Mycènes

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Sites archéologiques de Mycènes et de Tirynthe *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
La porte des Lionnes à Mycènes.
La porte des Lionnes à Mycènes.
Coordonnées 37° 43′ 51″ N 22° 45′ 22″ E / 37.730833, 22.75611137° 43′ 51″ Nord 22° 45′ 22″ Est / 37.730833, 22.756111  
Pays Drapeau de la Grèce Grèce
Subdivision Péloponnèse, Argolide
Type Culturel
Critères (i) (ii) (iii) (iv) (vi)
Numéro
d’identification
941
Zone géographique Europe et Amérique du Nord **
Année d’inscription 1999 (23e session)
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO
(Voir la carte topographique)
Mycènes
Mycènes
Localisation de la Grèce en Europe
(Voir la carte administrative)
Mycènes
Mycènes
Localisation de la Grèce en Europe
Voir l’image vierge
Localisation de Mycènes en Grèce.

Mycènes (en grec ancien Μυκῆναι / Mukễnai) est une cité antique préhellénique située sur une colline au nord-est de la plaine d'Argos, dans le Péloponnèse, et entourée de murs cyclopéens (assemblage de blocs énormes).

Mythe[modifier | modifier le code]

Selon la mythologie grecque, Mycènes est fondée par Persée suite au meurtre accidentel d'Acrisios, roi d'Argos[1]. Alors que la ville lui revient légitimement, Persée préfère céder cette royauté à Mégapenthès, neveu du défunt, et part fonder une nouvelle ville, qu'il baptise « Mycènes » soit en allusion au pommeau de son épée, soit en allusion au champignon qu'il trouve sur place[1],[2]. Des traditions concurrentes évoquent une Mycène[3], fille d'Inachos[4] ou encore un Mycénée, petit-fils de Phoronée[5].

Mycènes est le royaume du héros homérique Agamemnon, chef des Achéens lors de la guerre de Troie[6]. Homère la décrit comme chère à Héra[7] et « riche en or[8] ». La richesse de la ville est en effet proverbiale dès l'Antiquité[9].

Histoire[modifier | modifier le code]

Vue d'ensemble de la cité
Une tablette en langue mycénienne (linéaire B), avec figure masculine gravée au revers.

Mycènes donne son nom à la civilisation mycénienne[10], qui se développe à partir de 1700 av. J.-C. en Grèce continentale. Ainsi, on a retrouvé des vases en céramique et en métal précieux, des perles d'ambre et un masque funéraire en électrum dans le cercle B des tombes à fosse situées près de l'acropole, daté de 1650-1600 av. J.-C[11]. Il témoigne de la transition entre les premières tombes, au matériel relativement modeste, et le cercle A (1600-1500 av. J.-C.), qui a livré une impressionnante quantité d'or et d'objets précieux[12].

L'habitat de l'époque n'ayant pas été préservé, l'origine d'une telle affluence de richesses ne peut faire l'objet que de conjectures. Sir Arthur John Evans, découvreur de Cnossos, évoque l'installation d'une dynastie crétoise à Mycènes ; on a suggéré, à l'inverse, un pillage mycénien en Crète ou le retour de mercenaires partis combattre les pharaons Hyksôs en Égypte[11]. Il semble que la richesse des Mycéniens de l'époque soit endogène, et non due à l'extérieur, et qu'elle se soit constituée progressivement, et non suite à un événement particulier.

Le matériel et l'iconographie des tombes montrent que Mycènes est alors dominée par une aristocratie guerrière, dont les représentants affichent une taille et une force physique supérieures à la moyenne, sans doute grâce à une meilleure alimentation[13]. Elle se distingue par son goût pour les objets de luxe et par l'importance accordée aux monuments funéraires : la tombe à tholos dite « d'Égisthe » a nécessité l'équivalent du travail de 20 hommes pendant 240 jours, puis une phase de maçonnerie d'une année entière[14].

La cité est gouvernée par un monarque appelé « wa-na-ka » dans la langue mycénienne des tablettes en linéaire B, correspondant au mot (ϝ)άναξ / (w)ánax (« roi ») de la langue homérique.

La disparition de cette civilisation n'est pas expliquée précisément. Les causes sont à la fois externes (tremblements de terre à l'origine du déplacement de sources d'eau, raids de nouvelles populations) et internes (administration trop centralisée et trop rigide, incapable de surmonter de nouvelles crises). L'hypothèse de la cause interne est renforcée par le fait que, dans les tablettes mycéniennes, le nom du magistrat chargé de l'administration des villages est une forme ancienne dont aurait pu dériver le titre d'archonte (roi-prêtre de la Grèce archaïque). Ce qui signifierait que l'administration mycénienne se désintégra au point que les citoyens ne reconnurent plus que les magistrats locaux comme autorité suprême. Selon la théorie de Jared Diamond, l'exploitation sans vergogne des ressources naturelles aurait pu être à l’origine de la chute de la Grèce mycénienne[15].

