Prométhée

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Création de l'homme par Prométhée (Athéna se tient à gauche), bas-relief en marbre, Italie, IIIe siècle, musée du Louvre

Dans la mythologie grecque, Prométhée ou en grec ancien Προμηθεύς / Promêtheús, dont le nom signifie « le prévoyant », est l'un des Titans. Il est surtout connu pour avoir créé les hommes à partir de restes de boue transformés en roches, ainsi que pour le vol du « savoir divin » (le feu sacré de l'Olympe) qu'il a caché dans une tige et qu'il rendit aux humains. Courroucé par sa ruse, Zeus, le roi des dieux, le condamna à être attaché à un rocher, son foie se faisant dévorer par un aigle chaque jour, et renaissant la nuit.

Généalogie[modifier | modifier le code]

Héra et Prométhée, intérieur de coupe de Douris, début du Ve siècle av. J.-C., Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France

Prométhée est un Titan, fils cadet de Japet et de Thémis (ou Clymène selon Hésiode[1]) et frère d'Atlas, Ménétios et Épiméthée. Il est aussi le père de Deucalion, conçu avec Pronoia (ou Clymène).

Selon d'autres[2], Prométhée naît de l'union d'Héra et du Géant Eurymédon.

Mythe de Prométhée[modifier | modifier le code]

D'après le pseudo-Apollodore, Prométhée aurait créé les hommes à partir d'eau et de terre[3]. Pausanias place la scène à Panopée en Phocide[4]. (Athéna, née en jaillissant de la tête de Zeus, introduit le souffle de la vie dans ces corps d'argile). Selon Platon, Prométhée entend compenser l'erreur de son frère Épiméthée qui avait donné aux animaux, au détriment de la race humaine, les dons les plus importants : force, rapidité, courage et ruse ; poil, ailes ou coquille, et ainsi de suite [5].

Suivant les versions: Épiméthée (Ἐπιμηθεύς / Epimêtheús, « qui réfléchit après coup »), ne sachant que faire pour les Hommes, appelle à l'aide son frère qui imagine un plan pour favoriser l'humanité. Prométhée fait en sorte que l'Homme puisse tenir debout sur ses deux jambes, il lui donne un corps plus grand, distingué et proche de celui des dieux. Puis, après la victoire des nouveaux dieux dirigés par Zeus sur les Titans, Prométhée se rend alors sur le char du soleil avec une torche, dissimule un tison dans une tige creuse de roseau ou de fenouil et donne le « feu sacré » à la race humaine. Il enseigne aussi aux humains la métallurgie et d'autres arts, eux-mêmes enseignés à Prométhée par Athéna qui était complice puisqu’elle l’aida à entrer secrètement dans l’Olympe.

Ayant découvert sa ruse, Zeus le punit pour avoir volé les Dieux.

Il est puni, non pas pour avoir donné le Savoir aux Hommes mais pour avoir volé les Dieux:

En effet, la tâche confiée à Prométhée était de donner un souffle de vie à chaque créature, celle de son frère de les armer (griffes, défenses, crocs…) afin qu'elles se défendent face aux autres créatures.

Épiméthée ayant failli, le don du "Feu" corrige son erreur.

Dans la plus ancienne version, d'Hésiode, c'est à la suite du choix imposé par Prose et les os et dans l'autre, plus petite et moins bien agencée, les meilleurs morceaux. Zeus choisit la plus grosse part et en conçoit de la rancune. C'est de ce temps que les hommes laissent aux dieux la graisse et les os lors des sacrifices. Afin d'éviter que l'homme ne soit l'égal des Dieux, Zeus retire le feu aux hommes et Prométhée va le dérober dans l'Olympe afin de le leur restituer[6].

Prométhée entre de ce fait en conflit avec Zeus qui lui inflige un supplice : Héphaïstos l'enchaîne nu à un rocher dans les montagnes du Caucase, où un aigle (ou un vautour selon les versions) vient lui dévorer le foie chaque jour. Sa souffrance devient ainsi infinie, car chaque nuit son foie repousse (cet aspect du mythe laisse supposer que les Grecs anciens avaient découvert que le foie est l'un des rares organes humains à se régénérer spontanément en cas de lésion).

