Pâris

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Archer troyen dit « Pâris », sculpture du fronton ouest du temple d'Aphaïa, v. 505-500 av. J.-C., Glyptothèque de Munich.

Dans la mythologie grecque, Pâris (en grec ancien Πάρις / Páris) est un prince troyen, fils cadet du roi Priam et d'Hécube.

Hécube enceinte, un présage annonce que le futur prince qu'elle porte causera la destruction de Troie. Effrayé, Priam ordonne que l'enfant soit mis à mort : Pâris est ainsi abandonné sur le mont Ida, où toutefois se trouve-t-il recueilli par des bergers.

Devenu adulte, il se fait reconnaître comme prince troyen. Un jour qu'il garde ses troupeaux, il voit apparaître devant lui Aphrodite, Athéna et Héra, qui lui demandent de choisir à qui la « pomme de discorde », destinée « à la plus belle des déesses de l'Olympe », doit être remise. Pâris opte en faveur d'Aphrodite, qui lui promet l'amour de la plus belle femme du monde. Il enlève donc Hélène, femme de Ménélas ; ce qui déclenche la guerre de Troie. Vaincu par Ménélas en combat singulier, il doit in fine son salut à l'intervention d'Aphrodite. Ensuite, guidé par Apollon, il tue Achille d'une de ses flèches, avant de mourir de celles de Philoctète.

Mythe[modifier | modifier le code]

Naissance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Pâris et Œnone, détail d'un sarcophage romain de l'époque d'Hadrien, palais Altemps.

Homère ne mentionne rien de particulier sur la naissance de Pâris[1]. Le thème selon lequel le destin fatal de Pâris est prédit à Priam et Hécube apparaît pour la première fois chez Pindare : pendant sa grossesse, Hécube a une vision où elle donne naissance à un monstre à cent bras, crachant le feu, qui détruit la ville de Troie[2]. Selon une autre version, la reine rêve qu'elle donne naissance à un brandon enflammé qui met le feu à la ville ; des devins annoncent que l'enfant doit être mis à mort[3]. Pâris est alors exposé sur le mont Ida de Troade, mais il est trouvé et recueilli par un berger[3].

On retrouve le même canevas dans le prologue des tragédies Alexandre de Sophocle et Euripide, qui traitent toutes deux du retour du jeune homme dans sa ville d'origine. On n'en possède plus que des fragments, mais le mythographe romain Hygin s'en inspire pour l'une de ses Fables[4] : Hécube rêve qu'elle met au monde une torche enflammée dont s'échappent des serpents. Des devins annoncent que l'enfant devra être mis à mort dès sa naissance. Priam confie le bébé, nommé Alexandre (en grec ancien Ἀλέξανδρος / Aléxandros) à des serviteurs qui, pris de pitié, l'abandonnent sur le mont Ida. Là, des bergers le recueillent et le nomment Pâris. Devenu adulte, celui-ci voit le meilleur de ses taureaux emmené par des serviteurs du roi, qui le destinent à être le prix du vainqueur dans des jeux expiatoires en l'honneur d'Alexandre. Déterminé à recouvrer son bien, Pâris participe aux jeux, qu'il remporte brillamment, vainquant au passage ses frères. L'un d'entre eux, Déiphobe, furieux d'avoir été battu par un berger, veut le mettre à mort. Pâris s'enfuit jusqu'à l'autel de ZeusCassandre, sa sœur, révèle sa naissance.

Le jugement du mont Ida[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pomme de discorde.
Jugement de Pâris (1904) Enrique Simonet.
Jugement du mont Ida, mosaïque de sol, v. 110-150, villa de l'Atrium, Antioche.

Le premier récit du Jugement de Pâris se trouve dans les Chants cypriens, une épopée perdue du Cycle troyen dont les événements prennent place avant ceux de l’Iliade[5]. Aux noces de Pélée et Thétis sur l'Olympe, tous les dieux sont invités excepté Éris, déesse de la Discorde. Pour se venger, elle leur jette une pomme d'or avec la mention : « Pour la plus belle » — c'est la « pomme de discorde ». Trois déesses revendiquent alors le fruit, Héra, Athéna et Aphrodite. Afin de mettre un terme à la dispute, Zeus ordonne à Hermès d'emmener les déesses sur le mont Ida, à charge pour Pâris de désigner la gagnante. Le jeune homme accorde finalement le prix à Aphrodite, qui lui a promis l'amour d'Hélène. Ce premier récit, dont seul un résumé nous est parvenu grâce à la Chrestomathie de Proclos, ne précise pas si Athéna et Héra offrent elles aussi quelque chose au jeune homme[5]. Des ouvrages plus tardifs, dont la Bibliothèque d'Apollodore, font toutefois état de telles promesses (Athéna offre la victoire à la guerre et Héra, la souveraineté sur tous les hommes). Il ne précise pas non plus si l'épisode se passe avant ou après sa reconnaissance par Priam[6]. Le fait que Pâris soit occupé à garder les troupeaux quand arrivent Hermès et les déesses n'est pas une indication, puisque l’Iliade présente Énée gardant lui aussi les moutons sur le mont Ida[7].

