Vili (peuple)

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Vili
Description de cette image, également commentée ci-après
Jeune garçon de type Vili au début du XXè siècle (vers 1905)

Populations significatives par région
Drapeau de la République du Congo République du Congo 100 000
Drapeau du Gabon Gabon 20 000
Autres
Langues Vili
Ethnies liées

Kongos

Les Vili forment un peuple d'Afrique centrale, établi au sud-ouest du Gabon, en République du Congo, en Angola et en République démocratique du Congo. C'est un sous-groupe des Kongos[1].

La société vili est matriarcale. Sa culture, outre une langue, est caractérisée par un système de mesure original[2],[3] et par une spiritualité dont les Nkisi, Nkisi Konde ou fétiches à clous, sont la célèbre représentation physique.

Avec les Yombé, les Lumbu, les Vungu, les Punu et les Kugni, ils ont vécu harmonieusement au sein du royaume de Loango[4]. Ils ont développé avec les Kugni, le Bundiku[5],[4], une relation de bon voisinage afin d'éviter les conflits.

Les Vili ont très tôt entretenu des relations d'égal à égal avec les Occidentaux, notamment dans les échanges commerciaux[6],[7]. Mais ce contact avec l'Occident va vite tourner en leur défaveur. Le commerce triangulaire va certes enrichir une infime minorité de courtiers autochtones, mais il va surtout déséquilibrer la structure sociétale du pays vili. Les épidémies de trypanosomiase (maladie du sommeil), de variole, le portage à dos d'hommes vont diminuer de façon drastique la population de ce peuple[8].

Mais c'est surtout pendant la colonisation française que va s'accélérer son acculturation, notamment l'utilisation de la langue française et de la culture occidentale dans tous les moments de la vie courante (école, administration, milieu familial...), l'utilisation des langues véhiculaires ou vernaculaires telles que le kituba (créole kikongo) ou le lingala, notamment à Pointe-Noire, carrefour de concentration des populations venues de l'intérieur du pays.

Sommaire

Ethnonymie[modifier | modifier le code]

Femmes bavili (Moyen Congo, 1924).

Selon les sources et le contexte, on observe plusieurs formes[9] d'appellation de ce peuple: Bavili, Bavilis, Fiote, Ivili, Loango, Vilis. Le terme fiote (« noir »), utilisé par les colons portugais, est aujourd'hui jugé péjoratif[10].

Langue[modifier | modifier le code]

Ils parlent le vili, une langue bantoue dont le nombre de locuteurs était estimé à 50 000 en 2010. Environ 45 000 ont été dénombrés en République du Congo et 5 000 au Gabon[11]. Toutefois, d'un point de vue culturel et linguistique, les Lindji, les Kotchi et les Woyo, peuplant actuellement le Cabinda, sont avec les Yombés, les plus proches des Vili.

Article connexe : Vili (langue).

Histoire[modifier | modifier le code]

Bukulu vandu vandu! Batu lumogni vandu vandu! Misenga yi fue. Sin nganzi si ke mogni. Si sitshike mambu me toba, me ntume koku e e.

— Slogan Vili, Scandé par les sages et l'assistance lors de palabres sous le "moandza" (case à palabre). Il exalte le mérite, les bonnes oeuvres ou les hauts faits de la génération montante à l'égard du clan[12]

« Honneurs aux Ancêtres! Honneurs aux vivants! Les plants de palétuvier semblent morts, mais retenez bien l'essentiel, les pousses et les racines sont toujours vivaces. »

— Scandé par les sages et l'assistance lors de palabres sous le "moandza" (case à palabre). Il exalte le mérite, les bonnes oeuvres ou les hauts faits de la génération montante à l'égard du clan[12]

Mbulukoko mba untuma mbembi.

— Prédiction de la domination de son peuple par l'Homme Blanc grâce à certains apports techniques (avion, télégraphe), Ma Loango Mwe Pwati 1er - Kamangou wu Kama Mbou – Kamangou le prophète qui assécha la mer[13],[14]

« Le Touraçao (chef des oiseaux de l'intérieur) plus tard commandera au Vautour pêcheur (chef des oiseaux de la côte). Nous sommes certes puissants, mais, bientôt viendront des "fumu mbeenga" "seigneurs rouges". Ils s'imposeront et nous dirigeront, nous éloignant de nos dieux . »

— Ma Loango Mwe Pwati 1er - Kamangou wu Kama Mbou – Kamangou le prophète qui assécha la mer[13],[14]

Les origines[modifier | modifier le code]

Les Vili, tout comme les Lindji, les Kotchi, les Yombé (trois ethnies les plus proches culturellement et géographiquement des vili)[15], les Lumbu, les Vungu, les Punu et les Kugni, formaient les composantes ethniques de l'ancien Royaume de Loango. Il y eut aussi des métissages avec des populations pygmées Bongo.

À son apogée, le royaume de Loango occupait un vaste territoire allant de la région de Setté Cama au Gabon au nord, à l'actuel Cabinda au sud, du Massif du Mayombe à l'est aux confins du Royaume d'Anzico (sud de Mindouli) et de l'océan Atlantique à l'ouest, où se trouvait la capitale Bwali.

Protohistoire[modifier | modifier le code]

Les conditions de création de ce royaume restent toutefois encore obscures. Les plus anciennes preuves de présence humaine dans l'aire de peuplement des Vili sont des outils préhistoriques comme des bifaces, des haches, des lames ou des nucleï en grés quartzizeux ou polymorphes datant de plus de 20 000 ans découverts lors des travaux de terrassement nécessaires à la construction du Chemin de fer Congo-Océan entre 1920 et 1930[16],[17],[18].

De nombreux artefacts de la culture Kongo ont été mis à jour lors des fouilles organisées par le LAP (Loango Archeology Project), entre 1987 et 1993, dans plus de 200 sites de la plaine côtière de la république du Congo (projet pluriannuel sur les régions des anciens royaumes Kongo et Loango). Ainsi, des poteries morcelées, des outils en pierre brute, parfois des haches ou des binettes en pierre polies, et des noix d'huile de palme carbonisés caractérisent les premiers sites du néolithique côtier. Les outils en pierre ne sont plus trouvés dans la plupart des sites datés après l'an 100 de notre ère, suggérant que le fer avait maintenant remplacé la pierre pour la fabrication des outils[19].

Au milieu du premier millénaire de notre ère, des colonisations plus grandes de sites comme celles de Kayes sur la rive nord du fleuve Kouilou parsèment la région. La poterie de cette période est habituellement ornée de motifs distinctifs de chevrons. En revanche, aucun reste de plantes ni d'ossements n'a été trouvé, car les sols acides du Congo ne les conserve pas.

Vers 700 après J.-C., apparaissent des céramiques minutieusement décorées, connues sous le nom de tradition de Madingo-Kayes. Les éléments de conception suggèrent une origine au sud du fleuve Congo. Ceux-ci peuvent représenter la première apparition d'une identité proto-Loango / Kongo sur la côte Loango.

Au XIIe siècle de notre ère, les céramiques trouvées sur le site de Condé sont décorées avec des carrés ou des losanges qui présagent les décorations des motifs Kongo plus tardifs trouvés sur des tissus de raphia, de défenses d'éléphants sculptées, et même de scarification corporelle. La date du XIIe siècle pour la céramique de Condé est la plus ancienne à ce jour connue pour de tels déssins.

Après 1550, la forme des poteries, ainsi que les motifs Kongo/Loango évocateurs de carrés tissés ou imbriqués rappellent davantage les céramiques vitrées importées par les commerçants européens[19].

Organisation du royaume[modifier | modifier le code]

On ne trouve pas mention du royaume de Loango avant 1535, date à laquelle, le roi du Kongo, Alphonse Ier Mbemba a Nzinga (1506-1543) répertorie les provinces et royaumes « protégés » (dits « vassaux » par l’interprétation européenne) du Kongo[20]. Le Loango n'y est pas cité, alors que ses voisins du sud, le royaume du Kakongo et celui de Ngoyo le sont[21].

La première référence au royaume de Loango apparaît dans un document rédigé par Sebastião de Souto, un réligieux catholique envoyé par le roi du Kongo Jacques Ier (Ndo Dyoko Ier) (1545-1561) afin de convertir le Loango au christianisme[22]. Selon Duarte Lopes, ambassadeur du roi du Kongo Alvare II au Saint-Siège et auprès de Philippe II d'Espagne, en 1585, "Ma Loango (roi de Loango), son ancien vassal, est ami avec le Ma Kongo (roi du Kakongo)"[23]. Ce qui semble confirmer la thèse selon laquelle, avant d'être indépendant, le Royaume de Loango serait issu du Kakongo, lui-même affranchi de son grand voisin, le Royaume du Kongo (Kongo dia Nthotila) en compagnie du royaume de Ngoyo.

Un proverbe illustre bien la communauté spirituelle d'origine des trois provinces sécessionnistes, ainsi que le rôle religieux du Roi de Ngoyo. Il s'agit de : Makongo nuni, Mangoyo nthomi, Maloangu nkasi qui signifie littéralement « Le Makongo est le mari, le Mangoyo le prêtre (gardien et officiant du sanctuaire tchibila du Dieu Bunzi) et le Maloango la femme »[24]. Dans cette alliance de pouvoir, la place symbolique d'épouse qu'occupe le Ma Loango est d'autant plus prépondérante que dans la culture Vili matrilinéaire, le pouvoir mystique qui est le pouvoir réel, est détenu par la femme[25].

Au xive siècle, la dynastie des Bawoyo, originaires du Cabinda, à laquelle appartient la puissante confrérie des forgerons Buvandji, s'impose aux populations locales sur la côte de Loango. La maîtrise de la forge et des armes, ainsi qu'une armée de guerriers entreprenants, ont permis aux envahisseurs d'instaurer le pouvoir sacré (l'autorité, l'ordre, le commandement), li loangu ou loango en langue vili avec comme symbole le léopard.

Selon plusieurs sources, comme l'explorateur anglais Andrew Battel[26], présent dans la région vers 1610, le Hollandais Olfert Dapper[27], ainsi que le commerçant anglais R.E. Dennett [28], Njimbi serait le fondateur du Royaume de Loango et son premier souverain avec un règne qui aurait duré environ soixante ans. Les neuf rois Buvandji dont Njimbi, furent entérrés dans le cimetière royal de Loandjili, leur province de résidence, au nord est de Pointe-Noire.

Cet État de Loango disposait d'une organisation sociale et politique avec un roi, un gouvernement et des gouverneurs de ses sept provinces. La forte hiérarchisation politique permit à certains chroniqueurs[Qui ?] d'établir une analogie avec les sociétés féodales de l'Europe médiévale.

La langue Vili était la langue référente de la cour du roi Maloango et de la classe moyenne. C'est la raison pour laquelle, elle est appelée Tchiloangu qui signifie parler le Loango[29].


Emblême du Royaume de Loango


L'emblême du royaume est une main portant sept étoiles sur sa paume. Ces étoiles représentent les sept provinces du royaume de Loango. La devise marque la primauté du roi sur ses provinces.

Li kanda li koko li simbe mbote sambwali.

— Devise du royaume de Loango, La devise marque la primauté du roi sur ses provinces.

« La paume de la main qui porte les sept étoiles. »

— La devise marque la primauté du roi sur ses provinces.



Le gouvernement central est constitué de:

  • Ma Mboma tchi Loangu: C'est le chancellier. Il est normalement choisi dans les provinces autres que celle où réside le roi, le plus souvent dans l'ethnie kugni. Il assure l'interrègne à la mort du roi.
  • Mbindinka: C'est le ministre de l'intérieur
  • Ma Fuka: C'est le titre de l'Intendant général du commerce, superviseur de la traite, avec un couvre-chef en fibre d'ananas comme signe distinctif de sa fonction. Il contrôle et assure le respect des poids et mesures, surveillent aussi les débarquement et embarquement des bateaux européens, et bien souvent, la conclusion des affaires commerciales importantes. Sa charge est si immense qu’il se fait souvent représenter par des fonctionnaires subalternes, souvent mal appréciés des populations. Il est généralement le plus connu des ministres, celui dont les décisions pèsent le plus sur la vie du royaume et des sujets.
  • Ma Safi (les poumons) ou Mani Banze: C'est le ministre des finances
  • Tchi payi tchi ma loangu ou mani mbèle: C'est le porte-parole du roi avec une épée en cuivre comme signe distinctif de sa charge
  • Ma Ngala-Mbembo: C'est l'ambassadeur plénipotentiaire des ethnies kongo auprès du roi Maloango
  • Ma Tchyendji: C'est le ministre du commerce extérieur avec les marchands européens sur la côte. Fixant les taxes, il veille à la bonne application des tarifs et règle les litiges
  • Ma NKaka: C'est le ministre de la défense, qui constitue les batailons armés dans les différentes provinces. L'ethnie beembe, de par sa maîtrise des techniques de guerre fut un excellent pourvoyeur de ce corps militaire.
  • Ma Ngofu ou Ma Ngofo: C'est le ministre de la santé
  • Ma Vungu: Ministre des affaires étrangères, Il fait ambassade ambulante, s’assure de la fidélité des vassaux et des provinces en entretenant sans cesse des relations avec eux.
  • Ma Mputu (de Porto, ville portuaire du Portugal, généralisé en Mputu c'est-à-dire l'Europe): Rattaché au Ma Vungu, c'est le secrétaire d'État chargé des relations avec l'exterieur du royaume. Il achète les biens les plus utiles au royaume (surtout les armes, la poudre de chasse, des tissus), etc. Il parle généralement une ou plusieurs langues européennes.
  • Ma Kimba; C'est le ministre des eaux, des forêts et de la pêche et des ressources vivrières. .Il s’assure qu’aucun gaspillage sur les réserves naturelles n’est constaté, prélève des taxes sur les prises de pêche, surveille l’installation de nouvelles populations sur des lieux jadis inhabités, assurent la sécurité dans les zones les moins peuplés du royaume, et le respect des lieux sacrés (forêts d’initiations, cimetières, etc.).


Le royaume est constitué de sept provinces [30],[31]:

Le pays vili avec les 4 provinces suivantes;

  • Province de Mpili: C'est le lieu d'implantation de Bwali, la capitale du royaume et le lieu de résidence du roi. Bwali était autrefois constitué de plusieurs villages dont la plupart a disparu ou n'accueille que quelques âmes (Diosso, Loango, Mamboma Nzambi, Mbulu Mpupi, Ntandu Mbulu, Tchifuka Bayonne, Tchimpila, Tchinganga Mvumba, Tchivendji, Vista...).
  • Province de Tchilunga, située sur la rive droite du fleuve Kouilou administrée et par le gouverneur Ma Tchilunga
  • Province de Loandjili, située au sud, du nom de l'ancienne capitale de la dynastie des Bouvandji, non loin de Mbanda (site de Pointe-Noire) et voisine des provinces de Mpili et Ngakanu. Elle est administrée par le gouverneur Ma Loandjili.
  • Province de Ngakanu, province continentale qui accueille le centre de Mboukou, la résidence du Mãmbuku, gouverneur représentant du Maloango, le roi. Elle accueille également le centre de Tchikanou, fief de Nganga Kanu, le premier Nthomi (prêtre) de la province.

Les trois autres provinces à l'intérieur des terres sont:

  • Province du Mayombe, en pays Yombé
  • Province de Kwangu, en pays Lumbu
  • Province de Tchikuni, dans la vallée du Niari

Le royaume de Loango est donc par essence pluriethnique.

À la fin du XVe siècle, compte tenu de leur comportement tyrannique, les Buvandji furent chassés du pouvoir par une insurrection populaire, provoquant la première crise institutionnelle du royaume de Loango|[32]. La fin de l'absolutisme royal fait place à une longue régence, puis à une théocratie féodale.

