Paestum

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Parc national du Cilento et du Vallo Diano, avec les sites archéologiques de Paestum et Velia et la Chartreuse de Padula *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
Veduta di Paestum 2010.jpg
Coordonnées 40° 25′ 12″ N 15° 00′ 20″ E / 40.42, 15.00555640° 25′ 12″ Nord 15° 00′ 20″ Est / 40.42, 15.005556  
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Subdivision Campanie, Province de Salerne
Type Culturel
Critères (iii) (iv)
Superficie 1 371 ha
Numéro
d’identification
842
Zone géographique Europe **
Année d’inscription 1998 (22e session)
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO
Vue en direction du temple de Cérès à Paestum
Les deux temples d'Héra, vus par Giorgio Sommer, vers 1900

Paestum est le nom d'un site archéologique situé en Italie du Sud, sur la commune de Capaccio-Paestum, en Campanie, qui s'appelait autrefois Poseidonia, du nom d'une cité de la Grande-Grèce.

C'est aujourd'hui un important centre archéologique, comptant trois temples grecs doriques et un musée.

Le site est inscrit depuis 1998 sur la liste du Patrimoine mondial de l'humanité établie par l'Unesco.

Il fait partie du Parc national du Cilento et du Val de Diano.

Phases d'occupation[modifier | modifier le code]

Préhistoire[modifier | modifier le code]

La zone de Paestum est fréquentée dès la Préhistoire. Près du temple d'Athéna, un site néolithique rapportable à la culture de Serra d'Alto et une nécropole chalcolithique de la culture de Laterza ont été mis au jour et fouillés à la fin des années 1950 et 1960[1]. La nécropole éponyme de la culture de Gaudo a été découverte durant la Seconde Guerre mondiale à moins de deux kilomètres du site antique[2]. Ce site reste à ce jour le plus important cimetière de cette culture à la fois par le nombre de tombes exhumées et l'abondance du mobilier qu'elles contenaient.

De la cité grecque à l'époque moderne[modifier | modifier le code]

La date de création de la cité antique n'est pas connue avec exactitude. L'historiographie s'accordent à dire que la cité grecque fut édifiée à la fin du VIIe siècle av. J.-C. par des grecs de Sybaris (actuelle Calabre). Strabon, au VIIe siècle av. J.-C., évoque un village-forteresse au bord de la mer qu'il appelle « Poseidonia ». Aux VIe siècle av. J.-C. et Ve siècle av. J.-C., la cité est au sommet de sa gloire.

Vers la fin du Ve siècle av. J.-C. (420-410), Poseidonia devient lucanienne : les conditions de ce changement ne sont pas connues, peut-être une révolte des Lucaniens travaillant dans la cité. La cité est rebaptisée « Paiston ».

En -273, les Romains fondent une colonie de droit romain. La cité reçoit alors le nom de « Paestum ».

Le coq de Paestum, fresque d'une tombe lucanienne

La ville resta toujours sous la domination romaine mais commence à entrer dans une période de déclin entre le IVe siècle et le VIIe siècle, probablement à cause de changements dans l'hydrologie côtière et du manque de drainage qui conduisirent à la transformation du port en marécage, contemporaine de l'arrivée de la malaria en Europe.

Puis, durant le Moyen Âge, par suite des destructions causées par les Sarrasins au IXe siècle et par les Normands au XIe siècle, le site fut abandonné, et les habitants, chassés, fondèrent un peu plus loin Capaccio.

Au cours du XVIIIe siècle, la mode du « Grand Tour » enflamme les jeunesses européennes issues de familles aisées. Il est alors de bon ton de parcourir l'Europe et tout particulièrement l'Italie à la recherche des plus belles œuvres d'art. Rome, la Sicile, la Campanie et en particulier Naples (grâce aux premières fouilles de Pompéi et Herculanum) sont les lieux les plus fréquentés. Plutôt que d'effectuer un voyage en Grèce (alors sous domination turque) pour aller admirer l'architecture hellène, il est plus aisé d'aller à Paestum explorer les trois temples doriques préservés depuis des siècles par la crainte de la malaria qui sévissait dans les marais autour de la ville.

Description du site[modifier | modifier le code]

Le site compte d'importants monuments architecturaux d'époques grecque et romaine, parmi lesquels trois grands temples grecs — deux d'ordre dorique et un d'ordre dorique et ionique — ainsi qu'un bouleutérion et des édifices publics d'époque romaine, dont un petit amphithéâtre romain, un comitium et un hérôon, petit temple funéraire dédié aux héros fondateurs de la ville. Les remparts de la ville, longs de 4,75 km, sont bien conservés et présentent des phases successives lucanienne et romaine. Les quatre grandes portes sont romaines.

