Trafigura

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Trafigura
Création 1993
Siège social Drapeau de Suisse Lucerne (Suisse)
Effectif 8 773
Chiffre d’affaires 133 milliards de dollars (2013)
Résultat net 2,2 milliards de dollars (2013)

Trafigura Beheer ou plus simplement Trafigura est une entreprise de courtage pétrolier et d'affrètement maritime spécialisée dans le courtage et le transport des matières premières.

Histoire[modifier | modifier le code]

Elle a été créée en 1993, par deux Français, Claude Dauphin et Eric de Turckheim.

En octobre 2O16, Rosneft, Trafigura et UCP annoncent l'acquisition des activités pétrolières de Essar pour 12,9 milliards de dollars. Rosneft recevra une participation de 49 %, de même pour le duo Trafigura et UCP qui recevra également une participation de 49 %[1],[2].

Activité et siège social[modifier | modifier le code]

Trafigura est l’un des plus grands marchands indépendants de pétrole et de métaux du monde. Son chiffre d'affaires est passé de 9 milliards de dollars en 2001 à 51 milliards en 2007, puis 120 milliards en 2012 (selon Forbes). La société se classe au troisième rang mondial des entreprises indépendantes dans le secteur du négoce pétrolier. La société a 51 bureaux dans 36 pays.

Le centre opérationnel de Trafigura est à Genève, l'adresse fiscale est à Amsterdam, le siège social à Lucerne en Suisse. La société Trafigura a son siège administratif à Amstelveen, dans la banlieue d’Amsterdam. C’est uniquement pour des raisons fiscales que l’entreprise mère est immatriculée aux Pays-Bas depuis sa création en 1993.

Il a pour actionnaires principaux des sociétés basées à Jersey, à Malte et dans les Antilles néerlandaises.

Affaires[modifier | modifier le code]

L'affaire du Probo Koala[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire du Probo Koala.

En août 2006, Trafigura a affrété le Probo Koala qui transporta jusqu'en Côte d'Ivoire des déchets de type slop pour y être traités. Ils furent déversés dans diverses décharges autour d'Abidjan.

Selon Trafigura, les déchets incriminés sont un mélange d'hydrocarbures, d'eau et de soude caustique résultant du nettoyage des cuves du navire (mélange appelé « Chemical slop »). La firme assure avoir communiqué aux autorités ivoiriennes la nature des déchets et dit s'être assurée au préalable de leur « élimination sûre ». Les experts qui ont analysé les déchets ont indiqué qu'ils semblaient renfermer du sulfure d'hydrogène (H2S), un composé chimique qui peut être mortel à forte concentration.

Cependant d'autres analyses faites par le laboratoire Saybolt, à la demande de Trafigura ont montré que la présence d'hydrogène sulfuré était en dessous de seuil de détection. De plus, la société Amsterdam Port Service (APS), où le Probo Koala avait séjourné, n'a jamais fait mention de cette substance.

Les résidus chimiques du Probo Koala déversés à Abidjan en août 2006 étaient déjà dans les soutes lorsque le bateau a quitté Amsterdam, au début du mois de juillet 2006. La société a refusé leur traitement à Amsterdam, jugé trop long et trop coûteux. Les services de l'environnement d'Amsterdam ont tenté de faire immobiliser le navire, mais se sont heurtés à l'administration nationale. Les services chargés de l'inspection des navires ont, en tout cas, laissé le tanker faire route vers l'Estonie, puis le Nigeria et la Côte d'Ivoire.

À Abidjan, la société Puma Energy, filiale de Trafigura et spécialisée dans le stockage pétrolier, a pris contact avec la société Waibs. Cet agent maritime lui a conseillé de faire affaire avec la société Compagnie Tommy, agréée depuis le 12 juillet 2006. Compagnie Tommy récupéra les résidus chimiques et se chargea de l'épandage des produits dans une dizaine de décharges autour d'Abidjan.

Compagnie Tommy avait reçu tous les agréments nécessaires de la part du gouvernement ivoirien et du Port Autonome d'Abidjan pour réaliser cette prestation. Toutes les procédures liées au déchargement du contenu des cuves ont été validées par les autorités ivoirienne, le Port Autonome d'Abidjan et le service des Douanes.

Au lieu de transporter les résidus chimiques pour qu'ils soient traités, les camions citernes mandatés par Compagnie Tommy ont directement déchargé leur contenu sur 11 sites autour de la ville d'Abidjan et plus particulièrement sur la décharge d'Akouedo. Ces sites n'étaient pas équipés pour traiter de tels produits.

