Kota (peuple)

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Kota

Populations significatives par région
Drapeau du Gabon Gabon 25 000 (2007)
Population totale 34 060 (2007)
Autres
Langues ikota

Les Kota, ou Bakota, forment une population de langue bantoue d'Afrique centrale, vivant pour moitié à l'est du Gabon (province de l'Ogooué-Ivindo), et pour l'autre moitié de l'autre côte de la frontière, en République du Congo. Leurs figures de reliquaires en bois recouvert de plaques de cuivre sont réputées[1]. Le terme « Kota » désigne soit un sous-groupe, que l'on désigne aussi « Kota-Kota » afin de les distinguer du groupe plus large auquel il appartient, et qui est souvent nommé aussi « Bakota », comptant, avec les Kota-Kota ou Kota, les Kwele, Mahongwe, Shamaye, Shake, Ndambomo, Wumbu et Ndasa.

Ethnonymie[modifier | modifier le code]

Selon les sources et le contexte, on observe plusieurs formes : Akota, Bakota, Bakotas, Bakuta, Bisi Kota, Ikota, Ikuta, Kora, Kotas, Koto, Kotu, Kuta, Okota[2].

Sur le terme lui-même « Kota » : Kota ne veut rien dire dans la langue kota (ou ikota). C'est un nom qui a été attribué aux Bakota par leur voisins (et transféré aux colons) ; en l'occurrence les Adouma (de langue douma) à Lastoursville (province d'Ogooué-Lolo) et les Mahongwé (de langue mahongwé, du groupe Kota) et les Kwele (de langue bekwel ou békwil) dans la province de l'Ogooué-Ivindo). En effet « kota », que ce soit en mahongwé ou en adouma, veut dire « attaché, empaqueté, noué ». Or les locuteurs de la langue ikota se réclament ikota, car ce mot vient de ikotaka qui veut dire selon le contexte « attaché, empaqueté, noué » et compte tenu de l'obstacle (le fleuve) qu'ils ont rencontré lors de leur migration et comme ils s'étaient regroupés sur une rive en un seul « paquet », ils ont dit : bèh'ikota, « nous sommes ikota ».[réf. nécessaire]

Langues et peuples[modifier | modifier le code]

Ces peuples parlent des langues bantoues, dont le kota (ou ikota) et le mahongwé.

Les peuples Kota : En 1970, Louis Perrois, indique qu'il emploie « le terme Ba-Kota pour désigner l’ensemble des tribus kota par opposition à la tribu des Kota-Kota souvent appelée Bakota. »[3]. Cet auteur regroupait alors, en tant que Kota du Nord : au Gabon, les Bakota, Mahongwe, Shake, Shamaye et Ndambomo ; au Congo, les Bakota. En tant que Kota du Sud : au Gabon, Les Obamba, Wumbu, Ndasa et Ndumu ; au Congo, les Mbede et les Ndasa. Selon cet auteur, le terme « kota » désigne, depuis l'époque des chroniques coloniales, l'ensemble des groupes Bakota du Gabon oriental[4]. Mais cette vue d'ensemble, apparemment claire, de Louis Perrois, doit être confrontée à d'autres. Marie-Claude Dupré[5] argumente ses critiques de Louis Perrois, reprenant quatre autres études scientifiques avec la sienne, sur le terrain, qui écartent les Obamba du groupe Kota, mais aussi les Mbédé (Mbete). Pour ces auteurs les Obamba seraient, en réalité, des Mbédé et les Mbédé ne seraient pas des Kota[6]. Récemment, dans l'ouvrage de 2017, après les articles de L. Perrois [7], l'historien gabonais, Guy Claver Loubamono-Bessacque, reprend cette critique concernant les Obamba, soit-disant Kota, en situant l'origine de la confusion chez le missionnaire suédois Efraim Anderson[8] où « ils ont été perçu par erreur comme des Bakota ». Les Obamba devraient donc être définitivement distingués du groupe Kota ; ils parlent mbede (en) et non kota. Leurs déplacements du XVIIIe au XIXe siècle trouvent leur origine à l'Est, sur la moyenne Sangha, alors que le groupe Kota vient du Nord, toujours selon Guy Claver Loubamono-Bessacque[9].