Temple d'Héra, dit « Basilique »[modifier | modifier le code]

Le temple d'Héra, dit « Basilique »
Le temple d'Héra, dit « Basilique »

Ce premier temple d'Héra, au sud du site, remonte à la seconde moitié du VIe siècle av. J.-C. Il est plus connu sous le nom de « Basilique », qui lui fut attribué au XVIIIe siècle en raison de la disparition presque totale des murs de la cella, du fronton et de l'entablement, qui rappelait plus l'agencement d'une basilique civile, à usage de tribunal ou de salle de réunions publiques que celui d'un édifice religieux.

Le temple était dédié à Héra, épouse de Zeus et divinité tutélaire de Poseidonia.

Ce grand temple est du type périptère décastyles, c'est-à-dire doté de 9 colonnes en façade, et de 18 colonnes sur les côtés. L'ensemble mesure 24,35 m × 54 m.

Le plan des aménagements internes est suffisamment bien conservé pour donner une idée de l'ensemble du monument : entre le pronaos et l'adyton, la cella est divisée en deux par une colonnade axiale qui soutenait les combles.

L'une des singularités de ce temple est son nombre impair des colonnes frontales, qui rendait impossible la vision de la statue de culte depuis l'extérieur, coupant totalement le peuple des fidèles de la divinité et de sa représentation. La colonnade axiale de la cella présentait un double ordre de colonnes, les colonnettes supérieures étant plus courtes et plus minces, de manière à respecter les canons de proportions.

L'autre singularité, entre tous les autres monuments d'architecture dorique, est la décoration végétale du col des chapiteaux, avec des feuilles, parfois même des rosettes et des fleurs de lotus, qui ne sont pas sans rappeler les éléments de décoration de l'époque mycénienne. Le couronnement du temple était en terre cuite peinte, avec des décors de têtes de lions et des antéfixes en forme de palmettes.

Cependant, seules sont parvenues jusqu'à nous les 50 colonnes du péristyle, hautes de 4,68 m, d'aspect archaïque, fortement galbées, avec des chapiteaux à abaque très large.

Second temple d'Héra, dit « temple de Poséidon » (ou de Neptune)[modifier | modifier le code]

Le second temple d'Héra, dit « temple de Poséidon »

Le second temple d'Héra, dit « temple de Poséidon » est le plus récent des trois : il fut construit vers -450.

Le second temple d'Héra, dit aussi « temple de Poséidon », ou même « temple de Neptune », « temple d'Apollon », contigu à la « Basilique », à quelques mètres au nord de celle-ci, a été édifié vers le milieu du Ve siècle av. J.-C., probablement à l'époque du plus grand épanouissement de la cité de Poseidonia.

Il présente aujourd'hui un excellent aspect de conservation, dû à l'abandon de la ville pour cause de paludisme, dès les premiers siècles de l'ère chrétienne.

Conception générale du temple[modifier | modifier le code]

La conception générale de ce temple semble s'inspirer de celle du temple de Zeus à Olympie. C'est un temple dorique périptère hexastyle de 6 × 14 colonnes, de 24,30 × 59,90 m, élevé sur une crépis à trois degrés. Il est de type hexastyles.

Aménagements intérieurs[modifier | modifier le code]

Architecture interne du second temple d'Héra, dit « temple de Poséidon », vu par Giorgio Sommer, vers 1900
Cella du second temple d'Héra, dit « temple de Poséidon », vu par Giacomo Brogi, avant 1881

Le naos est à double colonne in antis, avec un pronaos et un opisthodome symétriques, enserrant une cella à colonnades internes. Juste après l'entrée de la cella, deux petits escaliers en colimaçon donnaient accès à la toiture. La cella est divisée en trois nefs par deux rangées de sept colonnes doriques, chacune surmontée d'un même nombre de colonnes semblables, mais plus petites.

Particularités structurelles[modifier | modifier le code]

Le nombre des colonnes latérales ne répond pas au canon dorique (quatorze colonnes au lieu de treize), même si d'autres temples de Grande-Grèce présentent aussi cette particularité, comme celui de Ségeste (Sicile).

