Dioscures

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Castor et Pollux (homonymie).
Statues des Dioscures au sommet de la Cordonata capitolina à Rome.
Dioscure, statue romaine tardive du IVe siècle, place du Capitole, Rome.

Dans la mythologie grecque, Castor et Pollux (en grec ancien Κάστωρ καὶ Πολυδεύκης / Kástôr kaì Poludeúkês), appelés Dioscures (en grec ancien Διόσκουροι / Dióskouroi (« jeunes garçons de Zeus ») sont les fils de Léda. Chacun né d’un œuf différent, ils sont respectivement, pour Castor, frère de Clytemnestre et fils de Tyndare, roi de Sparte, et pour Pollux, frère d'Hélène et fils de Zeus.

Avatars grecs de la figure indo-européenne des dieux jumeaux, les Dioscures sont le symbole des jeunes gens en âge de porter les armes. Ils apparaissent comme des sauveurs dans des situations désespérées et sont les protecteurs des marins[1]. Le feu de Saint-Elme est considéré comme leur manifestation physique ; ils sont associés à la constellation des Gémeaux.

Mythe[modifier | modifier le code]

Naissance[modifier | modifier le code]

Castor, dompteur de chevaux. Cratère des Niobides, v. 460-450 av. J.-C.. Musée du Louvre (G 341).

Castor et Pollux, les Dioscures apparaissent déjà dans l'Iliade, qui nomme « Castor, le dompteur de chevaux, et Pollux, le pugiliste[2] ». Le poème ne mentionne pas le nom de leurs parents, mais Hélène les nomme comme ses frères ; l’Odyssée, en revanche, en fait tous deux les fils de Tyndare et de Léda[3].

Inversement, ils sont tous deux fils de Zeus dans le Catalogue des femmes du pseudo-Hésiode[4] et dans les Hymnes homériques, dont l'hymne qui leur est adressée les qualifie pour la première fois de « Dioscures »[5]. Les Chants cypriens introduisent le motif selon lequel Castor est mortel et Pollux immortel[6].

La légende établit que leur mère Léda, qui se serait unie avec Zeus métamorphosé en cygne, aurait pondu deux œufs : l'un contenant Pollux et Hélène, fils de Zeus et un deuxième contenant Castor et Clytemnestre, descendants de Tyndare. Ceux-ci sont donc de simples mortels, alors qu'Hélène et Pollux sont des demi-dieux[7]. Castor et Pollux prennent part à la chasse du sanglier de Calydon et à l'expédition des Argonautes. Ils combattent Thésée pour récupérer leur sœur Hélène que celui-ci a enlevée. Ils enlèvent les filles de Leucippe, Hilaire et Phébé, à la suite de quoi une bataille s'engage contre les frères Idas et Lyncée. Ces derniers trouvent la mort, de même que Castor.

D’après la Cynégétique de Xénophon[8], Castor, fort épris de chasse, s’attacha particulièrement à une espèce de chien qui prit le nom de castoride - nommée d’après lui, une race à unique représentante, jusqu’à ce qu’avec le temps, les deux natures se sont fondues en une seule[pas clair]. Tous deux prennent part à la chasse du sanglier de Calydon et à l'expédition des Argonautes, combattent Thésée pour récupérer leur sœur Hélène que celui-ci a ravie et enlèvent à leur tour les filles de Leucippe.

Mort[modifier | modifier le code]

Les Dioscures sont déjà morts quand débute la guerre de Troie, ce qui explique qu'ils n'y prennent pas part[9].

Tétradrachme stéphanophore représentant les Dioscures.

La version majoritaire du mythe, dans laquelle les jumeaux ont un destin particulier, se trouve pour la première fois dans l'Odyssée. Pendant la Nekuia, Ulysse les rencontre sous terre :

« Ils restent vivants tous les deux sous la terre féconde ;
Cependant, même là en-bas, Zeus les comble d'honneurs ;
De deux jours l'un, ils sont vivants et morts à tour de rôle
Et sont gratifiés des mêmes honneurs que les dieux[10]. »

Alcman évoque un sommeil magique, en compagnie de Ménélas, dans le sanctuaire de Thérapné, en Laconie[11] ; Pindare raconte longuement dans la Xe Néméenne comment Castor fut tué dans un combat contre les Apharétides, puis comment les jumeaux passent un jour sous la terre à Thérapné, l'autre aux côtés de Zeus, sur l'Olympe[12].

