Arès

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Tête d'Arès casqué du type de l'Arès Borghèse, copie d'une œuvre d'Alcamène, du cercle de Phidias, IVe siècle av. J.-C., Glyptothèque de Munich (Inv. 212)

Arès (en grec ancien ὁ Ἄρης, τοῦ Ἄρεως (au génitif) / Árês, Áreôs ) est le dieu de la Guerre et de la Destruction dans la mythologie grecque. Fils de Zeus et de Héra, il est assimilé à Mars chez les Romains.

Mythe[modifier | modifier le code]

Arès est l'un des trois (ou quatre, suivant la version) enfants de Zeus et d'Héra ; il appartient au panthéon des douze grands dieux de l'Olympe. Cependant, sa place dans le mythe est relativement limitée. Il apparaît principalement dans des récits de guerre ou de combats, au premier chef de la guerre de Troie, où il se range aux côtés des Troyens, sans raison particulière — on le voit d'ailleurs assister également des Achéens[1]. Comme les autres dieux, il exhorte son camp sous diverses apparences, notamment celle d'Acamas[2], et accompagne les héros sur le champ de bataille[3]. Toutefois, il est le seul à prendre directement part au combat et on le voit par exemple ôter son armure au défunt Périphas[4].

Sa force aveugle n'en fait pas un combattant invincible. Il n'est pas de taille contre sa demi-sœur Athéna, qui l'assomme d'un coup de pierre[5] et doit même s'avouer vaincu face à Diomède, un simple mortel, certes inspiré par Athéna[6]. Hors du cycle troyen, il est vaincu deux fois par Héraclès[7]. L’Iliade relate également que les Aloades l'enferment pendant treize mois dans une jarre de bronze[8]. Selon le scholiaste[9], c'est pour avoir causé la mort d'Adonis, placé sous la charge des Aloades. Il est délivré, à bout de forces, par Hermès. Il s'agit probablement de l'explication étiologique d'un festival survenant tous les 13 mois, durant lequel toutes sortes de licences étaient permises[10].

Selon Euripide[11] et Hellanicos[12], quand Halirrhotios, fils de Poséidon, viole Alcippe — fille qu'il a avec Aglaure, fille de Cécrops —, il le tue. Pour ce meurtre, Arès est traduit devant le tribunal des dieux olympiens, sur la colline qui prend son nom (cf. Aréopage). Selon Euripide, il est acquitté. D'après Panyasis[13] cependant, il semble qu'Arès doive servir parmi les mortels, sans doute pour prix de ce meurtre.

Amours et postérité[modifier | modifier le code]

Présentés dans l’Iliade comme purement fraternels, les rapports d'Arès et d'Aphrodite deviennent dans l’Odyssée[14] à la fois amoureux et adultères, puisque la déesse de l'amour y est mariée à Héphaïstos — celui-ci étant l'époux d'une dénommée Charis dans l’Iliade. Encore une fois, Arès est tourné en ridicule : dénoncés par Hélios, le Soleil, les amoureux tombent dans le piège du mari trompé qui les capture dans un filet et les exhibe aux dieux hilares. Honteux, Arès part se réfugier en Thrace.

Chez Hésiode[15] et les poètes postérieurs[16], Arès et Aphrodite sont présentés comme un couple légitime. Aphrodite donne à Arès trois enfants : Déimos, Phobos et Harmonie, épouse de Cadmos, le fondateur de Thèbes. La paternité d'Éros et Antéros apparaît pour la première fois chez le poète lyrique Simonide et paraît lui être attribuée plutôt par commodité. Il est aussi vu comme père de Pathos (la Passion) et de Himéros (le Désir).

Ses autres enfants sont souvent des criminels ou des fous :

Rôles[modifier | modifier le code]

Dieu de la Guerre[modifier | modifier le code]

Zeus s'interpose entre Athéna et Arès, cratère à volutes de Nicosthénès, British Museum (B364)

Arès est le dieu de la Guerre, de la Brutalité et de la Destruction. Il va au combat accompagné de sa sœur Éris (la Discorde), ses fils Déimos (la Terreur) et Phobos, ainsi que d'Ényo, déesse des Batailles. Lui-même est souvent appelé Ἐνυάλιος / Enyalios, « le furieux ». Traditionnellement, les Grecs interprètent son nom comme un dérivé du mot « tueur » (ἀναίρης / anaïrês[17]). Ses épithètes laissent peu de doute sur sa personnalité : « insatiable de guerre, assailleur de remparts, destructeur de cités, pourfendeur de boucliers, meurtrier, buveur de sang, porteur de dépouilles, fléau des hommes[18] ».