En 2017, Guy Claver Loubamono-Bessacque, dans son Panorama des déplacements[10] établit une liste claire « des groupes dits bakota » : « Kota, Kwele, Mahongwe, Shamaye, Shake, Ndambomo, Wumbu et Ndasa ». Venus d'une toute autre région, de l'ouest-nord-ouest congolais, alors surpeuplé, trois groupes sont évoqués sans aucun lien avec les Bakota: il s'agit des Kaningi, des Ndumu et des Obamba. Selon cet auteur, dans les départements actuels de la Sébé-Brikolo et Bayi-Brikolo, « l'ensemble désigné comme « kota » ne comprend que des Kota, des Ndasa, des Ndambombo, des Shake et des Shamaye, même si, selon les classifications linguistiques habituelles, c'est un groupe plus étendu. Les Obamba n'en font pas partie, de même que les Kwele »[11].

Société, agriculture et artisanat[modifier | modifier le code]

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Lors de son second voyage en Afrique, première exploration profonde du pays kota conduite par Pierre Savorgnan de Brazza, en 1879-82[12], Léon Guiral (1858-1885) relève que les populations kota qu'ils rencontrent vivent tout au long de l'Ogooué et de ses affluents, dans des villages dispersés mais qui se densifient alors, ce qui témoigne de leur mobilité. Il remarque aussi qu'ils pratiquent des activités de chasse, de commerce (collecte du caoutchouc sauvage[13] et de l'ivoire), parfois de razzias ou de transferts d'esclaves[14]. Ce même auteur signale que les Ossyéba cultivent le manioc et la banane, qui est la base de leur alimentation, le millet servant de complément[15]. Les villages des Ossyeba y sont décrits alors comme une rue formée de cases mitoyennes, à avant-toit soutenu par des colonnettes, cette rue étroite se fermant aux deux extrémités.

En 1885, parallèlement à la troisième expédition de Brazza (dite « Mission de l'Ouest africain »), son frère, Giacomo, et Attilio Peccile entrent dans les régions du haut Ivindo et de la haute Sangha, où ils découvrent de gros villages kota, de « plus de deux cent cases »[16]. Ils sont bloqués, ensuite, au Nord-ouest par des populations soucieuses de défendre leurs territoires, les peuples Kota, Mahongwé (?), Kwélé et par l'hostilité irréductible des Nzem (Djem). Ils retournent alors sur leurs pas, puis bifurquent en direction du Sud-est, et découvrent les « salines de Mboko », région de production de « sel » végétal, obtenu par évaporation, et essentiel dans le commerce des Kota avant l'arrivée des Blancs. Leurs observations témoignent du pays et de la vie des Kota d'antan.

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Considérés comme de très bons chasseurs et très habiles dans la poterie, ils excellent aussi dans le travail du fer (il existait des clans de forgerons) par exemple pour la fabrication des armes utilisées lors des guerres interclaniques.

Organisés en clans, patrilinéaires et exogames, les Kotas se répartissent dans des villages de faible étendue, au sein desquels, seuls les chefs de clans exercent une certaine autorité.

En 1979, les ethnographes Alain et Françoise Chaffin[17] décrivaient ces villages comme « regroupés le long des pistes, ordonnés en longues rangées de cases d'aspect identique, [et anciennement bâtis] en matériaux traditionnels, dont l'écorce et la boue séchée, remplacés [dans les années 1970] par les planches et la tôle ondulée ».

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

S'il faut en croire l'Atlas des peuples d'Afrique (édition de 2004), « les Kota vivent dans la forêt équatoriale. Ils pratiquent une agriculture de subsistance sur brûlis, la chasse, la pêche et la cueillette »[18]. Mais, comme la plupart des gabonais d'aujourd'hui, ils vivent majoritairement dans les villes.