En effet, selon la version qui fait de Castor un mortel et de Pollux un demi-dieu, celui-ci, à sa mort, voit son père lui proposer l'immortalité, mais il refuse que son frère Castor demeure aux Enfers en raison de son état de mortel. Le roi des Dieux lui propose alors de demeurer un jour sur deux aux Enfers avec Castor et un jour sur deux sur l'Olympe également avec lui ; d'autres versions, notamment celle d'Euripide[13], proposent un partage de six mois dans chaque lieu, ce qui n'est pas sans rappeler le mythe de Perséphone enlevée par Hadès et qui partage son temps entre sa mère et son époux, ainsi que la légende d'Adonis[7]. Pour les Pythagoriciens, l'éternel chassé-croisé des Dioscures figurait l'harmonie de l'univers : « On les compara aux deux hémisphères célestes qui, dans leur révolution, passent alternativement au-dessus et au-dessous de la terre, et leur union fraternelle symbolise l'harmonie de l'univers »[14]. La légende des Dioscures est en effet représentée sur les murs de la Basilique pythagoricienne de la Porte Majeure[15] ; elle figure souvent sur les sarcophages romains comme symbole d'immortalité[16].

Culte[modifier | modifier le code]

Dédicace en alphabet étrusque de Venel Apelinas (ou Atelinas) aux « fils de Zeus », v. 515-510 av. J.-C. Metropolitan Museum of Art.

Le culte des Dioscures dérive du culte indo-européen des jumeaux divins ; ils s'apparentent ainsi aux Ashvins, les cavaliers célestes de la mythologie védique[17].

Identifiés à la constellation des Gémeaux, les Dioscures sont les patrons des marins[18],[19] et des athlètes, Castor étant le prototype du dompteur de chevaux, et Pollux, celui du boxeur : Kastôr dompteur de chevaux et Polydeukès invincible au pugilat.

Ils sont vénérés dans de nombreuses cités doriennes, mais aussi à Olympie[20]. À Athènes, ils portent le nom d’Anakes ou Anaktes[21], c'est-à-dire « seigneurs »[22] ; leur temple est l'Anakeion. Ils forment un couple important du panthéon des Grands Dieux de Samothrace où ils prennent le nom de Κάϐειροι, Cabires.

À Sparte[modifier | modifier le code]

Leur principal lieu de culte est Sparte et la ville voisine de Thérapné. Pindare les appelle les « intendants de Sparte »[23] ». Ils sont le modèle et la garantie de la dyarchie royale[24]. Ils protègent l'armée civique, qui part toujours en campagne avec les δόκανα / dokana, un ensemble de deux bâtons liés entre eux qui les représentent[25]. Quand l'un des deux rois reste à Sparte, l'un des Dioscures reste également en arrière[26].

Ils sont vénérés lors des Théoxénies : on dresse pour eux une table et une banquette avec deux coussins, ainsi que deux amphores contenant un mélange de grains. La salle est ensuite close pour permettre aux Dioscures de prendre leur nourriture. Des reliefs et des vases les représentent apparaissant dans les airs, montés sur des chevaux, au-dessus du banquet[27]. Ils sont également figurés par des serpents s'enroulant autour des amphores[27].

Leurs apparitions sont nombreuses. Ils se manifestent au roi Lysandre avant la bataille d'Aigos-Potamos ; celui-ci les associe ensuite à Zeus, Artémis et Apollon dans son ex-voto de remerciement, à Delphes[28]. Pausanias rapporte bon nombre de leurs miracles. Un jour, ils se présentent comme des étrangers dans leur ancienne demeure spartiate et demandent l'hospitalité. Le maître des lieux leur refuse leur ancienne chambre, occupée par la jeune fille de la maison – le lendemain, celle-ci a disparu, mais on retrouve dans la chambre l'effigie des Dioscures[29]. Pendant la deuxième guerre de Messénie, leurs fantômes et celui d'Hélène déjouent la tentative des Messéniens d'attaquer Sparte de nuit[30]. Au cours de la même guerre, deux jeunes Messéniens se déguisent en Dioscures, se rendent à des festivités spartiates en l'honneur des jumeaux divins et, profitant de l'adoration qu'ils suscitent, massacrent les fidèles. En punition de ce sacrilège, les Dioscures poursuivent les Messéniens de leur courroux et ne leur permettent pas de regagner leur terre avant l'époque d'Épaminondas[31].

À Rome[modifier | modifier le code]

Restes du temple de Castor et Pollux sur le forum romain.

