Balafon

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Balafon
Image illustrative de l'article Balafon
Un balafon

Variantes modernes bala
balani
Variantes historiques Sosso Bala
Classification idiophone ou autophone
Famille instruments de percussion
Œuvres principales Le Lion rouge
Instrumentistes célèbres Mory Kanté
Adama Condé
Aly Keita
Gert Kilian
Principaux facteurs Artisans africains,
Drapeau de Suisse Claude Luisier
Articles connexes Balafoniste

Le balafon, bala ou balani est un instrument de percussion idiophone mélodique originaire d'Afrique occidentale. C'est un xylophone (grèque : xylos = bois, phon = voix, donc la "voix du bois") et un des ancêtres des percussions à clavier comme le xylophone d'orchestre. Le marimba, originaire de Guatemala est son frère en Amérique du Sud. Probablement, les deux instruments se sont développés indépendamment. Des instruments de percussion mélodique en métal se nomment "métallophones". En Indonésie, on connait le gender dans la musique gamelan. Des descendants de cette famille sont le vibraphone, le glockenspiel et le carillon. L’accord du balafon peut varier selon l’ethnie, et même de village en village. Néanmoins, on trouve surtout la gamme pentatonique -gamme de cinq notes - au balafon du pays mandé (Mali, Burkina Faso, Guinea, Sénégal).

On trouve aussi le bala heptatonique ou diatonique ( gamme de 7 notes, exemple : la gamme Do majeur)

Le balafon comprend des lames en bois - souvent du palissandre-  et des calebasses creuses qui servent comme caisses de résonance. Leurs volumes correspondent à leurs notes.

Lames et calebasses sont fixés sur un cadre fabriqué avec des bâtons de bois ou de bambou ficelés par des cordes en peau de chèvre. Le balafola - joueur de balafon - (plus précisément celui qui fait parler le bala, fo en bamana = parler)  joue avec des mailloches, deux baguettes entourées de caoutchouc aux extrémités.

Souvent joué par les jelis ("griots"), le balafon accompagne les mariages, les enterrements, le rite d'initiation, la réception de personnalités comme le chef du village, ministre, etc. et des simples réjouissances.

Les peuples  mandingue comme les Senoufo, Bobo, Lobi ou Gouin utilisent des instruments comportant jusqu'à 21 lames, accordées en pentatonique. 

Son existence est attestée depuis le XIVe siècle, on retrouve des balafons dans de nombreuses régions d'Afrique, tous différents. Certains sont très sophistiqués, d'autres très simples ; d'autres encore sont gigantesques.

Le premier balafon serait né dans le Royaume de Sosso (XIIe siècle), entre la Guinée et le Mali. Ce balafon existe encore et est nommé Sosso Bala.

Cet instrument est cité dans l’hymne national du Sénégal "...Pincez tous vos koras, frappez les balafons..."

Facture[modifier | modifier le code]

On peut remarquer que deux types de balafons tendent à se « démocratiser » en Afrique occidentale :

  • Bala est le balafon à grosses calebasses, et lames larges (régions de Kolokani et Bobo Dioulasso entre autres), aux sons graves.[réf. nécessaire] Ce balafon est parfois appelé Bala dioula ou Bala sénoufo. Le nombre de lames qu'il comporte et la manière de l'accorder varient en fonction des régions, mais les balas de 14 à 18 lames en accord pentatonique sont les plus fréquents.
  • Balani (ni est un diminutif), est le balafon à petites calebasses, aux lames étroites (3 à 4 cm)[réf. nécessaire], à la tessiture plus élevée mais à l'ambitus généralement égal ou plus faible que le Bala. Il comporte généralement 21 lames.

