Empédocle

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Empédocle (homonymie).
Empédocle (Ἐμπεδοκλῆς)
Picto infobox auteur.png

Grèce

Antiquité

Empedokles.jpeg
Naissance
Décès
Principaux intérêts
Idées remarquables
Les quatre éléments : « toute la matière est constituée de quatre éléments, l'eau, la terre, l'air et le feu. »
Œuvres principales
De la nature, Purifications
Influencé par
A influencé
Citation
« Ainsi de l'Un sort le Multiple. »

Empédocle est un philosophe, ingénieur et médecin grec du Ve siècle av. J.-C..

Biographie[modifier | modifier le code]

Les dates de naissance et de mort d'Empédocle ne sont pas certaines : il vécut probablement entre 490 et 435 av. J.-C. Sa vie nous est mal connue et a parfois un caractère légendaire manifestement dû à sa personnalité quelque peu excentrique. Il fut un personnage important d'Agrigente, défenseur de la démocratie. Il fut banni et termina sa vie dans le Péloponnèse. D'après la légende, Empédocle se jeta dans les fournaises de l'Etna en abandonnant sur le bord une de ses chaussures, preuve de sa mort. Cette histoire est toutefois réfutée par Strabon.

Empédocle fut sans doute le plus étrange et le plus excentrique des Présocratiques : il est, selon Nietzsche, « la figure la plus bariolée de la philosophie ancienne[1] ». « Il s'habillait de vêtements de pourpre avec une ceinture d'or, des souliers de bronze et une couronne delphique. Il portait des cheveux longs, se faisait suivre par des esclaves, et gardait toujours la même gravité de visage. Quiconque le rencontrait croyait croiser un roi » (Favorinus d'Arles[2]).

Il a écrit sa pensée sous la forme de deux poèmes, peut-être réunis en un : 1) le Περὶ Φύσεως / Peri phuseôs (De la nature), 2) les Καθαρμοί / Katharmoi (Purifications). Il nous en reste environ quatre cents vers. Il faut ajouter un papyrus fragmentaire du Ier siècle, découvert à Strasbourg, édité en 1999[3].

Empédocle fut à la fois ingénieur, philosophe, thaumaturge et poète. Il serait également le premier à avoir rassemblé des observations sur ce qui allait devenir la rhétorique[4].

Sa pensée[modifier | modifier le code]

Sa pensée est influencée par l'Orient, l'orphisme et le pythagorisme. Il y a, sur la sensation, de nombreuses opinions, qui peuvent se réduire à deux générales : les uns la font produire par le semblable, les autres par le contraire. Parménide, Empédocle et Platon sont au nombre des premiers ; Anaxagore soutient la seconde thèse[5].

On retrouve des fragments des écrits ou de la pensée d'Empédocle chez Platon (dans la République) ou encore dans le Dialogue sur l'Amour de Plutarque.

Cosmologie[modifier | modifier le code]

Sa doctrine physique fait des quatre éléments (le Feu, l'Air, la Terre, l'Eau) les principes composant toutes choses[6].

« Connais premièrement la quadruple racine
De toutes choses : Zeus aux feux lumineux,
Héra mère de vie, et puis Aidônéus,
Nestis enfin, aux pleurs dont les mortels s'abreuvent[7]. »

Premièrement il y a le problème de l'interprétation. Zeus, dieu de la lumière céleste, désigne le Feu ; Héra, épouse de Zeus, désigne l'Air ; Aidônéus (Hadès), dieu des enfers, désigne la Terre ; Nestis (Poséidon) désigne l'Eau. Cependant, pour Stobée, qui semble moins crédible, Héra est la Terre, Aidônéus est l'Air. Deuxièmement, il y a le problème de l'ordre. Empédocle dit Feu/Air/Terre/Eau. Plus logiquement, Aristote établit la série : Feu, Air, Eau, Terre. Troisièmement, il y a le problème de la complétude. Combien d'Éléments ? Le jeune Aristote et l'auteur de l'Épinomis ajouteront un cinquième Élément, qui est donc la quinte essence : l'Éther.

