Héra

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Héra, médaillon d'un kylix à fond blanc du Peintre de Sabouroff, v. 470 av. J.-C., Staatliche Antikensammlungen de Munich.

Dans la mythologie grecque, Héra ou Héré (en grec ancien (Attique) Ἥρα / Hêra ou en ionien Ἥρη / Hêrê), fille des Titans Cronos et Rhéa, est la sœur et la femme de Zeus. C'est aussi la sœur de Déméter, d'Hadès, de Poséidon et d'Hestia. Elle est la protectrice de la femme et la déesse du mariage, gardienne de la fécondité du couple et des femmes en couche. Elle est très jalouse des infidélités de son mari Zeus.

Elle correspond à Junon dans la mythologie romaine.

Mythe[modifier | modifier le code]

Fille de Rhéa et de Cronos (elle est l'aînée des enfants dans l'Iliade[1] et la troisième chez Hésiode[2]), elle est dès sa naissance avalée par son père[3]. Elle est libérée par son frère Zeus en même temps que tous ses frères.

Après la Titanomachie, Héra devient l'épouse de Zeus[4]. Elle est la mère, par Zeus, d'Arès, d'Hébé et d'Ilithyie[5], mais aussi d'Héphaïstos, qu'elle conçoit seule pour défier son mari et lui montrer qu'elle n'a pas besoin de lui pour enfanter[6]. Homère[7] et Cicéron[8] font néanmoins d'Héphaïstos le fils de Zeus et d'Héra.

Drachme en argent avec Héra Lakinia.

Les traditions post-hésiodiques attribuent à Zeus et Héra de nombreux autres enfants absents des catalogues « traditionnels ». Quintus de Smyrne, dans ses Posthomériques, leur reconnaît ainsi trois filles supplémentaires : la Charite Pasithée et les déesses guerrières Ényo (les Batailles) et Éris (la Discorde). Le pseudo-Hygin, dans la préface de ses Fables, mentionne également parmi leurs enfants la Liberté. Par ailleurs, les scholies à Théocrite citent le mimographe Sophron, qui dans un écrit intitulé Angélos nomme ainsi une fille méconnue de Zeus et d'Héra, plus ou moins identique à Hécate.

Alors que la grande majorité des mythes liés à Héra portent sur sa jalousie vis-à-vis des nombreuses aventures de Zeus, des récits minoritaires s'intéressent aux premiers moments du couple divin. L’Iliade fait ainsi allusion à la première fois où Zeus et Héra s'unissent, à l'insu de leurs parents[9]. Une scholie précise qu'Héra est fiancée à Zeus par Océan et Téthys après que Cronos a été envoyé au Tartare ; en secret, les deux fiancés s'unissent sur l'île de Samos. Héra donne naissance à Héphaïstos et, pour cacher sa honte, prétend qu'il est né sans père[10]. Une autre scholie indique qu'Héra est violée par le Géant Eurymédon alors qu'elle se trouve encore chez ses parents[11]. Dans une autre version encore, Héra se trouve au mont Thornax (appelé depuis le « mont des Coucous »), lorsque son frère, Zeus, la rejoint, métamorphosé en coucou[12].

Héra est le plus souvent présentée comme une épouse jalouse, qui se plaît à persécuter les maîtresses de Zeus et leur progéniture[13]. Parmi ses victimes, Héraclès, auquel elle dépêche deux serpents[14], et la nymphe Io, transformée en vache par Zeus pour la protéger mais malgré tout rendue folle par les piqûres d'un taon envoyé par Héra[15]. Elle se venge aussi en contrecarrant les desseins de son époux, provoquant d'incessantes querelles.

Dans l'Iliade encore, Homère fait mention par la bouche de Dioné, d'un tir de flèche à trois pointes décochée par Héraclès blessant Héra au sein droit. (Chant V, vers 390)

Déesse du mariage légitime, elle n'a aucun amant[13]. Elle est pourtant désirée par Ixion, qui s'unit avec un nuage croyant, qu'il s'agit d'elle[16], ainsi que par Endymion. Selon une tradition minoritaire[17], elle est assaillie par le géant Eurymédon et en conçoit Prométhée, d'où sans doute le médaillon de coupe de Douris représentant Héra assise face à ce dernier (voir ci-contre).

Un jour, exaspérée des incartades de Zeus, Héra décide de demander l'aide de ses fils pour punir le dieu volage. Ils projettent de ligoter Zeus pendant son sommeil avec des lanières de cuir pour l'empêcher de séduire les mortelles de la Terre. Mais la néréide Thétis envoie l'Hécatonchire Briarée pour les en dissuader. Zeus punit Héra en la suspendant dans le ciel par une chaîne d'or, une enclume à chaque cheville. Il ne la libère que contre la promesse de sa soumission[18].

