Jason

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Jason et Médée joignant leurs mains droites, sarcophage romain de la fin du Ier siècle ap. J.-C., palais Altemps

Dans la mythologie grecque, Jason ou Iason (en grec ancien Ἰάσων / Iásôn, « le guérisseur ») est le fils d'Éson, roi d'Iolcos en Thessalie, et un descendant d'Éole. Il est principalement connu pour sa quête de la Toison d'or avec les Argonautes. Il est l'un des principaux héros grecs et particulièrement vénéré à Athènes.

Il voit son père dépossédé du trône par son oncle Pélias. Sauvé des vues homicides de Pélias par sa mère qui à sa naissance le fait passer pour mort-né, il est exposé sur le mont Pélion et recueilli par le centaure Chiron qui l'élève. Devenu adulte, il réclame le trône d'Iolcos. Pélias promet de le lui rendre, à condition qu'il rapporte de Colchide la Toison d'or. Après avoir pris la tête de l'expédition des Argonautes, Jason parvient auprès du roi Éétès, gardien de la Toison, qui le soumet à diverses épreuves dont le jeune héros triomphe grâce à l'aide de la fille du roi, Médée, qui s'est éprise de lui. À son retour, Jason découvre que Pélias s'est débarrassé d'Éson. Médée, désormais épouse de Jason, met au point une machination qui pousse les filles de Pélias à tuer leur propre père. Exilé à Corinthe, le couple vit heureux pendant dix ans. Cependant, Jason finit par délaisser sa femme et lui préfère Glaucé appelée aussi Créuse, la fille du roi Créon. Médée tue cette dernière, met à mort ses propres enfants, Merméros et Phérès, puis s'enfuit dans un char ailé, présent du Soleil. Jason rentre alors à Iolcos et, avec l'aide de Pélée et des Dioscures, monte sur le trône.

Mythe[modifier | modifier le code]

Jason est le fils d'Éson, roi d'Iolcos. Le nom de sa mère varie suivant les traditions : selon certains, il s'agit de Polymédé, fille de Phylacos, selon d'autres, de Polymélé[1], fille d'Autolycos, ce qui ferait de Jason un cousin d'Ulysse[2]. Jason voit son père dépossédé du trône par le demi-frère de ce dernier, Pélias. Sauvé des vues homicides de Pélias par des amis, il est élevé par le centaure Chiron sur le mont Pélion.

La quête de la Toison d'or[modifier | modifier le code]

Un oracle avait prédit à Pélias, usurpateur du trône d'Iolcos, qu'il serait détrôné par un homme qui se présenterait à lui avec une seule sandale. Devenu adulte, Jason va réclamer le trône d'Iolcos. Sur le chemin, il aide une vieille femme à traverser un fleuve. Cette femme n'est autre que la déesse Héra, déguisée ; il perd une sandale dans la traversée.

Pélias lui promet le trône pourvu qu'il lui rapporte la Toison d'or, qui se trouve alors en Colchide. Avec l'aide d'Athéna et d'Héra, Jason entreprend de faire construire un fabuleux navire, l'Argo (« le rapide »). Celui-ci terminé il embarque à son bord accompagné de 50 jeunes hommes héroïques, les Argonautes (il s'agit de la génération antérieure aux héros de la Guerre de Troie), qui ont partagé avec lui les enseignements du centaure Chiron. Parmi eux, on compte Héraclès, Thésée et les jumeaux Castor et Pollux. Benoît de Sainte-Maure raconte que c'est Pélias qui demande à un constructeur grec talentueux nommé Argus, de construire une nef à cette occasion, la première nef à voile baptisé l’Argo.

Parti d'Iolcos, Jason débarque sur les terres de Laomédon, le roi de Troie. Celui-ci, de peur que Jason et ses hommes ne l'attaquent, envoie un messager les chasser sur le champ. Jason, raisonnable mais offensé, maudira le roi et la ville en affirmant qu'ils seront un jour punis de cette inhospitalité, puis repartira (d'après Le Roman de Troie, de Benoît de Sainte-Maure).

Au terme d'un périlleux voyage (où il doit entre autres passer les Symplégades), les Argonautes accostent enfin en Colchide. Le roi Éétès accepte de lui laisser la Toison d'or, s'il parvient à venir à bout d'épreuves surhumaines. En effet, la présence de la Toison d'or dans son royaume garantit sa prospérité. Ces épreuves sont  : labourer une terre aride en ayant attelé un taureau aux sabots d'airain et crachant du feu, y semer les dents du dragon de Cadmos, desquelles germent des guerriers, les Spartes (les « semés »), qui l'attaquent. Heureusement, il est aidé par la fille du roi, la magicienne Médée, qui est tombée amoureuse de lui. Celle-ci lui fournit un baume protecteur contre les brûlures et le fer des taureaux, ainsi qu'une pierre faisant en sorte que les guerriers s'entretuent. Le roi, de mauvaise foi, ne veut pas leur donner la Toison d'or. Ils décident donc d'aller la chercher la nuit. Médée endort le dragon qui garde la Toison d'or et fuit avec lui  : rien ne l'arrête, elle va même jusqu'à tuer son propre frère, Apsyrtos, pour retarder les gens du roi à leur poursuite.