Ses ruines considérables furent visitées par Pausanias, au IIe siècle apr. J.-C., qui commente les tombeaux, les remparts massifs et la porte des Lionnes, encore visibles aujourd'hui. Toute connaissance sur ceux qui avaient construit cette remarquable cité avait disparu bien avant l'époque classique, et les Mycéniens ne furent connus des Grecs que de la manière la plus vague, à travers mythes et légendes.

Fouilles archéologiques[modifier | modifier le code]

La cité de Mycènes est connue depuis l'expédition française de 1822, mais c'est à l'archéologue allemand Heinrich Schliemann que l'on doit les premières connaissances précises de la citadelle et des tombes, fouillées à partir de 1876. De nombreuses campagnes archéologiques ont été menées depuis lors.

Après Schliemann, d'autres découvertes ont révélé que Mycènes était habitée dès le troisième millénaire par une population préhellénique proche de celle de la Crète minoenne contemporaine. Une vaste ville s'étendait au pied de la citadelle, mais elle n'a été que très peu explorée.

La citadelle[modifier | modifier le code]

Les vestiges de la citadelle de Mycènes ont été entièrement fouillés, et on peut voir aujourd'hui le palais mycénien entouré de son enceinte cyclopéenne et d'un grand nombre de tombes à fosse ou à coupole.

La porte des Lionnes et l'enceinte cyclopéenne[modifier | modifier le code]

Bas-relief de la porte des Lionnes
Poterne nord

L'enceinte cyclopéenne est percée de deux accès, tout comme à Tirynthe. La porte des Lionnes constitue l'entrée principale : elle est formée d'un trilithe au linteau énorme surmonté d'un triangle de décharge à encorbellement obturé par une plaque sculptée représentant deux lionnes dressées de part et d'autre d'une colonne à chapiteau. L'ensemble est datable de -1250. Une seconde porte ou « poterne » s'ouvre au nord de l'enceinte, elle aussi constituée d'un trilithe, mais plus petite et sans décor sculpté.

Le mur a été construit en trois phases: la première date d'environ -1350. Puis au milieu du -XIIIe siècle, la défense est étendue vers le sud et l'ouest. Vers -1200 se situe le renforcement et l'extension de la citerne et des entrepôts.

Le palais royal[modifier | modifier le code]

Le palais royal, accessible par un chemin très raide, est situé au point le plus élevé de la citadelle. Il en reste peu de vestiges, car il a été détruit dans un incendie et presque entièrement modifié. Le palais royal s'élève en terrasse au cœur de l'enceinte, selon un plan tripartite composé de trois pièces successives, deux vestibules, et d'un mégaron, qui caractérise les palais mycéniens. Cette grande salle presque carrée d'environ 120 mètres carré, (plus vaste que celle de Pylos) est éclairée par un lanterneau soutenu par quatre colonnes. Elle possède un toit à double pente qui abrite un foyer central fixe et circulaire ainsi qu'un trône. Le palais royal domine d'autres édifices de dimension un peu plus modeste: grandes maisons dont la longueur pouvait atteindre 35 mètres que l'on retrouve des deux côtés du rempart, ainsi que des unités ordinaires d'habitation à l'architecture inchangée au cours des siècles.

Les cercles de tombes[modifier | modifier le code]

Cercle A des tombes

De nombreuses sépultures royales ont été découvertes à l'intérieur de deux cercles situés dans l'acropole. Les deux grands cercles A et B, situés à l'Ouest de la cité, renferment de nombreuses tombes à fosse surmontées d'une dalle ou d'une stèle sculptée en bas-relief ou en méplat et qui recèlent un matériel funéraire extrêmement riche composé de figurines de terre cuite, céramique, masques, vases et bijoux en or. Les masques mycéniens, dont le fameux masque d'Agamemnon, étaient destinés à conserver dans un moulage en feuille d'or, les traits et le souvenir des grands morts héroïsés. Cinq de ces tombes ont livré 17 os de membres inférieurs, essentiellement masculins.

Le cercle A, découvert par Schliemann, s'étend à l'intérieur de l'enceinte. Le cercle B, plus ancien, n'a été dégagé qu'après 1950 : on y a trouvé des tombes encore plus anciennes que celles du cercle A, remontant, pour certaines d'entre elles, au -XVIIe ou -XVIe siècle, c'est-à-dire au tout début de la civilisation mycénienne.

