisse finit par mourir de cette passion qu'il ne peut assouvir. Même après sa mort, il cherche à distinguer ses traits dans les eaux du Styx. Il est pleuré par ses sœurs les naïades. À l'endroit où l'on retire son corps, on découvre des fleurs blanches : ce sont les fleurs qui aujourd'hui portent le nom de narcisses.

L'histoire de Narcisse est passée dans le langage courant ; en effet, on dit d'une personne qui s'aime à outrance qu'elle est narcissique.

Autres versions[modifier | modifier le code]

Narcisse était originaire de Thespies en Béotie, cité située entre Thèbes et le mont Hélicon ; il était le fils de la nymphe Liriope. Le devin Tirésias dit à Liriopé : « Narcisse vivra très vieux à condition qu'il ne voie jamais son image. ». Narcisse était insensible à l'amour. Il envoya à Ameinias, le plus fidèle de ses soupirants, une épée avec laquelle ce dernier se tua de désespoir devant la porte de Narcisse. Au moment de mourir, il appela sur Narcisse le courroux des dieux. Il fut entendu : un jour, il vit son reflet dans l'eau claire d'une source, et il tomba amoureux de sa propre image. Face à cette passion sans espoir, il préféra se suicider. Comme il se plongeait un poignard dans la poitrine, son sang s'écoula dans la terre et ainsi naquit un narcisse blanc à corolle rouge.

Selon une autre version, rapportée par Pausanias, Narcisse avait une sœur jumelle qu'il aimait beaucoup ; quand la jeune fille mourut, il se rendit tous les jours près d'une source pour y retrouver son image en se regardant lui-même dans l'eau limpide. En effet, il se consolait en retrouvant dans son reflet les traits de sa sœur. Cette version est une tentative d'interprétation rationaliste de ce mythe. Pausanias ajoute que la fleur que nous nommons narcisse portait ce nom avant cette histoire[9]

Influence sur la culture[modifier | modifier le code]

Echo et Narcisse
(John William Waterhouse, 1903, Walker Art Gallery, Liverpool)

Des anthroponymes de Narcisse (Narkissos, Narcissus) apparaissent dès la fin du Ier siècle av. J.-C.. Une statuette de Tanagra du IIIe siècle av. J.-C. est parfois interprétée comme un Narcisse. Le mythe inspire des auteurs médiévaux comme Boccace ou Maximus Planudes[4].

Évocations artistiques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marie-Laure Peretti, Le Transsexualisme, une manière d'être au monde, L'Harmattan, 2009, p. 222.
  2. (en) David Keys, « Ancient manuscript sheds new light on an enduring myth », BBC History Magazine, vol. 5, no 5,‎ mai 2004, p. 9 (lire en ligne)
  3. Paul Veyne, Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes?, Seuil, 1983, p.108
  4. a, b et c Denis Knoeplfer, La patrie de Narcisse, un héros mythique enraciné dans le sol et dans l'histoire d'une cité grecque, éd. O. Jacob , 2010
  5. Variante dialectale du grec continental Narkissos, elle est une des 6 tribus qui constituent les phulai, subdivisions du corps civique.
  6. Strabon, Géographie livre 9 chapitre II : la Boétie
  7. Héros éponyme du sanctuaire d'Artémis à Amarynthos (toponyme préhéllenique déjà attesté à l'époque mycénienne)
  8. Ovide, Métamorphoses, III, 3, 406
  9. Pausanias, Description de la Grèce, IX, 31

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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