Nzebi (peuple)

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Nzebi

Populations significatives par région
Drapeau du Gabon Gabon 257 850 (2019)
Drapeau de la république du Congo République du Congo 17 000
Population totale 274 850
Autres

Les Nzebi (Nzèbi[1]) constituent un peuple d'Afrique centrale, et ils vivent principalement au Gabon mais aussi en république du Congo. Ils étaient, déjà au XIXe siècle, connus pour savoir extraire le minerai de fer et le travailler. Ils se sont déplacés, à cette époque, sur la région de Mayoko, et plus particulièrement le gisement de Lékoumou[2] qui est encore en exploitation aujourd'hui.

Ethnonymie[modifier | modifier le code]

Selon les sources on observe plusieurs variantes : Bandjabi, Bandzabi, Banjabi, Banzabi, Benzali, Ndjabi, Ndzabi, Ndzébi, Njabi, Njavi, Njawi, Nyawi, Nzabi, Nzebi[3].

Langue[modifier | modifier le code]

Ils parlent une langue bantoue, le nzebi ou inzabi[4] et plusieurs dialectes dont le bandjabi, le douma, le wandji, le batsiagui, le sihou (ou bassissihou)[réf. nécessaire].

Situation[modifier | modifier le code]

Carte permettant de situer la région occupée majoritairement par les Nzèbi[5]

Les Nzèbi habitent, depuis le début du XIXe siècle, un espace d'environ 32 000 km2, centré sur le mont Birougou, au cœur du massif du Chaillu, et situé à la fois sur le Gabon et sur le Congo[6]. Pour évoquer cette région il faut effectuer une boucle : depuis Lastourville (Gabon), au Nord-est, puis, en descendant vers l'Ouest, en passant par Koulamoutou, Mbigou et jusqu'à la rivière Ngounié (vers Ndendé), en descendant vers l'Est jusqu'à la région de Divénié (ou Nyanga) (Congo), point le plus bas au Sud, et en remontant vers l'Est, par Mayoko et en continuant dans cette direction jusqu'à proximité du fleuve Ogooué, pour remonter sur Lastourville. C'est une région de grande forêt équatoriale, au sein de la forêt du bassin du Congo. Les Nzebi occupent aussi de petites zones de savanes, à l'Ouest dans la région de Lébamba et un peu à l'est de Mayoko, en direction de l'Ogooué.

Comme partout, en Afrique, les Nzèbi, bien qu'étant majoritaires dans cette région, partagent l'espace naturel avec les pygmés[7] et plusieurs autres populations, entre autres, les Akélé, au Nord, et les Wumbu, au Sud. Leurs voisins sont encore plus nombreux et l'interpénétration entre ces groupes est généralisée sur les marges de l'espace occupé majoritairement par les Nzèbi[8].

Un village est une réalité fugace. L'usure des matériaux, la présence des insectes qui mettent en péril l'habitat mais aussi l'épuisement des ressources locales et l'appauvrissement des sols cultivés rendent impératifs la mobilité des personnes. Cette mobilité se double d'une très grande dispersion. Dans la grande forêt la densité est d'environ 1 à 4 habitants au km2. Dans les années 2000, ce sont à peu près « 100 000 personnes qui peuvent se prévaloir d'appartenir à un ensemble social nzèbi[9] ».

Histoire[modifier | modifier le code]

D'après la tradition orale, les Nzebi proviendraient du village Koto au Gabon, proche de la frontière avec la République du Congo. « Selon cette tradition, les Nzèbi seraient entrés au Gabon vers la moitié du XVIIIème siècle, par l'Est; ils auraient séjournés près d'un siècle à Moanda (Sud-est du Gabon) avant de s'éparpiller à travers le territoire qui est le leur aujourd'hui. »[10].