Il est composé d'une structure de bois légère nouée avec des lanières en cuir, sur laquelle des lames en bois durs sont rangées en taille et hauteur croissantes (plus les lamelles sont courtes, plus le son est aigu). Il y a deux ou trois trous dans chaque calebasse sur lesquels sont collés des cocons d'araignée, de peau de serpent, des ailes de chauve souris ou…des papiers à cigarettes. Ces membranes grésillent avec la résonance, sonorité appelé  l'effet mirliton. Comme les calebasses sont de plus en plus grandes d'un côté, le balafon est plus haut d'un côté que de l'autre.

Pour éviter d'avoir un instrument trop large, les facteurs les courbent légèrement en arc de cercle, afin de permettre au musicien placé en son centre, de toucher toutes les lames sans se déplacer. Un balafon est généralement capable de produire de 18 à 25 notes (et comporte donc autant de lames). Cependant, certains balafons portables en comportent beaucoup moins (16, 12, 8 voire 6 ou 7).

Histoire

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Avec la découverte et l’utilisation du fer il y a 2500 ans, l’organisation sociale des sociétés africaines change. De nombreux habitants, nomades depuis la nuit des temps, deviennent sédentaires. Des castes se forment, et parmi celles des artisans, le forgeron devient le centre de toutes les activités et gagne un pouvoir important. Sans lui, il n’y a pas d’armes de chasse, ni d’outils agricoles et ustensiles de cuisine. Il est le maître du feu et du bois. Traditionnellement, il sculpte les fûts de djembé ou les lames de balafon. Le geste du balafola est le même que celui du forgeron. La mailloche adopte le mouvement du marteau et la lame remplace l’enclume. Tout laisse donc à croire que les premiers joueurs de balafon étaient les forgerons.

Dans l’un des mythes cosmogoniques mandingue, le premier habitant sur terre descendu du ciel était un forgeron. Et ce n’est sûrement pas par hasard que le balafon joue un rôle important dans l’histoire de l’avènement du royaume du Mali au 13ième siècle.

L’histoire du balafon, chantée et racontée depuis huit siècles par les jelis ("griots"), est décrite dans une véritable épopée comparable au Mahabarata de l’Inde ou à la chanson des Nibelungen en Germanie.

En voici un résumé. À la fin du 12ième siècle, Nare Maghann Konate règne sur le pays mandingue, région qui englobe à l’époque le sud-est du Mali et le nord de la Guinée d’aujourd’hui. Ce roi a deux fils, Soundiata Keita né en 1190 à Niani d’une première épouse et Dankaran Touman avec sa deuxième femme. Au décès du roi, c’est son second fils Dankaran Touman qui, poussé par sa mère, prend le pouvoir à la place de son aîné Soundiata, l’héritier légitime.

Soundiata part en exil avec quelques fidèles et voyage à travers tout le pays, pour forger des alliances avec des chefs de clans.

Nare Maghann Konate, juste avant sa mort, avait pressenti cette situation.

Il avait nommé Bala Faseke, fils de son propre jeli comme conseiller de Soundiata. Il pensait que grâce à son sens politique, il pourrait un jour aider ce dernier à reprendre le pouvoir usurpé par son demi-frère.

Au sud du pays se trouve un autre royaume, celui des Sosso.

Ce territoire est gouverné d’une main de fer par le roi-forgeron Soumaoro Kanté. Ce roi, poussé par ses velléités de grandeur, annexe les uns après les autres les petits royaumes alentour et convoite le pays mandingue pour ses gigantesques ressources en or.

Dankaran Touman, le jeune roi mandingue, inquiet des ambitions de son voisin, envoie à la cour du roi sosso le jeli Bala Faseke avec pour mission de tenter une médiation entre les deux royaumes.

Mais Soumaoro Kanté le fait prisonnier, violant ainsi la coutume ancestrale de respect du jeli.

La légende raconte que c’est Soumaoro Kanté qui un jour avait rencontré des génies (Dondoris) qui lui ont montré un instrument qu'il n'avait encore jamais vu : le balafon ! Soumaoro Kanté a voulu rester maître de ce fantastique instrument. Nul autre que lui n'avait le droit de le toucher. Si d'aventure quelqu'un en jouait, il était aussitôt exécuté. « Même si une mouche se posait dessus, il la retrouvait et la tuait », affirme-t-on encore, comme pour donner plus de force à cette interdiction.