Histoire des migrations et des échanges[modifier | modifier le code]

Migrations[modifier | modifier le code]

Les groupes Kota (Bakota), arrivés à l'occasion des migrations bantoues, sont installés au Gabon avant le XVIIIe siècle. Selon l'historien Guy Claver Loubamono-Bessacque[19], à une époque difficile à déterminer, arrivèrent donc, au Gabon, les groupes dits bakota : Kota (Kota-Kota), Kwele, Mahongwe, Shamaye, Shake, Ndambomo, Wumbu et Ndasa. Depuis le Sud-est du Cameroun, en suivant la vallée de l'Ivindo et ses affluents de gauche. De manière approximative, on peut dire qu'ensuite ils se dispersèrent, surtout les Kota, mais sauf les Mahongwe et Kwele qui restèrent dans la région Ogooué-Ivindo. Le plus souvent, les Shamaye et Shake se fixèrent dans l'Ogooué-Ivindo, certains descendant jusqu'à Okondja. Quant aux Ndasa et Wumbu, ce sont ceux qui descendirent le plus au Sud. Une partie des Ndasa, jusqu'à Okondja tandis que d'autres jusqu'à Lastourville, et encore jusqu'à Franceville ; les Wumbu, jusqu'à Moanda, Franceville et Boumango.

Louis Perrois donne de ces migrations une autre image puisqu'il tient à assimiler les Obamba et Mbede aux groupes Kota.[20]. L'ensemble des groupes Bakota du Gabon oriental, aujourd'hui établi dans la région de Makokou, constituait plusieurs communautés dont certaines ont essaimé, à la fin du XVIIIe siècle, jusqu'à Booué et jusqu'à Lambaréné[21]. D'autres communautés Bakota, sont descendues vers le Sud, au-delà de Lastoursville. Ce courant migratoire, qui a généré les groupes Bakota actuels, est originaire du sud du Cameroun. Cette migration Nord-Sud a aussi généré plusieurs autres groupes Kota, les Mahongwe, les Shamaye et les Kande ; ils ont constitué les groupes Kota du Nord. Sur cet axe Nord-Sud, d'autres Kota ont poursuivi jusqu'à la frontière actuelle du Congo, c'est le groupe Wumbu, et au-delà, le groupe Ndasa. Enfin, toujours selon L. Perrois, un autre courant migratoire, parti plus à l'Est, a constitué les groupes Obamba et Mbede.

Échanges culturels et commerciaux[modifier | modifier le code]

Tous ces groupes se sont, manifestement, déplacés vers l'Est, à la fin du XIXe siècle[22]. Ils ont rencontré de nombreux autres groupes avec lesquels se sont opérés des échanges ou des emprunts. Car les groupes Kota ne constituent qu'un ensemble habitant cette région, et de nombreux groupes, pratiquant le culte des ancêtres comme ils le pratiquent, ne leur étaient nullement apparentés[23] tout en ayant des pratiques souvent similaires sur certains points voire sur certains traits de style artistique . C'est le cas des Punu, Sangu qui ont échangé avec les Kota, Shamaye, ou, pour des groupes ayant aussi des figures de reliquaire, les Mbete avec les Obamba. Vers l'Est sont apparus des masques composites, entre les styles des Kota et ceux des Fang Kwele. Dans le même mouvement, des échanges se sont produits entre les groupes Kota, comme entre Kota, Shake et Kota, Mahongwe ou, par ailleurs, entre Obamba et Kota, Ndasa.

Au XIXe siècle, pour les Kota au moins, l'approvisionnement en cuivre et en laiton fut, pour l'essentiel, d'origine européenne[24]. D'après certaines traditions orales, les peuples kota auraient eu accès, auparavant, à du cuivre local, par exemple les mines traditionnelles de la vallée du Niari au Congo. Le cuivre aurait fait l'objet d'un commerce à travers toute l'Afrique équatoriale atlantique[25], sous forme de barres forgées ou de lingots arqués. Puis, du XVe au XVIIe siècle, des débris de métal furent récupérés sur les bateaux naufragés. Ce n'est qu'au XIXe siècle que qu'il fut importé massivement sous forme de plats de cuivre ou de laiton par les courtiers européens qui s'en servaient comme monnaie.