De retour à Iolcos, Jason constate que Pélias a profité de son absence pour tuer son père et se débarrasser de sa famille. Médée met alors au point une ruse pour le venger : elle rajeunit un bélier en le faisant bouillir dans un chaudron avec des herbes magiques. Elle convainc ainsi les filles de Pélias d'en faire de même avec leur père. Mais elle leur donne des herbes sans aucun pouvoir, et les filles de Pélias causent malgré elles la mort de leur père. Cependant Acaste, son fils, exprimant la peine qu'il éprouve à Jason et Médée, ceux-ci s'exilent à Corinthe par regret d'avoir tué le père de l'enfant.

L'exil à Corinthe[modifier | modifier le code]

Pendant dix ans, ils mènent une vie heureuse et élèvent leurs enfants, jusqu'au jour où Jason délaisse Médée et finit par épouser une princesse locale, Créuse, fille du roi Créon. Médée se venge en tuant Créuse et sa famille, ainsi que ses propres enfants, Merméros et Phérès.

Sources littéraires[modifier | modifier le code]

Athéna face au dragon gardien de la toison d'or, qui est en train de régurgiter Jason. Coupe de Douris (480-470 av. J.-C.)

Le mythe de Jason et le cycle des Argonautes constitue le sujet d'un grand nombre d'œuvres littéraires.

Vers 1460, le prêtre Raoul Lefèvre rédige une Histoire de Jason, qu'il présente comme une entreprise de réhabilitation du personnage de Jason, dictée par le héros lui-même. En réalité, l'œuvre est probablement rédigée sur commande de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, suite aux attaques subies par l'Ordre de la Toison d'or : on reproche à ce dernier d'être placé sous le patronage d'un vil séducteur et le chancelier du duc, Jehan Germain, a même proposé de remplacer Jason par le héros biblique Gédéon[3].

Vers 1614, le médecin-philosophe Michael Maier, comte palatin de l'empereur Rodolphe II, publie à Londres un ouvrage qui veut confirmer les théories de Bracesco: Arcana arcanissima, dans lequel il prétend démontrer que toute l'allégorie de la Toison d'or ne signifie rien d'autre que l'obtention de la médecine d'or des alchimistes[4]. Coïncidence, en Géorgie (anciennement la Colchide), du côté des Svanes, populations montagnardes du nord qui pratiquent l'orpaillage dans les rivières du caucase, on utilise depuis toujours des toisons de moutons pour récolter les paillettes d'or qui s'y trouvent en abondance.

Au XVIIIe siècle, Jason et les Argonautes suscitent encore l'intérêt. Dans The Chronology of Ancient Kingdoms Amended (1728), Isaac Newton défend l'idée selon laquelle une bonne part des constellations dérivent de la geste argonautique[5] :

  • le Bélier est celui de la Toison d'or ;
  • le Taureau représente ceux que Jason soumet au joug en Colchide ;
  • les Gémeaux sont les Dioscures, qui viennent en aide à Jason, et le Cygne leur mère Léda ;
  • le Dragon est celui de Cadmos – le Corbeau perche sur son cadavre ;
  • le Navire Argo a droit à sa propre constellation, divisée par Nicolas-Louis de Lacaille en trois constellations plus petites : la Carène, la Poupe et les Voiles ;
  • la Coupe est celle de Médée ;
  • le Centaure est Chiron, auquel est associé l'Autel ;
  • Hercule, l'un des Argonautes, est figuré avec ses victimes, l'Hydre (de Lerne), le Cancer (un crabe envoyé par Héra pour contrarier le héros pendant son combat avec l'Hydre), le Lion (de Némée) et le Vautour (aujourd'hui la Lyre) abattue par la Flèche.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Catalogue des femmes [détail des éditions], fr. 38 et 40 MW.
  2. Grimal, p. 242.
  3. Morse, p. 35.
  4. Michael Maier, Les Arcanes très secrets, livre II, pp.89-38. Beya Éd., Grez-Doiceau, 2005.
  5. Morse, p. 36, note 1.

Références[modifier | modifier le code]

  • (en) Timothy Gantz, Early Greek Myth, Johns Hopkins University Press,‎ 1993 [détail de l’édition], tome I, p. 340-373.
  • article « Jason », Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Grands dictionnaires »,‎ 1999 (1re éd. 1951) (ISBN 2-13-050359-4), p. 242-243.
  • (en) Ruth Morse, « Problems of Early Fiction: Raoul Lefèvre's Histoire de Jason », The Modern Language Review, vol. 78, no1 (janvier 1983), p. 34-45.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie complémentaire[modifier | modifier le code]

  • Alain Moreau, Le Mythe de Jason et Médée. Le Va-nu-pied et la Sorcière, Les Belles Lettres, coll. « Vérité des mythes », Paris, 1994 (ISBN 2-251-32420-8) ; ouvrage réédité en 2006 (ISBN 2-251-32440-2).