Érable sycomore

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L’érable sycomore (Acer pseudoplatanus L.) est une espèce d'arbres de grande taille de la famille des Sapindaceae (anciennement Aceraceae) fréquent dans les régions montagneuses d’Europe. Il appartient à la section Acer de la classification de 1976 selon Jong des érables.

Il s'agit d'un arbre à croissance rapide les premières années, et qui rejette facilement de souche quand il est coupé. L'érable sycomore ne doit pas être confondu avec l’espèce voisine Acer platanoides, érable plane ou érable platane dont le bout des feuilles est plus acéré. Selon l'ENGREF[1] l'érable sycomore serait plus sensible à la maladie de la cime mais moins exigeant en lumière et moins xérophile que l'érable plane. On l'appelle parfois faux platane, grand érable, ou érable de montagne, plus rarement érable blanc.

Historique et dénomination[modifier | modifier le code]

L'espèce a été décrite par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1753[2].

Synonymie[modifier | modifier le code]

homotypique[3]
  • Acer latifolium Bubani, Fl. Pyr., 3 : 293. 1901, nom. illeg.
  • Acer majus Gray, Nat. Arr. Brit. Pl., 2 : 635. 1821, nom. illeg.
  • Acer montanum Lam., Fl. Fr., 2 : 553. 1779, nom. illeg.
  • Acer procerum Salisb., Prodr. 280. 1779, nom. illeg.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Son nom commun de « sycomore » lui vient de la ressemblance supposée des feuilles avec celles du Figuier sycomore (Sukon en grec). Son épithète spécifique pseudoplatanus découle de l'aspect des feuilles qui rappellent bien plus celles du platane, mise à part leur disposition opposée sur la tige.

Description[modifier | modifier le code]

L'érable sycomore est un grand arbre à tige élancée, pouvant atteindre 35 m de haut et un diamètre de 3,5 m1,5 m de hauteur au-dessus du sol).

L’écorce est d’abord lisse et gris jaunâtre, puis gris rougeâtre et de plus en plus foncée sur les arbres âgés où elle se détache en s’écaillant en larges plaques, ce qui différencie cette espèce de l'espèce proche Acer platanoides (érable plane).

Les feuilles, opposées (comme chez tous les érables), caduques, sont palmées avec cinq lobes pointus, à dents obtuses, séparées par des sinus aigus. Ces feuilles, à long pétiole (légèrement cordiforme à la base), sont glabres et vert sombre à la face supérieure, vert glauque portant des poils sur les nervures à la face inférieure.

Il ne fleurit que vers 20 à 25 ans. Les fleurs de couleur vert jaune, groupées en panicules tombantes, à la différence de celles de l'érable plane, qui sont groupées en corymbes dressées apparaissent avec les feuilles, à la différence de celles de l'érable plane où elles apparaissent avant les feuilles. Elles ont cinq sépales soudés, cinq pétales et huit étamines dressées.

Les fruits sont des disamares dont les ailes sont écartées, formant un angle beaucoup moins ouvert que celles des disamares de l'érable plane.

Autécologie et écologie[modifier | modifier le code]

C'est une essence de lumière, préférant des sols riches et plutôt calcaires. On le rencontre en général en peuplements disséminés au milieu des autres espèces ; c’est notamment un compagnon du hêtre et du sapin.

On le trouve jusqu'à 1 500 m d'altitude (mais rare dans les Pyrénées). C'est une essence parfois abondante (en taillis sous futaie notamment), mais toujours disséminée, mélangée avec d'autres espèces (hêtre et sapin le plus souvent). Dans de bonnes conditions, il fait preuve d'une bonne régénération naturelle à partir des graines qui se disséminent relativement bien, et à partir des rejets de souches.