Actions violentes lors de la traite[modifier | modifier le code]

L'ethnologue Georges Dupré[26] montre qu'avec l'arrivée des commerçants occidentaux qui favorisent certains groupes à leur détriment, les Kota vont tout faire pour détruire ce système. Ils se déplacent rapidement sur de longues distances, atteignent la basse Louessé (rivière) et le Niari (département) vers 1900. Ces groupes mobiles restent démographiquement limités. Ils se placent, alors, sur les voies de communication où circulent les marchandises de la traite, attaquent les porteurs et terrorisent les commerçants. Leurs migrations ont donc été motivées par ces marchandises. Leur comportement est violemment contestataire du système de la traite dans lequel ils sont alors dominés, avec l'arrivée massive de cuivre de traite. Cette situation est à l'opposé de celle des Nzebi, qui extraient et produisent du fer (gisement de Lékoumou) et dont les déplacements sont pacifiques, hormis lorsqu'il y a rivalité avec d'autres producteurs, les Massango, qui, eux, sont chasseurs et défendent leur territoire de chasse.

Culture[modifier | modifier le code]

Pratiques culturelles et arts[modifier | modifier le code]

Les Kota et les Obamba, mais aussi les Sangu, avaient coutume de conserver, dans une case-sanctuaire[27], et à l'intérieur d'un panier, les ossements des fondateurs du clan (rite du Bwiti ou Bwété). Ce panier était, alors, surmonté d'une figure [de bois] à placage de cuivre, ayant des traits humains très stylisés, et même souvent géométrisés[28]. L'usage de la boîte ou du panier à ossements était très répandu au Gabon, chez les Mbete (Mbede) mais avec des statues à la place des figures stylisées. Chez les Fang, il prend le nom de Byeri , tout comme chez les Mitsogho et Mashango, avec la dénomination de bumba. On trouve aussi cet usage chez les Punu.

L'art Kota tient sa célébrité à ses figures d'ancêtres, gardiens de reliquaire, souvent reproduits, dont un ensemble avec reliquaires en fibres végétales des Ndumu a été révélé aux lecteurs de l'hebdomadaire Le Tour du monde dès 1888, par Savorgnan de Brazza lors de son voyage dans l'Ouest africain[29]. Mais l'art Kota ne se limite pas à ces seules figures d'ancêtres. Un collaborateur de Pierre de Brazza évoque assez précisément cette diversité en deux catégories, les « fétiches personnels » et les « idoles et les Mbouéti [qui] appartiennent ordinairement au village » ; les masques étant réservés aux cérémonies, que les villageois évitaient d'organiser en présence des Blancs[30].

Le catalogue de l'exposition Les forêts natales : Arts d'Afrique équatoriale atlantique, en 2018[31], aborde l'étude de plusieurs types d'objets : les célèbres figures d'ancêtres (plaquées de cuivre) mais aussi les statues d'ancêtres (en bois), toutes en tant que gardiens de reliquaire des Kota, ainsi que leurs statuettes-reliquaires ou les couvercles de reliquaires, mais encore les masques-heaumes des Kota, les masques-heaumes emboli des Bakota et les masques des Kota, Mahongwe. Le plus connu d'entre ces très rares masques, celui de la collection Barbier-Mueller, a souvent été évoqué dans la littérature sur Picasso[32], bien que Picasso n'ait pu voir ce masque en 1907, lorsqu'il peignait les Demoiselles d'Avignon, entre autres. Cet exemplaire exceptionnel n'a été récolté que dix ans après[33].

Le culte des ancêtres des communautés kota rappelle celui des Obamba, et celui des Fang (le culte du byeri, le rite de passage bwete), du Nord-Gabon, du Sud-Cameroun et du Rio Muni. Les figures de gardien de reliquaire surmontent le panier[39] qui contient certains des ossements des ancêtres, reliques prélevées post-mortem sur les membres importants des lignages [40]. Ces paniers n'ont jamais pu être obtenu de la part des populations, autrement qu'arrachées en tant que prises de guerre. D'autre part, les missionnaires ont œuvré sans relâche pour extirper les cultes des reliques des Kota et des Fang, en brûlant beaucoup d'objets. À partir des années 1920, cette tradition du byeri, commune aux deux populations, s'était éteinte[41].