Les 27 clans primordiaux Kongo du royaume de Loango jouèrent un rôle prépondérant dans la suite de cette rupture dynastique. Ils envoyèrent une délégation au village Banana, non loin de Moanda, en République démocratique du Congo, où se trouve le sanctuaire (« tchibila ») consacré à Bun : zi, entretenu et gardé par le Tchinthomi Tchibun : zi, le grand prêtre officiant pour cette déité. Sous les recommandations de ce dernier, une fillette nommée Nombo Sinda, fut choisie puis élevée par le Nthomi Bun : zi, qui la déflora et la féconda. Nombo Sinda fut alors ramenée par mer et débarqua non loin de Diosso, sur une place qui reçut le nom de Sinda de cet événement et le porte encore.

Nombo Sinda d'origine Bongo (pygmée du Mayombe), fut ensuite mariée à un homme appartenant au clan Kondi, avec qui elle donna naissance à une fille dénommée Mwe Nthumba, puis à un fils nommé, Mwe Pwati 1er, qui devait être le premier héritier de la nouvelle dynastie. Ce dernier régna sous le nom de Kamangou wu Kama Mbou dit le prophète (Kamangou qui assécha la mer) au milieu du XVIIe siècle. Il a atteint le degré de suprême de l'initiation sacrale de Ma Loango. Il maitrisait les éléments naturels, possédait de nombreux pouvoirs magiques et pratiquait la divination. Ses hauts faits sont toujours relatés par la vénération populaire.

En 1660, intervient la seconde crise institutionnelle du royaume de Loango. La famille régnante, fut issue de l'ethnie vili, plus précisément du clan Kondi. Très tôt cette nouvelle dynastie se scinda en deux clans dont la rivalité politique attribua aux 27 clans primordiaux de Bwali un rôle décisif d’arbitre électoral. Ce sont les deux clans éligibles au trône de Ma Loango: les Kondi et les Nkata. Cette monarchie élective a transféré le pouvoir entre les mains des fumu-si (chefs de terre).

La désignation du futur souverain par les princes issus des 27 clans leur conférait beaucoup d'influence. Le roi ainsi désigné était certes un monarque sacral qui œuvrait selon la tradition, pour étendre le pouvoir territorial et spirituel du royaume. Toutefois, ils pouvaient le destituer à tout moment, s'ils estimaient que le souverain avait enfreint les règles du pouvoir et des traditions. En effet, le roi n'était obéi que s'il montrait obéissance en retour. C'est ce subtil mélange entre le sacré et ce processus électif qui était à la base de l'équilibre politique et socio-économique du royaume. Mais le commerce des esclaves va très vite mettre à mal cet équilibre original.

De l'histoire du Royaume de Loango, il ne reste aucune trace visible. Pourtant, il a très tôt effectué des échanges avec les Européens, Portugais pour la plupart, évadés des bagnes ou anciens trafiquants de bois d'ébène. Des Allemands, des Anglais, des Hollandais, avaient également ouvert des factoreries aux environs des plus gros villages[33].

Le courtier Tati surnommé "Desponts" transporté en "tipoye" (hamac) par ses employés

À son apogée, entre le XVIe siècle et XVIIe siècle, le Maloango, souverain d'un état structuré et centralisé, était en mesure d'imposer ses conditions aux commerçants européens, en faisant jouer la concurrence, principalement entre Portugais et Hollandais.

Les négociants Vili, en tant qu'intermédiaires incontournables entre les commerçants de l'hinterland, et les capitaines des navires européens qui mouillaient au large, ainsi que les Mafouks ou Mafouka (courtiers notables) par la perception des taxes et des droits d'accès sur les hommes et les marchandises, se sont énormément enrichis[6]. Selon le négrier Louis Ohier De Granpré, ces courtiers Vili de la côte sont soit des "seigneurs engendrés", ou des chefs des 27 clans primordiaux de Diosso ou des contrées avoisinantes[34].

Les étoffes tissées à base de fibres de raphia et de papyrus qui faisaient la renommée des habitants de Loango, ont servi de monnaie d'échange, non seulement au Loango, mais aussi dans les états voisins de Ngoyo, Kakongo et de l'Angola pendant plusieurs siècles. Ces étoffes étaient également exportées vers le Portugal[35].

Captif maintenu par un carcan en "bois mayombe"

Ces échanges reposaient initialement sur des articles de grande valeur (ivoire, bois précieux, cuivre) contre des vêtements, des armes et des objets manufacturés occidentaux. Toutefois, la demande croissante de "bois d'ébène" pour alimenter le nouveau continent américain, va changer la donne. En effet, plus de 15 000 esclaves par an ont transité par les côtes de Loango[6] pour alimenter le commerce triangulaire.

Une nouvelle classe de riches notables, s'affranchissant de la tutelle du pouvoir central, voit le jour. Ce faisant, l'autorité du Maloango va s'estomper au profit de ces potentats locaux. Un état d'anarchie est causé par la lutte de pouvoir entre les mafouks et les factoreries installées sur la côte. C'en était fini de la splendeur du Royaume Loango, qui avait perdu de toute sa superbe.


Article détaillé : Royaume de Loango.
Article détaillé : Liste de Mâ Loango.
Article détaillé : Liste des clans Vili.

La colonisation européenne[modifier | modifier le code]

Expansion (1849-1944)[modifier | modifier le code]

La décadence du royaume de Loango[modifier | modifier le code]

Le 1er juillet 1849, à la faveur de l’arraisonnement du navire négrier brésilien Elizia ou Ilizia par la frégate Pénélope de la marine française, une trentaine ou plusieurs centaines d'esclaves Vili, Lumbu, Yaka ou Bongo, selon les sources[36],[37],[38]après un séjour de trois ans au Sénégal, furent installés définitivement près du fort d'Aumale, dans l'estuaire du Komo, au milieu des villages Mpongwé. Cet incident marqua la naissance de Libreville, la capitale politique du Gabon, à l'image de Freetown en Sierra Leone[37].

La fin du xixe siècle voit s'accentuer le déclin du Royaume de Loango. Celui-ci subit les dommages collatéraux de la rivalité des Européens en Afrique Centrale (course au clocher), notamment entre l'enseigne de vaisseau Pierre Savorgnan de Brazza et l'explorateur Henry Morton Stanley[33]. Afin de s'assurer le contrôle unilatéral de la façade maritime du Congo et du Gabon, la France impose des traités aux autorités traditionnelles.

Le Mâ Loango Manimakosso-Tchinkosso, qui régna de 1879 à 1885, affaibli par le blocus de la côte établi par l'aviso Sagittaire, empêchant tout contact entre les villages, fut contraint de capituler. Le 12 mars 1883, il signe avec le lieutenant de vaisseau Robert Cordier, un traité[39] de souveraineté, de commerce et de cession du territoire, en présence des négociants portugais Manuel Saboga et français Ferdinand Pichot. Par ailleurs, le pouvoir central du Mâ Loango s'estompe au profit de potentats locaux. Certains d'entre eux, parmi lesquels André Moé-Loemba (autochtone élevé par les missions portugaises, fondateur du village de Tchimbamba), Mamboma Makosso, Mvumvo Lucieno et Matchimbamba paraphent, le 21 juin 1883, le traité de Punta-Negra[39], avec le même lieutenant de vaisseau Cordier, permettant à la France de prendre possession de ce territoire,

Parallèlement, dans le périmètre lusophone, deux ans plus tard, le 25 février 1885, les princes et notables des royaumes de Kakongo, de Loango et de Ngoyo signent avec Guillerme Auguste de Brito Capello, commandant de la corvette Rainha de Portugal, le Traité de Simulambuco qui les met sous la protection du Royaume du Portugal,

Le royaume de Belgique a signé pas moins de 289 traités[39] entre 1883 et 1884 dans la conquête de la vallée du Kouilou-Niari, territoire cédé à la France lors de la conférence de Berlin en 1885. Celle-ci entérine l'ensemble de ces traités faisant de la France le maître absolu de la partie de l'Afrique centrale allant de la rive droite du fleuve Congo jusqu'aux confins du Gabon, achevant ainsi le partage de l'Afrique entre les puissances coloniales. Le contrôle des bases côtières a également permis le départ de nombreuses expéditions qui s'enfoncèrent jusqu'au Tchad voire au Soudan (Fachoda).

Loango, la capitale, abrite alors le gouvernement et les institutions officielles, gérant le commerce intérieur et extérieur. C'est le seul débouché des pistes caravanières vers l'océan. À l'emplacement de Pointe-Noire, l'actuelle capitale économique, on dénombre quelques villages de pêcheurs comme M'Bou Mvou-Mvou (emplacement du Novotel sur l'avenue Charles de Gaulle); - littéralement Mvoumvou signifierait ce qui dure, ce qui est éternel et par extension M'Bou Mvoumvou c'est la plage, la mer éternelle[40] - , M'Boukou (actuel quartier Mouyondzi).

Les quartiers périphériques actuels de Pointe-Noire ne sont alors que des villages : Loandjili, Siafoumou, Tchimbamba, Mpita, Tchimani...

En 1888, les Vili du Gabon occupent Mayoumba et échangent avec les Lumbu localisés le long de la lagune Banio. Ces deux peuples du groupe Kongo se comprennent sans interprète.

Le roi lumbu Mayombe Ignondrou[41], le plus ancien de la région, commande alors le Mayombe, Mayoumba et une partie de Setté Cama. Il règle les palabres entre les chefs de clan vili et lumbu.

Les Vili de Mayoumba sont commandés par Goufila Ngoma et se sont émancipés du Mâ Loango. Les commerçants vili de Loango qui se rendaient à Setté Cama par la côte, sont d'ailleurs souvent dépouillés de leurs ballots d'étoffes.

Après avoir été abolie de fait en 1885, lors de la conférence de Berlin, la royauté du Loango perdure symboliquement à travers ses héritiers et ses rites familiaux entretenus par des offices coutumiers.

Déclin de la cité de Loango et émergence de Pointe-Noire[modifier | modifier le code]

En 1897, l'achèvement de la ligne de chemin de fer Matadi-Léopoldville (Kinshasa), mais surtout la fondation de Pointe-Noire en 1922, pour la construction d'un port en eau profonde et d'une ligne de chemin de fer, va précipiter le déclin de la capitale Loango. En effet, sa baie avec son faible tirant d'eau ne permet pas le débarquement des navires pour le trafic des personnes et des marchandises. Loango n'accueille alors plus que les sépultures des nobles Vili et des colons.

Par ailleurs, les chantiers du port et du CFCO (Chemin de fer Congo-Océan) vont pousser les hommes dans la force de l'âge à émigrer vers Pointe-Noire. Excepté le petit village de pêcheurs de Ndjindji, ce sont les travailleurs de ces deux chantiers qui vont constituer l'essentiel de la population indigène pontenégrine. La ville voit également arriver des populations attirées par les emplois induits. Ce sont notamment les commerçants venus du Gabon, du Dahomey, du Togo et du Ghana[42].

Les colons des compagnies concessionnaires s'opposent énergiquement à la construction de ce chemin de fer qui tarit et capte ses ressources en hommes. Dans telle concession, disait-on, où travaillaient naguère cinq cents ouvriers agricoles, il n’en restait plus qu’une vingtaine et la récolte pourrissait sur place[43].

Les colonisateurs français, soucieux d’éviter les conflits avec les autochtones se réservent les zones de marécages, impropres à l’agriculture et vides de population. Ils reconnaissent également le droit coutumier : la terre non fertile appartient à toute la communauté. Mais cette règle n'est pas toujours respectée.

Ainsi, en 1910, le village Koùmbi Bouilika fut rayé de la carte. Ses habitants à la tête desquels se trouve le chef Louissi Sakala dit l’Ancien, fils aîné du patriarche Nfouk’-Lassy, furent expulsés et expropriés de cette contrée par la volonté des colons à l'aune du développement de Pointe-Noire[44].

Ces derniers, n'ayant pas trouvé d'autres sites adéquats que ce plateau pour y construire une piste pouvant accueillir des aéronefs, se sont donc malheureusement rabattus sur ce village qui se trouvait sur l’actuel emplacement de l’aéroport Agostinho Neto de Pointe-Noire[45]. Il s’étendait entre l'actuelle base aérienne et la rivière Tchinouka, et était limitrophe des villages de Ntié-Tié, Mboukou, Mpaka, Mpolo, Tchimani, Ngoyo, Tchibambouka, Mpita, Tchinouka, Malala et Tchimbamba[46].

En 1924, Hervé Mapako-Gnali, père de Mambou Aimée Gnali et Jean-Félix Tchicaya deviennent les premiers instituteurs du Moyen-Congo[47] au sortir de l'École normale William Ponty sur l’île de Gorée au Sénégal.

Le besoin en main d'œuvre provoque l’arrivée massive de populations de l’intérieur (que les autochtones appellent bilanda lail, « suiveurs du rail ») ; leurs besoins en logement contribuent au développement de la cité. Les Vilis, qui étaient jusqu'alors les habitants majoritaires de la contrée, doivent désormais partager le foncier et le travail avec les populations allochtones. Ils voient leur aire d'habitat diminuer au gré de l'atomisation du royaume.

Le Kouilou, en plus d'être une terre d'immigration, est aussi une terre d'émigration et d'expatriation pendant la colonisation. La création de plantations de café et de cacao à Fernando Po et à Sao Tomé, le portage, la scolarisation et la perspective de recevoir un salaire provoquent un départ non négligeable de la main d'œuvre locale vers Brazzaville, le Gabon et l'Oubangui.

Par ailleurs, les Vili, par opposition aux Yombé, sont moins attachés à la terre, en raison de leur vocation commerçante et de leur positionnement comme intermédiaires entre les populations de l'hinterland et les trafiquants européens[4].

Tous ces flux migratoires vont provoquer un important exode rural, accentuant le vieillissement et le déséquilibre des sexes. Le dépeuplement continu de Bwali, la capitale de l'ancien Royaume de Loango en est l'illustration.

Décolonisation (1945-1960)[modifier | modifier le code]

La France sort exsangue de la seconde guerre mondiale. Elle met en place, grâce à une Assemblée Constituante, de nouvelles institutions pour relancer l'activité politique du pays. La représentativité de la France est alors étendue aux territoires d'Outre-Mer comme l'AEF., dont les autochtones ont la possibilité d'élire des représentants. Alors que les vieilles colonies comme les Antilles élisent leurs députés au suffrage universel, l' AEF.(Afrique Equatoriale Française) et l' AOF (Afrique Occidentale Française). disposent de deux collèges électoraux distincts: le premier réservé aux citoyens métropolitains et le second aux autochtones, non citoyens. Le Gabon et le Moyen-Congo, à cause de leur faible population, constituent une seule circonscription électorale pour l'élection d'un député pour ce second collège[48].

Le 7 décembre 1945, après un second tour, Jean-Félix Tchicaya est élu membre de l'assemblée, devant respectivement Jean-Hilaire Aubame, Jacques Opangault, Issembé et François-Moussa Simon.

À noter que parmi les candidats authoctones figurait un autre Vili. Il s'agit de Pierre Tchicaya, dit Tchicaya de Boempire, cousin de Jean-Felix et pasteur protestant de l'église évangélique[48].

Être né à Libreville, lieu d'émigration de son père, le tailleur Makosso Tchicaya a permis au vainqueur de prendre le dessus sur ses concurrents y compris sur les candidats gabonais. Outre le fait qu'il ait travaillé au Gabon et développé de solides amitiés, il a bénéficié des suffrages des Vili et Lumbu de la Ngounié, et de l'Ogooué-Maritime. Toutefois, la rivalité entre le Moyen-Congo et le Gabon, ainsi qu'entre les Vili et les Mpongwé, les deux premières ethnies des deux contrées à avoir été en contact avec la civilisation occidentale va entraîner la séparation en deux circonscriptions distinctes.

En 1946, Jean-Félix Tchicaya, grand pourfendeur du colonialisme à l’Assemblée nationale française[49], où il siège pendant toute la IVe République, fonde son parti le PPC. (Parti progressiste congolais), proche du Parti communiste français, en compagnie de jeunes cadres comme Joseph Pouabou ou Robert Stéphane Tchitchelle. Ce dernier, bras droit du fondateur, sera le principal animateur du parti à Pointe-Noire et au Kouilou. Il rallie autour de lui, tous les cheminots du CFCO. En 1956, il se brouille avec son mentor et rejoint l'abbé Fulbert Youlou pour fonder l'UDDIA (Union Démocratique pour la Défense des Intérêts Africains).