Aspects sylvicoles et utilisations[modifier | modifier le code]

Bois d'érable sycomore

Sans être véritablement un « bois précieux » (il est classé « bois noble » ou « semi-précieux »), il est recherché par les sylviculteurs qui essaient de le favoriser, car c'est un bois dur et très homogène, clair et de couleur jaune-blanc à blanc, facile à travailler, précieux quand il est de belle qualité et encore avantagé par un fut souvent presque parfaitement cylindrique et une croissance initiale très rapide.
Ces qualités – et le fait qu'il vit avec des essences assez rapidement coupées (sapin) ou coupées précocement pour limiter le risque de coloration du bois (hêtre) – expliquent cependant qu'il est souvent coupé « jeune », mais il peut dans la nature dépasser 30 m de hauteur et 500 ans d'âge.
Par ailleurs, s'il résiste plutôt bien aux tempêtes, comme le hêtre qu'il accompagne souvent, il est sensible au manque d'eau et à la forte chaleur, et donc au risque climatique.
Avide de lumière, il est relativement sensible à la concurrence (qui est aussi un facteur positif de sélection naturelle), ainsi qu'aux brutales mise en lumière latérale qui provoquent d'abondants gourmands, pouvant éventuellement déséquilibrer ou déformer l'arbre ou affecter la régularité des cernes).
Sur les lisières plus exposées aux aléas climatique (sécheresse, chocs thermiques, exposition aux UV et à l'ozone…) ou à l'ombre de dominants, il est souvent victime de deux maladies fongiques.

Maladies[modifier | modifier le code]

Les deux affections principales sont :

  • La Tache Goudronneuse, due à un champignon (Rhytisma acerinum) qui les couvre de taches noires, avant qu'elle ne tombent précocement.
  • La maladie de la cime (ou maladie de la suie de l'érable) conduit à la mort de l'arbre après noircissement et/ou desquamation de l'écorce. Elle impliquerait au moins Cryptostroma corticale, dont les spores peuvent provoquer un asthme allergique (chez les bûcherons notamment auxquels il est recommandé de porter un masque ou d'abattre l'arbre infecté en hiver quand le champignon sporule le moins. La maladie des écorceurs d'érables, également due à l'inhalation de spores de Cryptostroma corticale, a été étudiée dans une papeterie du Wisconsin où 37 % des ouvriers écorceurs de troncs d'érable en étaient victimes[4]).
    C'est une des pathologies répertoriées comme nettement favorisée ou provoquée par la chaleur et les canicules (avec des symptômes apparaissant jusqu'à plusieurs années après la sécheresse), le risque étant très exacerbé pour les arbres déjà stressés, par une situation exposée, un manque de lumière (arbre dit « dominé »), subite mise en lumière (par une coupe rase ou une tempête, un tassement du sol[5]..), Ce qui invite à protéger ces peuplements par un aménagement et une gestion favorables à l'entretien d'un microclimat plus humide (gestion de type prosilva plutôt qu'en grandes coupes rases) en visant la restauration et protection de la ressource en eau dans les forêts (milieux souvent fortement drainés depuis le Moyen Âge ou ayant localement perdu tout ou partie de leur humus naturel).

Les attaques de la maladie dans un peuplement s'arrêtent spontanément sans intervention humaine. De lourdes mesures curatives semblent inutile, la prévention consiste à bien prendre en compte les caractéristiques autécologiques de cet érable, en particulier qu'il apprécie un demi-ombrage, une répartition disséminée dans l’espace et un sol plutôt riche, frais, aéré et profond[6]

La pollution de l'air et le climat urbain (air nocturne plus doux, air déshydraté) pourrait être un autre facteur d'exacerbation de ces maladies.
En France par exemple, les cas déclarés concernent surtout des zones urbaines et des parcs boisés très fréquentés (600 arbres ont ainsi été coupés et brûlés à Paris en 2005 dans les bois de Vincennes et Boulogne fortement touchés par la tempête de 1999). Aucun cas n’a été recensé sur des érables situés dans les peuplements forestiers feuillus mélangés du Nord et de l’Est de la France.

Distribution[modifier | modifier le code]

Cette espèce est répandue en Europe centrale et occidentale : France (y compris en Corse), Benelux, Allemagne, Suisse, Autriche, Pologne, Russie, ainsi qu’autour de la Méditerranée (Espagne, Portugal, Italie, Albanie, ex-Yougoslavie, Grèce), en Asie Mineure (Turquie) et dans la région du Caucase. C’est un arbre des zones montagneuses. On le rencontre jusqu’à une altitude de 1 500 à 1 900 m en France, mais aussi dans les collines plus basses et sur les plateaux.