Cette forme de reliquaire était à la fois figure de protection et gardien de la prospérité de la communauté. Elle était également associée à certains rites propitiatoires et aux cérémonies d'initiation masculines[42]. L'ethnologue Louis Perrois précise ainsi leur présence au sein de la culture des Kota : « La figure de reliquaire mbulu-ngulu était une icône, le repère visuel d’un monde où les ancêtres continuent à veiller sur leurs descendants. C’était, en pays Kota, un « outil » essentiel pour la survie des groupes, permettant une communication récurrente entre les vivants et les morts. »[43]. Et il exprime aussi la nécessité symbolique, pour ce peuple, d'utiliser le cuivre, matière rare, donc marque de richesse. En ce qui concerne le choix des motifs qui constituent les reliquaires,la plupart des motifs décoratifs étant des signes liés au système d’organisation familiale ou aux croyances religieuses ».

Ces populations voisines, et pas nécessairement Kota, n'ont cessé d'échanger, tout en se déplaçant, au moins aux XIXe et XXe siècles.

Les figures d'ancêtres, gardiens de reliquaire dits « Kota » présentent 15 styles différents selon l'étude de Louis Perrois[53], desquels on peut dégager plusieurs grands styles.

  • Les figures foliacées, qui proviennent des Mahongwe de la région de Mékambo au Gabon et Kéllé au Congo. L'une d'entre elles date (datation par le carbone 14) du XVIIe siècle.
Les Shamaye de la rivière Mouniandjê (ou Mouniangui)[54] et les Shake de l'Ivindo en ont élaboré un style légèrement différent[55].
  • Dans la région de la Sébé, plusieurs variantes, toujours selon l'étude Louis Perrois précitée :
Les figures à lamelles et plaquettes de cuivre des Obamba (qui ont fusionné plusieurs styles au cours de leurs déplacements au XIXe siècle
- Le style kota le plus « classique », à plaques de cuivre seules et coques latérales étroites. Au Sud, ovales à lamelles horizontales, mais avec une coiffe à coques latérales amples [...]. Ce style correspondrait aux figures rassemblées par Brazza et ses compagnons dans les années 1880 entre les rapides de la Doumè et Masuku-Franceville. Ces objets sont Obamba du Sud, mais peut-être aussi Ndumu-Ondumbo, voire Nzebi.
- Au Moyen-Congo, région de Zanaga et Sibiti, visage ovoïde dans une sorte d'auréole striée. Front proéminent. Coiffure sans cimier à deux coques latérales qui s'enroulent en spirale [...]. Ces objets seraient ndasa et wumbu.
- Également ndasa (Sibiti au Congo) : visage convexe, joues pleines, épaisses scarifications obliques, bouche ouverte aux dents acérées [...]
Les figures dites « à tête de mort » des meilleurs artistes Obamba de la vallée de la Sébé (affluent de l'Ogooué) : « facture toute en rondeur et fortement expressive »
  • Figures de reliquaire des Kota du Sud. Front bombé surmontant une face « en cœur ». Obamba ou Wumbu.

Cette sélection est, bien sûr, très partielle au regard du foisonnement des formes et de la diversité des objets.

Art des Kota et art moderne[modifier | modifier le code]

Les premiers occidentaux à être revenus des pays kota firent dons de ce qui pouvait en témoigner et qui fut présenté au public parisien de la fin du XIXe siècle, sous forme de panoplies assemblant des figures d'ancêtres, gardiens de reliquaires et des armes. Le musée d'ethnologie de Berlin fit de même avec la collection du Dr. Oscar Lenz, et la collection fut augmentée par les dons de J.F.G. Umlauf et de Karl Einstein, en 1926. Le galerie Paul Guillaume s'intéressa, lui aussi, aux reliquaires kota à Paris. Dans le même temps, à New York, Edward Steichen, organisa en 1914 une exposition consacrée à ce que Félix Fénéon appelait alors, en France, les « arts lointains », considérés selon Steichen comme étant les « racines de l'art moderne » : on y voyait, par exemple, une majestueuse figure d'ancêtre à front bombé jouxtant une peinture de Picasso cubiste[56].