Les colonnes sont un peu plus petites, mais plus allongées que celle du modèle d'Olympie. Elles sont aussi d'une taille inhabituelle, très hautes, fortement coniques, d'un diamètre de 2,09 m à la base et de 1,55 m au sommet, mais très peu galbées (entasis). Pour atténuer toute sensation de lourdeur, le nombre des cannelures a été porté à vingt-quatre, ce qui ne répond pas non plus aux règles canoniques de l'ordre dorique.

Les colonnes d'angle ont une section elliptique, dont le grand axe est parallèle à la façade, pour leur donner plus d'épaisseur en vue frontale, et les colonnes latérales ne convergent pas verticalement, comme c'est l'usage généralement.

Correction optique de la concavité[modifier | modifier le code]

On trouve ici la disposition, de manière presque unique dans le contexte de la Grande-Grèce, de la convexité du stylobate et de l'entablement, caractéristique de l'architecture dorique en Grèce, par exemple au Parthénon et reprise plus tard à Ségeste.

Résolution du conflit angulaire[modifier | modifier le code]

Le problème habituel du conflit d'angle des métopes et des triglyphes a été résolu ici par le déplacement du dernier triglyphe et le raccourcissement de l'entrecolonnement d'angle, de sorte que la dernière métope soit de même longueur que la précédente : l'entrecolonnement des colonnes d'angle est de 4,30 m au lieu de 4,475 m pour les autres colonnes.

Attribution cultuelle[modifier | modifier le code]

Le nom traditionnel de « temple de Poséidon » est hérité du pouvoir imaginatif des découvreurs enthousiastes effectuées au cours du XVIIIe siècle. Les dépôts votifs liés au temple incitent à penser qu'il était dédié à Héra, plutôt qu'à Zeus, comme on avait pu l'envisager, en raison des similitudes de conception avec le temple d'Olympie. La présence de deux temples voisins dédiés à la même divinité demeure cependant inexplicable.

Le temple d'Athéna, dit « temple de Cérès »

Temple d'Athéna, dit « temple de Cérès »[modifier | modifier le code]

Le temple d'Athéna, dit « temple de Cérès », fut édifié 500 m environ plus au nord, vers -500. Ce temple dorique hexastyle est plus petit que les deux autres, mais très équilibré, avec un pronaos à colonnes ioniques.

La découverte de trois tombes médiévales dans le sous-sol de ce temple témoigne de sa probable conversion en église chrétienne durant cette période.

Musée[modifier | modifier le code]

Objets funéraires[modifier | modifier le code]

Quadrige, fresque provenant d'une tombe lucanienne

Le musée présente une importante collection d'objets antiques grecs de l'Italie méridionale, notamment des objets funéraires, de nombreux vases, des jarres contenant du miel, mais aussi des armes et des fresques provenant des découvertes faites dans les nécropoles grecques et lucaniennes des environs de Paestum.

Fresques grecques[modifier | modifier le code]

Les panneaux peints sur calcaire proviennent de la célèbre fresque de la Tombe du Plongeur (480-470 av. J.-C.), et sont uniques dans la peinture de l'Antiquité grecque. Ils ont été découverts dans la nécropole située à 1,5 kilomètre de Paestum.

Fresques lucaniennes[modifier | modifier le code]

Un grand nombre d'autres fresques, plus d'une quarantaine, appartiennent à des tombes de la période lucanienne de la cité (420-350 av. J.-C.).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voza, G., 1962. Paestum - Giacimento preistorico presso il tempio di Cerere, in Catalogo della Mostra della Preistoria e della Protostoria nel Salernitano I., Amministrazione provinciale soprintendenza delle antichità, Salerno, p. 12-37
  2. Bailo Modesti, G., Salerno, A., 1998. Pontecagnano II, 5. « La necropoli eneolitica. L'età del Rame in Campania nei villaggi dei morti » in Annali dell'Istituto Orientale di Napoli, sezione di Archeologia e Storia Antica, quad. n. 11, Napoli.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Paestum de Jules Coignet (vers 1860)
  • Lamboley J.-L., Les Grecs d’occident : La période archaïque, Paris, SEDES, 1995
  • Greco E., La Grande-Grèce : Histoire et archéologie, Paris, Hachette, 1996
  • Mertens D., « La ville et ses monuments », dans Les dossiers de l’archéologie, La Grande‑Grèce, présence grecque en Italie du Sud de l’époque archaïque à l’arrivée des romains, n. 235, juin-août 1998, pp. 54-66.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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