Dès que la pollution a été connue, Claude Dauphin et Jean-Pierre Valentini ont décidé de se rendre à Abidjan pour porter assistance et aide au gouvernement ivoirien, afin de trouver les solutions adaptées pour procéder à la dépollution des sites.

Le 16 septembre 2006, deux Français, Claude Dauphin et Jean-Pierre Valentini, ont été interpellés à l'aéroport Félix Houphouët-Boigny d'Abidjan, en raison de leur appartenance la société Trafigura, qui a affrété le Probo Koala. Les deux hommes ont été remis à la police judiciaire ivoirienne, qui les a interrogés, puis mis à la disposition du procureur de la République. Ils ont été inculpés le 19 septembre 2006 pour infraction à la législation sur les déchets toxiques et empoisonnement et ont été placés en détention provisoire[3].

En février 2007, Trafigura s'ést engagé à verser cent milliards de francs CFA (152 millions d'euros) à l'État ivoirien, celui-ci lui garantissant en contrepartie l'abandon de toutes poursuites judiciaires. Trois de ses dirigeants, dont deux Français, incarcérés à Abidjan depuis septembre 2006, ont alors été libérés. Le procès s'est ouvert en septembre 2008 à Abidjan. Aucun salarié de Trafigura n'a été inquiété[4].

Le 23 juillet 2010, Trafigura est condamné à 1 million d'euros d'amende par un tribunal d'Amsterdam[5] (confirmée en appel en décembre 2011).

Dans un rapport commun publié en septembre 2012, "une vérité toxique", l'organisation non gouvernementale Amnesty International et Greenpeace affirment, sur la base d'une enquête de terrain, que cette affaire est "un déni de justice qui continue". Les 2 ONG montrent que les victimes n'ont pas été soignées ni indemnisées correctement. Si l'État ivoirien a une part de responsabilité, Trafigura aussi, estiment les ONG, qui demandent au Royaume-Uni d'ouvrir une enquête [6] sur Trafigura Limited et au gouvernement ivoirien de réexaminer la légalité de l'accord d'indemnisation (controversé) conclu en 2007.

Affaire Pétrole contre nourriture[modifier | modifier le code]

La justice néerlandaise enquête contre la société pour son implication dans le programme Pétrole contre nourriture des Nations unies, en Irak, présidée par Saddam Hussein. Elle aurait transporté plus de pétrole qu'autorisé entre 1996 et 2003.

Les commissions de Kojo Annan[modifier | modifier le code]

L'entreprise aurait versé des commissions aux anciens dirigeants irakiens ainsi qu'à Kojo Annan, le fils du secrétaire général des Nations unies Kofi Annan. Kojo Annan aurait reçu 247 000 euros de commissions. Trafigura nie toute implication, affirmant qu'elle a participé à une fraude malgré elle et que l'ONU avait constaté qu'elle avait été abusée.

L'affaire de l'Essex[modifier | modifier le code]

L'affaire du pétrolier Essex est une fraude portant sur 500 000 barils de pétrole irakien, en 2001, associant le courtier Trafigura et la société Ibex Energy dirigée par Jean Paul Cayre.

En contournement de l'embargo, Le pétrole avait été chargé en surplus (« surlifting ») à bord du supertanker Essex. L'Essex fut intercepté par les autorités américaines, aux larges des Antilles.

Le 25 mai 2006, devant un tribunal de Houston (Texas), Trafigura a plaidé coupable et reconnu avoir violé la loi fédérale américaine et l’embargo des Nations unies dans le cadre du programme Pétrole contre nourriture. Trafigura a accepté de payer deux fois 9,9 millions de dollars d’amende. La première tranche de cette somme correspond aux profits tirés de ces ventes frauduleuses et la seconde à des pénalités.

Afrique[modifier | modifier le code]

Omniprésente sur le marché mondial du pétrole, Trafigura est très active en Afrique, où elle commercialise le pétrole de plusieurs pays tels que le Congo-Brazzaville, l’Angola et le Cameroun. Comme Glencore, dont beaucoup de ses membres sont issus, elle a développé le système des préfinancements pétroliers qui est à l'origine du surendettement et de la kleptocratie qui handicapent ces pays.