Robert Stéphane Tchitchéllé en 1959

Ce dernier parti, en mobilisant politiquement les Laaris (peuple du département du Pool), prend le leadership politique sur le PPC et permet, à Stéphane Tchitchelle de devenir le premier maire autochtone de Pointe-Noire. Il occupe par la suite plusieurs postes ministériels.

Le Congo-Brazzaville, dans ces années de décolonisation, est considérée comme l’une des lignes de front de la lutte anti-communiste en Afrique francophone. Paris veut à tout prix que le futur Congo indépendant ne soit pas tenu par les « rouges », mais par un responsable politique ami. Paris avait aussi initialement espéré faire de Brazzaville le pivot de l’action française en Afrique centrale en direction du Congo-Kinshasa, parce que tous les complots qui visaient l’ex-Congo belge passaient par Brazzaville[50].

La France soucieuse également de maîtriser les aspirations émancipatrices dans ses colonies, utilise des agents secrets comme le dahoméen Antoine Hazoume[51],[52],[53], cadre du PPC. passé ensuite à l'UDDIA, ou encore le SDECE (services secrets français), pour approcher les responsables politiques congolais. Hazoume est un agent des renseignements français traité par Maurice Robert [le chef Afrique du SDECE], et il avait intégré l’équipe politique de Jean Mauricheau-Beaupré [chargé de mission au secrétariat général des Affaires africaines]. Les chefs d’État africains comme Fulbert Youlou, Félix Houphouët-Boigny ou Ngarta Tombalbaye lui faisaient confiance[54]. C'est effectivement par son entremise que la France va favoriser à partir de 1956, la victoire de Youlou (action à l’échelle du territoire congolais), pour le mettre sur le même pied d’égalité que ses deux principaux rivaux Jean-Félix Tchicaya et Jacques Opangault. Ensuite, la France obtient l'adhésion de Youlou et celle de son parti au RDA. (action à l’échelle africaine) au début de l'année 1958; concurrençant ainsi directement Tchicaya, qui se retire alors du R.D.A.. Enfin, la France ouvre à Youlou les portes d’un univers normalement réservé aux seuls députés africains (action à l’échelle française) en l’occurrence à Tchicaya[50]. Une collecte est organisée afin que Youlou puisse se rendre à Paris, pour tenter d’invalider l’élection de Tchicaya. Le voyage lui permet de nouer quelques contacts avec le milieu politique français[55].

En fait, en 1952, le RDA initialement affilié au Parti communiste français s'allie désormais à l'Union démocratique et socialiste de la Résistance (USDR) animé à l'époque par René Pleven, le président du Conseil et son ministre de la France d’outre-mer, François Mitterrand. La base à l'échelon local a alors pour consigne d'appliquer ce "repli tactique" à la lettre sous peine de représailles de la part de l'administration locale dirigée majoritairement par des membres du Parti socialiste. Les membres du PPC qualifiés de communistes subissent des brimades de l'administration coloniale et l'hostilité de la majorité des agents de l'État (affiliés à la SFIO ou au RPF) afin de préserver leurs avantages[56].

Le Mouvement socialiste africain (MSA) de Jacques Opangault, émanation locale de la Section française internationale et ouvrière (SFIO) de Guy Mollet, remporte les élections de l'Assemblée territoriale de 1957. Cette majorité toute relative ne survit pas à la défection de Georges Yambot, député du Grand Niari, faisant ainsi basculer le leadership du MSA. vers l'UDDIA au sein de l’assemblée territoriale en novembre 1958. De sanglantes émeutes et des scènes de vandalisme éclatent à Brazzaville et à Pointe-Noire, principalement entre ressortissants des ethnies Lari et Mbochi. Cette période trouble va coïncider avec le transfert de la capitale du Moyen-Congo de Pointe-Noire vers Brazzaville[47]. Ainsi, une partie les décisions administratives, politiques et économiques concernant la ville de Pointe-Noire sont prises dorénavant à Brazzaville.

En 1954, Mambou Aimée Gnali est a la première bachelière sur le territoire de l'AEF[57].

Post-indépendance politique[modifier | modifier le code]

La destinée post-indépendance du peuple Vili est intimement liée à l'évolution géo-politique et économique des Républiques du Congo, du Congo Démocratique, du Gabon et de l'Angola.

Angola[modifier | modifier le code]

Le Cabinda a été incorporé dans l'Empire colonial portugais, séparément de son grand voisin du sud l'Angola. En effet, déjà à cette époque, les deux territoires étaient séparés par le fleuve Congo.

Le second article du Traité de Simulambuco, signé en 1885, est souvent utilisé comme argumentaire par les séparatistes cabindais. ll stipule que le Portugal doit assurer l'intégrité des territoires placés sous sa protection. Les Cabindais ont célébré en 2005, le 120e anniversaire de ce traité, au grand dam des autorités angolaises qui considèrent ce traité comme étant contraire à l'état de fait, faisant du Cabinda, une enclave angolaise. Cette lecture différenciée du traité est d'ailleurs à l'origine du sempiternel conflit entre les deux parties[58],[59].

En Angola, les populations de l'enclave du Cabinda, coupées du reste du pays par le territoire de la République Démocratique du Congo, tentent tant bien que mal d'affirmer leur singularité auprès du pouvoir central de Luanda. Dès la période coloniale, de nombreux Cabindais, habitants les zones frontalières, allaient travailler à Pointe-Noire auprès des colons français. Avec les insurrections et la guerre de sécession contre le Portugal de 1960 et 1966, plusieurs vagues migratoires se sont déversées vers les deux Congo, ainsi que le Gabon en plein essor économique. Le Gabon a attiré à cette époque des masses de travailleurs dans les mines de manganèse et les constructions d'infrastructures (route, chemin de fer trans-gabonais...). Ces migrants Lindji et Kotchi, apparentés et souvent confondus aux Vili, parlent pratiquement la même langue et ont les mêmes us et coutumes.

Gabon[modifier | modifier le code]

Mayumba[modifier | modifier le code]

Les Vili du Gabon sont principalement localisés à Mayumba. Cette localité qui compte environ 5000 âmes, est la dernière ville gabonaise avant d'accéder à la frontière du Congo voisin. La région de Mayumba est connue pour ses espaces sauvages encore préservés, ses immenses plages qui s'étendent à perte de vue, battues par de violentes vagues et des courants maritimes violents[60].

Ce côté sauvage est mis en exergue par le parc national de Mayumba, qui s'étend sur environ 870 kilomètres carrés. C'est le sanctuaire protégé où s'épanouit un large spectre d'espèces animales et végétales. On y trouve notamment des crocodiles, des chimpanzés, des gorilles, divers singes, des léopards, des éléphants, des antilopes, des buffles. C'est aussi un excellent endroit pour observer différentes espèces d'oiseaux[61]. Les espèces aquatiques ne sont pas en reste avec des requins, des baleines à bosse, des dauphins et des tortues luth qui viennent y pondre sur les plages. La forêt équatoriale et la mangrove abritent d'abondantes espèces d'arbres précieux et de plantes.

La ville de Mayumba, autrefois prospère, est devenue fantomatique. En effet, il n'y a pas de secteur économique viable. L'exploitation du bois qui faisait la fierté de Mayumba, est frappée de plein fouet par la crise économique et par l'interdiction d'exporter le bois précieux et des grumes.

Pour l'export, seul le village de pêcheurs d'origine béninoise et togolaise fait office de port. Pourtant, la pose de la première pierre pour la construction d'un port en eaux profondes date de 1975, sous la présidence d'Omar Bongo. Jusqu’à aujourd'hui, cet ouvrage n'est toujours pas sorti de terre et les habitants attendent toujours, car sa viabilité n'est pas évidente.

Libreville[modifier | modifier le code]

Les Vili sont établis de longue date[37] dans les quartiers de Libreville: Montagne Sainte, Avenue-de-Cointet, Nombakélé, Petit-Paris, Mont-Bouet, Campagne, Glass, Toulon, Pleine-Niger, Louis.

Dans les années quarante, trois des six grands chefs de quartiers, respectés, se partageant la place de Libreville étaient vili: Lamou pour Petit-Paris, Loembe pour Nombakélé et Loueyi pour Toulon-Glass

Lors de la guerre de 1962, déclenchée pour un but refusé lors d'une rencontre entre les équipes nationales de football du Gabon (Azingo national) et du Congo (Diables rouges), tous les ressortissants gabonais du Congo et inversement tous les congolais du Gabon avaient été expulsés des deux pays hôtes. Les Vilis de Libreville, peu nombreux et bien identifiés dans les souches autochtones et de nationalité gabonaise, ne furent cependant pas inquiétés[62].

Le nom du quartier Akébé, dont la sémantique peut varier selon l’intonation, veut dire :

ah U kèbè ! Dangereux ! Attention !

ou : Kéba ! attention, pardon

ou : kèbe, garder une chose

Congo-Brazzaville[modifier | modifier le code]

Au Congo-Brazzaville, l'abbé Fulbert Youlou conduit le pays vers l'indépendance qui est paraphée le 15 août 1960. Stéphane Tchitchellé fait partie le 28 juillet 1960, de la délégation congolaise qui a signé les accords, assurant le transfert de souveraineté du territoire des autorités françaises aux autorités congolaises[63],[64]. Il devient également vice-président de la république. Cette euphorie de courte durée fait place à la prise de pouvoir par les révolutionnaires du MNR (Mouvement national de la révolution) pendant les journées des 13, 14 et 15 août 1963, qui instaurent les tribunaux d'exception et la chasse aux sorcières. Des personnalités comme Stéphane Tchitchellé ou Victor-Justin Sathoud en font les frais et sont embastillés[47]. Le premier président de la cour suprême du Congo Joseph Pouabou, le directeur de l'Agence Congolaise de l'information l'abbé Anselme Massouémé, le premier d'ethnie Vili et le second d'ethnie Kugni et tous deux originaires de la région de Pointe-Noire et le premier procureur de la république Lazare Matsocota, originaire du Pool, sont enlevés et assassinés dans la nuit du 14 au 15 février 1965. Comble de l'horreur, le corps de Joseph Pouabou n'a jamais été retrouvé. Les auteurs de ces crimes n'ont jamais été identifiés à ce jour.

En 1968, s'amorce la militarisation du paysage politique congolais. Des militaires progressistes avec à leur tête, le lieutenant Marien Ngouabi, formé à l'école militaire de Strasbourg (EMS) et d'autres officiers comme Alfred Raoul et Louis Sylvain Goma, tous les deux saint-cyriens, font leur entrée sur la scène politique à la faveur d'un coup d'état. Une cour révolutionnaire de justice est instaurée. Ngouoniba Nsari et Christophe Moukouéké en sont respectivement le président et le vice-président.

Le groupe de "Mpita" composé de Vili originaires de la région du Koulou que sont, l'officier de police André Tchicaya, Makosso Tchapi, les deux administrateurs financiers Paul Bouanga et Georges Gomat est accusé par cette cour de justice de flirter avec des capitalistes américains et donc d’œuvrer contre le développement et les intérêts du Congo. Il seront acquittés par cette même cour le 26 septembre 1969[65].

Stanislas Batchi, ancien proviseur du lycée Chaminade (Drapeau rouge) et instaurateur de l'uniforme à l'école, fut président du tribunal populaire et fut surnommé le "procureur rouge". En cette qualité, il fut chargé d'instruire des affaires qui impliquaient ses amis ou des accusés qui revendiquaient la même identité ethnique que lui. Ainsi, en demandant à Stéphane Tchitchéllé de se lever, Celui-ci, étonné de le voir jouer ce rôle de bourreau, lui rappela en langue vili, tous les services qu'il avait rendus au procureur et toutes les fois, où il l'avait reçu à dîner. Stanislas Batchi lui répondit qu'il n'était pas en train de régler un différend familial, mais une affaire hautement plus importante liée à la sûreté de l'État[65].

Durant la décennie soixante-dix, le jeune pays, devenu République Populaire du Congo, demande à tous les jeunes cadres formés à l'étranger de rentrer au pays afin d'accompagner son essor.

Les femmes jadis cantonnées au rôle de procréatrices et aux travaux ménagers, s'émancipent et prennent également part au développement du pays. Ainsi, sur le plan politique, Joséphine Bouanga[66],[67] est élue présidente de l'Union révolutionnaire des femmes du Congo à l'issue de 2e congrès extraordinaire de cette organisation tenu le 15 novembre 1969. Elle remplace à cette fonction, Céline Claudette Eckomband épouse Yandza[68].

Dans la société civile, dans l'enceinte du palais de justice de Brazzaville, Agathe Pembellot épouse Mambou prête serment le 11 mars 1973. Elle devient ainsi la première femme magistrat de la République du Congo[69].

Démographie et terroir[modifier | modifier le code]

Démographie[modifier | modifier le code]

Le département du Kouilou couvre la façade maritime de la république du Congo. Ce territoire est occupé principalement sur la plaine côtière à l'ouest, par les Vili, et dans le massif forestier du Mayombe à l'est par les Yombé. Les langues Vili et Yombé sont mutuellement intelligibles.

Le nord est quant à lui occupé par les minorités Lumbu (de langue bantoue échira) et pygmées Babongo.

Les Vili sont principalement répartis dans un triangle formé par la côte atlantique comme base, en allant de Madingo Kayes vers la frontière cabindaise et la localité de Tchikanou sur la route de Tchitondi (anciennement Holle) comme sommet[34]. En plus de ceux précédemment cités, on les trouve dans les villages de Tchilunga, N'Longo-Bondi, Ntandu Yumbi, Tchissanga, Ntupu, Lendji, Bueti, Mpili, Hinda, Makola, Bambala, Nanga, Tchivula, Nkumbi, Tangu Mbata, Diosso, Mabindu, Lubu, Mpili Tchissekeni.

Leur aire d'habitation s'est progressivement réduite au gré de l'atomisation du royaume de Loango, depuis plus de cent cinquante ans[34], correspondant à peu près au traité de Tchimbamba signé le 21 juin 1883, permettant à la France de prendre possession du territoire. En effet, la pénétration française et le brassage des populations induit, favorisent la dissémination de graves épidémies de variole et de trypanosomiase (maladie du sommeil). La réquisition de tous les hommes dans la force de l'âge pour acheminer à dos d'hommes, les marchandises débarquées à Loango, ainsi que l'utilisation du poison d'épreuve[note 1] pour désigner les coupables, notamment de mort suspecte, va contribuer à la diminution de la population des descendants du Royaume de Loango[8]. Des disettes provoquées par la sécheresse vont pousser les Vili à se déplacer vers le Mayombe ou à s'expatrier. Ils ont depuis conservé cette âme de voyageurs.

La construction du chemin de fer Congo-Océan va décimer les populations locales via des pneumococcies et des dysenteries, de sorte que des Sara ramenés du Tchad et des Banda de l'Oubangui-Chari vont permettre de terminer ce chantier vorace en vies humaines.

Entre 1925 et 1949, la naissance et l'essor de Pointe-Noire va dépeupler les villages de l'arrière-pays. La scolarisation et l'attrait pour le mode de vie citadin va accentuer l'éxode rural. À partir de 1962, le nombre de Vili établis à Pointe-Noire dépasse celui de ceux des milieux ruraux[70]. En 1965, l'ethnie Vili est absorbée à près de 60% par l'implantation de la ville de Pointe-Noire sur ces terres. Plus que les autres, elle a subi de plein fouet les conséquences de l'urbanisation et les distensions d'avec la tenure traditionnelle[71].

En 1957, l'anthropologue Chabeuf estime à 36 000, le nombre de ressortissants Vili et se demande comment ce peuple n'a pas encore disparu malgré tous ces flèaux endurés[8].

Aujourd'hui, la majeure partie des villages est localisée le long des voies de communication (routes, CFCO).

En dehors de Pointe-Noire, la capitale économique, la densité des populations du Kouilou est généralement très faible. De 1,7 hab./km2 en 1984[70],[72], elle est passée à 6,8 hab./km2 en 2017[73]. Il existe toutefois des territoires de tension pour l'accès aux ressources naturelles (cynégétiques et halieutiques) et le contrôle du foncier, comme la lagune de Conkouati.