Cependant, le style de l'art dit « Kota » aurait pu intéresser Picasso dès 1907, s'il l'avait rencontré, mais il n'a pas eu sous les yeux le masque Mahongwé, de la collection des musées Barbier-Mueller qui est évoqué ci-dessus. Il a, en effet, peint plusieurs tableaux et réalisé de nombreuses études dessinées et peintes qui ont amené à trois toiles de 1907, depuis la demoiselle accroupie des Demoiselles d'Avignon, le Nu à la draperie et jusqu'aux figures de la Danseuse, à l'automne 1907. Cet ensemble témoigne des recherches sur la figuration humaine qu'effectuent plusieurs artistes à Paris après 1905, où la confrontation avec la sculpture africaine rencontrée au Musée d'ethnographie du Trocadéro et les quelques tout premiers objets visibles dans les collections privées et chez les marchands ont pu, au moins, les conforter dans leur démarche artistique[57].

Aux expositions de 1930, galerie Pigalle, puis au Museum of Modern Art de New York en 1935, de nombreuses figures de reliquaires kota furent présentées pour la première fois en tant qu'œuvres d'art[58].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Louis Perrois, « L'art kota-mahongwé », Arts d'Afrique noire, n°20, 1976, p. 16
  2. Source RAMEAU, BnF [1]
  3. Louis Perrois, 1970, p. 20 (note 1). Carte : figure 1, p. 21. Aussi pages 104-105.
  4. Louis Perrois dans Yves Le Fur (dir.), 2017, p. 104
  5. Marie-Claude Dupré, 1980, p. 343 -355. Tous les Obamba rencontrés par cette ethnologue ont « refusé avec véhémence d'être confondus avec des Kota » (p. 344).
  6. Cette critique vise plus que Louis Perrois puisqu'elle s'adresse d'abord à ceux qui n'auraient fait que s'inspirer de cet auteur sans le lire intégralement, ni les références de leur propre bibliographie, les auteurs de L'art kota, Alain et Françoise Chaffin, 1979.
  7. De l'assimilation des Obamba aux Kota, Guy Claver Loubamono-Bessacque in Yves Le Fur (dir.), 2017, p. 119
  8. E. Anderson, Contribution à l'ethnographie des Kuta, I, 1953, 212 pages (version d'origine).
  9. Carte de ces déplacements dans Panorama des déplacements, Guy Claver Loubamono-Bessacque in Yves Le Fur (dir.), 2017, p. 23
  10. Guy Claver Loubamono-Bessacque in Yves Le Fur (dir.), 2017, p. 18-25
  11. Guy Claver Loubamono-Bessacque in Yves Le Fur (dir.), 2017, p. 118
  12. Les dates indiquées sur le site des Archives nationales d'outre-mer indiquent, pour ce deuxième voyage : 1879-1882. Par ailleurs, l'auteur de l'introduction au livre de Léon Guiral indique que celui-ci intégra la mission de Brazza en 1880 et qu'il fut rapatrié en 1883.
  13. La récolte du caoutchouc sauvage, principal produit du pays avant l’ère de l’okoumé, amènera de graves abus (travail forcé, épidémies dues aux déplacements de population, famines). : Archives Larousse Encyclopédie, édition 1971-76 en ligne.
  14. Louis Perrois, 2012, p. 17
  15. Léon Guiral, 1889, p. 15, en ligne sur Gallica.
  16. Louis Perrois, 2012, p. 19-21
  17. Alain et Françoise Chaffin, 1979, p. 15
  18. Jean Sellier (et al.), Atlas des peuples d'Afrique, nouvelle édition, La Découverte, 2004. (ISBN 2-7071-4743-5), p. 164-165.
  19. Guy Claver Loubamono-Bessacque dans Yves Le Fur (dir.), 2017, p. 18-25, cartes des migrations, dont les groupes Kota, p. 22 et 23.
  20. Louis Perrois dans Yves Le Fur (dir.), 2017, p. 104
  21. Louis Perrois dans Yves Le Fur (dir.), 2017, p. 104, carte des migrations et des groupes Kota, p. 105.
  22. Yves le Fur, carte p. 15 : « Principaux groupes culturels » et Louis Perrois dans Yves Le Fur (dir.), 2017, p. 38, carte des rapports entre les styles d'œuvres.