Trafigura fait aussi face à des accusations en Afrique du Sud et au Congo-Brazzaville. Trafigura aurait mis en place des sociétés-écrans pour dissimuler des fraudes et des rachats de réserves pétrolières à des prix bradés.

En septembre 2016 une enquête de l'ONG Public eye révèle que Trafigura profite des normes en vigueur dans certains pays d'Afrique[7] pour y écouler depuis 30 ans du carburant toxique[8], à haute teneur en soufre notamment: « les carburants écoulés en Afrique ont une teneur en soufre entre 200 et 1 000 fois plus élevée qu’en Europe, mettant gravement en péril la santé de populations exposées aux particules fines et à d’autres substances chimiques cancérigènes. »[9]

Ce carburant toxique provient de l'ajout au carburant, par l'entreprise, de substances toxiques très bon marché, ce qui lui permet d'augmenter ses gains. Ces mélanges ont lieu à Rotterdam, Anvers ou Amsterdam, voire en mer à proximité des ports africains[9].

Affaire Kensington ou Affaire Gokana[modifier | modifier le code]

Trafigura est apparue lors de différentes procédures judiciaires à Londres et New York, dans le dossier baptisé « Affaire Kensington » ou « Affaire Gokana ». Il s'agit de l'utilisation d'un réseau des sociétés-écrans utilisées par des dirigeants de la République du Congo pour vendre du pétrole sur les marchés internationaux, en échappant aux saisies de créanciers réclamant leur dû. (Voir Denis Gokana et Affaire Gokana)

Trafigura dispose dans ce pays d’une filiale baptisée Puma-Congo, dont le nom rappelle étrangement Puma Energy, son correspondant en Côte d’Ivoire. Trafigura contrôlerait Puma-Congo à 50 %, les autres 50 % seraient détenus par de proches de Denis Sassou-Nguesso, en particulier Bruno, neveu du président, et Antoinette, la sœur de l’épouse de ce chef d’État.

Afrique du Sud[modifier | modifier le code]

Enfin, en 2000, Trafigura avait été impliquée dans le scandale des réserves pétrolières stratégiques de l’Afrique du Sud, que la compagnie avait pu racheter à prix « bradé » avec la complicité de décideurs locaux. L’affaire qui se soldait par une perte de 30 millions de dollars pour les finances des contribuables sud-africains, s’est finalement réglée à l’amiable deux ans plus tard.

Trafigura nie aussi les accusations relevées à son encontre en Afrique du Sud.

Dirigeants[modifier | modifier le code]

Ses dirigeants restent anonymes sur le site Web de la compagnie.

Parmi eux :

Filiales[modifier | modifier le code]

  • Puma Energy (Côte d'Ivoire). Puma Energy a servi d'intermédiaire au moment de l'arrivée du navire Probo Koala en Côte d'Ivoire (voir Affaire du Probo Koala). Le directeur de Puma Energy Côte d'Ivoire, le capitaine N'Zi Kablan, fait partie des sept personnes incarcérées dans le cadre de l'enquête.

Caritatif[modifier | modifier le code]

La Fondation Trafigura a été créée en 2007. Les employés sont au cœur de cette fondation dont le but est d’apporter un soutien financier aux initiatives des communautés locales dans lesquelles Trafigura est implantée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. India and Russia sign energy, defense deals worth billions, Reuters, 15 octobre 2016
  2. India's Essar agrees to sell oil arm to Rosneft-led group, Douglas Busvine et Denis Pinchuk, Reuters, 15 octobre 2016
  3. Probo Koala : Les dessous du scandale - Jeune Afrique, 18 septembre 2006
  4. L'affréteur est le grand absent du procès du « Probo-Koala » - Le Monde, 1er octobre 2008
  5. Première condamnation de Trafigura dans l'affaire du « Probo-Koala » - Le Monde, 25 juillet 2010
  6. Interview de Francis Perrin d'Amnesty International par Novethic, 28/09/2012
  7. « Les traders suisses accusés de déverser de l’essence sale en Afrique », Le temps,‎ (lire en ligne)
  8. (en) Alice Ross, « Trafigura, Vitol and BP exporting dirty diesel to Africa, says Swiss NGO », The Guardian,‎ (lire en ligne)
  9. a et b Simon Piel et Joan Tilouine, « Matières premières : comment les traders suisses écoulent du carburant toxique en Afrique », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  10. Un proche de Chirac en odeur de pollution ? - Libération, 20 septembre 2006

Liens externes[modifier | modifier le code]