Bien qu'épargnée durant les guerres civiles de 1993 et 1997, Pointe-Noiire et son arrière-pays vont voir affluer en masse, les migrants en provenance du Pool et des pays du Niari. Les infrastructures non adaptées ne permettent toujours pas à ce jour, d'absorber ce trop-plein de population. Ce qui accentue la pression foncière.

Terroir[modifier | modifier le code]

Si / Tsi[modifier | modifier le code]

Végétation tropicale typique proche de Diosso

Si en Vili ou Tsi en Yombé désigne de façon inclusive la terre et ses ressources, le territoire, le pays. Les membres du matriclan (likanda) possèdent en collectivité la terre, les biens et intérêts visibles et invisibles. Les limites du territoire clanique (si likanda) sont fixées par les génies, esprits divinisés des ancêtres du clan (nkisi si au singulier et bakisi ba si au pluriel) et non par les hommes. Ces limites peuvent être des rivières, des collines, des lisières de forêts[70]

Les génies tutélaires privilégient les endroits calmes et migrent vers des lieux plus paisibles, lorsqu'ils sont dérangés, entrainant ainsi la migration du clan. Les lieux de résidence des génies (tchibila) ou sanctuaires sont des sources, des rivières, des montagnes (Mont Bamba dans le Mayombe), des cirques (gorges de Diosso), les gorges de Sounda, des bosquets ou des arbres isolés.

Contrôle du foncier[modifier | modifier le code]

L'État[modifier | modifier le code]
Plantations d'eucalyptus proches de Diosso

L'État accorde les permis d'exploitation notamment aux compagnies pétrolières (Total, ENI...) et aux autres sociétés industrielles comme EFC (Eucalyptus Fibre Congo) anciennement UAIC (Unité d'afforestation Industrielle du Congo). Ainsi, des concessions ont été accordées pour planter 10 000 ha d'eucalyptus autour de Pointe-Noire, Hinda, la baie de Loango et au nord de Bas-Kouilou.

L'État garantit également à tout congolais la possibilité de s'installer où bon lui semble. La devise du Parti Congolais du Travail (PCT), l'ancien parti unique « tout pour le peuple et rien que pour le peuple » a servi de caution aux populations venues des autres régions pour s'installer au Kouilou. Toutefois, l'autoritarisme et la prédominance des populations du Nord au pouvoir les a favorisées dans ce jeu foncier au détriment des populations du Sud (Vili et Yombé en tête).

Les autochtones[modifier | modifier le code]

Avec la conférence nationale souveraine de 1991, le rétablissement des royaumes de Loango et de Tyo (Téké) a été suivi d'une revendication du rétablissement de la « coutume ancestrale ». Le tenant de cette ligne de conduite n'était autre que François-Xavier Tchitembo, plus connu sous son titre de Ma Mboma Si Loango (premier ministre du royaume de Loango), maire de Bwali ou encore Chef Tchitembo. Ce dernier a entrepris une campagne de rétablissement du pouvoir lignager, notamment lors de la réunion du 6 juillet 1994 à Matombi (village de pêcheurs). Il précise que le retour à la tenure foncière clanique est un moyen pour réguler la raréfaction du gibier, la baisse des ressources halieutiques et agricoles[70].

Dans l'optique de peser face à l'aménageur étatique et aux exploitants industriels, certaines personnes faisant partie de l'élite régionale se sont organisées autour de l'Association régionale des terriens du Koulou (ARTK) créée en 1992. Cette institution a permis aux clans propriétaires des terres sur lesquelles l'UAIC (Usine d'afforestation industrielle du Congo) avait planté des eucalyptus, de procéder à des coupes illicites de bois, afin de récupérer leurs terres et de les mettre en valeur. En effet, sans consultation des chefs de terres, ni des agricultrices qui y travaillaient, les autorités administratives ont concédé ces terres à l'UAIC, en les considérant comme inoccupées, alors qu'elles étaient laissées en jachère pendant 5 ou 6 ans[74].

Avec l'extension galopante de la ville de Pointe-Noire, les propriétaires terriens, à défaut de mettre en valeur le territoire de façon concertée, se contentent parfois de ne pratiquer que la spéculation immobilière, en vendant des lopins de terre au plus offrant. Ainsi, en périphérie de la capitale économique, la satisfaction des besoins immédiats et individuels prend le dessus sur la préservation du patrimoine du futur et l'intérêt collectif.

Les migrants[modifier | modifier le code]

Les ressources naturelles de la plaine côtière congolaise et le débouché que constitue Pointe-Noire, la capitale économique, attirent les allochtones en provenance des quatre coins du territoire congolais, y compris les habitants d'autres zones du Kouloiu.

Ainsi, à défaut de trouver un emploi salarié à Pointe-Noire, les migrants s'investissent dans les domaines de la pêche, de l'agriculture ou de la chasse. Ainsi, depuis les années soixante, des Téké en provenance des districts d'Ewo et d'Okoyo dans la cuvette congolaise (bassin de l'Alima), se sont installés dans les marais de la Ntombo et sur les rives des lacs et lagunes traversés par la rivière Loémé, afin d'y pratiquer la pêche.

Par ailleurs, des Téké et des Mbamba (groupe Kota) en provenance du Massif du Chaillu, dans le département de la Lékoumou, s'adonnent à la chasse dans la réserve de Conkouati et dans le Massif du Mayombe où ils se sont installés. Enfin, autour et à proximité de l'agglomération ponténégrine, des Laari venant du Pool pratiquent des activités agricoles en milieu rural[70],[72].

Dans la région du Kouilou, toute personne n'ayant pas les attributs de souveraineté dans le village où il a été accueilli, n'est qu'un résident et s'appelle en langue vili Nthundji.

Habitat[modifier | modifier le code]

L'on peut s'étonner qu'une civilisation aussi riche que la culture vili ne puisse laisser de monuments, sinon de vestiges, témoignages des événements du lointain passé. C'est oublier qu'en pays Loango, on ne construit pas les habitations ou autres bâtiments à l'aide de materiaux durables[75]. Les cases traditionnelles étaient faites en panneaux de Papyrus ou en Aframomum.

Type d'habitation traditionnel rural, vers 1910
Village congolais des environs de Loango, vers 1910

Les villages[modifier | modifier le code]

La typologie des villages est révélatrice de la vie rurale traditionnelle dans son évolution historique, socio-culturelle et environnementale.

De façon générale, les villages sont linéaires et dits "villages-routes", car situés le long des axes routiers. L'habitat au sein du village est le plus souvent fractionné ou morcellé en milieu de savanes. En revanche, l'habitat devient plus regroupé sur des sites proches des cours d'eau, des forêts et des routes[76].

À la fin du XIXe siècle, Richard Edward Dennet, un négociant anglais ayant longtemps vécu et échangé en pays vili note "Les Fiote, une fois qu'ils ont inhumé un parent, soit détruisent complètement la maison du défunt, soit la démantèlent pour en vendre les materiaux à une autre famille". Des plants de manioc ou d'autres arbres fruitiers comme des orangers, des citronniers ou des manguiers sont semés à la place pour éviter à quiconque de s'y installer[77]. Les choses ont cependant évolué de nos jours. En effet, le décès d'un proche provoque certes toujours l'abandon de la parcelle d'habitation. Toutefois, celle-ci n'est que rarement dédruite. Ceci permet à la famille du défunt de continuer à exploiter, au moins temporairement, les cultures vivirières et fruitières qui s'y trouvent encore, sans toutefois l'entretenir.

Selon les croyances, toute personne construisant une case avec des materiaux durables, se trouve irrémédiablement condamnée (mort, malheurs, mauvais sorts, incendies, malaidies...). Ces croyances et le fétichisme accentuent donc le morcellement du paysage rural vili; les parcelles habitées étant continuellement en déplacement.

La dispersion et la mouvance de l'habitat rural vili nous renseignent sur le tempérament indépendant voire individualiste des populations Vili[76],[78].

Les nombreux manguiers et bosquets disséminés dans les savanes sont les témoins de cette transhumance permanente des villages. Leur dimensions (hauteur) donnent une indication sur l'âge du village.

Cette coutume traditionnelle explique peut-être pourquoi les Vili sont si mal logés, craignant par supertition, qu'on les accuse de sorcellerie en compensation de la construction d'un logement somptueux. Cela explique également la propension des Vili, contrairement à leurs voisins Yombé, à ne pas être attachés à la terre.

En complément des cases d'habitation (abris pour la nuit) et des cases cuisines (lieux des femmes), le "Moandza" ou case à palabres, est le lieu privilégié des rencontres, des échanges, du repos et des activités artisanales de la gente masculine. En effet, ce lieu dans lequel les hommes passent le plus clair de leur temps, est un excellent poste d'observation de par son positionnement proche de la route.

Parallèlement, la modeste habitation de Moe Poaty III (Maloango du 18 mars 1931 jusqu'à sa mort le 3 mai 1975), construite en 1952 par l'administration coloniale et qui lui servait de palais résidentiel, fut laissée à l'abandon pendant six ans. En effet, aucun de ces successeurs ne voulut s'y installer.

Sous la pression du gouvernement, l’ex-résidence royale est alors transformée en musée qu’inaugure, le 10 avril 1982, Jean-Baptiste Tati Loutard, ministre de l’Enseignement secondaire et supérieur, ministre de la culture et des arts[75].

À Pointe-Noire, le second quartier dit illégal sorti de terre dans les années 1950 après le quartier Km 4 s'appelle d'ailleurs "Quartier planches"[79],[80]. L'église catholique Saint-Christophe de Mvoumvou, voisine était initialement construite entièrement en planches de bois blanc. Ce qui provoque parfois la risée des nouveaux arrivants sur Pointe-Noire envers les Vili, car ils ne sont pas au fait de cet aspect de leur culture.

Article connexe : Diosso.

Aménagement du territoire[modifier | modifier le code]

La ville de Pointe-Noire ou le département du Kouilou, aires de peuplement du peuple Vili ne disposent toujours pas d'université, ni d'autres institutions pédagogiques publiques comme les lycées, les collèges et écoles primaires dignes de ce nom. Seules des initiatives privées telles que la création de structures comme l’École supérieure de technologie du littoral (EST-L), l’École supérieure de commerce et de gestion, et l’Université de Loango (UL) [81]. Cette dernière institution privée fondée par Théodore Tchicaya[82] comprend un Institut supérieur de technologie, une faculté de Droit et un Institut supérieur de techniques des affaires et de comptabiité.

Déjà, le secteur du Grand-Marché de Pointe-Noire, de l'arrondissement numéro 1 Lumumba et l'arrondissement numéro 2 Mvoumvou, jadis majoritairement habités par les ressortissants Vili sont devenus un secteur préempté par les populations musulmanes, venues de l'Afrique de l'Ouest, repoussant de plus en plus les Vili vers les quartiers périphériques de l'arrondissement numéro 4 Loandjili ou 5 Mongo-Poukou. En effet, la paupérisation pousse les familles à brader leur propriétés afin de survivre.

Antoinette Sassou-Nguesso, la première dame de la république du Congo, 2011

Jusqu'à présent, il y a un agrément tacite entre le gouvernement central et Pointe-Noire et le département du Kouilou: la plupart des maires de la ville océane ont depuis l'indépendance été le plus souvent des ressortissants de cette région. On note par exemple Stéphane Tchtchéllé, le docteur Jacques Bouiti, Marcel Tchionvo, Jean-Pierre Thysthère Tchicaya, François-Luc Makosso, Roland Bouiti-Viaudoet l'actuel administrateur-maire Jan-François Kando. Le fait que la première dame Antoinette Sassou-Nguesso née Tchibota soit originaire de Pointe-Noire, milite pour ce statu quo. Mais combien de temps encore va durer cet accord que les Vili considèrent comme leur prérogative de descendants de ce fief? En effet, le poumon économique du Congo, en tant que porte d'entrée et de sortie des flux de marchandises suscite des convoitises de plus en plus exacerbées.

En septembre 1988, le site des gorges de Diosso ou le "Petit Colorado" du Congo comme le présentent les guides touristiques, un des sites naturels les plus beaux à visiter du pays, était prévu recevoir des déchets toxiques en provenance d'Europe. Le premier chargement en partance de Rotterdam, du million de tonnes contractuel valorisé à 74 millions de dollars américains, n'a heureusement jamais quitté le port néerlandais[83],[84].

Gorges de Diosso et forêt tropicale environnante
Gorges de Diosso

Ce scandale révélé par les "Zorros verts de l'écologie", et relayé par Radio France International éclate publiquement quatre mois auparavant et impliquent l'homme d'affaires Luciano Spada et plusieurs personnalités au sommet de l’État de l'époque: Gilbert Bembet, ministre de l'information, Ange Edouard Poungui, Premier ministre, Alphonse Souchlaty, ministre du Commerce et des PME, Christophe Mbouramoué, ministre de la Recherche scientifique et de l’Environnement. Sont également impliqués dans ce montage entre Bauwerk A.G, une société du Liechtenstein, et l’État congolais des personnalités de la société civile comme Vincent Gomez, avocat d’affaires, Jean Passi, conseiller à la « Primature », et Dieudonné Nganga, Ngamissamy Issanga, Abel Tschicou, des autorités administratives.

Le scandale suscita d’incessantes rumeurs et la terreur au sein de la population du Kouilou où les déchets devaient être stockés. Pour calmer la situation, le gouvernement s’engagea à établir les responsabilités. Les deux ministres instigateurs de ce contrat frauduleux, Christian Gilbert Bembet et Christophe Mbouramoué furent limogés, bien qu'ayant déjà empoché les pots-de-vin avant même l’exécution dudit contrat[85].

Plus récemment, après des études de faisabilité effectuées à Singapour, le Congo et la Chine ont entériné la construction d'une zone économique spéciale (ZES) dans la région de Pointe-Noire, et plus précisément à Loango; ceci dans le cadre du plan de financement de 60 milliards de dollars, octroyé par Pékin afin de soutenir l’industrialisation des pays africains[86]. Si au premier abord c'est une excellente nouvelle pour le Congo d'avoir été choisi comme pays "pilote", notamment en termes d'emplois potentiels, qu'en sera-t-il pour le Kouilou et ses ressortissants? Déjà des opérations d'expropriation ont commencé afin de construire le futur port en eux profondes dans la région de Loango[87].

La présence de la Chine influe également défavorablement sur le milieu naturel au travers de ses pêcheries industrielles au large de la côte Atlantique. En effet, ces chalutiers détruisent les filets des artisans pêcheurs Vili, résidant dans les villages situés entre le district de Tchiamba-Nzassi et la frontière gabonaise. Ces pêcheurs sont donc contraints d'abandonner leur activité pour se rabattre sur les travaux champêtres. Il s'ensuit des flux migratoires vers l'intérieur des terres entraînant une pression sur les zones forestières (activités agricoles, coupe de bois pour le charbon...)[88].

Les immenses plantations industrielles d’eucalyptus (destinées à l'origine à alimenter une hypothétique usine de pâte à papier) produisent du bois à l'export[89]. Cette espèce indigène du continent australien freine la diversification du sous-bois de la région du Kouilou dont le sol est déjà sablonneux et pauvre. Il s'ensuit une diminution des terres réservées aux activités agricoles. Les populations locales actives ou désœuvrées se voient contraintes d'abandonner les activités artisanales et rechercher des emplois salariés dans des entreprises minières. La production de charbon de bois pour la cuisine, l'agriculture, la chasse et la cueillette pour nourrir ces populations qui s'urbanisent et dont le rapport avec leur milieu naturel originel s'estompe, ne sont pas faits pour rassurer sur le futur de la biodiversité de la région.

Par ailleurs, ces plantations effectuées entre 1987 et 1993, ont détruit un important nombre de sites préhistoriques. En effet, à cette époque, tout a été fait sans prendre en compte la richesse archéologique du pays, alors méconnue[19].

Le pétrole[modifier | modifier le code]

L'éclatement du Royaume de Loango à la fin du XIXe siècle a morcelé les régions pétrolifères entre l'enclave du Cabinda en Angola, le Gabon, le Congo-Brazzaville et la R.D. Congo.