  • La tombe V du cercle A:

La tombe la plus célèbre est la tombe V du cercle A. L'un des hommes avait le visage recouvert du « masque d'Agamemnon ». C'est une feuille d'or travaillée au repoussé et par incision. Les yeux sont fermés et traités en grain de café, les oreilles sont stylisées et traitées en double-volutes, tandis que la moustache et la barbe, encadrant une bouche rectiligne, sont incisées avec précision. Un pectoral, en forme de trapèze marqué par deux cercles pointés figurant les auréoles mammaires, recouvrait la poitrine. Un motif de spirales enchaînées emprunté à l'art cyclado-minoen marque le pectoral. Le matériau, pérenne, a la volonté de protéger en même temps la dépouille du défunt. L'art cyclado-minoen se retrouve également sur un vase de la tombe. À la période où la civilisation mycénienne émerge en tant que puissance locale, les mœurs de ses populations sont assez rustiques et influencées tant par l'Orient que par Cnossos.

Les tombes à coupole[modifier | modifier le code]

On a découvert à l'extérieur de l'enceinte neuf grandes tombes monumentales à coupole, dites "tombes à tholos" en forme de ruche, construites selon la technique de l'encorbellement. Il leur a été donné des noms de fantaisie évoquant les héros homériques : trésors d'Atrée, d'Agamemnon, de Clytemnestre, d'Égisthe, etc.

Ces tombes, précédées d'un long corridor à ciel ouvert (dromos), étaient accessibles par une porte monumentale.

Celle de la tombe dite « Trésor d'Atrée », accessible par un corridor (dromos) de 36 m de long et de 6 m de large, est surmontée d'un énorme linteau, mesurant 9,50 × 1,20 m et pesant 120 t[16], constitué de deux blocs. Il était déchargé par un triangle en encorbellement, obturé par une plaque décorée[17], analogue au dispositif encore en place sur la porte des Lionnes. La coupole de la chambre funéraire s'élève à 14 m.

Musée[modifier | modifier le code]

Un musée a ouvert ses portes à proximité en 2007.

Musée archéologique de Mycènes

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], II, 16.
  2. De μὐκης / múkês, le champignon, puis toute excroissance en forme de champignon. Cette étymologie populaire ne repose sur rien, cf. Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Paris, Klincksieck,‎ 1999 (édition mise à jour) (ISBN 2-252-03277-4) à l'article Μυκῆναι.
  3. Homère, Odyssée [détail des éditions] [lire en ligne], II, 120.
  4. Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], II, 16, 4, citant le Catalogue des femmes.
  5. Pausanias, II, 16, 4, qui met en doute la tradition. Voir aussi Eustathe de Thessalonique, commentaire du vers II, 569 de l'Iliade, la scholie au vers 1239 de l’Oreste d'Euripide et Étienne de Byzance à l'article Μυκῆναι.
  6. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne], 569-576.
  7. Iliade, IV, 51-52.
  8. « πολυχρὐσοιο », Odyssée, III, 305 ; voir aussi Iliade, VII, 180 et XI, 46.
  9. (en) Bryan Hainsworth (éd.), The Iliad: a Commentary, vol. III : Chants IX-XII, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 1993 (ISBN 0-521-28173-3), commentaire du vers XI, 46.
  10. Le terme est forgé par Heinrich Schliemann, découvreur de Mycènes. Claude Mossé et Annie Schnapp-Gourbeillon, Précis d'histoire grecque, Armand Colin, 1990, p. 40.
  11. a et b Jean-Claude Poursat, La Grèce préclassique, des origines à la fin du VIe siècle, Paris, Seuil, coll. « Points Histoire / Nouvelle histoire de l’Antiquité »,‎ 1995 (ISBN 2-02-013127-7), p. 45.
  12. Mossé et Schnapp-Gourbeillon, p. 41.
  13. Poursat, p. 47.
  14. Mossé et Schnapp-Gourbeillon, p. 61.
  15. Jared Diamond, Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie., Gallimard, 2006.
  16. S. E. Iakovidis, Guide des musées et des sites archéologiques d'Argolide, p. 21-53
  17. actuellement au British Museum : Treasury of Atreus
  • Certains passages de cet article ont été traduits ou adaptés de l'article en allemand « Mykene ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) S. E. Iakovidis, Guide des musées et des sites archéologiques d'Argolide, Ekdotike Athenon, 1978, p. 21-53