Les Nzebi sont probablement arrivés dans la région du mont Makengi autour de 1885[11]. Contrairement aux Kota, qui, à cette époque, étaient révoltés contre le système de la traite (commerce précolonial instauré par les occidentaux vers les populations productrices) qui les écrasait, les Nzebi extrayaient et produisaient du fer (gisement de Lékoumou) et leurs déplacements étaient pacifiques, hormis lorsqu'il y avait rivalité avec d'autres producteurs, les Massango, qui, eux, étant chasseurs, défendaient leur territoire de chasse. Lors de leur installation les Nzebi, nouveaux arrivants, ont dû payer un droit, le pakha, aux premiers occupants, Wumbu ou autres Nzèbi, arrivés auparavant. Ils auraient appris la technique de la fonte auprès des Téké tsaayi tsaayi, au cours de leur migration vers le Sud.

Histoire des groupes. Clans[modifier | modifier le code]

Une distinction actuelle entre Nzèbi Nzèbi et Nzèbi Tsaangi se manifete lors des joutes oratoires qui ponctuent la vie des villages, par la référence à des héros fondateurs Nzébi et Mbéli. Il semblerait[12] que l'ensemble social Nzèbi actuel soit le résultat d'une migration de Nzèbi, à une date indéterminée, sur une partie du pays Tsaangi. Ils finirent, à la suite d'échanges commerciaux - s'étendant aux femmes - par ne constituer qu'un seul groupe. Par contre la différenciation subsiste : deux récits des origines distinguent, pour l'un, le héros Nzébi, pour le second Mbéli ; et tandis que les Nzèbi sont des gens de la forêt, les Tsaangi[13] habitent en savane. Avant l'arrivée des français, les Tsaangi étaient réputés comme producteurs de fer, vers le haut Ogooué. Les Nzèbi n'ayant que des forgerons et quelques fondeurs qui semblaient détenir leur savoir des Teke tsaayi. Au fil du temps, sur la base de similitudes linguistiques, culturelles et sociales les deux groupes en vinrent à ne plus en former qu'un seul.

Si « les membres d’un lignage, dix à quinze personnes, vivent dans un ensemble de villages relativement voisins et entre lesquels existent des relations matrimoniales[14] », il n'en est pas de même des membres d'un clan, qui sont dispersés sur tout le territoire où se rencontrent des Nzèbi, en raison des migrations et des peuples rencontrés. Par ailleurs, le fait d'appartenir à un lignage entraine l'appartenance à un clan. Et chaque clan inclut un réseau de lignages.

On rencontre, dans ce groupe ethnique, douze clans, non territorialisés et dont les membres sont dispersés[15] :

Sept d'entre eux ont été créés par sept patriarches, fondateurs de villages, et nés de Nzébi, leur ancêtre à tous.

  • les Maghamba, ou Makhamba (prononcé [maɣaᵐba]) ;
  • les Mouanda, ou Mwanda ;
  • les Bassanga, ou Basanga ;
  • les Mitshimba, ou Mitsimba ;
  • les Cheyi, ou Seyi ;
  • les Baghuli, ou Bakhuli, Barouli ;
  • les Mboundou, ou Mbundu.

À ces sept clans, il faut ajouter ceux créés par cinq patriarches, fondateurs qui sont nés de Mbéli[16] :

  • les Mululu ;
  • les Basumba ;
  • les Isakha ;
  • les Ingungu ;
  • les Bavonda.

Société[modifier | modifier le code]

Savoir[modifier | modifier le code]

Le savoir le plus important est transmis par la parole du muyambili (celui qui parle). Celui-ci acquiert son savoir dès l’enfance après avoir été distingué par son attitude réservée et respectueuse. L’enseignement s’achève à l’âge adulte. Il est transmis par un oncle maternel, ou un homme du clan, ou simplement un grand-père[17].

