Frêne

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Fruits de frêne

Le frêne, arbre du genre Fraxinus, appartient à la famille des Oléacées et comprend une soixantaine d'espèces vivant essentiellement dans les forêts tempérées. Caractérisé par des feuilles composées, il est reconnaissable à ses grappes de samares simples surnommées localement « langues d'oiseau ».

La frênaie est une forêt de frênes ou riche en frênes.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le nom « Fraxinus » a une étymologie variant selon les sources. Il viendrait du latin « lance[1] », car les lances des soldats étaient faites en bois de frêne. D'autres sources indiquent qu'il viendrait du grec phraxis « haie » (car on utilise souvent l'arbre pour faire des haies). Ce nom est à l'origine de beaucoup de patronymes (Fresnay, Frenoy, Fresnoy, Dufrêne, Fressonnet, Fressinnet, Dufraisse, Frassati, etc.) et toponymes (Fresnée, Fraisse, Fresnes, Frasseto)[2].

Les espèces[modifier | modifier le code]

Usages[modifier | modifier le code]

Le frêne est un bois dur. Il est employé pour fabriquer un parquet solide mais un peu trop uniforme de couleur pour le goût du jour. C'est le bois des manches : pelles, haches, pioches, etc., car il est flexible. Ce bois est également utilisé pour la fabrication des cercles à fromage, pouvant prendre une forme arrondie et la garder même après plusieurs utilisations car il est très "nerveux". Dans le Massif central, lors des étés secs, les paysans récoltent le feuillage pour nourrir les ruminants.

Les feuilles de frêne entrent dans la composition de tisanes dont celle dite "du centenaire" ; elle peut être consommée tout au long de la vie sans contre-indication et agit contre les douleurs articulaires (Ollier 2011) et des maladies comme la goutte.

De la frênette, boisson fraiche et pétillante, était fabriquée dans des familles angevines, jusque dans les années 1960. Les feuilles étaient séchées puis mises en tisane. On ajoutait sucre et levure de boulanger. On laissait le tout quelque temps en barrique, puis on le mettait en bouteilles.

Maladies[modifier | modifier le code]

Agrile du frêne

Plusieurs maladies se développent chez le frêne, probablement du fait des échanges commerciaux internationaux, et peut-être en raison d'une tendance au réchauffement climatique et à la culture de clones à diversité génétique plus faible.

Insecte ravageur[modifier | modifier le code]

Un insecte coléoptère d'origine asiatique l'Agrilus planipennis (de la famille des buprestidae) s'est répandu aux États-Unis, en Ontario et depuis 2008 au Québec depuis sa découverte en 2002, obligeant à des abattages sanitaires.

Traitement préventif[modifier | modifier le code]

Si votre frêne ne montre aucun signe de dépérissement dû à l'agrile du frêne, vous pouvez le traiter contre cet insecte avec un biopesticide. La ville de Montréal utilise le TreeAzin un produit a faible impact dont la matière active est dérivée du margousier, un arbre poussant naturellement en Inde et en Afrique de l'Est, utilisé depuis longtemps pour ses vertus médicinales, culinaires et insecticides.

La chalarose[modifier | modifier le code]

Description[modifier | modifier le code]

Une autre maladie, émergente, est provoquée par un champignon exotique et invasif; Chalara fraxinea, ascomycète isolé sur des brindilles et branches malades mais aussi au collet des arbres et sur la partie supérieure des racines maîtresses, responsable de la Chalarose du frêne[3]. Cette maladie létale semble avoir émergé au début des années 1990 en Europe de l’Est et du Nord (d'abord repérée au début des années 1990 en Pologne). D'après de récentes études[4], le téléomorphe de cette espèce est Hymenoscyphus pseudoalbidus. Puis il a été montré que cet agent pathogène est très probablement d'origine asiatique où il a été détecté sur des frênes indigènes, F. mandshurica, et où la diversité génétique du pathogène est beaucoup plus élevée qu'en Europe[5].
De 1990 à 2008, la maladie a été repérée en Autriche[6],[7], Finlande, Allemagne[8], Hongrie[9], Lituanie, Norvège[10], Pologne[11], Suède et sur la base des symptômes, au Danemark[12], en Estonie, Lettonie et Suisse[13] et elle progresse vers l'Europe de l'Ouest, puisque détectée par l'ONF de Vesoul en France à l’automne 2008 chez des peuplements malades dans plus de 80 communes de Haute-Saône[14].
En Belgique, le DNF et laboratoire de mycologie du Centre de recherches agronomiques (CRA) de Gembloux assurent une veille sanitaire. Des experts craignent que ce champignon puisse aussi s’attaquer ensuite à d’autres essences. Il infecte l'arbre et provoque notamment le dessèchement puis la mort des rameaux de un ou deux ans (juste avant le débourrement ou durant les sécheresses estivales). La base des rameaux morts ou latéraux présente généralement d'abord des nécroses corticales (sans exsudats) qui s’étendent ensuite aux branches des couronnes (avec descente de cime). Des nécroses apparaissent aussi sur le tronc à l'intersection des gourmands infectés par C. fraxinea et à leur base pour former des faciès chancreux[15]. Le bois attaqué devient gris[16]. Un développement anarchique de pousses épicormiques est parfois constaté (à partir de bourgeons dormants).
Dans les zones touchées par la maladie, les experts recommandent de ne transporter que du frêne bien sec[17]. On manque encore de données précises sur la pathogénicité de ce champignon, des causes qui facilitent l'infection du frêne (le gel et/ou les sécheresses pourraient le favoriser). En 2007, le frêne européen (Fraxinus excelsior) était touché, mais aucune donnée n'était disponible sur la sensibilité à ce parasite pour d'autres espèces de Fraxinus. Selon l'EPPO, les plants de pépinières et le transport de bois contaminé semblent expliquer la propagation de la maladie sur de longues distances[18]. La maladie est souvent chronique, et parfois mortelle pour l'arbre. Ces dépérissements ont été observés en forêt, mais aussi en ville (parcs et jardins) et en pépinières.

