Jean-Félix Tchicaya

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Jean-Felix Tchicaya
Fonctions
Député du département du Gabon

(6 mois et 23 jours)
Législature 1re Assemblée nationale constituante
Groupe politique Union républicaine et résistante
Député du département du Gabon

(5 mois et 25 jours)
Législature 2e Assemblée nationale constituante
Groupe politique Union républicaine et résistante
Député du département du Moyen-Congo

(4 ans, 7 mois et 24 jours)
Législature Ire (Quatrième République)
Groupe politique Union républicaine et résistante
Député du département du Moyen-Congo

(1 mois et 18 jours)
Législature IIe (Quatrième République)
Groupe politique Rassemblement démocratique africain
Député du département du Moyen-Congo

(2 ans, 11 mois et 6 jours)
Législature IIIe (Quatrième République)
Groupe politique Union démocratique et socialiste de la Résistance et du RDA
Député du département du Moyen-Congo

(7 mois et 6 jours)
Législature Ire (Cinquième République)
Groupe politique Regroupement africain et des fédéralistes
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Libreville (Gabon)
Date de décès (à 57 ans)
Lieu de décès Pointe-Noire (Congo)
Nationalité française
congolaise
Parti politique Parti progressiste congolais
Père Makosso Tchicaya
Mère Antoinette Ngouamba Portella
Enfants Tchicaya U Tam'si
Profession Comptable

Jean-Félix Tchicaya né le à Libreville, mort le à Pointe-Noire, est un homme politique de l'actuelle République du Congo

Il est avec Jacques Opangault et Fulbert Youlou, l'un des pères fondateurs de la République congolaise.

Jean-Félix Tchicaya est le premier parlementaire du Moyen-Congo et du Gabon à l’Assemblée constituante Française. Il est également le fondateur de la première formation politique de l’histoire du Congo, à savoir le Parti progressiste congolais (PPC) et de la première association culturelle du Moyen-Congo dénommée « l’Harmonie de Pointe-Noire »[1].

Jean-Felix Tchicaya est le père du poète Tchicaya U Tam'si.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation, carrière administrative et militaire[modifier | modifier le code]

En 1900, Tchicaya Makosso, le père de Jean-Félix Tchicaya, tailleur employé auprès de Louis Portella Mbouyou - grand-père maternel de Jean-Felix Tchicaya, commerçant et notable de Loango très en vue à l'époque - , décide d'exercer son savoir-faire d'abord à Libreville (Gabon), puis à Grand-Bassam (Côte d'Ivoire). C'est durant son séjour à Libreville que naît son fils Jean-Felix.

Jean-Félix Tchicaya, devenu très tôt orphelin est recueilli par son grand-père maternel, membre éminent du clan princier Vili des Boulolo. Il entreprend des études primaires d'abord à la mission catholique de Loango, puis de mars 1914 à octobre 1918 à l'école urbaine de Libreville. En 1924, lui et Hervé Mapako-Gnali, père de Mambou Aimée Gnali, deviennent les premiers instituteurs[2] du Moyen-Congo au sortir de l'École normale William-Ponty sur l’île de Gorée au Sénégal.

Exerçant tour à tour les métiers d'instituteur, d'écrivain dans l'administration coloniale et de commis de finance (affecté au magasin de ravitaillement de la main d’œuvre du chemin de fer Congo-Océan jusqu’à la fin du chantier), et bien qu'étant chargé de famille (il élèvera ses quatre enfants et les six enfants de son unique frère André, dit Doé[3], décédé à Léopoldville dans les années 1950), il est mobilisé dans l'armée française en 1939. puis dans les Forces françaises libres en 1943. Il reçoit d'ailleurs la médaille de la France libre.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Première élection à l'Assemblée nationale constituante[modifier | modifier le code]

Au sortir de la seconde guerre mondiale, la France est exsangue. Elle met en place, grâce à une Assemblée Constituante, de nouvelles institutions pour relancer l'activité politique du pays. La représentativité de la France est alors étendue aux territoires d'Outre-Mer comme l'AEF, dont les autochtones ont la possibilité d'élire des représentants. Alors que les vieilles colonies comme les Antilles élisent leurs députés au suffrage universel, l'AEF et l'AOF. disposent de deux collèges électoraux distincts: le premier réservé aux citoyens métropolitains et le second aux autochtones, non citoyens. Le Gabon et le Moyen-Congo, à cause de leur faible population, constituent une seule circonscription électorale pour l'élection d'un député pour ce second collège.