  23. Michel Leveau dans Christiane Falgayette-Leveau dir., 2015, p. 19
  24. Louis Perrois, Cœur et périphérie des styles, dans Yves Le Fur (dir.), 2017, p. 46
  25. Louis Perrois, Les Kota, dans Yves Le Fur (dir.), 2017, p. 112
  26. Georges Dupré, Un ordre et sa destruction, ORSTOM, , 446 p., 24 cm (ISBN 2-7099-0625-2, lire en ligne), p. 30-31
  27. À propos de la visite effectuée par Brazza au village des chefs Ndumu, Pongo et N'Ghémi, en 1877 : Louis Perrois, 2012, p. 14-16. À propos de cette exposition, lire la critique de Hemley Boum, Arts : les voleurs d’âmes du quai Branly : in Jeune Afrique, 26-02-2018.
  28. Alain et Françoise Chaffin, 1979, p. 19. Voir aussi : Marie-Claude Dupré, 1980.
  29. Brazza, Voyage dans l'Ouest africain, dans Le Tour du monde, 1888, n° 55, p. 50 (voir aussi, 1887 n° 54, p. 328). Gravure reproduite dans Louis Perrois, Les Kota in Yves Le Fur (dir.), 2017, p. 109. Textes et illustrations en ligne sur le site Institut Français - fonds Gabon, gravure page 50. La population des Ndumu y est évoquée en tant qu'Ondoumbo (Ndumu). Aujourd'hui, ni les uns ni les autres, ne sont considérés comme des Kota.
  30. Louis Perrois, 2012, p. 16
  31. Yves Le Fur (dir.), 2017, p. 87-129
  32. « Masque Hongwe ou Ngare, République du Congo », (masque des Kota, Mahongwe), de la collection des Musées Barbier-Mueller. Commentaire détaillé : image 2 sur 3. Référence L'Autre Visage : masques africains de la collection Barbier-Mueller, Iris Hahner-Herzog, 2000, (ISBN 2876602997)
  33. Le primitivisme dans l'art du XXe siècle : les artistes modernes devant l'art tribal sous la dir. de William Rubin ; [éd. française sous la dir. de Jean-Louis Paudrat], 1991. (ISBN 2-08-012964-3), T 1.
  34. Metropolitan Museum of Art
  35. Musée du quai Branly
  36. British Museum
  37. Brooklyn Museum
  38. Castello Sforzesco, Milan
  39. Exceptionnel panier-reliquaire surmonté d'une statue de gardien, Ondumbo (Ndumu). Musée du quai Branly
  40. Louis Perrois, Les Kota in Yves Le Fur (dir.), 2017, p. 108
  41. Hélène Joubert (conservateur, responsable de l'unité patrimoniale Afrique au musée du quai Branly), L'Art africain, éditions Scala, 2006, collection Tableaux choisis, p. 59.
  42. Cartel, au Muséum de Toulouse.
  43. Louis Perrois, présentation du livre Kota aux éditions 5 Continents.
  44. (C. 14 : 1640-1670) : Yves Le Fur (dir.), 2017, p. 362, n° 136.. Cette datation est en conflit avec la fiche du musée qui conserve 1ère moitié XIXe siècle.
  45. Musée du quai Branly au Pavillon des Sessions
  46. Musée Bernard d'Agesci
  47. Musée du quai Branly
  48. Musée des Confluences
  49. Musée d'Art moderne de la Ville de Paris
  50. Musée du quai Branly
  51. Musée du quai Branly. Les « Ondoumbo » du Haut-Ogooué, désigne, par leur ancien nom, les Ndumu de la région de Franceville-Masuku. (Louis Perrois, Les Kota in Yves Le Fur (dir.), 2017, p. 108
  52. Musée du quai Branly
  53. Documentation iconographique dans Yves Le Fur (dir.), 2017, p. 87-102 et p. 42 pour les grands styles, Louis Perrois, Style, cœur et périphérie.
  54. Rivière Mouniandjê, affluent de l'Ivindo.
  55. Documentation iconographique : n° 141, 142, 143 dans Yves Le Fur (dir.), 2017, p. 108
  56. Louis Perrois, 2012, p. 22 en référence à l'article de Jean Louis Paudrat dans Le Primitivisme dans l'art du XXe siècle : les artistes modernes devant l'art tribal, 1991, (ISBN 978-2080129642), [1re éd. 1987, (ISBN 2-08-012091-3)], ill. p. 152.
