Endymion

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Séléné et Endymion sur le mont Latmos. Sarcophage romain, vers 180, Glyptothèque de Munich.

Dans la mythologie grecque, Endymion (en grec ancien Ἐνδυμίων / Endymíôn) est un roi d'Élide (ou un simple berger selon d'autres versions), amant de Séléné, déesse de la lune, ou d'Artémis, avec laquelle Séléné est souvent confondue à partir du Ve siècle av. J.-C.

Mythe[modifier | modifier le code]

Il est le fils d'Éthlios, premier souverain d'Élide, et de Calycé[1] ; d'autres versions en font un fils de Zeus. Il a trois fils : Étolos, Péon et Épéios. Il choisit son héritier parmi ces trois en les soumettant à une course à pied qu'Épéios remporte[2]. Il passe aussi pour le père de Narcisse.

Il est l'amant de Séléné (appelée aussi Artémis, ou encore Diane chez les Latins), dont il a cinquante filles. Les cinquante mois lunaires entre chaque session des Jeux olympiques sont censés y faire allusion. La tombe d'Endymion se trouve à Olympie. Selon certaines traditions, Séléné obtient pour lui qu'il conserve sa beauté dans un sommeil éternel[3] dans une grotte du mont Latmos en Carie[4].

Selon une version minoritaire[5], Endymion est élevé par Zeus dans l'Olympe, où il s'éprend d'Héra. Furieux, le roi des dieux le jette dans les Enfers, ou encore le punit par un sommeil sans fin.

Postérité littéraire[modifier | modifier le code]

Le mythe d'Endymion connaît une grande fortune littéraire grâce à sa richesse symbolique.

Il inspire à Michael Drayton son Endimion and Phoebe (1595). Dans le poème, Endymion est un jeune berger qui s'est voué à Phœbé. Celle-ci est également éprise de lui, et se présente comme une simple nymphe pour lui avouer ses sentiments. Endymion la repousse, arguant de son engagement au service d'Artémis. Après qu'elle est partie, il regrette de l'avoir éconduite et s'endort au clair de lune en soupirant. Phœbé le visite pendant son sommeil ; à son réveil, il lui fait part de ses sentiments. C'est au tour de Phœbé de l'éconduire. Finalement, elle lui avoue sa véritable identité et annonce son intention de l'élever dans l'Olympe.

Le jeudi 17 mai 1731, a été représentée pour la première fois par l'Académie Royale de Musique, "Endymion, pastorale héroïque", en 5 actes, sur un livret de Fontenelle et une musique de Colin de Blamont[6].

Le motif du déguisement de Diane, par lequel la déesse essaie de détourner son protégé de son propre culte, est repris par Keats dans son Endymion (1818). Ici, la feinte est double : dans le premier livre, Diane visite Endymion dans ses rêves sous le nom de Cynthia. Le jeune homme en tombe amoureux et se lance dans une quête pour la retrouver. Dans le quatrième livre, elle revêt la forme d'une jeune Indienne et finit par vaincre les résistances du jeune homme, qui abandonne son vœu pour l'amour de la déesse. La déesse se manifeste finalement sous sa véritable identité, et pardonne à Endymion sa « trahison » pour faire de lui son consort immortel. Le poème a été interprété comme une allégorie néo-platonicienne, représentant la quête humaine de l'idéal.

Le poète grec Constantin Cavafy a consacré à Endymion un poème intitulé Sur une statue d'Endymion[7] qui fait le court récit d'une visite à son sanctuaire, à Latmos. Le poème de Keats a inspiré l'auteur de science-fiction Dan Simmons pour l'un des personnages de ses Cantos d'Hypérion. Dans un univers futuriste, Raul Endymion y est un berger choisi pour accompagner Enée, entité divine, dans sa quête et devenir son amant.

Marguerite Yourcenar lui a consacré un des poèmes de son recueil Les charités d'Alcippe (qui puise abondamment dans la mythologie grecque).

Représentations artistiques[modifier | modifier le code]

Représentations antiques[modifier | modifier le code]

Chez les Romains, le mythe d'Artémis et Endymion se retrouve fréquemment sur des sarcophages de l'époque chrétienne et représente l'espoir d'une vie après la mort[8].

Représentations modernes[modifier | modifier le code]

Endymion, par Girodet, musée du Louvre.

Le mythe d'Endymion constitue une source d'inspiration fréquente pour les peintres occidentaux. Parmi les représentations classiques, on peut citer celle de Cima da Conegliano (vers 1510, musée de Parme) ou Pier Francesco Mola (vers 1660, pinacothèque du Capitole à Rome). Carrache représente également la scène dans une fresque du palais Farnèse, à Rome, vers 1595-1600 : Phœbé embrasse le jeune homme endormi. Son interprétation du mythe sert de modèle à de nombreux artistes des XVIe et XVIIe siècles, comme le Domenichino au palais Giustiniani à Bassano di Sutri ou Franceschini au palais de la Podestà à Gênes. Au contraire, Poussin choisit en 1632 de représenter le jeune homme pleinement éveillé, à genoux devant la déesse.

La représentation « moderne » la plus connue est sans doute celle de Girodet, peinte en 1791 et conservée actuellement au musée du Louvre. Le pâtre est représenté endormi dans une posture lascive avec un modelé tout en courbe, sans musculature visible, ce qui était contraire à l'académisme de l'époque. Séléné n'est présente que sous la forme d'un éclairage blafard dont un rayon vient effleurer la bouche du sujet. Ce tableau marque une transition entre le style classique et le romantisme en gestation.

Astronomie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Apollodore, Bibliothèque [détail des éditions] [lire en ligne] (I, 7, 5).
  2. Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne] (V, 8, 1).
  3. Ovide, Amours [détail des éditions] [lire en ligne] (I, 13, 43).
  4. La précision de lieu est donnée pour la première fois par Sappho dans un poème perdu évoqué par la scholie du vers IV, 57-58 des Argonautiques d'Apollonios de Rhodes.
  5. Scholie du vers IV, 57 des Argonautiques, qui attribue le récit à Hésiode dans un poème perdu.
  6. Endymion, pastorale héroïque
  7. Marguerite Yourcenar, Présentation critique de Constantin Cavafy, Gallimard, 1958, p. 138.
  8. Sarcophage avec la légende de Séléné et d'Endymion (notice du Musée du Louvre)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • (en) Judith Colton, “The Endymion Myth and Poussin's Detroit Painting”, dans Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, vol. 30 (1967), p. 426-431.
  • Natalia Agapiou, Endymion au carrefour. La Fortune littéraire et artistique du mythe d'Endymion à l'aube de l'ère moderne, Berlin, 2005 (ISBN 3-7861-2499-X).

Liens externes[modifier | modifier le code]