Article détaillé : Pomme de discorde.

Offensée par le jugement de Pâris, qui lui préfère Aphrodite, elle se montre la plus farouche ennemie des Troyens pendant la guerre de Troie et contribue au sac de la ville.

Lorsqu'elle se dispute avec Zeus pour savoir quel sexe connaît le plus de plaisir lors d'une relation sexuelle, elle accepte que le devin Tirésias, qui avait été femme puis homme, juge la querelle. Mais lorsque celui-ci donne raison à Zeus, elle se venge en le frappant de cécité.

Origine et fonctions[modifier | modifier le code]

Temple d'Héra à Agrigente.

Franz Rolf Schröder (de)[19] avait avancé qu’il fallait rapprocher le nom d’Héra du nom indo-européen de l’année *yērā-, présent dans l'anglais year et l'allemand Jahr. Jean Haudry dans son essai La religion cosmique des Indo-européens (Archè, 1986) précise le sens de *yērā- comme la belle saison de l’année, comparable au grec et vieux russe jarǔ, printemps, belle saison. Cette étymologie révèle la nature originelle de la déesse, la signification de son union avec Zeus interprétée comme Ciel-diurne : c’est le retour de la partie claire de l’année. L’Héra porteuse de vie d’Empédocle est « celle qui apporte une récolte abondante ».

Héra est la personnification féminine de la belle saison. Ce n’est que par la suite que son union avec Zeus est interprétée comme le prototype de l’union légitime. Sa couleur symbolique est la couleur blanche, elle est qualifiée en grec de θεά λευκώλενος / theá leukốlenos, « déesse aux bras blancs », divinité d’élection d’Argos « la ville blanche ». Si Héra est liée au symbolisme de la vache blanche, c’est dans la mesure où cet animal est symbole de prospérité et d’abondance. Héra est enfin liée aux Heures, ces divinités du retour du printemps et enfin aux héros dont le prototype est Héraclès, littéralement celui qui a la gloire d’Héra. Le héros ainsi, selon Haudry, est celui qui né mortel, conquérant la belle saison de l’année échappe à la mort.

Héra est également la déesse du mariage et des épouses, protectrice du couple, de la fécondité et des femmes en couches — domaine qu'elle partage avec sa fille Ilithye. Sous son épiclèse de ὁπλοσμία / hoplosmía, au cap Lakinion et à Élis, elle assume une fonction guerrière. La cité de Stymphale consacre trois temples à Héra sous différentes épiclèses : Παρθενία / Parthenía (« vierge »), Τελεία / Teleía (« épouse de Zeus ») et Χήρα / Khếra (« veuve »).

Lieux de culte[modifier | modifier le code]

Elle est surtout vénérée à Argos, citée par Homère comme une ville chère à la déesse, à l'instar de Mycènes et Sparte. Elle possède également un temple à Olympie, à Corinthe, à Samos ou encore au cap Lakinion, non loin de Crotone.

Épiclèses, attributs et sanctuaires[modifier | modifier le code]

Hommage[modifier | modifier le code]

Héra est l'une des 1 038 femmes dont le nom figure sur le socle de l'oeuvre contemporaine The Dinner Party de Judy Chicago. Elle y est associée à la Déesse de la fertilité, deuxième convive de l'aile I de la table[20].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne], IV, 59.
  2. Hésiode, Théogonie [détail des éditions] [lire en ligne], 453-454.
  3. Théogonie, 459-460.
  4. Théogonie, 921.
  5. Théogonie, 922-923.
  6. Théogonie (927-929).
  7. Iliade, I, 578 ; XIV, 338 ; XVIII, 396 ; XXI, 332 et Odyssée [détail des éditions] [lire en ligne], VIII, 312.
  8. Cicéron, De la nature des Dieux [détail des éditions] [lire en ligne], III, 22.
  9. Iliade, XIV, 295-296.
  10. Scholie au vers I, 609 de l'Iliade ; cité par Gantz, p. 57.
  11. Scholie aux vers XV, 295-296 de l'Iliade ; Gantz, p. 57.
  12. Scholie à Théocrite, XV, 64 ; voir aussi Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], II, 38.
  13. a et b Gantz, p. 61.
  14. Pindare, Odes [détail des éditions] [lire en ligne], Néméennes, I, 33-72.
  15. Catalogue des femmes [détail des éditions], fr. 126 MW.
  16. Pindare, Pythiques, II, 27-48.
  17. Scolie de l'Iliade (ΣAB Il 14.295).
  18. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne] (I, 399-406).
  19. « Hera », Gymnasium, 63 (1956).
  20. Musée de Brooklyn - Hera

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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