En instance d'être démobilisé, Jean-Felix Tchicaya est contacté par les notables de Pointe-Noire, par télégramme, afin de faire acte de candidature pour le territoire du Gabon-Moyen-Congo.

Le 7 décembre 1945, après un second tour, Jean-Félix Tchicaya est élu membre de l'assemblée, devançant Jean-Hilaire Aubame, Jacques Opangault, Issembé et François-Moussa Simon[4].

Le parti progressiste congolais[modifier | modifier le code]

Fondation du parti[modifier | modifier le code]

En 1946, Jean-Félix Tchicaya, grand pourfendeur du colonialisme à l’Assemblée nationale française[5], où il siège pendant toute la IVe République, fonde son parti le PPC (Parti progressiste congolais), section congolaise du Rassemblement démocratique africain (RDA)[6],[7], proche du Parti communiste français, en compagnie de jeunes cadres comme Joseph Pouabou ou Robert Stéphane Tchitchelle. Ce dernier, bras droit du fondateur, sera le principal animateur du parti à Pointe-Noire et au Kouilou. Il rallie autour de lui tous les cheminots du CFCO (Chemin de fer Congo-Océan).

Le talisman du parti était le léopard en référence à l'appartenance de Tchicaya à la famille régnante du Royaume de Loango[8].

Scission du parti et fin de règne[modifier | modifier le code]

En novembre 1955, à l'issue de la session budgétaire de l'Assemblée territoriale, une dissidence apparait au sein du PPC. Au cours d'un conciliabule qui se tient à Pointe-Noire, en présence du leader Tchicaya, dans le domaine de Mpita de Germain Bicoumat, plusieurs conseillers territoriaux démissionnent du parti. Ils reprochent à Tchicaya son manque de concertation dans certaines décisions (nomination des élus aux postes de responsabilité, le désapparentement du PPC au RDA à la suite de l'adhésion de Youlou).

Il s'agit des élus du Niari: Simon-Pierre Kikhounga-Ngot, Auguste Nzoungou, Raymond Ango; des élus du Pool: Prosper Decorad, Louis Vouama, Toundé Néré, Jean Maniaki, Nicolas Bakala et de l'élu du Kouilou: Robert Stéphane Tchitchelle[9].

Tchitchellé rejoint l'abbé Fulbert Youlou pour fonder l'UDDIA (Union démocratique pour la défense des intérêts africains). Ce dernier parti, en mobilisant politiquement les Laris, prend le leadership politique sur le PPC. et permet, à Stéphane Tchitchelle de devenir le premier maire autochtone de Pointe-Noire, avant d'occuper par la suite plusieurs postes ministériels.

Tous ces évènements vont marquer l'eclipse de Jean-Félix Tchicaya et de son parti le PPC après plus de dix ans de règne sans disconstinuer sur l'échiquier politique.

Politique française au Congo[modifier | modifier le code]

Le Congo-Brazzaville, dans ces années de décolonisation, est considérée comme l’une des lignes de front de la lutte anti-communiste en Afrique francophone. Paris veut à tout prix que le futur Congo indépendant ne soit pas tenu par les « Rouges », mais par un responsable politique ami. Paris avait aussi initialement espéré faire de Brazzaville le pivot de l’action française en Afrique centrale en direction du Congo-Kinshasa, parce que tous les complots qui visaient l’ex-Congo belge passaient par Brazzaville.