Héraclès le délivre au cours de ses douze travaux mais pour ne pas déroger au serment de Zeus qui avait juré que le Titan resterait à jamais enchaîné au Caucase, ou Atlas[7] Prométhée dut porter durant toute sa vie une bague de fer provenant de ses chaînes, accolée à un morceau de pierre du Caucase.

D'autre part, lorsque Zeus déclare vouloir anéantir l’espèce humaine dans un déluge, il épargne finalement Deucalion, fils de Prométhée, et sa femme Pyrrha.

Selon une légende particulière, Prométhée devient immortel grâce au centaure Chiron : celui-ci, blessé accidentellement par les flèches empoisonnées d’Héraclès, ne supportant plus la souffrance mais ne pouvant ni guérir ni mourir, demande la mort aux dieux. Zeus la lui accorde après que Chiron a légué son immortalité à Prométhée, car Zeus est alors reconnaissant envers Prométhée de lui avoir prédit que s’il avait épousé la néréide Thétis, le fils qu’ils auraient eu ensemble aurait été plus puissant que lui et l'aurait détrôné. Il est pourtant plus commun de trouver Prométhée désigné comme le « Titan Prométhée » , puisque fils d'un Titan et d'une Titanide : il serait ainsi immortel de naissance, puisqu'ayant le rang de divinité primordiale.

Postérité[modifier | modifier le code]

Nicolas-Sébastien Adam, Prométhée enchaîné, 1762, musée du Louvre

en matière philosophique[modifier | modifier le code]

Le mythe de Prométhée est admis comme métaphore de l'apport de la connaissance aux hommes. C'est un des mythes récurrents dans le monde proto-indo-européen (mais on le retrouve également chez d'autres peuples) :

  • il rapporte comment ce messager divin ose se rebeller, pour voler (contre l'avis des dieux) le Feu sacré de l'Olympe (invention divine symbole de la connaissance) afin de l'offrir aux humains et leur permettre de s'instruire ;
  • il est aussi évocateur de l'hybris (la force démesurée), la folle tentation de l'Homme de se mesurer aux dieux et ainsi de s'élever au-dessus de sa condition.

Selon certaines versions grecques ou latines, Prométhée est puni de son audace et enchaîné sur un rocher (ou crucifié selon d'autres). On trouve la trace de ce mythe chez de nombreux auteurs qui en font des extrapolations diverses :

  • Chez Platon : Le sophiste Protagoras en fait le récit dans son dialogue avec Socrate pour défendre l'idée que la vertu peut s’enseigner[8].
  • Chez Théophraste : Les théophrastéens faisaient de Prométhée le premier philosophe, ce qui est simplement une application du littéralisme péripatéticien à une remarque de Platon[9],[10],[11]. Théophraste dit que Prométhée, devenu sage, communiqua d'abord aux hommes la philosophie, d'où vint la fable qu'il leur avait donné le feu.
  • Pour Hobbes les souffrances de Prométhée, condamné à avoir le foie dévoré chaque jour, symbolisent les craintes et autres douleurs qu'inspirent à l'humanité les inquiétudes de l'avenir[12].
  • Gaston Bachelard sous le terme de « complexe de Prométhée », définit « toutes les tendances qui nous poussent à savoir autant que nos pères, plus que nos pères, autant que nos maîtres, plus que nos maîtres. » Selon ses termes, « le complexe de Prométhée est le complexe d'Œdipe de la vie intellectuelle[13]. »
  • Günther Anders, le philosophe de la technique, forge le concept de « honte prométhéenne » exprimant ainsi la honte qu’éprouve l’homme vis-à-vis de sa finitude au regard de la perfection des machines.
  • Mary Shelley sous-titre son roman Frankenstein « Le Prométhée moderne » (Frankenstein or The Modern Prometheus). Du fait qu’y est narrée la fabrication d'une sorte d'être humain, la référence au héros mythologique situe la dimension prométhéenne de défi aux dieux au cœur de l’œuvre et du processus évoqué.
  • Le philosophe Hans Jonas le reprend dans le Principe responsabilité (1979), pour faire allusion aux risques inconsidérés liés aux conséquences de certains comportements humains et de certains choix techniques, par rapport à l'équilibre écologique, social, et économique de la planète. Cette idée est reprise par Sylvie Mullie-Chatard, qui assimile le mythe du progrès technique au mythe de Prométhée[14].

en matière religieuse[modifier | modifier le code]

Le mythe a été mis en parallèle avec le récit biblique d'Adam et Ève, chassés du Jardin d'Éden pour avoir goûté le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal[réf. souhaitée].