Arès partage son domaine d'intervention avec Athéna. On présente souvent celui-ci comme l'incarnation de l'aspect sauvage, brutal et désordonné du combat, Athéna représentant l'ordre de la bataille entre peuples civilisés. Cependant, Athéna peut elle aussi se montrer brutale et sans pitié, par exemple lorsqu'elle écorche le Géant Pallas. Le bouclier d'Achille représente les deux dieux sur un pied d'égalité, « tous deux en or et d'or vêtus, beaux et grands avec leurs armes, comme des dieux[19] ». De même, le plus court des hymnes homériques qui lui est consacré évoque « la terrible déesse qui s'intéresse, avec Arès, aux travaux de la guerre, au pillage des villes et aux clameurs guerrières[20] ». Néanmoins, les deux dieux se distinguent en ce qu'Athéna peut abandonner son rôle guerrier pour un autre, alors qu'Arès se résume à être un dieu de la Guerre[21].

Arès est haï des autres dieux, en particulier Zeus, lequel lui déclare dans l’Iliade :

« Je te hais plus qu'aucun des dieux qui vivent sur l'Olympe
Car tu ne rêves que discordes, guerres et combats[22]. »

Héra, sa mère, ne l'apprécie guère plus, dépitée qu'elle est de le voir prendre parti pour les Troyens pendant la guerre de Troie. Elle déclare pareillement à son sujet :

« Zeus Père, n'es-tu pas outré des sévices d'Arès ?
Combien de braves Achéens n'a-t-il pas fait périr
à tort et à travers ! J'en suis navrée, et cependant
Aphrodite et Apollon à l'arc d'argent sont tout heureux
d'avoir lâché ce fou qui ne connaît aucune loi[23]. »

Seule Aphrodite témoigne de l'affection à son « bon frère[24] » qui selon d'autres légendes est également son amant. Dans son Œdipe à Colone, Sophocle peut ainsi le proclamer « le dieu à qui tout honneur est refusé parmi les dieux »[25].

Son nom désigne toute forme de mort violente, et plus particulièrement la peste. La guerre est surnommée « danse d'Arès » dans les épopées. Les Grecs voient en lui le « dieu des Larmes »[26]. Seul l’Hymne homérique qui lui est consacré, sans doute tardif et d'inspiration orphique, le montre sous un jour bienveillant et le nomme :

« Cœur hardi, porteur de bouclier sauveur des cités, coiffé d'airain,
Aux mains robustes, infatigable, fort par la lance, rempart de l'Olympe,
Père de la Victoire, heureuse conclusion des guerres, auxiliaire de Thémis ;
Maître absolu de l'adversaire, guide des hommes les plus justes[27]. »

Garant des serments[modifier | modifier le code]

Arès est aussi le dieu vengeur. En tant que tel, son nom est utilisé dans les serments solennels. C'est, par exemple, le cas dans le serment prêté par les jeunes Athéniens pendant leur éphébie.

Culte[modifier | modifier le code]

Statue d'Arès, villa Hadriana

Sa résidence préférée est la Thrace[28] — les Thraces, pour les Grecs, étaient un peuple guerrier et batailleur. Il est également révéré en Colchide : la Toison d'or se situe dans son bois sacré et la plaine qui l'entoure porte son nom. Les Amazones lui ont également bâti un temple à proximité. Selon Hérodote, Arès est l'un des dieux préférés des Scythes, qui lui vouent des statues et des sanctuaires[29].

En Grèce, il n'a que peu de lieux de culte[30]. Une fontaine lui est consacrée à Thèbes, en souvenir de la légende de Cadmos, qui avait semé là les dents d'un dragon, fils d'Arès, qui donnèrent naissance aux Spartes. Par la suite, Cadmos fait la paix avec Arès en épousant Harmonie, fille du dieu et d'Aphrodite, avant de fonder Thèbes. La métaphore est transparente : la fin des guerres apporte l'ordre et l'harmonie, et permet la fondation de la cité[31].