Les premières recherches pétrolières commencent au Gabon, en 1928, à l’instigation du gouverneur général Raphaël Antonetti. En 1931, est créée la Mission de prospection des pétroles d’AEF (MPPAEF), dont Jacques-Olivier Haas prend la direction en 1932. La MPPAEF donne naissance en 1934 au syndicat d’études et de recherches pétrolières (SERP), qui devient, en 1949, à la société des pétroles d’AEF (SPAEF), qui fusionnera finalement dans le groupe Elf[90].

La société française Elf dont les prospections ont commencé dans les années 1960, découvre les premiers gisements pétrolifères offshore au large de Pointe-Noire.

Dès sa création en 1967, Elf, devenue Total par la suite, se situe d'emblée au-dessus des lois et dépend en droite ligne du palais de l'Élysée. Pour compenser la perte de l'Algérie qui fournissait avant son indépendance un quart de ses besoins énergétiques, la France gaulliste considère comme vital et stratégique d'explorer et d'exploiter des gisements de pétrole en Afrique noire[91],[92],[93].

D'anciens officiers du SDECE vont constituer une cohorte d'agents de services secrets privatifs[94], afin d'assurer efficacement la sécurité des installations pétrolières et des hommes. Des moyens financiers colossaux (commissions occultes, corruption, circuits opaques...)[95],[96] sont mis en jeu pour financer les dépenses de fonctionnement des gouvernements, pour intervenir dans la nomination des hauts fonctionnaires.

Dans l'inconscient occidental, le Congo reste le terrain de jeu par excellence des "barbouzes"[49]. Après avoir financé la campagne présidentielle de Pascal Lissouba en 1992, Elf refuse d'avancer les fonds pour payer les fonctionnaires et les dépenses publiques les plus immédiates. Lissouba se tourne alors vers le pétrolier américain Occidental Petroleum Oxy. Les relations entre le président et Elf vont alors se détériorer, avec comme paroxysme les guerres civiles de 1993 et 1997. Elf préfère de loin traiter avec le président Denis Sassou Nguesso, tout d'abord dès son ascension au pouvoir le 5 février 1979, puis à l'issue de son coup de force lors de la guerre civile de 1997, mettant ainsi fin à la parenthèse démocratique au lendemain de la Conférence nationale de 1991.

Ainsi, Elf n'a pas hésité à financer et armer les deux camps en présence afin de sauvegarder ses intérêts[91].

Pointe-Noire, la capitale économique du Congo voit affluer de centaines de milliers de réfugiés en provenance de la région du Pool et de la vallée du Niari. Les vagues successives s'installent parfois anarchiquement par groupes ethniques avec un risque évident d'embrasement sur une base tribale. Jusqu'à présent, Pointe-Noire a toujours été préservée des soubresauts politiques dont le Congo est l'apanage. Le maire Thystère Tchicaya, le commandant de la zone de défense militaire, Loembet et François Auguste Tchichellé Tchivéla[97], ministre du Tourisme et de l’Environnement de 1992 à 1995 sous Pascal Lissouba, préfet du Kouilou pendant la guerre civile qui éclata en 1997, parce qu'il sont militaires (du moins pour les deux derniers), originaires de la région, feront en sorte que le conflit ne touche pas la ville océane, en évitant de croiser le fer avec les troupes angolaises très aguérries.

Le Congo dispose d'importantes réserves pétrolifères mais reste un des pays les plus pauvres et un des pays les plus endettés[98] du monde par habitant[99], et ce malgré l'annulation par les institutions internationales (FMI, Club de Paris) de la moitié de sa dette, à hauteur de 2.5 milliards de dollars[100] en 2010, grâce au régime des PPTE (Pays pauvres très endettés) . Entre-temps, la manne pétrolière pourtant extraite à Pointe-Noire ne profite pas à celle-ci et à la région[101],[102]. Pire, le préfinancement en hypothèquant la production pétrolière future afin d'obtenir des liquidités auprès des traders est devenue la règle[100].

Article détaillé : Trafigura.
Article détaillé : Glencore.
Article détaillé : Public Eye.
Article détaillé : Affaire Gokana.


Les infrastructures ne suivent pas l'évolution fulgurante de la population de la ville côtière. Les travaux d'investissement (accès à l’eau potable, à l’énergie, assainissement, gestion des déchets industriels et domestiques...) et de maintenance (collecte et traitement de déchets, pollution, nuisances sonores et visuelles, voiries inexistantes...) sont réalisés avec parcimonie. Les rares subsides alloués disparaissent...

Noms de poissons de mer en langue Vili[modifier | modifier le code]

Jean-Baptiste Tchikaya[103], géologue, fait partie de plusieurs des expéditions pour la découverte du pétrole. C'est à son initiative que la quasi-majorité des champs pétrolifères, des barges ou plateforme de forage encore en activité ou non au large de Pointe-Noire, porte des noms Vili. Ce sont des noms rappelant des poissons ou des fruits de mer de l'océan Atlantique des tropiques.

En 1994, l'ethnolinguiste Jean Dello et l'ichtyologiste Bernard Seret, dans le cadre de la remise en état de la collection des poissons de mer du Centre ORSTOM (aujourd'hui Institut de recherche pour le développement) de Pointe Noire, ont rédigé un glossaire des noms de poissons de mer en langue vili, afin de mieux connaître l'ichtyofaune marine du Congo. Ce glossaire comprend les espèces les plus communément pêchées au Congo par les pêches artisanale et chalutière.

On recense par exemple:

  • Foukanda
  • Kitina
  • Kouakouala
  • Kundji
  • Mengo
  • Moho Bilondo, littéralement « le ventre rempli de bilondo » (singulier Tchilondo, Otolithe, « bar » - Pseudotolithus typus)[104] ; pluriel Bilondo)
  • Nkossa : crevette, langouste
  • Lianzi : Ethmalose (Ethmalosa fimbriata)[104]
  • Likala
  • Likouala : (likwal au singulier) ou mukwal, sardinelle plate (Sardinella maderensis) ou lisundi au singulier et musundi au pluriel. C'est la Sardinelle ronde (Sardinella aurita)[104]
  • Litchendili ou 'Litchendila, rasoir (Ilisha africana)[104]
  • Likouf : Stromaté fiatole (Stromateus fiatola)[104] ou pompano en français, Butterfish en anglais
  • Mboundi
  • Mwafi : maigres (Argyrosomus hololepidotus) et courbines (Argyrosomus regius)[104]
  • Nkombi : lutjans, vivaneaux, carpes rouges ou encore rouget-barbet africain (Pseudupeneus payensis)[104]
  • Sendji : sardine
  • Tchendo : mâchoiron africain (Arius spp.)[104]
  • Tchibeli Litanzi : Carangue médaille (Chloroscombrus chrysurus)[104]
  • Tchibouela : pastenagues (Dasyatis spp.)[104]
  • Yanga
  • Zatchi

Sables bitumineux[modifier | modifier le code]

Depuis les années 1970, début d'exploitation des sables bitumineux dans les environs des localités de Mboukou, Tchikanou, Loango d'abord par la compagnie pétrolière SPAEF devenue plus tard Elf, puis par Maurel et Prom, et enfin par ENI (anciennement Agip Recherches), on aurait pu s'attendre à ce que les conditions de vie des populations se soient améliorées. C'est plutôt la désillusion, car aucune infrastructure routière, sanitaire et scolaire digne de ce nom n'a vu le jour. Ces populations dont les activités principales sont la pêche, la cueillette et l'agriculture ont vu leur zone d'activité polluées par les différents forages, rendant insupportables leur conditions de vie déjà modestes. En plus de la baisse des rendements agricoles (maniocs, ignames, bananes plantains) qui permettent d'approvisionner Pointe-Noire, les points d'eau ont été également souillés rendant l'eau impropre pour les usages alimentaires. La seule solution que propose ENI est de fournir de l'eau par des camions citernes dont les cuves ne sont pas toujours curées. Même cette distribution se fait en privilégiant ceux qui disposent de relations ou de l'argent[105].

Pour pouvoir effectuer ces travaux d'extraction, des paysans ont vu leurs champs être détruits et indemnisés par ENI en 2009 avec un barême datant de 1986. À titre d'exemple, un champ de 10 hectares était indemnisé à hauteur de 150 000 francs CFA (soit 230 euros environ), une bouture de manioc était compensée à 37 francs CFA (0,05 euro), un pied de manguier à 60 000 francs CFA (90 euros environ).

Il y a également les torchères des sites pétroliers comme celui de Mbondi qui produisent des gaz à effet de serre et les camions poids lourds qui en transportant les équipements (pipelines) soulèvent des poussières sur leur passage provoquant des maladies pulmonaires.

Tout se passe comme si on voulait tuer les populations locales à petit feu[106].

Pierre Stève Loemba, paysan et porte-parole des communautés de Mboukou explique : "Après de nombreux plaidoyers sans résultats, nous avons confié notre problème aux associations de défense des droits de l'Homme pour qu'elles nous aident à conquérir notre droit à une vie décente, à un environnement sain et à l'équité."[107]

Brice Makosso, président de la Commission justice et paix, estime qu' "Au lieu de brandir le décret de 1986, toutes ces entreprises devraient plutôt se référer aux normes internationales qui sont supérieures aux normes locales. Au Tchad ou au Cameroun, les barèmes ont été révisés[105].

Préférence nationale[modifier | modifier le code]

Le secteur pétrolier mondial est en crise et en pleine mutation depuis que le baril du pétrole stagne aux alentours de 50 dollars américains et que la demande en or noir est en net recul.

Cela affecte l'économie congolaise, grandement dépendante de ses exportations de pétrole. Tous les majors du pétrole opérant dans le pays ainsi que tous leurs grands sous-traitants ont réduit la voilure en renvoyant à la maison leur cohorte d'expatriés. Les employés ayant un statut local ont quant à eux un sort moins reluisant. Certains ont été remerciés du jour au lendemain sans aucune indemnité. D'autres majors veulent réduire les avantages acquis jusque-là par les nationaux; ce qui fait grincer les dents, voire provoque des grèves[108],[109].

Comme le souligne Paul Boateng, un homme politique britannique, « une crise présente à la fois des problèmes et des opportunités. L’opportunité, c’est de faire partie de la solution : cette industrie peut créer des emplois bien rémunérés, au bénéfice à la fois des actionnaires et des sociétés dans lesquelles elle intervient ». Pour ce faire, il faut développer les politiques d'achat local et le contenu local[110].

Le contenu local ou la préférence nationale ou encore – local content, en anglais – consiste à « assurer un rééquilibrage des richesses en invitant les États à capitaliser sur leurs ressources naturelles »[111]. En dehors des taxes et des revenus perçus par les États hôtes, c'est un excellent instrument d'utilisation du tissu industriel local et des compétences locales, non seulement dans le secteur de l'économie extractive (hydrocarbures, mines, industrie forestière), mais également dans le secteur des services et du BTP[112]. Ce sont donc des retombées directes sur l’économie nationale.

Les outils à disposition des pouvoirs publics sont les suivants: imposer le recours à l’emploi local ; la création d’emplois et le transfert de compétences; obliger les entreprises étrangères à ouvrir leur actionnariat aux acteurs nationaux ; exiger d’elles qu’elles se fournissent localement en biens et services, afin de densifier le tissu de PMI-PME

À l'échelle des communautés villageoises qui vivent dans les sites exploités par ces majors du pétrole, il faudrait qu'elles s'organisent en structure capables de servir d'interlocuteurs avec les pouvoirs publics et les compagnies pétrolières, pour par exemple former les jeunes pour travailler sur ces sites ou en zone offshore, concevoir et réaliser des projets de développement durable pour préserver le milieu naturel et produire (agriculture, pisciculture, élevage...) pour approvisionner la grande agglomération qu'est Pointe-Noire.

Le Nigeria en s'inspirant des modèles norvégien et brésilien est le pays sub-saharien à avoir poussé le plus loin ce concept de local content via la promulgation en avril 2010 du Nigerian Content Act. Cette notion est relativement nouvelle au Congo avec la publication du nouveau code des hydrocarbures en octobre 2016[113].

Pourvu que cela bénéficie un tant soit peu aux communautés locales. On peut être dubitatif, puisque ces textes de loi sur le contenu local, n'ont jamais été suivis d'un dispositif d'accompagnement pour que le personnel national ou les entreprises nationales puissent se confronter à armes égales avec leurs concurrents étrangers[114].

Mais comme le dit Inès Féviliyé[112], la crise est l’opportunité de mettre en œuvre les règles du contenu local, dans l’information, la sensibilisation, la concertation. En effet, toutes les parties prenantes y gagnent, par la réduction des coûts pour les entreprises privées, de nouveaux marchés pour les fournisseurs locaux, le transfert de technologie pour développer l’industrie nationale, des emplois, la réduction du chômage et de la pauvreté.

La tâche n’est certes pas aisée, mais il n’est plus question de s’y dérober, vu la conjoncture actuelle.

Structure sociétale[modifier | modifier le code]

Awu fumu bwala.

Awu tchivende nzungu.

Kula ko i kula ku sia kulai muto ko.

Mwa fwati fu fambu kana i ku bakila.

Fu bwala fu kata kambu tchi mwamwana.

— Comptine Vili , Description de la structure sociologique Vili.

« Celui-ci est le chef du village (le pouce).

Le suivant est le cureur de casseroles (l'index).

Je suis si grand que personne ne saurait m'égaler (le majeur).

Il s'en est fallu de peu que je le sois (l'annulaire).

Dans un village, il ne saurait manquer de plus petit (l'auriculaire). »

— Description de la structure sociologique Vili.

Le pouce fait référence à la position du chef détenteur de pouvoirs spirirituels, magiques et réligieux[115].

L'index appelé tchi soosu représente les masses laborieuses, celles qui se servent de leurs mains pour produire le nécessaire de l'activité économique.

Du majeur et de l'annulaire se manifestent les rivalités de classes et les injustices sociales inhérentes à toute société organisée.

L'auriculaire assumme son appartenance à la classe des serfs et à son rôle indispensable, certes au profit des nantis, mais aussi à l'équilibre de la société.

Liens de parenté[modifier | modifier le code]

La société traditionnelle Vili comme celle de tous les groupes ethniques du groupe Kongo, est caractérisée par une structure principale appelée Likanda. Il s'agit du clan dont les membres possèdent en collectivité et en commun les biens et les intérêts visibles et invisibles. Au sein de cette société matrilinéaire, le territoire du clan (si likanda) ainsi que ses limites sont gérés par l'aîné des oncles maternels (ma nkashi ou fumu si). Le vocable si dans dans les expressions si likanda ou fumu si désigne à la fois la terre sur laquelle le clan est établi, mais aussi toutes les ressources qui s'y trouvent[116].