Le culte de Castor et Pollux apparaît également à Tusculum et Rome. En 484 av. J.-C., les Romains leur bâtissent un temple sur le Forum romain, en remerciement pour la victoire du lac Régille[32]. Selon la légende, les Dioscures sont intervenus dans le combat en personne, sous l'apparence de grands et beaux cavaliers, puis ont annoncé eux-mêmes sur le Forum la victoire romaine[33].

Leur nom est souvent employé dans les jurons ; dans les pièces de Plaute et Térence, celui de Castor est, semble-t-il, évité avec soin par les hommes, tandis que les femmes peuvent invoquer l'un ou l'autre des deux héros[34].

À Constantinople, les Dioscures sont patrons des courses[35].

Iconographie antique[modifier | modifier le code]

Ils sont représentés portant une tunique blanche, une chlamyde pourpre et le pilos, un chapeau qui a la forme d'une moitié d'œuf et rappelle les circonstances de leur naissance[36]. Ils figurent souvent en compagnie des chevaux Xanthe et Cyllare, comme dans le célèbre groupe, qui encadre actuellement la place du Capitole, à Rome.

Ils figurent sur le coffre de Cypsélos, entourant Hélène, avec Æthra gisant sur le sol à leurs pieds ; une inscription indique : « Les Tyndarides emmènent Hélène et enlèvent Aethra d'Athènes [37] ». On les retrouve également dans les représentations des différents épisodes de la quête des Argonautes, comme les métopes du trésor des Sicyoniens à Delphes[38]. Ils figurent sur le cratère des Niobides, qui représente peut-être le départ des Argonautes, Castor portant le pilos et tenant la bride d'un cheval, Pollux tenant un bâton, le pilos porté autour du cou par une courroie et un manteau sur le bras[39]. Enfin, le rapt des Leucippides est représenté sur un relief en bronze au temple d'Athéna Chalkioikos (à la maison de bronze) et sur le trône d'Apollon à Amyclées[40].

Évocations après l'Antiquité[modifier | modifier le code]

Jean-Philippe Rameau leur consacre une tragédie lyrique, Castor et Pollux.

Dans le poème Le Fard des Argonautes, Robert Desnos fait une allusion explicite à l'homosexualité des jumeaux.

Dans la chanson Les Copains d'abord, Georges Brassens fait allusion aux jumeaux mythiques comme étant homosexuels, ce que lui et ses amis se défendent d'être.

Dans le film Volte-face de John Woo, les deux frères Troy s'appellent Castor et Pollux.