La France soucieuse également de maîtriser les aspirations émancipatrices dans ses colonies, utilise des agents secrets comme le Dahoméen Antoine Hazoume[10],[11],[12], cadre du PPC passé ensuite à l'UDDIA, ou encore le SDECE (services secrets français), pour approcher les responsables politiques congolais. Hazoume remplace son compatriote Dahoméen Yves Marcos - greffier au Tribunal de Brazzaville - au poste de secrétaire général de la section locale du RDA au Moyen-Congo[1].

C'est également un agent des renseignements français traité par Maurice Robert [chef du département Afrique du SDECE], et il avait intégré l’équipe politique de Jean Mauricheau-Beaupré [chargé de mission au secrétariat général des Affaires africaines][13]. Les chefs d’État africains comme Fulbert Youlou, Félix Houphouët-Boigny ou Ngarta Tombalbaye lui faisaient confiance. C'est effectivement par son entremise que, la France va favoriser à partir de 1956[14], la victoire de Youlou (action à l’échelle du territoire congolais), pour le mettre sur le même pied d’égalité que ses deux principaux rivaux Jean-Félix Tchicaya et Jacques Opangault. Ensuite, la France obtient l'adhésion de Youlou et celle de son parti au RDA (action à l’échelle africaine) au début de l'année 1958; concurrençant ainsi directement Tchicaya, qui se retire alors du RDA. Enfin, la France ouvre à Youlou les portes d’un univers normalement réservé aux seuls députés africains (action à l’échelle française) en l’occurrence à Tchicaya[15].

En fait, en 1952, le RDA initialement affilié au Parti communiste français s'allie désormais à l'Union démocratique et socialiste de la Résistance (USDR) animé à l'époque par René Pleven, le président du Conseil et son ministre de la France d’outre-mer, François Mitterrand. La base à l'échelon local a alors pour consigne d'appliquer ce "repli tactique" à la lettre sous peine de représailles de la part de l'administration locale dirigée majoritairement par des membres du Parti socialiste. Les membres du PPC qualifiés de communistes subissent des brimades de l'administration coloniale et l'hostilité de la majorité des agents de l'État (affiliés à la SFIO ou au RPF) afin de préserver leurs avantages[1].

Le Mouvement socialiste africain (MSA) de Jacques Opangault, émanation locale de la Section française internationale et ouvrière (SFIO) de Guy Mollet, remporte les élections de l'Assemblée territoriale de 1957. Cette majorité toute relative ne survit pas à la défection de Georges Yambot, député du Grand Niari, membre du Groupement pour le progrès économique et social (GPES) de Simon-Pierre Kikhounga-Ngot, faisant ainsi basculer le leadership du MSA vers l' UDDIA au sein de l’assemblée territoriale en novembre 1958. De sanglantes émeutes et des scènes de vandalisme éclatent à Brazzaville et à Pointe-Noire, principalement entre ressortissants des ethnies Lari et Mbochii. Cette période trouble va coïncider avec le transfert de la capitale du Moyen-Congo de Pointe-Noire vers Brazzaville. Ainsi, avec cette perte d'indépendance, une partie les décisions administratives, politiques et économiques concernant la ville de Pointe-Noire sont prises dorénavant à Brazzaville.

Le parlementaire Tchicaya[modifier | modifier le code]

Lors de sa dernière législature, son activité parlementaire est plus réduite que les précédentes, en partie pour des raisons de santé. Jean-Félix Tchicaya vote la confiance au gouvernement de Pierre Pflimlin et la révision constitutionnelle du 27 mai 1958. Le 1er juin 1958, il vote la confiance au général de Gaulle et le 2 juin 1958 les pleins pouvoirs et la révision constitutionnelle.

Cession par le Moyen-Congo de Franceville au Gabon[modifier | modifier le code]

Jean-Félix Tchicaya est souvent considéré comme celui qui aurait permis le rattachement de Franceville et de sa région au futur État Gabonais. Selon Victor-Justin Sathoud, le condisciple de Tcicaya au sein du PPC, cette polémique aurait été montée de toute pièce par l'administration coloniale afin de discréditer politiquement l'intéressé.