Nkâaka (Grand-père paternel)
 
Nkâaka (Grand-mère paternelle)
 
 
 
Nkâaka (Grand-père maternel)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Nkâaka (Grand-mère maternelle)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Lisya (Père)
 
 
 
 
 
 
 
Nguli (Mère)
 
 
 
 
 
 
Nguli nkashi (Oncle maternel)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Tchibutu / Nkoomba (Frère)
 
 
INDIVIDU "RACINE"
 
 
 
Tchibutu / Nkoomba (Soeur)
 
 
Nuni (Mari de la soeur)
 
Mwana ba Kwelisi (Enfant de l'oncle maternel)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Mwana bakala (Fils)
 
 
 
 
Mwana untchetu (Fille)
 
 
 
 
Mwana nkashi (Enfant de la soeur)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Untekulu (Petite fille)
 
Untekulu (Petit-fils)
 
Untekulu (Petit-fils)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Undandu (Arrière petite fille)
 
Undandu (Arrière petit-fils)
 
 
 
 
 
 
 


Portage des enfants chez les Loangos - Congo Français

Les termes et expressions utilisés pour distinguer les liens de parenté sont les suivants[117]:

  • Le clan maternel est appelé Tchifumba, tandis que le clan paternel est appelé Tchisya.
  • Les grands-parents maternels et paternels sont les nkaaka et les petits-enfants de ces derniers sont les ntekulu. Réciproquement, ceux-ci appellent leur grands-parents par yaaya.
  • Les arrières petits-fils sont sidandu si butekulu (littéralement enfant qui suit le petit fils)
  • La famille nucléaire que l'on peut comparer à la famille occidentale est appelée liziku, terme signifiant littéralement foyer ou âtre. Ce noyau est composé des bibusi (les parents géniteurs); à savoir lisya (le père) et nguli (la mère), sans oublier baana (les enfants ou mwaana au singulier). Ceux-ci s'adressent à leurs parents en les appelant respectivement par taata (papa) et maama (maman).
  • Au sein du liziku, le garçon est appelé mwaana bakala (littéralement enfant homme), tandis que la fille est mwaana ntchetu (littéralement enfant femme).
  • Afin d'appliquer le droit d'aînesse au sein du liziku, l’aîné des enfants est appelé tchibutu, alors que le puîné est appelé nkoomba.
  • Les enfants appellent leur oncle maternel (le frère de leur mère) ma nkashi et l'épouse de leur oncle par cinkaaka. Cependant, ils appellent leur tante maternelle nguli ou maama, terme également utilisé pour appeler leur maman génitrice.
  • Les neveux sont appelés bana bu nkashi (littéralement enfant de l'oncle). L'enfant est placé sous l'autorité de son oncle maternel; lequel a droit de vie ou de mort sur son destin. Les enfants de son oncle sont appelés baana ba kwelissi (littéralement enfant du clan allié ou enfant par alliance) et appartiennent au clan de l'épouse de l'oncle.
  • L'oncle paternel classé lisya est appelé taata au même titre que le papa géniteur. La tante paternelle quant à elle est appelée taata ntchietu (littéralement père femme). Le mari de cette dernière s'appelant nkashi (l'oncle).


Article connexe : Liste des clans Vili.

Patronymes[modifier | modifier le code]

Lorsqu'un ancien rencontre un inconnu plus jeune, après les salutations de rigueur, le premier interroge le second sur le nom de son clan, puis sur celui de ses parents, en disant: "Ndje mwan' na?" (Littéralement "De qui es-tu l'enfant?" qui peut se traduire par "Quelles sont tes origines?"). C'est une façon de savoir un peu plus à qui on a affaire. Le plus jeune décrit alors plus ou moins succinctement son arbre généalogique.

Traditionnellement et avant la pénétration occidentale, les membres de la famille nucléaire liziku ne portaient pas le même nom. Un enfant pouvait par exemple porter le nom d'un aïeul (N'luku) ou celui d'un autre membre de la famille. Celui-ci devient alors le parrain ou la marraine (N'dusi) de l'enfant[118]. L'on peut également donner le patronyme d'un grand-parent adossé à celui du père[5].

Le nom se dit Li zina (Me zina au pluriel), tandis que le prénom ou pseudonyme se dit N'Kumbu (si Nkumbu au pluriel).

Noblesse[modifier | modifier le code]

Les membres des clans royaux ou princiers sont facilement identifiables par la présence de la particule honorifique Mwé ou Moé devant le patronyme. Ce titre de noblesse peut se traduire par Seigneur ou Mon Seigneur.

Le Ma Loango (Roi), ses frères et sœurs sont Moé. Ses neveux et nièces (bana bu nkashi) issus de ses sœurs utérines le sont également.

A contrario, l'épouse du Roi (N'Kame fumu ou par contraction N'Ka fu) n'est pas Moé. Idem pour les enfants du Roi (Bane fumu, Mwane fumu au singulier ou par contraction Mwa fu).

Ne peuvent prétendre ou accéder au trône que les détenteurs du titre de Moé, en raison de la succession matrilinéaire (pouvoir issu du sang royal).

Patronymes masculins[modifier | modifier le code]

Balou (sévère; du nom d'un colon portugais Barros très sévère) - Bambi / Mbambi (iguane) - Batchi / Mbatchi (possèdes-moi, rattrappes-moi, ce qui t'appartient; du verbe mbak signifiant posséder, rattrapper) - Bilindji - Bouiti (maître) - Boutali - Djembo (se débattre, provoquer des querelles) - Djimbi - Gnali - Goma / Ngoma (tam-tam, instrument de musique à percussion) - Guimbi - Katane (feuilles) - Kutana (concurrencer, concourir) - Lassy - Lende - Lianzi (nom de poisson de mer, pêcheur) - Likounzi / Tchikounzi (pilier) - Limeka - Linka (l'autre problème) - Loembe / Loemba (propriétaire) - Loendo - Louang' (la petite herbe qui guérit) - Loubendou - Louviloukou - Loussiemo (éclair) - Louzimbou (ingratitude) - Louzingou (la vie) - Louzol' (l'amour) - Mabiala (folie, élu(e)) - Makala (charbon / énergie) - Makani - Makaya (feuilles) - Makosso (pluriel de likosso; commentaires, gouttes dans les yeux, solution obtenue en écrassant des feuilles non identifiées à la main et administrée dans les narines grâce à un entonnoir confectionné à base de feuilles, argumentaire) - Malalou - Malassy - Mambou / Liambou / Tchimambou (affaire (s), étonnement, admiration, beaucoup) - Mangafou / Mangofo (ministre de la santé du gouvernement du royaume de Loango[119] / ministre des affaires étrangères et introducteur des étrangers à la cour du royaume de Kakongo -1776-[120]) - Manka (les autres situations) - Mapakou - Matakou (fesse) - Matchiela - Matouti - Mavoungou (pluriel Muvungu, couvertures de literie) - Mbouakissi - Mbouyou / Bouyou - Mfumu (chef, leader) - Moutou / Bantou / Tchimoutou (personn(e), individu(s)) - Mpaka / Paka (clôture, doute, incertitude) - Mpili (vipère) - Munuel (informateur) - Ngang Lyel (instruit, érudit) - Ngang Vumba (celui qui couve) - Ngô (léopard) - Ngulungu (douleur) - Ngulubu (sanglier) - Nguli Mbwiti (grand maître, grand féticheur) - Niambi (la plainte) - Nkali - Nkouanga - Nkoussou (perroquet) - Nkunta / Ntetchi (panier) - Nombo - Ntenda (son du tir de fusil francisé en Tendart) - Nzaou (éléphant) - Nzassi (foudre) - Nzenze (grillon) - Nziami - Pango - Oussangueme (celui qui a été élevé) - Oussemu (celui qui a été béni) - Pambou (aptitude, grelot) - Panzou - Pakassa (buffle) - Pembello (air pur) - Poati (portes-moi, habites tout mon être) - Poba - Sakala - Sitou - Souami - Souchlaty (portes-moi, habites tout mon être) - Soumbou - Ta Lounga (nous avons eu raison) - Tam' Si (traite des affaires du pays) - Ta Tounga (nous avons construit) - Tati (de N'tati ''morceau de pagne plié longitudinalement pour être roulé autour de la tête sans la couvrir pour généralement exprimer un malheur ou un deuil '') - Tchiama / Untchiama (arc-en-ciel) - Tchibota - Tchicaya (diminutif de Tchikakati; chose de l'interieur, placenta) - Tchinianga - Tchilala - Tchilimbou (drapeau, victoire, marque indélébile européanisé en Sinald) - Tchimbakala (jeune homme) - Tchiloumbou (le jour) - Tchingoundou - Tchissafou - Tchissambou - Tchissina (le richissime) - Tchitembo - Tchivanga - Tchivéla (tonnerre) - Tchiyembi (pauvreté) - Téléman (espèrez, levez-vous) - Viodu / Li Viodu / Viaudo (moineau, malchanceux, mauvais oeil).

Patronymes féminins[modifier | modifier le code]

Bossa - Bilongo - Bouhoussou - Boumba (halo de lune) - Bwindji - Fotcheko - Foutou - Labline / Labwine - Landou - Lélo - Lembi - Lihaou (c'est cela) - Li Mani (la pierre) - Lissahou - Louangou - Losso - Malonda - Massanga - Matouti - Matchiela - Mikemo - Mouissou - Mpakou - Mpemba / Pemba (Virginité, vierge) - Mpouna - Mudeleto - Mulikigni - Ndiangou - Ndola - Ndoulou - Ngouamba (famine) - Niandji - Niantou - Niefno (beauté) - Niendo - Ninga - Niongo (regrets) - Nkambisi / Tchikambsi (sirène, Mamy wata, génie de l'eau) - Nsangou - Ntoulou - Nyissi - Nzinga - Simbou (terre et océan) - Socko - Souaka (ku souek - cacher) - Soungou - Tchibinda (épreuve) - Tchifou - Tchifoumba (famille) - Tchilambou - Tchiniongo - Tchingombi / Ngombi - Tchissafou (safou, safoutier - Dacryodes edulis-) - Tchissimbou (quelque chose que l'on tient) - Tchitoula (la plus belle femme d'une contrée) - Toukoula (poudre à base de racines de padouk) - Volo (doux) - Voumbi (dépouille mortelle) - Wola (or en tant que métal précieux) - Yala - Yessa - Zole (aimer) - Zouina.

Patronymes neutres[modifier | modifier le code]

Bouanga / Tchibouanga (tisserand, tissu) - Mpopi (saint, sainte) - Panzou - Tchizinga (entourer, avoir une longue vie) - Vingou (vigueur, force, énergie ou unique enfant d'un couple ou d'une personne) - Yanzi (ange)

Combinaison nom et prénom[modifier | modifier le code]

Les combinaisons suivantes sont souvent usitées:

Nom Prénom
Mbouiti Doosu
Mbatchi Fall / Falla
Bouanga Manini
Mboumba Kouamba
Loembe Momboukou
Makaya Katane
Makosso Costode / Kotodi
Mavoungou Bayonne
Mpemba Dieng
Poati Souklati
Tati Mambondo / Me'Bondo
Tchibayi Voumbi
Tchicaya Lwangou
Tchissambou Pikene

Noms consacrés (Me zina me bisuma)[modifier | modifier le code]

Ils donnent des informations sur les circonstances de la venue des enfants porteurs de ces noms.

Futi (né à la suite des jumeaux, il présenterait selon la tradition d'excellentes aptitudes pour réussir) - Nguli bassa (mère de jumeaux. Elle jouit d'une grande considération et d'un grand respect au sein de la société traditionnelle) - Nkumba (né après Futi) - Nsafu / Safu (safoutier, dents de lait sur la machoire supérieure, dents poussant de manière anormale) - Nsunda (enfant s'étant présenté par le siège à sa naissance et sorti des entrailles de sa mère par les pieds et non par la tête. Il est considéré comme un génie "Nkisi" et serait le jumeau de Nzinga selon la tradition) - Nzinga (entourer, avoir une longue vie, enfant né avec le cordon ombilical autour du cou. Il est considéré comme un génie "Nkisi" et serait le jumeau de Nsunda selon la tradition) - Tchibassa (jumeau, il exige une attention particulière sur le plan traditionnel).

Noms liés à la beauté des femmes[modifier | modifier le code]

Mamaye (nkasi bi bamb' - femme mariée à un européen) - Madamasse - Niefno - Malisbète (de Elisabeth) - Fotchika - Tchitoula (la plus belle femme d'une contrée)

Prénoms modernes[modifier | modifier le code]

On assiste actuellement à un retour à des prénoms authentiquement Vili:

Ama Yiss / Amaïs (maman vient!) - Ata Yiss / Ataïs (papa vient!) - Bianief (ce qui a réussi) - Bifani (où est le mal dans tout ce bien?) - Binief (les beautés) - Bimangu (les miracles) - B'Mokine (on a veillé sur lui) - Bosso Mweni (Quelle que soit l'apparence) - Bouelo (le fait d'être clair) - Boueni - Bouketchi (Bouketchi ndje i ntelang', confiance absolue) - Boutica (discipliner sa bouche ou ses pieds) - Bussina (richesse) - Dany (insister) - Fani (où ?) - Fani Twek (Où en sommes nous?) - Kefane (il est là, quelqu'un de posé) - Kukel (fais attention, sois vigilant) - Kunief (beau, joli) - Liel (inteligence) - Lessika (briller) - Liam (A moi, mon bien) - Liam Linka (mon autre moi) - Liane Linka (l'autre espoir) - Limagni (pierre, caillou) - Limane (c'est fini) - Limone (le nouveau, le neuf) - Liobakana (ce qu'ils avaient projeté) - Lisliane - Litati - Litshi (berger) - Liyandji (la joie) - Liyo (vague) - Louvoundou (repos) - Lyane / Lyanou (espérance, espoir) - Lyoukouna / Lyuk'n (entente, harmonie) - Manyef - Miniemo (fierté, orgueuil) - Mivek (ma solitude, moi-même, souvent donné aux enfants dont la ressemblance est frappante par rapport à l’un des parents) - Monica (fais-toi voir) - Mouendou (périple) - Mitché (je dis...) - Mwessi (clair de lune) - Naho Lissia (le portrait craché du père) - Naïvane (celui ou celle que j'ai donné) - Naïving (celui ou celle que j'ai attendu-e) - Naïzole (celle ou celui que j'ai aimé) - Nandi (c'est elle, c'est lui) - Nahona (Qui est-ce?) - Nateliane (apporte l'espérance) - Nayilote (c'est de lui ou d'elle dont j'ai rèvé) - Navek (lui-même, souvent donné aux enfants uniques) - Nèle (bague) - Nienzi (joie) - Nkelian (prenez en soin) - Nsing mogne (le fil de vie) - Nyoundou - Oussing (le fil) - Sasse Fani - Sisu - Taliane (ku taliann: avoir de l'espérance; espérance) - Tchelika / Tshiélikk (vérité, sincère) - Tchifani - Tchimina (s'exclamer) - Tchissesse (lueur ou lumière divine) - Tchivili (langue pure) - Tumsi (futur chef) - Um'Wali (le second) - U'Neni (personne notable, de haut rang) - Untatou (le troisième) - Unteta (l'aîné) - Untchi ku sombouka (obstacle) - U' Vandji (personne ayant un génie créatif) - Vang Si (batisseur) - Van Moul (apporter de la chance; apporteur de chance) - Vitchana (confirmons) - Vitchanou (confirmez) - Vitika (acceptes) - Wa Nief (tu t'es embelli) - Wisliane - Wol'si (pays riche en or) - Yaviche (je confirme) / Taviche (nous avons confirmé) - Woyilote (celui ou celle dont j'ai rèvé) - Wusemu (celui qui est béni) - Tashialle (nous sommes restés) - Tchilifi (chef; symbole de pouvoir du chef) - Telika (faire cuire ou bouillir des aliments ou de l'eau) - Yachite (je me suis arrété) - Yamone (j'ai vu) - Yavite (j'ai fait escale ou j'ai fait un tour éclair) - Yoyikane (mon souhait).

Noms d'origine européenne[modifier | modifier le code]

En côtoyant ou encore en travaillant comme employés de maison auprès des représentants de l'administration coloniale, des patronymes ont été intégrés dans la terminologie vili. On trouve par exemple:

Demauzer (homme fort, du nom du fusil de marque allemande Mauser) - Fayette (de l'arabe et du portugais "alfaiate" tailleur, couturier) - Kuizinielo (cuisinier) - Lafadère (de lavadeur, ancien mot signifiant blanchisseur - ancêtre du pressing[121]-) - Linguissi (traducteur) - Magnifinelo (sculpteur sur ivoire) - Sulveyi (surveillant) - Bayonne (administrateur colonial originaire de la ville de Bayonne ayant comme cuisinier Mavoungou à qui il disait, je t'emmenerai à Bayonne ) - Mayordome (Majordome) - Portella (de la fonction d'un chef de convoi à la tête de plusieurs porteurs).

Le patrimoine immémorial[modifier | modifier le code]

À l'échelle de la sous-région de l'Afrique centrale, la République du Congo est l'un des états les plus ouverts et les plus poreux aux populations allogènes. De même, si l'on compare toutes les ethnies de ce pays, le peuple Vili, nonobstant son patrimoine ancestral riche, et en partie de par son implantation spatio-temporel sur le littoral atlantique, est celui qui a été le plus perméable à la civilisation occidentale.Cela n'est pas sans conséquence sur la pérennité de la langue Vili et par voie de conséquence sur celle de la culture traditionnelle dont elle est le support. L'industrie de la forge, du tissage des étoffes les plus chatoyantes, des œuvres d'art, jadis maîtrisées par les artisans Vilis sont tombées dans l'oubli des jeunes générations[117].