Introduit et naturalisé ailleurs.

Utilisation[modifier | modifier le code]

L'érable sycomore est cultivé comme arbre d’ornement. Il est notamment planté comme arbre d’alignement le long des routes, ainsi que dans les parcs. Il en existe de nombreuses variétés à feuilles décoratives, panachées ou plus ou moins profondément découpées.

Il est également très utilisé comme essence de reboisement car sa croissance est rapide et son bois de grande qualité. Les forestiers le classent parmi les feuillus précieux et préconisent de le planter en mélange avec d'autres essences à croissance rapide telles que le frêne et le merisier.

Son bois, blanc et assez dur, est utilisé en ébénisterie et en tournage, ainsi qu'en lutherie : dos, éclisses et manche de violon (sycomore ondé). Il servait autrefois à la fabrication des sabots. Il fournit un excellent bois de chauffage.

Variétés décoratives[modifier | modifier le code]

  • 'Variegatum' : à feuilles panachées de blanc et de rouge
  • 'Leopoldii' : à feuilles panachées pourpre et vert
  • 'Worleii' : à feuilles orangé-jaune en début de croissance
Érable sycomore pourpre remarquable du domaine de Mariemont (Belgique).

Symbolique[modifier | modifier le code]

Le Sycomore est symbolique du chagrin d'amour dans le théâtre shakespearien, et plus largement, dans le théâtre élisabéthain. Cela proviendrait du jeu de mot Sickamour (sick : malade en anglais).[réf. souhaitée]

Implication dans une maladie mortelle chez les chevaux[modifier | modifier le code]

L'érable sycomore et ses samares (ses fruits ressemblant à des "hélicoptères") semblent à l'origine d'une maladie mortelle fulgurante chez les chevaux, apparue dans les années 2000.

La myopathie atypique des équidés (MA)[7],[8] semble provoquée par une toxine, l'hypoglycine A, produite par les samares et dont l'ingestion déclenche chez les chevaux des symptômes proches d'une autre maladie équine connue, la myoglobinurie.

Des recherches sont actuellement encore en cours, mais la relation entre cette maladie et l'érable sycomore (en Europe) ou l'érable negundo (en Amérique du Nord) semble établie[9],[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Source(Document fait par l'Engref pour le ministère de l'Agriculture, sur les ressource génétiques (feuillus) en France
  2. Linnaeus, C. (1753) Species Plantarum, Tomus II: 1054.
  3. USDA, ARS, National Genetic Resources Program. Acer pseudoplatanus in the Germplasm Resources Information Network (GRIN), US Department of Agriculture Agricultural Research Service. Accessed on 08-Apr-12.
  4. Wenzel et al, 1967, WenzelF.J., Emanuel D.A. The epidemiology of maple bark disease. Archives of Environmental Health, 1967, 14,(3), p. 385-389
  5. Article Ministère de l'agriculture sur lasuie de l'érable
  6. Garsault J.F. (1991). La maladie de la suie. La santé des forêts (France) en 1990. Ministère de l’Agriculture et de la Forêt (DERF), Paris, p. 32
  7. Site relatif à la maladie : http://www.myopathieatypique.fr
  8. http://www.respe.net/node/1677
  9. Premières publications relatives aux recherches scientifiques : http://reflexions.ulg.ac.be/cms/c_349179/lexplication-scientifique-aux-mortalites-fulgurantes-chez-les-chevaux-au-pre-en-automne-a-ete-decouverte-le-coupable-est-un-erable
  10. D.M. Votion, G. van Galen, L. Sweetman, F. Boemer, P. de Tullio, C. Dopagne, L. Lefère, A. Mouithys-Mickalad, F. Patarin, S. Rouxhet, G. van Loon, D. Serteyn, B.T. Sponseller et S.J. Valberg, « Identification of methylenecyclopropyl acetic acid in serum of European horses with atypical myopathy », Equine Vet J.,‎ 18 juin 2013 (PMID 23773055, DOI 10.1111/evj.12117)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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