Moires

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Le Triomphe de la mort ou les Trois Destinées, tapisserie flamande (v. 1510-1520).

Dans la mythologie grecque, les Moires (en grec ancien Μοῖραι / Moîrai, littéralement les « portions de destin assignées à chaque homme ») sont des divinités du Destin implacable. Elles sont assimilées aux Parques dans la mythologie romaine.

Mythe[modifier | modifier le code]

Ascendance et premiers éléments[modifier | modifier le code]

Leur ascendance est confuse : la Théogonie se contredit elle-même en citant Nyx seule au vers 217 (comme dans l’Hymne orphique qui leur est consacré et Les Euménides d'Eschyle), mais Zeus et Thémis plus loin (v. 904, repris par le pseudo-Apollodore). Cet attachement à Nyx se retrouve d'ailleurs chez les auteurs latins (dans la Préface d'Hygin et chez Cicéron), qui citent Érèbe pour père. D'autres traditions existent, qui toutes les rattachent à des divinités primordiales (Ouranos et Gaïa d'après des fragments de Lycophron et d'Athénée, ou Chaos chez Quintus de Smyrne). Quant au poète crétois Épiménide, il les suppose, dans une tradition isolée, nées de Cronos et d'Évonymé et sœurs à la fois d'Aphrodite et des Euménides.

Dans sa République enfin, Platon en fait les filles d'Ananké (la Nécessité), mais cela relève sans doute plus d'une interprétation philosophique.

Elles ne sont citées qu'une seule fois sous le nom collectif de Μοῖραι / Moîrai dans l'Iliade (XXIV, 49), mais sont également désignées sous le nom d'αἶσα / aisa dans un autre passage (XX, 127). Cependant au même chant XXIV (v. 209), le terme Μοῖρα / Moîra est employé au singulier pour désigner une déesse unique. L'Odyssée (VII, 196) associe quant à elle aisa et κλῶθες / klỗthes (« fileuses ») ; ce dernier terme est une référence probable aux Moires, même si cette épithète ne se rencontre nulle part ailleurs. Toujours dans l'Odyssée, il semble que le rôle de fileuses du destin ne leur soit pas réservé : Zeus (IV, 207) ou même les dieux tous ensemble (I, 17-18) peuvent être impliqués. De manière générale, si le terme de moïra (« destinée ») est très présent dans les épopées homériques, celle-ci n'est que rarement personnifiée sous des traits divins.

Leur nom apparaît pour la première fois chez Hésiode, qui dénombre trois Moires « qui dispensent aux hommes et les biens et les maux[1] » :

  • Clotho (Κλωθώ / Klôthố, « la Fileuse ») ;
  • Lachésis (Λάχεσις / Lákhesis, « la Répartitrice », enroule le fil) ;
  • Atropos (Ἄτροπος, « l'Implacable », coupe le fil).

Dans le premier passage de la Théogonie (v. 217 et suiv.), leur rôle est en outre de « [poursuivre] les crimes des hommes et des dieux et [de] ne [déposer] leur terrible colère qu'après avoir exercé sur le coupable une cruelle vengeance[1] ». Cependant l'enchaînement des vers 218 et 219, jugé maladroit, et le fait que cette mention suive une référence donnée aux Kères, divinités chargées de traquer les criminels, font écarter ce passage comme une interpolation par plusieurs spécialistes[2].

Fonctions et mythes associés[modifier | modifier le code]

Lachésis sur le Puteal de la Moncloa, tête de puits en marbre de style néo-attique du IIe siècle, Musée archéologique national de Madrid

On peut se représenter leur travail de filage comme achevé au moment de la naissance ou se poursuivant pendant toute la vie jusqu'au moment où tout le fil a été entièrement déroulé du rouet. Les images employées par les poètes varient. Dans la mythologie grecque, le Destin est parfois personnifié de façon distincte de Zeus, parfois confondu avec lui. Mais en général, Zeus et les autres dieux paraissent soumis au Destin, comme l'affirme Eschyle dans Prométhée enchaîné.

Les Moires sont présentes lors de plusieurs grands événements, lors de la gigantomachie par exemple, lors du mariage de Pélée et de Thétis (au cours duquel elles chantent), voire pour ramener la paix dans l'Olympe lorsque les dieux à l'unisson réclament à Zeus l'immortalité pour leurs conjoints ou leurs enfants mortels[réf. nécessaire].

Lachésis, fille d'Ananké (la Nécessité), possède en outre une fonction spécifique dans la République de Platon, livre X (voir le mythe d'Er), qui lui attribue le rôle d'avoir sur ses « genoux des sorts et des modèles de vie » qui sont distribués lors d'une cérémonie à l'issue de laquelle les âmes des défunts sur le point de revenir sur terre se voient présenter les « sorts » correspondant à leur réincarnation future en hommes ou en animaux.

Culte[modifier | modifier le code]

Les Moires pouvaient être honorées comme déesses de la naissance ; les jeunes mariées athéniennes leur offraient des boucles de cheveux, et les femmes les invoquaient en prêtant serment.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Traduction M. A. Bignan, cf. Sources.
  2. M. West les a supprimé de son édition de la Théogonie.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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