Le niveau d'acculturation actuel du peuple Vili est tel qu'on a coutume d'entendre les ressortissants de cette ethnie affirmer, sans doute à tort "Nvili tchibaamba" qui peut être traduite par "le Vili est un blanc"[117]. Cela à priori, parce que les Vili ont été parmi les premières populations de la région à échanger avec les Occidentaux.

Ceci est d'autant plus préoccupant car un des critères indispensables à l'épanouissement d'une société, à savoir la transmission générationnelle entre les anciens et les plus jeunes est en panne, voire définitivement rompue[117] Cela est bien illustré dans la nouvelle "L'or des femmes"[122] de Mambou Aimée Gnali. où les jeunes gens, femmes et hommes, captifs de la tradition, doivent laisser la part belle aux hommes mûrs et issus de familles nobles.

La langue Vili, comme la plupart des langues bantoues, est basée sur l'oralité. De ce fait, peu de preuves de l'ancienneté et de la richesse de la culture Vili subsistent, si ce n'est dans les musées occidentaux. Ce qui est paradoxal. Les objets qui composent les collections des musées d'ethnographie ont été recueillis par des missionnaires ou des médecins. Théodore Thérémin par exemple, était un jeune médecin français mort de fièvres à son retour du Congo. Il a souhaité léguer sa collection au Musée d'ethnographie du Trocadéro en 1892 . Pareillement, Joseph Cholet, membre de la Mission de l'Ouest africain et plus tard, chef de poste à Loudima., avait rassemblé plusieurs minkisi dès 1886 et les avait aussi légués au Musée d'ethnographie du Trocadéro[123].

Déjà en 1973, l'ethnologue F. Hagenbucher-Sacripanti[15] constatait cette acculturation avancée et cette perte quasi irrémédiable des traditions religieuses et historiques.

Les Vili de la côte, ceux de la région de Bwali et plus particulièrement de Diosso, imbus de leur primauté traditionnelle dans le royaume ont de tout temps développé un complexe de supériorité vis-à-vis des populations de l'intérieur, y compris les Vili situés le long de l'actuelle ligne de chemin de fer. Cela engendre encore aujourd'hui des inimitiés et des rancunes sur le plan politique et dans le jeu des alliances électorales.

Patrimoine matériel[modifier | modifier le code]

Production d'étoffes[modifier | modifier le code]

Hommes de Loango en habits de fête

Tout au long de son histoire précoloniale, les étoffes ont joué un rôle essentiel dans le quotidien des habitants de la côte de Loango, en partant de Sété Cama jusqu'à l'embouchure du fleuve Congo. En plus de leurs rôles dans l'ameublement et l'habillement, les étoffes étaient utilisées lors des cérémonies d'initiation et d'enterrement et également comme monnaie d'échange.

Les fibres végétales du palmier bambou ou palmier raphia (Raphia vinifera) ou ntombe en vili étaient utiisées pour la fabrication de la monnaie et pour les vêtements du quotidien; tandis que celles des feuilles de palmier borassus (Hyphaene guineensis) ou litefa (natte) en vili servaient pour tisser des vêtements de plus grande qualité (velours, satins, taffetas, damas...).

Afin d'obtenir des variantes de couleurs du plus bel effet, on exposait les fibres aux rayons de soleil selon des périodes plus ou moins longues ou encore en appliquant différents colorants (tukula - poudre à .base de racines de padouk -, charbon, craie). Les couvre-chefs portés par les hauts dignitaires de Loango étaient également obtenus par ces procédés.

Les atours vestimentaires sont une indication visible de la position d'un individu au sein de la société. Les plus beaux ne sont réservés qu'au roi ou à ceux auxquels il a accordés cette faveur. Tout contrevenant à cette règle est passible de mort. Aussi, le roi disposait-il dans la capitale Bwali, de ses propres tisserands afin de produire les étoffes de la famille royale ou des dignitaires du royaume[35].

Les étoffes ont accompagné les évènements importants de chaque habitant du royaume: du nouveau-né emmitouflé dans des vêtements en raphia, en passant par des jeunes pubères.en période d'initiation portant des jupes faites de la même matière ou encore par le prétendant d'une jeune fille apportant parmi les présents des étoffes à sa future belle famille.

En influant sur la circulation des étoffes de raphia (transmission aux héritiers), les aînés et les plus riches de la société loango l'ont utilisé comme un levier de pouvoir. Par ailleurs, les gouverneurs du roi ou les seigneurs locaux échangeaient des étoffes lors de grandes occasions. C'était notamment le cas lors de l'intronisation des souverains de Ngoyo et de Loango.

Tout comme de son vivant, le vêtement qui habille le défunt est caractéristique de sa position dans la société et facilite son passage dans l'au-delà, le nombre de pleureuses, la durée de la période de deuil, le nombre et le type d'objets avec lesquels le défunt est enterré y contribuent également.

Un libongo (pl. mbongo) de la taille de grand mouchoir (environ 36 cm2) représente l'unité de base de la monnaie. Plusieurs mbongo sont cousus ensemble au moyen de fils de raphia ou de fibres de feuilles d'ananas afin d'obtenir des bandes de dimensions identiques[35].

Les étoffes de raphia présentaient plusieurs attributs d'une devise forte et auto-régulée. Son acceptation sur plusieurs aires géographiques (Loango, Ngoyo, Kakongoo, Angola...) et ses usages multiples ont maintenu son offre et sa demande constantes. Les Mbongo étaient utilisés sur les marchés locaux pour l'achat des produits alimentaires et des autres produits de consommation des ménages (vêtements, tentures murales, sacs, tapisseries ou jetés de lit...). Ils faisaient également l'objet de spéculations par le stockage en vue de dépenses futures.

Un makuta qui représente dix mbongo cousus ou emballés ensemble en un lot était une unité de mesure répandue sur la côte de Loango, dans la région de l'embouchure du fleuve Congo et à Luanda.

Afin d'assurer l'approvisionnement en continu d'étoffes de raphia de Loango et contrôler le commerce angolais d'esclaves, les Portugais ont signé des accords à Lisbonne avec un particulier local afin de maintenir à Loango, une usine d'export de mbongo vers Luanda.

À partir de 1650, l'influence des étoffes en raphia va diminuer au profit des étoffes importées d'Europe et des Antilles. Les négociants Hollandais, nouveaux venus sur le côte de Loango, peu intéressés par le raphia, préféraient échanger des esclaves, de l'ivoire ou du cuivre en contrepartie d'étoffes et de vêtements occidentaux. Ces derniers ont été rapidement adoptés par les notables de Loango, en plus des attributs habituels tels que les peaux de léopard ou autres parures royales.

Instruments de musique[modifier | modifier le code]

Arc musical de Loango[124].
Arrière-plan: trompette; Bois, Vili (Angola); Inv. No 38362 Devant: flûte de Pan; Bambou et fibres végétales; Yombe (Angola); Inv. No 38365

Dès 1950, dans sa quête des instruments musicaux des Vili et dans ses échanges avec le Maloango Moe-Poaty III et l’interprète Mpembelo, le musicologue Herbert Pepper constatait l'exceptionnelle rareté de la matière musicale. Il déplorait également la disparition des instruments traditionnels au profit des instruments modernes comme la guitare, l'harmonica ou l'accordéon[125].

Les instruments répertoriés sont :

Double cloche; Vili d'Angola; Berg En Dal; Africa Museum.
  • le balafon
  • nsambi[126],[124] (équivalent du ngwomi ou lukombe chez les Téké et les Mbochi ): sorte de luth avec cinq cordes en fils de palmiers sur lesquels on joue avec les deux pouces.
  • casuto : pièce de bois creux couvert d'une planche de bois en forme d'échelle. On racle dessus avec un bâton.
  • embouchi : instrument royal et princier en ivoire, composé de plusieurs pièces percées s’emboîtant l'une dans l'autre et de la longueur d'un bras
  • tchikongo tchiungu ou ngondji (longa chez les Fiote du Cabinda, équivalent du ngongui chez les Bakongo du département du Pool): doubles gongs ou doubles sonnettes de fer reliés par un fil d'archal en forme d'arc. On émet des sons en frappant au moyen de deux baguettes. Les princes utilisaient cet instrument pour annoncer leur volonté de parler à leur peuple
  • dungu : tam-tam de forme allongée comme un fût mince pouvant atteindre deux mètres, bouché à chaque extrémité par une membrane en peau d'animal, Il est muni d'une poignée. Une baguette souvent décorée ou sculptée avec des motifs d'animaux, appelée Tchikoko était utilisée pour frapper et obtenir des sons[127].
  • ngoma : autre tam-tam
  • nkôoko : le plus petit des tambours ou tambour à fente, mesure 40 centimètres environ et est maintenu sous le bras tandis qu'on bat la mesure avec la paume de la main libre ou la baguette Tchikoko
  • ndundu : trompe en corne d'antilope
  • tchikounda : double cloche en bois en forme de sablier et ornée de dessins sculptés, utilisée par les féticheurs (nganga) pour soigner un malade ou pour éloigner les sorts jetés sur lui.
  • la voix: Les chants vili se déclinent en choeur, non pas en polyphonie mais plutôt en pentatonie. Accompagnés de danses, is ponctuent les différents événements de la vie tels que les naissance, les moments de joie, la mort, ou la période de claustration des tchikumbi. Selon Herbert Pepper, ils sont une "harmonie horizontale aux arccords arpégés comme ceux du vent, mais animés par le souffle de l'esprit"[125].


Les derniers dépositaires des instruments de musique traditionnelle ont été les si-nganga (guérisseurs ou féticheurs qui sont à la fois enchanteurs et devins). Ces derniers les utilisaient dans les cérémonies rituelles du nkissisme[125]. Ils intensifiaient l'effet psychologique de leurs mimiques durant leurs cérémonies rituelles par le port d'ornements sonores tels que les coiffures, les ceintures, les bracelets, les bruissants...

Arts rituels[modifier | modifier le code]

Les statuettes reliquaires à lames et parsemés de clous et de houes miniatures sont caractéristiques de la sculpture vili[128]. Elles peuvent avoir la forme de prêtres debout, le corps hérissé des signes des conflits résolus, d'autres affectent l'allure d'un chien. Les clous commémorent le règlement de querelles et de conflits. Dans certains cas, la foi dans le chien-médium rétablit la santé de patients souffrant de troubles psychosomatiques. Ceux-ci paient alors le prêtre et, pour célébrer la guérison, on y plante une lame.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Patrimoine immatériel[modifier | modifier le code]

Système de mesure[modifier | modifier le code]

Les Vili jusqu'au début du XXe siècle utilisent des perles (bilabu) comme unité pour compter et mesurer[3],[2]. La perle Lilabu est la partie la plus subtile du feu.

120 Bilabu = 1 Lombi

1400 Bilabu = 12 Bilombi = 1 Tchiko ou un bouquet (50)

14400 Bilabu = 10 Biko = 1 Nsuku ou Nkama tatu (400)

144000 Bilabu = 10 Minsuku = 1 Tchivef (1000)

10 (dix) = Kumi (du Vili Ku Kuma qui signifie causer, raisonner). C'est la racine carrée de Nkama qui signifie également l'épouse du Maloango, et par extension l'épouse en général.

100 (cent) = Nkama

Tchitini: C'est la plus petite unité de mesure de longueur connue. C'est la distance du sommet de l'annulaire à sa jointure avec la paume de la main. Il mesure environ deux clous ou 41/2 pouces et est utilisé pour mesurer la longueur des feuilles de tabac conditionné en nattes (Bitini).

Un Tchitini de tabac vaut 36 bilabu.

Deux bitini valent un Mbokana (paume de la main)

Deux Mbokana valent un Lubongo Zifula (pièce de tissu d'une plante locale mesurant 18 pouces ou une coudée soit environ 46 centimètres. Cela équivaut à 144 perles.

Deux Zimbongo valent un Makaba (un yard ou verge anglaise correspondant à environ 92 centimètres)

Deux Makaba valent un Ntama (une brasse soit 1,83 mètre). C'est l'unité de mesure standard

Trois Ntama valent un Mbondo. Trois Ntama sont l'équivalent d'un lot de 12 nattes.

Quatre Mbondo valent un Nlele Bifunzi (48 nattes). C'est la contribution qu'un homme est censée fournir lors des funérailles d'un proche parent de sa femme. Ces nattes cousues entre elles constituent également un linceul.

Lubuku (la circoncision)[modifier | modifier le code]

Cet évènement qui vient de l'expression "kubuka n'sosi - couper le prépuce" n'est pas à proprement parler une initiation puisqu'il intervient dans les quatre premières années du garçonnet. Il s'agit plutôt d'un rite de passage[130].

Le prépuce, une fois coupé, est jeté sur le toit de la case de la famille et est livré aux oiseaux, notamment le suli (oiseau non identifié). Afin d'empêcher tout contact et tout frottement avec les cuisses, le lufumbu, anneau de bambou entouré de feuilles de palétuviers est enfilé sur la verge encore endolorie. Le corps est enduit de tukula (peinture à base de poudre de paddouk et de kaolin) afin d’ôter l'odeur (lusio) de son enfance. Toutes sortes d'autres soins lui sont prodigués afin d'éviter toute infection.

En parallèle, les garçons doivent respecter certains interdits alimentaires et des conduites d'évitement. Ainsi, toute personne ayant touché ou consommer du piment (aliment strictement interdit au jeune circoncis) ou ayant eu récemment des rapports sexuels est prié de ne pas approcher de l'enfant.

Parés de colliers et de bracelets, les garçons sont assis sur une natte pendant toute la journée. Leur seule activité consiste à s’alimenter de plats à base principalement de poulet.

Tchikumbi (la nubile)[modifier | modifier le code]

Selon un mythe vili, le Maloango voulut prendre femme. On lui présenta alors une très belle jeune fille disposant de tous les atouts physiques de la féminité mais à laquelle manquait, malheureusement, toutes les vertus d’une bonne épouse. À compter de ce jour, les dieux consultés décrétèrent que, dans le royaume, un rite d’initiation devrait être le passage obligé de toute fille qui voulait devenir une épouse convenable. Ainsi naquit le tchikumbi, un rituel de préparation au mariage.

Jeune fille loango - Extrait de planche de profils de type négro-africain datant de 1914

Le Tchikumbi est un rite ancestral d'initiation et de fécondité, marquant le passage de la jeune fille, de l'enfance à l'âge nubile. Ce rituel pratiqué à l'origine par tous les peuples de la branche nord du Royaume Kongo, n'est plus pratiqué que par les Vili du Congo et les Woyo du Cabinda. Les Portugais en découvrant cette pratique la qualifièrent sous le vocable de "casa das tintas[131]"[132] (la maison des peintures), à cause de la couleur rouge dont la case et les vêtements des tchikumbi étaient recouverts.

C'est l'apparition des premières menstrues chez la jeune fille qui donne le départ de ce rite. Pendant cette période de claustration qui dure de quelques mois à deux ans, une matrone et son entourage, enseignent à la tchikumbi, les interdits et les obligations que la collectivité Vili attend d'elle en tant que membre à part entière, future épouse et future mère[127]. La tchikumbi est confinée dans une case avec des filles de son âge, appelées les bana-bankama. Elle doit en sortir vierge, de peur de s'attirer les foudres de la collectivité et de jeter l'opprobre sur sa famille.

Lorsqu'une jeune fille entre en tchikumbi, c'est qu'un prétendant s'est manifesté ou alors, les familles se sont mis d'accord pour unir un homme et une jeune fille de leurs familles respectives.

La durée de la claustration était fonction de la rapidité avec laquelle, le fiancé avait construit la case dans laquelle, il alliait accueillir sa future épouse. En plus d'équiper son logement, il fallait préparer la dot, les vêtements, et les ustensiles de cuisine à remettre à la belle-famille. Cette capacité de réaction était le fait de notables bien établis qui épousaient les jeunes filles au grand dam des jeunes gens, qui devaient patienter quelques années plus tard, sauf s'ils étaient issus de famille aisée[122].