  57. William Rubin (dir.) et al., Le Primitivisme dans l'art du XXe siècle : les artistes modernes devant l'art tribal, Paris : Flammarion, , 703 p., 32 cm (ISBN 2-08-012091-3)
  58. Louis Perrois, 2012, p. 23. Soit dix pièces (n° 377-387) à l'exposition African Negro Art, catalogue en ligne, au MOMA en 1935, le curateur étant James Johnson Sweeney (en) (1900–1986), fervent promoteur de l'art moderne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Efraim Anderson, Contribution à l'ethnographie des Kuta l, IL Studia Ethnographica UpsaIiensia - Vol. VI &. XXXVIll, Almqvist & Wiksell, Uppsala, 1953 & 1914.
  • Efraim Anderson, Contribution à l'ethnographie des Kuta III, Occasional Papers XV, S. Lagercrantz and A. lôôv, 1991.
  • Alain et Françoise Chaffin, L'art kota : les figures de reliquaire, Meudon, coll. « Collection Alain Schoffel, (ISSN 0757-8563) », , 348 p., 28 cm
  • Gérard Delorme, « Réflexions sur l'art funéraire Kota », in Arts d'Afrique noire, no 123, 2002
  • Hubert Deschamps, « Kota », in Traditions orales et archives au Gabon. Contribution à l'ethno-histoire, Berger-Levrault, Paris, 1962, p. 65-71
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleMarie-Claude Dupré, « L'art kota est-il vraiment kota ? », L’Ethnographie, vol. 76, no 83,‎ , p. 343-355 (p. 355: carte [de Lastourville et Okondja à Mossendjo et Zanaga] des populations et limite forêt/savane : sources Soret 1955)
  • Christiane Falgayette-Leveau (dir.) et al., Chefs-d'œuvre d'Afrique dans les collections du musée Dapper, Musée Dapper, , 314 p., 32 (ISBN 978-2-915258-41-7 et 978-2-915258-42-4), p. 19-43, Michel Leveau, La découverte des figures de reliquaire dites Kota
  • Jacques Germain, « De la figure de reliquaire concave-convexe dite à front bombé des Kota », Arts d'Afrique noire, n°117, 2001, p. 12-22.
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleLéon Guiral (1858-1885), Le Congo Français : du gabon à Brazzaville, Plon, (lire en ligne)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleYves Le Fur (commissaire et directeur de la publication), Louis Perrois (conseiller scientifique) et al. (Exposition : Musée du quai Branly, 2017-2018), Les forêts natales : Arts d'Afrique équatoriale atlantique, Actes Sud et Musée du quai Branly, , 367 p., 33 cm (ISBN 978-2-35744-097-5), p. 15 (carte des principaux groupes culturels concernés dans cette exposition)
  • Valérie Nam, Une image de l'invisible - Les figures de reliquaire Kota, Université de Tours, 1999 (Mémoire de maîtrise)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleLouis Perrois, Kota : Trilogie du Gabon, Milan, 5 Continents, coll. « Visions D'Afrique », , 164 p., 24 cm (ISBN 8874396066)
  • Louis Perrois, « L'art kota-mahongwé. Les figures funéraires du Bassin de l'Ivindo (Gabon-Congo) », Arts d'Afrique noire, n°20, 1976, p. 15-37, [lire en ligne].
  • Louis Perrois, « Chronique du pays kota (Gabon) », Cah. de l'ORSTOM, vol. VII, no 2,‎ , p. 15-110 (lire en ligne, consulté le 29 août 2019).
  • Louis Perrois, Le bwete des Kota-Mahongwé du Gabon : note sur les figures funéraires du bassin de l'Ivindo, Orstom, Libreville, 1969.
  • Louis Perrois, La circoncision bakota, Cahiers de l'ORSTOM, vol. V, 1968, [lire en ligne].
  • Louis Perrois, Note sur quelques aspects de la circoncision bakota, Gabon, Office de la recherche scientifique et technique outre-mer, Libreville, 1967, 154 p., [lire en ligne]

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