C'est surtout à Sparte qu'il fait l'objet d'un culte. Les éphèbes lui sacrifient un chien à Thérapné, en Laconie. À Géronthrai, située au nord d'Hélos, toujours en Laconie, il est célébré dans des fêtes excluant les femmes. À Sparte même, un sanctuaire lui est dédié sous le nom d'Arès Théritas, c'est-à-dire « le sauvage », épiclèse parfois rattachée à Théra, sa nourrice.

En Attique, il possède un sanctuaire à Acharnes. Une stèle, actuellement conservée à l'École française d'Athènes, reproduit sans doute la statue du culte. Au Ier siècle, le sanctuaire est transféré sur l'Agora d'Athènes et une nouvelle statue est érigée, dont l'Arès Borghèse est sans doute une copie.

À Tégée, en Arcadie, les femmes le célèbrent dans des fêtes qui leur sont réservées, et commémorent leur vaillance contre les Spartiates. Près de Trézène, un sanctuaire lui est consacré en souvenir des Amazones, ses filles. À Athènes, il est vénéré en association avec Aphrodite. Enfin, il a des temples à Argos et Salamine.

Au total, sa place dans la religion grecque antique est bien loin d'égaler celle de Mars chez les Romains.

Épiclèses, attributs et sanctuaires[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Grimal, p. 44.
  2. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne], V, 461-469.
  3. Par exemple Hector, Iliade, V, 592-595.
  4. Iliade, V, 842-844.
  5. Iliade, XXI, 391-414.
  6. Iliade, V, 835-909.
  7. Pseudo-Hésiode, Bouclier d'Héraclès [détail des éditions] [lire en ligne], 357–167 ; 424–466.
  8. Iliade, V, 385-391.
  9. ΣbT Iliade V, 385.
  10. Burkert, p. 169.
  11. Euripide, Électre [détail des éditions] [lire en ligne], v. 1258–1262.
  12. Hellanicos (4F38).
  13. Frag. 3 PEG.
  14. Homère, Odyssée [détail des éditions] [lire en ligne], VIII, 266-366.
  15. Hésiode, Théogonie [détail des éditions] [lire en ligne], 933-937.
  16. Par exemple Pindare, Odes [détail des éditions] [lire en ligne], Pythiques, IV, 87-88.
  17. Plutarque citant Chrysippe, Amat., 757b.
  18. Cité par Lévêque et Séchan, p. 243.
  19. Iliade, XVIII, 516-517. Extrait de la traduction d'Eugène Lasserre.
  20. Hymne à Athéna (II), 2-3. Extrait de la traduction de Jean Humbert.
  21. Susan Deacy, Athena, Routledge, 2008, p. 54-58.
  22. Iliade, V, 872-873. Extrait de la traduction de Frédéric Mugler pour Actes Sud.
  23. Iliade (VII, 756-761).
  24. Iliade (V, 359).
  25. Sophocle, Œdipe à Colone [détail des éditions] [lire en ligne] (v. 210).
  26. Eschyle, Les Suppliantes [détail des éditions] [lire en ligne] (v. 681).
  27. Hymne homérique à Arès, vers 2 à 5, extrait de la traduction de Renée Jacquin.
  28. Iliade, XIII, 298.
  29. Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne], IV, 59 et 62.
  30. Lévêque et Séchan, p. 246.
  31. Burkert, p. 170.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Walter Burkert, Greek Religion (traduction de l'original allemand Griechische Religion des archaischen und klassichen Epoche, 1977), Blackwell, Oxford, 1985 (ISBN 978-0-631-15624-6), p. 169-170.
  • (en) Timothy Gantz, Early Greek Myth, Johns Hopkins University Press,‎ 1993 [détail de l’édition], p. 78-81.
  • Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Grands dictionnaires »,‎ 1999 (1re éd. 1951) (ISBN 2-13-050359-4), p. 44-45.
  • Pierre Lévêque et Louis Séchan, Les Grandes divinités de la Grèce, Armand Colin, coll. « l'Ancien et le nouveau », Paris, 1990 (ISBN 2-200-37211-6), p. 243-247.