Tchikoumbi (jeunes nubiles) vers 1900.


Le tchikumbi est l'occasion, d'une fête familiale d'abord chez la future mariée qui en sort honorée et ensuite dans l'affirmation de l'alliance entre les futures belles familles. C'est occasion de victuailles, de danses et de chants[133] Chant tchikumbi (Écouter) notamment, le soir, une fois les travaux champêtres terminés. On célébrait ainsi l'introduction d'une nouvelle femme dans le clan, capable d'enfanter et de perpétuer la lignée familiale. La tchikumbi accomplit pour la dernière fois cette danse ponctuée de prouesses acrobatiques appelée limba.

Les éléments de parure indispensables pour le cérémonial sont:

  • Tukula: poudre à base de racines de padouk (tchisesa ou sonukamini chez les Woyo de Yabi au Cabinda ) pour embellir la peau
  • Luandu (tapis) et N'kuala ou Luvubi (nattes): serviront de couchettes à la tchikumbi
  • Masani: grande et petite jupe de toile blanche imbibées d'huile de palme et de tukula
  • Mpufa: cache-seins ornés de boutons multicolores
  • Sindetchik': diadème orné de perles fines multicolores pour affermir le front
  • Milunga-mioko: bracelets de cuivre d'acier et de bronze couvrant les avant-bras du poignet à la saignée du coude. Ils renforcent la solidité des bras notamment pour effectuer les travaux champêtres
  • Milunga-malu: chevillères ou bracelets dans les mêmes matériaux que les précédents et couvrant les jambes des chevilles à la base des genoux. Ils consolident les jambes et la taille.
  • Si-zimbu Makadadu: colliers de perles rouge qui affermissent le cou, dans l'optique du transport des objets de la vie quotidienne sur la tête
  • Missanga: ceinture de perles multicolores pour affermir les reins
  • Li-lasola: drap de toile de couleur blanche

Tous les jours, la tchikumbi s'enduit systématiquement de tukula et se parent de tous les ornements cités plus haut. Elles s'occupent en tressant les femmes qui lui rendent visite, joue aux cartes et se détend en jouant un instrument de musique appelé tchiyenga[134].

Aujourd'hui, cette cérémonie a plus une valeur symbolique lors des mariages coutumiers, en mettant par exemple en valeur les atours traditionnels portés par la jeune mariée.

Likwééla (le mariage)[modifier | modifier le code]

Le mariage consacre non seulement l'union d'un homme et d'une femme, mais aussi l'alliance entre deux clans (kaanda). Il est en effet, l'institution par excellence qui fonde les liens de parenté et concourt à la pérennisation du groupe.

Le célibat est en revanche abhorré, car le statut de célibataire est de nature à déstabiliser l'idéal du groupe de perpétuation de l'espèce humaine.Le célibat prolongé prête à suspicion. Les personnes qui s'en accommodent prêtent le flanc à la vindicte populaire ou sont parfois mis au ban de la société.

Le mariage implique des préliminaires[117] dont l'observance d'un rite initiatique par la jeune fille pubère (tchikumbi) et l'apport d'une prestation matrimoniale par le jeune mâle prétendant. La pratique la plus courante dans le domaine matrimonial est celle de l'exogamie. Elle est institutionnalisée à l'échelle du lignage. L'exogame évite toute relation incestueuse et la transmission de toute tare héréditaire. Elle prémunit le clan de tout affaiblissement biologique et permet des échanges entre différents clans, en vue de parvenir à une famille plus élargie.

Les quatre différentes étapes de ce processus préliminaire[135] sont:

  • Nkota luumbu (entrée dans la concession): C'est la première visite des parents du prétendant auprès de ceux de la jeune fille. La demande de la main est exprimée, agrémentée par un don de boisson (malafu - boisson de palme)
  • Nbululu Nkuungu (échanges de vue ou discussions): Les parents du soupirant ont prévu des boissons et une somme d'argent symbolique qu'ils offrent à leurs hôtes. La discussion entre les deux parties s'engage sur le pedigree, l'origine et le prestige de leurs clans respectifs.
  • Cyuufu (demande): On se renseigne sur le montant de la dot et sur les autres éléments qui la constituent. Une somme d'argent toujours symbolique est également versée.
  • Tchibanza (dot): Par cette ultime étape, on scelle définitivement le mariage par le versement intégral de la dot. Celle-ci comprend outre l'argent, le ngoombu (pagne en raphia qui formait l'essentiel de l'habillement traditionnel), le malafu (boisson de palme dont une quantité servait pour les libations), le makaasu (noix de kola) dont une partie était offerte aux mânes des ancêtres.

Lelikage (danse de séduction)[modifier | modifier le code]

Le lelikage[136] est une danse de séduction réservée aux jeunes filles (bileshi bu tchetu) et aux jeunes garçons (bileshi bibakala). Il se pratiquait dans les villages ou dans les quartiers assez reculés des grandes villes, généralement pendant les vacances, dans des clairières uniquement éclairées par la lune.

Les chœurs des jeunes gens, accompagnés des percussions rythmaient cette danse dans une frénésie lancinante, et ce jusqu'au lever du jour.

Tchinkhani (danse des jumeaux)[modifier | modifier le code]

Hochet d'initiation ; bois, bols de fruits, fibres végétales. Vili (République du Congo), Musée Linden.

Le tchinkhani[136] est une danse effectuée devant l'autel sacré de la tribu (tchibila) en l'honneur des jumeaux. C'est l'occasion de réaffirmer ce lien unique entre les jumeaux et la nature; cette nature doit empêcher après ce don exceptionnel qu'est la venue des jumeaux, que leur esprit ne quitte le monde des humains.

La danse est ponctuée par des chants avec des paroles évoquant sans tabous l’union de la femme et de l’homme.

La femme ayant accouché de jumeaux jouit d'une certaine considération et de respect au sein de la société Vili. Le terme Nguli basa permet clairement de la nommer et de la distinguer des autres génitrices. Les enfants quant à eux, sont appelés Bibasa (Tchibasa au singulier). Le nom du premier jumeau est Basa et le second est appelé Tchimba.

Si un des jumeaux venait à décéder, un substitut en matériau sculpté est remis à la maman. Celle-ci doit s'en occuper au même titre que le jumeau survivant. Parvenu à l'âge de 6 ou 7 ans, ce dernier reçoit son Nguli basa, une reproduction réduite de la statuette détenue par sa mère. Il devra la garder sur lui jusqu'à sa mort. Il sera enterré à côté d'une tombe spécialement creusée pour cette sculpture.

Activités[modifier | modifier le code]

Les Vili sont avant tout un peuple de savanes, pêcheurs de lacs, de rivières et de lagunes, mais aussi en mer, bien qu'ils ne soient pas d'excellents navigateurs.

De nos jours, ils sont en grande majorité urbains, autour de la capitale économique Pointe-Noire. Ceux qui restent, malgré l'exode rural, agriculteurs, cultivent le manioc, les patates douces, le riz et le tabac.

Les inégalités économiques d'aujourd'hui sont issues de la stratification sociale traditionnelle. En effet, l'ancienne aristocratie et les vieilles familles se sont en grande partie reconverties en une classe d'entrepreneurs et de commerçants, sachant que « cette capacité d'adaptation s'est déjà manifestée dans le passé, à travers les transformations et les évolutions qu'avait subies la société vili au cours de son histoire précoloniale[137] ».

Le commerce[modifier | modifier le code]

Avant les premiers contacts avec les explorateurs portugais, les Loango avaient acquis la maîtrise de l'industrie du fer et du tissage, en plus de l'utilisation d'une monnaie qui constituait le support des transactions commerciales.

Au XVIIe siècle les marchands Vili n'hésitaient pas à quitter leur base en quête d'opportunités commerciales. L'une d'elles a été les voyages vers les mines de cuivre de Mindouli et du territoire de "Bukkameale" (probablement dans la vallée du Niari)[6]. Des données commerciales recueillies auprès des Hollandais indiquent que les Loango exportaient très tôt des quantités considérables de cuivre durant cette même période.

Le Royaume de Loango fut également un producteur et un exportateur majeur d'étoffes à la fois à l'intérieur du pays mais aussi vers les Portugais de Luanda. Ces derniers ont en importé des milliers de mètres au début du XVIIe siècle[7],[138]

De par leur positionnement préférentiel sur la côte atlantique, les Vili se sont rendus incontournables dans les échanges entre les trafiquants européens et les populations de l'intérieur qui leur fournissaient de l'ivoire, du bois rare, des palmistes, du caoutchouc mais surtout des esclaves, dont la traite constitua pendant plusieurs siècles une source d'enrichissement considérable de certains notables (chefs de clan primordiaux de Diosso et des localités voisines, des Mafuka - sorte de hauts dignitaires chargés de réguler le commerce des marchandises et la circulation des personnes)[15].

Les vili fournissaient en revanche de l'huile de palme, des nattes, des tissus, du poisson fumé, des couteaux, des produits manufacturés européens parmi lesquels les bindeli étaient très appréciés. C'est dans ce contexte que les Vili et les Kugni entretenaient de très bons rapports (Bundiku), évitant à ces derniers la ponction des leurs pour servir d'esclaves[15].

Les compagnies concessionnaires[modifier | modifier le code]

En 1903, avec l'avènement du Moyen-Congo, le territoire est cédé aux compagnies concessionnaires (SCKN. - Société concessionnaire du Kouilou-Niari, CCSO - Compagnie concessionnaire de la Sangha-Oubangui, CFAO - Comptoirs français de l'Afrique occidentale, SHO-Congo - Société du Haut-Ogooué du Congo). Elles ont les pleins pouvoirs dans leur gestion afin de développer les territoires qui leur sont confiés. Elles exploitent au maximum les ressources naturelles pour un investissement minimum. C'est la période du travail forcé et des humiliations les plus abominables.

En dehors de s'occuper des cultures vivrières, les vili furent recrutés pour travailler dans les plantations. Dans le cas de la CPKN. (Compagnie Propriétaire du Kouilou-Niari), une des grandes compagnies concessionnaires (1898-1930), il fallait traverser le fleuve Kouilou, afin d'acheminer les ouvriers vers les différents sites (Kakamoeka...)[139].

Le portage[modifier | modifier le code]

Congo Français - Mission catholique de Brazzaville - Indigènes du Bas-Congo - Porteurs de caravanes de Loango et leurs enfants

En plus de ces activités de travail de la terre et de la pêche, les Loango furent progressivement reconnus à travers le Congo et les pays voisins de l'AEF. (Afrique-Équatoriale française) comme de bons porteurs. L'âge d'or du transport des marchandises par les caravanes se situe entre 1885 et 1910. Les premiers porteurs furent enrôlés de force, avec la complicité des aides de camp sénégalais. Ces porteurs n'étaient ni payés ni nourris en dépit de leur dur labeur, de sorte que la fuite constituait le seul moyen d'échapper à cette horrible condition. Des camps de concentration, avec les épouses des hommes dans la force de l'âge, violées par ces miliciens sénégalais, constituaient des moyens de pression pour que cette main d'œuvre accepte ce rôle de porteurs[140],[141]. Il fallait parcourir des centaines de kilomètres à pieds nus, le corps presque nu, lestés de dizaines de kilos de marchandises, procéder en même temps au transport en « tipoye » (chaise au porteur) des colons.

Ces convois de porteurs acheminant les colons, les missionnaires, le materiel lourd et léger, vont provoquer un brassage de populations qui vivaient isolément auparavant, occasionnant des pandemies de maladies de sommeil, de syphilis et d'éléphantiasis, Il s'en est suivi une diminution drastique des populations, de l'ordre de près d'un million d'âmes sur toute l'AEF[140].

En plus de traverser les contrées aux routes poussiéreuses, les marigots à gué, les forêts humides et les plateaux arides, il fallait faire face aux divers parasites et plus particulièrement aux « chiques », ainsi qu'aux animaux sauvages[142]. En s'enfonçant dans la forêt du Mayombe, les caravanes escortées par les guides Yombé rencontraient des commerçants Kugni, Tsangui, Punu et Nzabi. Certaines caravanes longeant le Kouilou atteignaient le Royaume d'Anzico et commerçaient avec les Téké.

Or, les croyances ancestrales des vili considéraient que s'enfoncer dans la forêt vierge constituait un voyage sans retour. L'administrateur Albert Veistroffer[143] écrivait ainsi en 1884 : « Les gens de Loango ne vont jamais au delà de leurs plaines, limitées vers l'Est, c'est à dire vers l'intérieur, à environ 50 kilomètres de la mer, par une grande forêt, qu'ils disent impossible à traverser, et d'où un Fiote ne reviendrait pas s'il avait la hardiesse de s'y engager ». Les autres porteurs venaient du pays Kugni ou Lumbu.

C'est la mise en service du CFCO. (Chemin de fer Congo-Océan), à partir de 1934, qui met progressivement fin à l'activité des porteurs.

Il y eut des équipes spéciales de porteurs, entre les centres de production agricoles (manioc, viandes, sel,...) et les chantiers. Le nombre de porteurs devait être égal à deux pour sept par rapport à celui des travailleurs de la voie ferrée. Les porteurs de ce dernier secteur transportaient à dos d'homme, les écrasants fardeaux, peu maniables wagonnets et les rails Decauville pour commencer les terrassements dans les parties déblayées par la Société de construction des Batignolles[43].

La confection textile et la taille d'ivoire[modifier | modifier le code]

Congo français - Le tailleur Tchicaya et sa famille - circa 1900

Deux autres activités artisanales étaient considérées comme « nobles » par les vili, la confection des vêtements et la sculpture de l'ivoire.

Les tailleurs sédentaires ou ambulants, équipés de machines à coudre à manivelle, puis à pédale comme la célèbre Singer, pratiquaient leur savoir-faire au Congo, en Côte d'Ivoie et dans les pays voisins comme le Gabon.


En 1900, Tchicaya Makosso, le père de Jean-Félix Tchicaya (le premier parlementaire du Gabon-Moyen-Congo, à l'Assemblée nationale constituante française en 1946), tailleur auprès de Portella Mbouyou, un commerçant Loango très en vue à l'époque, décide d'exercer son savoir-faire à Libreville au Gabon, puis à Grand-Bassam en Côte d'Ivoire[48].

Jacques Bouiti, - père du docteur Jacques Bouiti[144], ancien maire de Pointe-Noire - est maître-tailleur et fournisseur attitré de l'uniforme du personnel du CFCO. À ce titre, il effectue régulièrement à pied le voyage entre Pointe-Noire, la capitale économique et Brazzaville, la capitale politique.

Au début des années 1950, un tailleur Vili, formé en France, Antoine Pembellot dit Tino-Mab[145], créé à Poto-Poto (Brazzaville) le premier club des dandys appelé "Le club des six". Il se sert de ses partenaires autochtones "clercs" dans l’administration coloniale comme mannequins pour mettre en valeur ses créations. À Pointe-Noire, d'autres clubs comme celui créé par le tailleur Robic font la pluie et le beau temps.

Un autre emploi majeur des vili était de celui de « boy » ou de cuisinier au service des colons. La proximité avec ces derniers les a sûrement poussés à s'habiller à l'occidentale et à devenir les précurseurs des sapeurs congolais[142].

L'artisanat de l'ivoire existait bien avant l'arrivée des Européens, avant de se transformer en commerce florissant au début de la colonisation du Congo. De nombreux clichés de cette époque montrent en effet des tonnes d'ivoire partant de Brazzaville et de Loango. Les défenses d'éléphant étaient sculptées pour les transformer en objets décoratifs (statuettes, petits objets, gobelets...) ou en bijoux (colliers, bracelets). Cette sculpture, considérée comme grossière par les Occidentaux, connut un regain d'intérêt quand l'Art Nègre fut à la mode et le cubisme en vogue[142].

Personnalités[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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  • Jacques A. Mauduit, « Les Bavili et les statuettes à clous », Revue française, Paris, vol. 5, no 42,‎ , p. 35-38
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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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