À ces Éléments s'ajoutent les Forces de l'Amour et de la Haine : l'Amour rapproche même ce qui est dissemblable, et la Haine sépare ce qui est joint :

« À un moment donné, l'Un se forma du Multiple, à un autre moment, il se divisa, et de l'Un sortit le Multiple — Feu, Eau et Terre et la hauteur puissante de l'Air. »

La dualité et l'opposition des forces d'Amour-Haine s'appliquant sur ces quatre Éléments subit en outre une alternance : à un état où règne seul l'Amour et où tout est uni (le Sphairos - - rappelant la sphère de Parménide), succède l'introduction progressive de la Haine jusqu'à complète séparation des Éléments, l'Amour réapparaissant alors ramène les choses à l'unité et vers un nouveau cycle :

« Car ils prévalent alternativement dans la révolution du cercle, et passent les uns dans les autres, et deviennent grands selon le tour qui leur a été assigné. »

Empédocle situe notre époque dans une phase de progression de la Haine : du Sphairos s'est séparé l'Air (atmosphère), puis le Feu (lumière du jour, étoiles), la Terre, et de la Terre l'Eau.

La description de la génération des êtres vivants obéit au même double mouvement : d'un état primitif d'androgynie à la génération sexuée sous le progrès de la Haine ; membres solitaires et errants cherchant à s'unir dans la phase de réunion sous l'impulsion de l'amour (« têtes sans cous, bras nus privés d'épaules, des yeux vagues dépourvus de fronts »).

Du Ciel[modifier | modifier le code]

Pour Empédocle, par l'action du ciel, la Terre reste tranquille par l'effet d'un tourbillon qui l'entoure ; pour Anaximène, Anaxagore et Démocrite, elle est une vaste et platte huche[8]. Empédocle a proposé une explication correcte des éclipses de Soleil[9].

Médecine[modifier | modifier le code]

La combinaison et les propriétés des quatre éléments déterminent la santé ainsi que les tempéraments et caractères.

Sciences[modifier | modifier le code]

Pour Empédocle, c'est le sang qui détermine la pensée, car c'est surtout dans le sang que se tempèrent réciproquement les divers éléments[10].

Religion[modifier | modifier le code]

Son enseignement religieux fait une grande place à la nécessité de la purification. Il croit en la transmigration des âmes et conçoit le cycle des existences comme une expiation :

« Si jamais l'une des âmes a souillé criminellement ses mains de sang, ou a suivi la Haine et s'est parjurée, elle doit errer trois fois dix mille ans loin des demeures des bienheureux, naissant dans le cours du temps sous toutes sortes de formes mortelles, et changeant un pénible sentier de vie contre un autre. »

Végétarisme[modifier | modifier le code]

En accord avec sa théorie de la transmigration des âmes des êtres vivants, son enseignement encourageait très probablement au végétarisme, les propos, à ce sujet, de ses commentateurs antiques se contredisant ou variant plus ou moins ; néanmoins :

« L'école de Pythagore et d'Empédocle d'Agrigente et le reste des Italiens enseignent que nous sommes apparentés non seulement entre nous et aux dieux, mais aussi aux animaux privés de raison ; qu'en effet unique est le souffle qui parcourt tout l'univers à la manière d'une âme et qui nous unit à ces êtres. C'est pourquoi, en les tuant, en les mangeant, nous commettons une injustice et une impiété, car nous détruisons des congénères. En conséquence de quoi ces philosophes ont conseillé de s'abstenir de ce qui a vie et ils ont imputé une impiété aux hommes qui rougissent de carnage chaud l'autel des Bienheureux. Empédocle dit quelque part (fr. 136) : « Cessez donc ce massacre aux clameurs funestes. Ne voyez-vous pas que vous vous entre-dévorez dans l'inconscience de votre esprit ? » »

— Extrait de Contre Les Dogmatiques, IX, 127, de Sextus Empiricus.

« Mais Empédocle, qui était pythagoricien, et ainsi ne mangeait de rien qui eût eu vie, fit, avec de la myrrhe, de l'encens et d'autres aromates précieux, un bœuf qu'il distribua à toute l'assemblée des jeux olympiques[11]. »

— ATHEN. I, 5e – Hermann Diels, Die Fragmente Der Vorsokratiker.