Il s’agit surtout de mémoriser ce qui touche au clan, ses devises, le sien, bien sûr, mais plus encore ce qui concerne les autres clans. Ce savoir donne lieu à des joutes oratoires entre muyambili lors du ‘’mbomo’’. Au cours du mbomo chaque muyambili, pour son argumentation, est limité à la citation de neuf formules et proverbes seulement, qu'ils vont relier à l'histoire des clans. Cette confrontation publique entre plusieurs muyambili peut se manifester avec une extrême agressivité entre eux. C’est le savoir sur les autres clans qui est déterminant et le plus apprécié par les gens qui assistent au ‘’mbomo’’, et ceux-ci le manifestent par des ovations énergiques. Si la parole exprimée abondamment s'applique donc parfaitement au muyambili, la parole tue est toute aussi importante. Car la mémoire n'a de valeur que dans son exposition parfaite, choisie, maîtrisée[18].

Les muyambili ne sont pas au service d'un pouvoir, des fonctionnaires, des griots, ils sont le pouvoir des clans, quand ils parlent. C'est donc un pouvoir fragile et régulièrement mis à l'épreuve, tout au long de leur vie. Les épreuves répétées leur donnent un niveau de compétence qui distinguent l'intermédiaire dans les différents réglés à l'amiable, le mbanza, jusqu'au maître de la parole, muyambili, et jusqu'au « lutteur », mutsundi, pour les situations conflictuelles les plus graves.

Les muyambili étaient aussi ceux qui, auprès des jeunes dans la période de la circoncision, leur enseignaient la migration des clans, les devises et les références qui leur seraient utiles tout au long de leur vie. Or, à partir des années 1950, la circoncision fut opérée à la naissance, dans des dispensaires, et cet enseignement disparut. C'est un savoir, non seulement, fragile, mais aussi, mortel[19].

Cuisine[modifier | modifier le code]

La graine de la courge Cucumeropsis edulis (synonyme de Cucumeropsis mannii[20]) offrait l'unique apport de lipides, « avant l’adoption de l’arachide et la connaissance du palmier à huile »[21]. Sa culture s'effectue sur un sol fraîchement enrichi par brûlis. La récolte devant être optimale, les semis sont précédés d'une cérémonie. La récolte se fait dans le même esprit. Après que les pluies les aient amollies, les courges sont battues joyeusement entre parents et amis. Puis le séchage est surveillé de près. Enfin, les graines sont emballées dans des feuilles et doivent pouvoir être conservées deux ans. On en fait une pâte cuisinée avec du sel végétal, un sel de cendres, qui lui donne un caractère particulièrement savoureux. Pour les Nzebi, c'est le met le plus délicieux, celui des fêtes, des cérémonies et que des étrangers reçus au village pourront apprécier en toute sécurité. La pâte d'arachide, au goût plus prononcé, leur semble pouvoir masquer des adjuvants maléfiques.