Dans le tome III de la trilogie littéraire The Hunger Games (La Révolte), Castor et Pollux sont deux frères jumeaux faisant partie d'une équipe de télévision rebelle.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Au XVIIIe siècle, Pierre Chompré écrit, dans son Dictionnaire de la Fable : « Les anciens entendaient ordinairement Castor et Pollux sous ce nom. / Il y avait plusieurs autres divinités, qu'ils adoraient sous le nom de Dioscures, & qui étaient particulièrement révérées par les navigateurs. ». Pierre Chompré, Dictionnaire abrégé de la Fable, ... Dernière édition, Paris, Laporte, 1784, 428 p.
  2. Iliade [détail des éditions] [lire en ligne] (III, 237) ; voir aussi Odyssée [détail des éditions] [lire en ligne] (XI, 300).
  3. Odyssée (XI, 298-300).
  4. Catalogue des femmes [détail des éditions] (frag. 24 MW).
  5. Gantz, p. 323.
  6. Chants cypriens [détail des éditions] [(en) lire en ligne] (frag. 8 PEG).
  7. a et b Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Grands dictionnaires »,‎ 1999 (1re éd. 1951) (ISBN 2-13-050359-4), p. 128
  8. Chapitre I
  9. Iliade (III, 243-244).
  10. Odyssée (XI, 301-304). Extrait de la traduction de Frédéric Mugler pour Actes Sud, 1995.
  11. Alcman (PMG 7).
  12. Pindare, Odes [détail des éditions] [lire en ligne], Pythiques (XI, 61-64) ; Néméennes (X, 55-91).
  13. Euripide, Hélène, vers 1642 sqq.
  14. Armand Delatte, Études sur la littérature pythagoricienne, Paris, 1915 (rééd. Slatkine, 1999), p. 115.
  15. Jérôme Carcopino, La basilique pythagoricienne de la Porte Majeure.
  16. Franz Cumont, Recherches sur le symbolisme funéraire des Romains, Paris, 1942.
  17. Burkert, p. 212.
  18. Hygin, Astronomie [détail des éditions] [(la) lire en ligne] (II, 22) ; Ovide, Métamorphoses [détail des éditions] [lire en ligne] (VIII, 370), Fastes [détail des éditions] [lire en ligne] (V, 695-720).
  19. Hymnes homériques [détail des éditions] [lire en ligne] (aux Dioscures) ; Alcée de Mytilène (frag. 34a LP)
  20. Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne] (V, 15, 5).
  21. Plutarque, Vies parallèles [détail des éditions] [lire en ligne] (Thésée, 33, 2-3) ; Élien, Histoires variées [lire en ligne] (V, 4).
  22. Le terme ϝάνακες est le pluriel dorien de ϝάναξ ; Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Paris, Klincksieck,‎ 1999 (édition mise à jour) (ISBN 2-252-03277-4) à l'article ἄναξ.
  23. « ταμίαι Σπάρτας / tamiai Spartas ». Pindare, Odes [détail des éditions] [lire en ligne] (Néméennes X, 52).
  24. Pierre Carlier, « La vie politique à Sparte sous le règne de Cléomène Ier : essai d'interprétation », Ktèma 2 (1977), p. 76, n. 42.
  25. Plutarque, De l'amour fraternel (478a).
  26. Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne] (V, 75, 2).
  27. a et b Burkert, p. 213.
  28. Lévy, p. 107-108.
  29. Pausanias (III, 16, 2-3).
  30. Pausanias (IV, 16, 9).
  31. Pausanias (IV, 27, 1-3).
  32. Tite-Live, Histoire romaine [lire en ligne] (II, 20, 12 et II, 42, 5).
  33. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [détail des éditions] [lire en ligne] (VIII, 32) ; Justin, Abrégé des Histoires philippiques de Trogue Pompée [détail des éditions] [lire en ligne] (XX, 3).
  34. FRANK W. NICOLSON,” The Use of HERCLE (Mehercle), EDEPOL (Pol), ECASTOR (Mecastor) by Plautus and Terence“ Harvard Studies in Classical Philology, Vol. 4, 1893, Published by Department of the Classics, Harvard University, [lire en ligne]; vérifié le 20-04-2013
  35. Gilbert Dagron, Naissance d'une capitale. Constantinople et ses institutions de 330 à 451 (Bibliothèque byzantine), Paris, Presses universitaires de France, 1974, pp. 339-341.
  36. Lucien de Samosate, Dialogue des dieux [lire en ligne] (20).
  37. Pausanias (V, 19, 3).
  38. George N. Szeliga, « The Composition of the Argo Metopes from the Monopteros at Delphi », American Journal of Archaeology, vol. 90, no3 (juillet 1986), p. 297-305.
  39. Interprétation de C. Robert in Annali dell'Istituto di Corrispondenza Archeologica LIV (1882), p. 273-289, suivi par E. Simon, « Polygnotan Painting and the Niobid Painter », American Journal of Archaeology, vol. 67, no1 (janvier 1963), p. 49.
  40. Lévy, p. 108-109.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • (en) Walter Burkert (trad. John Raffan), Greek Religion [« Griechische Religion des archaischen und klassichen Epoche »], Oxford, Blackwell,‎ 1985 (éd. orig. 1977) (ISBN 978-0-631-15624-6), p. 212-213.
  • Véronique Dasen, Jumeaux, jumelles dans l'Antiquité grecque et romaine, Akanthus Verlag, Kilchberg/Zurich, 2005 (ISBN 978-3-905083-20-5[à vérifier : ISBN invalide]).
  • (en) Timothy Gantz, Early Greek Myth, Johns Hopkins University Press,‎ 1993 [détail de l’édition], p. 323-328.
  • Edmond Lévy, Sparte : histoire politique et sociale jusqu’à la conquête romaine, Paris, Seuil, coll. « Points Histoire »,‎ 2003 (ISBN 2-02-032453-9), p. 107-108.
  • Salomon Reinach, Les théoxénies et le vol des Dioscures, Revue archéologique (1901).
  • Pierre Chompré, Dictionnaire abrégé de la Fable, pour l'intelligence des Poëtes, des Tableaux & des Statues, dont les sujets sont tirés de l'Histoire Poétique. [...]. Dernière édition, A Paris, Chez Laporte, Imprimeur-Libraire, 1784, 428 p. Article : Dioscures.