Ce qui semble confirmé par des fragments directs d'Empédocle :

« 144. Jeûnez de la méchanceté ! (— R. P. 184 c.)[12] »

Ou, ici, Empédocle parlant de ceux qui avaient « acquis la divine sagesse » sans « opinion confuse sur les dieux » :

« 128. Ils n'avaient pas encore Arès pour dieu, ni Kydoimos, ni non plus le roi Zeus, ni Kronos ni Poséidon, mais Cypris, la reine... Ils se la rendaient propice par de pieux présents, par des figures peintes et des encens au subtil parfum, par des offrandes de myrrhe pure et des baumes à la douce senteur, répandant sur le sol des libations de miel brun. Et l'autel ne ruisselait pas du sang pur des taureaux, mais c'était parmi les hommes le plus grand crime que de dévorer leurs nobles membres après leur avoir arraché la vie. (— R. P. 184.)[12] »

Le complexe d'Empédocle[modifier | modifier le code]

  • Théophraste dit dans son ouvrage Des Sens qu'Empédocle fut l'émule de Parménide[13] et qu'Empédocle disait le noir fait d'eau et le blanc fait de feu
  • Gaston Bachelard applique sa « psychanalyse des convictions subjectives relatives à la connaissance des phénomènes du feu » (La Psychanalyse du feu) à l'attitude contemplative, à l'attention particulière du rêveur devant le feu. Il en dégage les caractéristiques du complexe d'Empédocle, où s'unissent, pour l'« être fasciné » à l'écoute de « « l'appel du bûcher », amour et respect du feu, instinct de vie et de mort. Pour ce rêveur, « la destruction [par le feu] est plus qu'un changement, c'est un renouvellement[14]. »

Spécialistes d'Empédocle[modifier | modifier le code]

Jean Bollack, mort en décembre 2012, est un helléniste spécialiste d'Empédocle.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Fragments et témoignages[modifier | modifier le code]

  • Fragments
  • Jean Brun, Empédocle, Seghers, coll. "Philosophes de tous les temps", 1966, p. 132-193.
  • Jean Bollack, Empédocle, éditions de Minuit, 1969, t. 2 : Les origines. Edition et traduction des fragments et des témoignages, rééd. coll. "Tel", 1992 [Ouvrage de référence]
  • Jean-Paul Dumont (dir.), Daniel Delattre, Jean-Louis Poirier, Les Présocratiques, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1988 ; Jean-Paul Dumont, Les Écoles présocratiques, Paris, Gallimard, coll. « Folio Essais », 1991.
  • Quintino Cataudella et Guy Schoeller (dir.), Dictionnaire des auteurs : De tous les temps et de tous les pays, vol. IV, t. II, Milan et Paris, Laffont-Bompiani,‎ 1990 (1re éd. 1950), 791 p. (ISBN 2-221-50156-X)
  • Empédocle :
- Les Purifications. Un projet de paix universelle, bil. grec-français, Seuil, coll. "Points Essais", 2003, ISBN 2-02-056915-9
- Légendes et Oeuvres, Imprimerie Nationale, 1999, ISBN 2-7433-0188-0.
  • Papyrus de Strasbourg. Alain Martin et Olivier Primavesi, L'Empédocle de Strasbourg (P. Strasb. Gr. Inv. 1665-1666). Introduction, Édition et Commentaire, Walter de Gruyter, 1999, 396 p. Composé de 52 fragments où chaque ligne correspond à un hexamètre, le papyrus témoigne de la transmission directe d'un texte d'Empédocle, par opposition à un texte où le pré-Socratique est simplement cité. Relatant un passage du livre I de la Physique d'Empédocle consacré à l'origine de la vie, le texte traite, selon Primavesi, de la théorie du cycle cosmique, de la zoogonie de l'amour et de la migration de l'âme.
  • On retrouve certaines citations et extraits de la pensée d'Empédocle dans Des Sensations de Théophraste

Études sur Empédocle[modifier | modifier le code]

(par ordre alphabétique)