Certains voient dans le mythe prométhéen, une partie des fondements de ce qui devient ensuite le christianisme[réf. souhaitée].

Selon cette optique, Lucifer ( en latin : le porteur de lumière ), descend du Ciel pour sauver l'Humanité. Au départ ange favori de Dieu, le fait d'apporter aux hommes «lumière et instruction» explique que Lucifer, personnification du « Mauvais » reçoive en retour une éternelle rancune céleste. Par la suite, le Christ aurait été le « Bon Lucifer », le « Bon porteur de lumière », le porteur du véritable message divin aux hommes et aurait remplacé l'ange déchu.

Cet amalgame est rapidement proscrit par l'Église : Le parallèle entre le Christ et Lucifer n'a pas de sens. La projection d'un schéma formel pseudo-identique dans la narration ne correspond pas sur le fond au message chrétien[réf. souhaitée].

en matière artistique[modifier | modifier le code]

  • Le groupe de ménestrels Saltatio Mortis a écrit une chanson appelée « Prometheus » en référence à ce mythe.
  • Bernard Carayon a créé la Fondation Prometheus.
  • Claude Nougaro a écrit une chanson "Prométhée"
  • Son personnage est également présent dans la série de livres de Michael Scott, Les Secrets de l'immortel Nicolas Flamel.
  • Akhenaton (du groupe IAM) a écrit une chanson "Prométhée" dans l'Album Métèque et Mat (1995)
  • Le groupe de métal Septic Flesh compose le titre "Prometheus" pour l'album "Titan" (2014)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hésiode, Théogonie [détail des éditions] [lire en ligne], 508.
  2. Scolie de l’Iliade (ΣAB Il., XIV, 295).
  3. Apollodore, Bibliothèque [détail des éditions] [lire en ligne], I, 7, I.
  4. Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], X, 4, 4.
  5. Platon, Protagoras[Où ?].
  6. Hésiode la Théogonie
  7. Hésiode. La Théogonie
  8. Platon, Protagoras, 320c-322d.
  9. d’après le scholiaste d’Apollonios de Rhodes (II, 1248)
  10. Philèbe (16c, 6). Cfr. Appendice : § 2)
  11. [9,2] Chapitre II, Livre II, Porphyre de Tyr : Sur l’abstinence de la chair des animaux
  12. Leviathan, Thomas Hobbes, Folio Essais, 2009
  13. Gaston Bachelard, La Psychanalyse du feu, 1re éd. 1938, éd. Gallimard, 1949.
  14. De Prométhée au mythe du progrès, Mythologie de l'idéal progressiste, L'Harmattan, 2005

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacqueline Duchemin, Prométhée. Histoire du mythe, de ses origines orientales à ses incarnations modernes, Les Belles Lettres, coll. « Vérité des mythes », Paris, 2000 (ISBN 2-251-32432-1).
  • Edith Hamilton, La Mythologie, Alleur (Belgique), Marabout, 1997, Culture générale, 8530.
  • Patrick Kaplanian, Mythes grecs d'origine, vol. I : Prométhée et Pandore, éd. L'entreligne, Paris, 2011 (ISBN 978-2-909623-06-1).
  • Dominique Lecourt, Prométhée, Faust, Frankenstein. Fondements imaginaires de l'éthique, Synthélabo, 1996.
  • Sylvie Mullie-Chatard, De Prométhée au mythe du progrès, Mythologie de l'idéal progressiste, L'Harmattan, 2005
  • Salomon Reinach, « Aetos Prometheus », dans Cultes, mythes et religions, éd. Ernest Leroux, Paris, 1906 [lire en ligne], t. III, p. 68-91.
  • Louis Séchan, Le mythe de Prométhée, Paris, Presses universitaires de France, 1951.
  • Raymond Trousson, Le thème de Prométhée dans la littérature européenne, Droz, 1964, 2 vol. (2e éd. augmentée 1976; 3e éd. 2001, (ISBN 978-2-600-00519-7)).
  • Jean-Pierre Vernant, « Le mythe prométhéen chez Hésiode », in Mythe et société en Grèce ancienne, Paris, Maspéro, 1974, p. 177-194.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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