Ce serait en fait Marius Mottet, alors ministre de la France d'Outre-Mer, en charge des colonies qui aurait pris cette décision par décret. Le principal bénéficiaire de ce transfert était Barnier, député metropolitain Gabonais du premier collège. En effet, en tant qu'exploitant forestier à Franceville, et représentant d'une société concessionaire, il avait besoin des bras réputés vaillants des hommes de la forêt de la région de Franceville pour faire tourner son entreprise. D'autant plus qu'à cette époque, les machines agricoles étaient rares et n'étaient pas encore introduites dans la région. Pour ce faire, Barnier aurait purement et simplement demander à Mottet de rattacher Franceville au département du Haut-Ogooué et au Gabon, pour qu’il puisse facilement disposer de cette main-d’œuvre habile pour les travaux forestiers et agricoles[1].

Cette version des faits nous donne une idée du poids tout relatif dont disposaient les parlementaires indigènes au sein de l'Assemblée constituante.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Wilfrid Sathoud, « 45ème anniversaire de la disparition de Jean Félix-Tchicaya », Congopage,‎ (lire en ligne)
  2. « UN BRIN D’HISTOIRE : les pères fondateurs du Congo-Brazzaville. Par LIONEL GNALI », www.congo-liberty.com,‎ (lire en ligne)
  3. Jecmaus, « (Congo-Brazzaville) Contre l'usurpation : Lettre ouverte d'Yvonne Félix-Tchicaya », Club de Mediapart,‎ (lire en ligne)
  4. « Goma-Thethet, Joachim - Persée », sur www.persee.fr (consulté le 5 août 2017)
  5. Yves Gounin, « Jean-Pierre Bat. La Fabrique des « barbouzes ». Histoire des réseaux Foccart en Afrique », Afrique contemporaine, no 253,‎ , p. 162–163 (ISSN 0002-0478, lire en ligne)
  6. « L’Histoire du Congo », sur congo-site.net
  7. « Jean Félix-Tchicaya » — Fiche biographique sur le site de l'Assemblée nationale française
  8. Florence Bernault, Démocraties ambigües en Afrique centrale : Congo-Brazzaville, Gabon: 1940-1965, Paris, Karthala, coll. « Les Afriques », , 430 p. (ISBN 2-86537-636-2), p. 209-210
  9. Noël Magloire Ndoba, Brève Biographie de Simon-Pierre Kikhounga-Ngot 1920 - 2015, Brazzaville - Paris, Paari - PAn-Africaine Revue de l’Innovation, , 27 p., p. 12-13
  10. Jean-Pierre Bat, Vincent Hiribarren, « Africa4 - Le « barbouze » africain de Foccart - Libération.fr », sur libeafrica4.blogs.liberation.fr (consulté le 6 août 2017)
  11. « Fonds Hazoumé, le visage intime de l’agent », RFI,‎ (lire en ligne)
  12. « Jean-Pierre Bat : « Houphouët-Boigny était la tête de pont du système » de la Françafrique – JeuneAfrique.com », JeuneAfrique.com,‎ (lire en ligne)
  13. Jean-Pierre BAT, Hypothèses 2008 : Travaux de l'école doctorale d'histoire de l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, vol. 12, Paris, Publications de la Sorbonne, , 315 p. (ISBN 978-2-85944-626-0), La cour - Institution et pouvoir, « Une cour en République? L'exemple de la stratégie de l'abbè Fulbert Youlou au Congo-Brazzaville », p. 75-86
  14. J.-P. Bat, F. Vadillo et J.-M. Le Page (préf. Marc Dugain, Sous la direction de Sébastien Laurent), Les espions français parlent : Archives et témoignages inédits des services secrets français, Paris, Nouveau Monde éditions, coll. « Poche / Histoire », (ISBN 978-2-84736-629-7)
  15. Bat, Jean-Pierre, « La décolonisation de l'AEF selon Foccart : entre stratégies politiques et tactiques sécuritaires (1956-1969) », http://www.theses.fr/,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]