- La Psychanalyse du feu, Chap. II « Feu & rêverie, le complexe d'Empédocle », p. 31-40, 1949, Gallimard, coll. Idées
- Fragments d'une Poétique du Feu, chap. III : « Empédocle », p. 137-172, 1988, Presses Universitaires de France
  • Yves Battistini, Empédocle, Légende et œuvre, Éditions Imprimerie nationale dirigée par Pierre Brunel, présentation, traduction et notes par Yves Battistini, ouvrage édité à l'initiative de Marie-Claude Char, collection La Salamandre, Paris 1997, (ISBN 2743301872) [Ouvrage de référence]
  • Jean Biès, Empédocle d'Agrigente. Essai sur la philosophie présocratique, Paris, Villain et Belhomme, 1969.
  • Jean Bollack, Empédocle, 3 tomes, Gallimard, coll. « Tel », 1992; t1-(ISBN 2-07-072557-X) t2-(ISBN 2-07-072558-8), t3-(ISBN 2-07-072559-6) [Ouvrages de référence]
  • Jean Brun, Empédocle ou Le Philosophe de l'Amour et de la Haine, Seghers, coll. "Philosophes de tous les temps", 1966, p. 1-132.
  • Friedrich Hölderlin :
- La Mort d'Empédocle, Ed.: Actes Sud, 2004, ISBN 2-7427-4758-3
- Empédocle sur l'Etna, Ed.: Ombres, 1998, ISBN 2-905964-24-3
  • Christine Mauduit, « Les miracles d'Empédocle ou la naissance d'un thaumaturge », Bulletin de l'association Guillaume Budé, no 4 (1999), p. 299–309 ;
  • Romain Rolland, Empédocle d'Agrigente, (dissertation) édition du Sablier, Paris, 1931.
  • Marcel Schwob, Vies imaginaires, « Empédocle », Bibliothèque-Charpentier, 1896 : [3]
  • Maïa Todoua, « Empédocle : empêche-vents ou dompteur de mauvais génies ? Réflexions autour du Fr. 111 Diels-Kranz », Bulletin de l'association Guillaume Budé, no 1 (2005), p. 49–81.
  • Jean Zafiropulo, Empédocle d'Agrigente, Société d'édition « Les Belles lettres », Paris, 1953.
  • Eduard Zeller, La Philosophie des Grecs (1844-1852), vol. I et II, trad. Émile Boutroux, Paris, 1877-1884 Lire en ligne le tome 2 sur Gallica

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cité par Vladimir Grigorieff, in Philo de base, Eyrolles, 2003, p. 18.
  2. Cité par Quintino Cataudella, philosophe (1900-1984), dans Cataudella et Schoeller 1990, p. 109
  3. A. Martin et O. Primavesi, L'Empédocle de Strasbourg, Berlin, éd. de Gryuter, 1999.
  4. Étienne Gros, Étude sur l'état de la rhétorique chez les grecs depuis sa naissance jusqu'à la prise de Constantinople, Firmin Fidot, 1835, p.6.
  5. (Vors. 146, 1-4), "Sur les Sensations, 1."
  6. Cette intuition d'Empédocle classifie involontairement les quatre premiers états de la matière que connaitra la physique : plasma, gaz, solide, liquide, le premier devant attendre le XXe siècle pour être identifié. Voir B. Mirkin, Springer, Mathematical Classification and Clustering, 1996, p.  7 et Anthony Kenny, An illustrated brief history of western philosophy, Blackwell Publishing, 2006, p.  15
  7. Empédocle, fragment B 6 : Les Présocratiques, Gallimard, coll. Pléiade, p. 376.
  8. Aristote, Du Ciel, II, 3 et Platon, Phédon, 99b
  9. fragment D.K. B 42
  10. Théophraste, Des Sensations (10)
  11. http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empedocle/diels.htm
  12. a et b http://philoctetes.free.fr/empedocle.html
  13. d'après Diogène Laërce (VIII, Chapitre 2)
  14. La Psychanalyse du feu, Chap. II « Feu & rêverie, le complexe d'Empédocle », p. 31-40, 1949, Gallimard, Idées.