Homère ne fait allusion au jugement de Pâris que de manière indirecte :

« …Héra et la Vierge aux yeux pers.
Ceux-là gardaient toute leur haine à la sainte Ilion,
À Priam et aux siens, depuis que Pâris aveuglé
Leur avait fait injure, en osant, dans sa bergerie,
Opter pour celle qui lui offrit l'amère luxure[8]. »

Les deux derniers vers sont athétisés (refusés comme inauthentiques) par Aristarque de Samothrace, au motif qu'Homère parlerait bien davantage du Jugement s'il connaissait l'histoire.

La guerre de Troie[modifier | modifier le code]

Hélène et Pâris, reconnaissable à son bonnet phrygien et à ses bottines, cratère en cloche du peintre de Stockholm 1999 (?), v. 380-370 av. J.-C., musée du Louvre.

Peu après, Pâris part dans une ambassade en Grèce, malgré les avertissements de Cassandre. Le prétexte est de prendre des nouvelles d'Hésione, sœur de Priam donnée en mariage à Télamon, roi de Salamine, mais en réalité, Pâris vient chercher son dû, promis par Aphrodite. Arrivé à Sparte, il est reçu par Ménélas. Profitant d'un bref voyage du roi spartiate en Crète, il séduit et enlève Hélène, sa femme. Il en aura trois fils, Bounicos, Aganos et Idacos, et une fille, Hélène. Selon les auteurs, Hélène est enlevée de bon gré ou non. Le Troyen n'oublie pas de faire main basse également sur une partie des richesses de son hôte, le tout étant emporté à Troie. Pour venger cet affront, Ménélas demande l'appui de tous les Grecs au nom du Serment de Tyndare, ce qui provoque la guerre de Troie.

Les dieux et les déesses de l'Olympe prennent chacun le parti d'un des protagonistes de ce conflit : Aphrodite (Vénus) est l'alliée des Troyens (elle est d'ailleurs mère de l'un d'entre eux, le prince Énée) tandis qu'Athéna et Héra, auxquelles Pâris a préféré Aphrodite, sont évidemment du côté des Grecs.

Dans l’Iliade, il y est décrit de manière peu flatteuse comme un homme à femmes avec peu de courage. Contrairement aux autres héros, c'est un archer — l'arc est une arme non noble, portée par les lâches, les traîtres ou encore les bâtards. La première fois qu'il voit Ménélas au combat, il fuit, et n'est sauvé dans son duel contre celui-ci que par Aphrodite, qui le dépose hors de la zone du combat. Son propre frère Hector le traite de « Pâris de malheur », de « bellâtre, coureur de femmes et suborneur ». Néanmoins, Pâris tue trois Grecs dans les combats et blesse des guerriers tels que Diomède, Machaon, Archiloque ou encore Palamède. C'est lui qui, guidé par Apollon, tue Achille en le frappant d'une flèche au talon.

Pendant la prise de Troie, Pâris est mortellement blessé par une flèche de Philoctète. Ramené sur le mont Ida, il demande à Œnone, sa première femme, de le soigner, mais celle-ci refuse et il meurt.

Pâris-Alexandre[modifier | modifier le code]

Pâris est également appelé Alexandre déjà chez Homère : dans l’Iliade, il est appelé 45 fois « Alexandre » et 13 fois « Pâris », dont deux fois dans le composé Δύσπαρις / Dusparis, « Pâris de malheur »[9] — il n'apparaît pas dans l’Odyssée, sous aucun de ses deux noms[10]. L'explication de ce doublet est un vieux sujet de débat chez les philologues.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Pâris est habituellement représenté comme un beau jeune homme, assez efféminé, portant un bonnet phrygien car Pâris est réputé être d'origine phrygienne. Pausanias indique que le peintre Polygnote le représente, imberbe, claquant des mains pour attirer à lui Penthésilée, qui ignore ses appels[11].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Gantz, p. 562.
  2. Pindare, Péans, 8a.
  3. a et b Scholie exégétique du vers III, 325 de l'Iliade.
  4. Hygin, Fables [détail des éditions] [(la) lire en ligne], XCXI.
  5. a et b Gantz, p. 567.
  6. Gantz, p. 570.
  7. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne] XX, 89-93.
  8. Iliade, XXIV, 26-30 ; extrait de la traduction de Frédéric Mugler pour Actes Sud, 1995.
  9. (en) G. S. Kirk (éd.), The Iliad: a Commentary, vol. I : Chants I-IV, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 1985 (ISBN 0-521-28171-7), au chant III, vers 16.
  10. De Jong, p. 127, n. 2.
  11. Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], X, 31, 8.

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Timothy Gantz, Early Greek Myth, Johns Hopkins University Press,‎ 1993 [détail de l’édition], vol. II.
  • article « Pâris », Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Grands dictionnaires »,‎ 1999 (1re éd. 1951) (ISBN 2-13-050359-4).
  • I. J. F. de Jong, « Paris/Alexandros in the Iliad », Mnemosyne, 4e série, vol. 40, fasc. 1/2 (1987), p. 124-128.
  • (en) Michael Lloyd, « Paris/Alexandros in Homer and Euripides », Mnemosyne, 4e série, vol. 42, fasc. 1/2 (1989), p. 76-79.
  • (en) John A. Scott, « Paris and Hector in Tradition and in Homer », Classical Philology, vol. 8, no2 (avril 1913), p. 160-171.

Lien externe[modifier | modifier le code]

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