Résistance génétique chez certains frênes[modifier | modifier le code]

Une étude danoise (2007 à 2009, publiée en 2012[19]) a montré en 2012 que selon les souches génétiques, le frêne y est plus ou moins sensible, le degré de vulnérabilité des clones testés (une trentaine) par une étude était fortement corrélé à la sénescence des feuilles en automne (plus précoce chez les clones plus sains). De façon générale, plusieurs études confirment qu'il existe de la variabilité génétique héritable dans la résistance à la maladie dans les populations de F. excelsior, allant des plus résistants (moins de 5% de la population de frênes) aux très sensibles qui disparaitront rapidement[20],[21],[22]. La chalarose aura un impact économique majeur ainsi qu'un fort impact écologique sans toutefois remettre en cause la préservation de l'espèce.
Voir des photos illustrant les symptômes visibles de cette maladie

Article détaillé : Chalara fraxinea.

Ennemis[modifier | modifier le code]

Les papillons de nuit (hétérocères) suivants (classés par famille) se nourrissent de frênes plantes hôtes de leur chenille:

Le frêne est aussi la plante hôte des chenilles des rhopalocères

Divers[modifier | modifier le code]

Dans le calendrier républicain français, le 29e jour du mois de ventôse, est officiellement dénommé jour du Frêne.


Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dictionnaire Latin-Français Gaffiot
  2. Étymologie du patronyme Frénéa
  3. T. Kowalski, Chalara fraxinea sp. nov. associated with dieback of ash (Fraxinus excelsior) in Poland Forest Pathology Volume 36, Issue 4, Pages264 - 270 2006 Blackwell Verlag, Berlin
  4. Queloz et al. 2011 Cryptic species in Hymenoscyphus albidus. Forest Pathology Forest Pathology 41:133-142
  5. Zhao et al. 2012. Hymenoscyphus pseudoalbidus, the correct name of Lambertella albida reported from Japan. Mycotaxon 122:25-41.
  6. Halmschlager E, Kirisits T (2008) First report of the ash dieback pathogen Chalara fraxinea on Fraxinus excelsior in Austria. New Disease Reports, Volume 17, February 2008 - July 2008. (Lire)
  7. Actual situation of dieback of ash in Austria by TL Cech and U Hoyer-Tomiczek (Research and Training Centre for Forests, Natural Hazards and Landscape ; BFW))
  8. Schumacher J, Wulf A, Leonhard S (2007) First record of Chalara fraxinea T. Kowalski sp. nov. in Germany – a new agent of ash decline. Nachrichtenblatt des Deutschen Pflanzenchutzdienstes 59(6), 121-123 (in German).
  9. Szabó I (2008) Dieback of common ash (Fraxinus excelsior) caused by Chalara fraxinea. Növényvédelem 44(9), 444-446 (en Hongrois).
  10. Ash dieback (Norwegian Institute of Forestry and landscape. , en norvégien)
  11. Kowalski T (2006) Chalara fraxinea sp. nov. associated with dieback of ash (Fraxinus excelsior) in Poland. Forest Pathology 36(4), 264-270.
  12. Ash dieback in Denmark (Forest & Landscape Denmark)
  13. Protection des forêts – Vue d’ensemble 2007 (publié en 2008)
  14. Piou D., Caroulle F. [2008]. Émergence d’une nouvelle maladie du frêne. Forêts de France 519 : 29 (1 p., 2 fig.).
  15. Husson et al. 2012. Occurence of Hymenoscyphus pseudoalbisus on infected ash log. Plant Pathology 61:889-895.
  16. Fiche Protection des végétaux ; Revue de la Fédération Wallonne Horticole – no 50 Chalara fraxinea, un nouveau champignon qui attaque le frêne en Europe : appel à signalement
  17. Chandelier A. [2008]. Le frêne, une essence menacée en Europe ? Silva Belgica 115 : 28-31 (4 p., 3 fig., 5 réf.)
  18. Page de la liste d'Alerte de l'EPPO (en) datée 2007_09, revue 2008-02 et Consultée 2009 92 12 22:46
  19. McKinney L.V., Thomsen I.M., Kjaer E.D., Nielsen L.R. [2012]. Genetic résistance to Hymenoscyphus pseudoalbidus limits fungal growth and symptom occurrence in Fraxinus Excelsior. Forest Pathology 42 : 69-74 (6 p., 2 fig., 2 tab., 20 réf.).
  20. Kjær et al. 2012. Adaptive potential of ash (Fraxinus excelsior) populations against the novel emerging pathogen Hymenoscyphus pseudoalbidus. Evol. Appl. 5: 219–228.
  21. Mc Kinney et al. 2011. Presence of natural genetic resistance in Fraxinus excelsior (Oleraceae) to Chalara fraxinea (Ascomycota): an emerging infectious disease. Heredity 106: 788-797
  22. Pliura A. et al. 2011. Performance of twenty four European Fraxinus excelsior populations in three Lithuanian progeny trials with a special emphasis on resistance to Chalara fraxinea. Baltic For. 17: 17–34
  23. funet

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Chantal Ollier, Conseil en phytothérapie, Wolters Kluwer,‎ 2011, 2e éd., 174 p. (ISBN 9782909179711)

Articles connexes[modifier | modifier le code]