Personnalités contemporaines[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Nzèbi » : suivant l'usage actuel, Georges Dupré, 2019 : données des années 1970 et antérieures, analysées en 1982, revisitées ici en 2019.
  2. Georges Dupré, 1982, p. 32
  3. Source RAMEAU, BnF [1]
  4. Ethnologue [nzb].
  5. Pour une meilleure image de la densité du réseau hydrographique, consulter la carte sur US Geological Survey Oceanographic Time-Series Data Collection : loupe. L'équateur passe à 100 km au nord de Lastourville.
  6. Georges Dupré, 1982, p. 25
  7. (en) Alisa Lagamma (éditeur scientifique) et al., Eternal ancestors : the art of the Central African reliquary, Metropolitan Museum of Art, Yale University Press, , 355 p. (ISBN 978-1-588-39228-2 et 978-0-300-12409-5), p. 37 : carte d'après Barreteau, 1978 Inventaire des études linguistiques sur les pays d'Afrique noire d'expression française et sur Madagascar.
  8. Pour plus de détails voir : Georges Dupré, 1982, p. 27 et Georges Dupré, 2019, p. 41
  9. Georges Dupré, 2019, p. 41
  10. Nestor Ide Righou, Les Nzèbi du Gabon, des origines à 1915 : essai d'étude historique, Université Paris 1, (lire en ligne)
  11. Georges Dupré, 1982, p. 33-37
  12. Georges Dupré, 1982, p. 42-43
  13. Il faut distinguer les Tsaangi du Nord, de la haute Louessé au haut Ogooué (Congo), qui sont connus comme métallurgistes, et ceux qui s'en seraient séparés et qui vivent 80 km. plus au Sud, vers Mossendjo (Congo). Ces derniers auraient été poussés vers le Sud par l'arrivée des Nzèbi, et étant coupés des gisements de fer, ne pratiquèrent plus la métallurgie, mais participèrent ensuite activement à la traite, au troc avec les occidentaux.
  14. Georges Dupré, 2019, p. 38
  15. Georges Dupré, 2019, p. 38-39
  16. Georges Dupré, 1982, p. 152 et Georges Dupré, 2019, p. 39 qui donne les noms de tous les fondateurs et des premiers villages, ainsi que ceux des plantes et animaux avec lesquels ces ancêtres ont entretenus des relations privilégiées.
  17. Georges Dupré, 2019, p. 32
  18. Georges Dupré, 2019, p. 33-34
  19. Georges Dupré, 2019, p. 36
  20. Base de données  : sur The Plant List
  21. Georges Dupré, 2019, p. 27 et 25
  22. « Gabon : l'opposition retenue au QG de Ping », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
  23. Georges Dougueli, « Gabon : Myboto-Bongo, ennemis intimes », Jeune Afrique,‎ (lire en ligne, consulté le 3 décembre 2018).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gérard Collomb, « Fragments d'une cosmologie Banzebi », Journal des africanistes, Paris, vol. 53, nos 1-2,‎ , p. 107-118 (lire en ligne)
  • Georges Dupré, Koto, l'égalité nécessaire : Savoir et pouvoir dans une société clanique : Les Nzèbi du Congo et du Gabon, L'Harmattan, , 242 p., 24 cm (ISBN 978-2-343-17891-2)
  • Georges Dupré, Un ordre et sa destruction, ORSTOM, , 446 p., 24 cm (ISBN 2-7099-0625-2, lire en ligne)
  • Georges Dupré, « Le commerce entre sociétés lignagères : les Nzabi dans la traite à la fin du XIXe siècle (Gabon-Congo) », Cahiers d'Études africaines, vol. 48,‎ , p. 616-658 (lire en ligne, consulté le 14 octobre 2019).
  • Hubert Deschamps, « Nzabi », in Traditions orales et archives au Gabon. Contribution à l'ethno-histoire, Berger-Levrault, Paris, 1962, p. 50-54
  • Annie Dupuis, « La vie spirituelle des femmes chez les Nzébi du Gabon », dans Louis Perrois (dir.), Esprit de la forêt : terres du Gabon, Bordeaux - Paris, Musée d'Aquitaine - Somogy, , p. 81-87
  • Pascal Alain Leyinda, Ethnomotricité et développement : jeux traditionnels chez les Ndzébi du Congo-Brazzaville, L'Harmattan, 2010, 516 p. (ISBN 978-2-296-11245-2) (texte remanié d'une thèse de sociologie)
  • Jonas Limete, Histoire traditionnelle, éducation coutumière et enseignement occidental, dans la société nzébi, au Gabon, de 1910 à 1980, Université de Nantes, 2009, 506 p. (thèse d'histoire contemporaine)
  • Amélie Blanche Ngombo Lepopa, Itinéraires thérapeutiques et représentations de la santé à l'enfance chez les Nzèbi du Gabon, Université de Lorraine, 2016 (thèse d'anthropologie)
  • Nestor Ide Righou, Les Nzèbi du Gabon, des origines à 1915 : essai d'étude historique, Université Paris 1, 2005, 426 p. (thèse d'histoire)
  • André Yaba, Proverbes et idiotismes de sagesse des bandzèbi Gabon - Congo-Brazzaville, L'Harmattan, 2009, 298 p. (ISBN 978-2-296-10539-3)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]