Un jour, bravant cette interdiction, Bala Faseke pénètre dans la chambre secrète où se trouve le balafon et se met à jouer. Bien que parti chasser en brousse, Soumaoro entend le son du balafon. Immédiatement, il rentre chez lui et,

fou de rage, il s’apprête à le tuer, mais Bala Faseke envoûte Soumaoro de louanges en son honneur. Il joue avec une telle virtuosité que celui-ci se laisse charmer par la musique et le nomme son jeli personnel.

Une guerre entre Soundiata Keita et Soumaoro Kanté devient inévitable.

Après plusieurs batailles sans vainqueur ni vaincu vient, en 1235, la bataille de Kirina. Le matin, avant le début des hostilités, Bala Faseke réussit à s’enfuir pour retourner auprès de son maître originel, Soundiata Keita. Grâce au soutien retrouvé de son jeli, Soundiata gagne la guerre et devient le premier « Mansa », roi du Mali.

Son règne est le début d’une longue période de prospérité du Mali qui dure du 13ième au 16ième siècle. C’est l’apogée du balafon !

Chaque roi ou chef de village aura son jeli qui pourra exercer sa fonction et développer son art sans souci matériel.

Après la défaite de Soumaoro Kante, Bala Faseke joua encore longtemps de ce balafon lors des grandes cérémonies. Soundiata le baptisa Bala Faseke Kouyaté. Il fonda ainsi une grande lignée de griots : les Kouyatés, qui sont toujours les gardiens de ce balafon appelé le Sosso-Balafon que l’on trouve de nos jours à Niagassolo, au nord de la Guinée.

En 2004, L’UNESCO a ajouté le balafon à la liste de l’héritage culturel universel. 

Balafo au Sénégal (gravure 1825)

Jeu[modifier | modifier le code]

On en joue soit debout avec des sangles soutenant le balafon, soit assis, et on le frappe au moyen de deux baguettes recouvertes de caoutchouc.

Comme avec tous les instruments à percussion, nous pouvons, avec le balafon, observer comment le son est produit ! Mains et mailloches se lèvent et s’abaissent en un mouvement naturel. Elles frappent le bois et ça sonne ! Mais, à la différence des tambours, on entend plus qu’un simple son; on entend des notes avec lesquelles on peut produire des accords, des harmonies et des mélodies. Cela en fait un instrument à percussion mélodique, probablement l'un des premiers instrument de musique. 

La musique traditionnelle de balafon est caractérisée par une polyrythmie et une polymétrique de haute volée ! Lorsqu'ils sont joués ensemble, les balafons, avec des patterns ostinates et complémentaires, des mélodies et des improvisations superposées, forment un tissage complexe, au dessin changeant, où s’expriment de véritables métamorphoses rythmiques.  

Dans le pays mandingue, l'orchestre de balafon est composé de deux bala et deux joueurs de bara (calebasse avec une peau).

Parmi les joueurs de balafon, on trouve El Hadj Djeli Sory Kouyaté, Mory Kanté, Adama Condé, Aly Keita, Gert Kilian le balafoniste blanc, Moussa Hema, Seydou Diabaté dit « Kanazoé », Amadou Kienou, Lansiné Diabaté.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gert Kilian, Balafon Beat : une méthode et information du balafon pentatonique, Verlag Zimmermann / Allemagne, 2001
  • Eric Charry, Mande Music, Chicago Studies in Ethnomusicology
  • (en) Lynne Jessup, The Mandinka balafon : an introduction with notation for teaching, La Mesa, CA, Xylo Publications, 1983, 191 p. (ISBN 0916421007)
  • Ambrose Jackson, Aspects analytiques de la musique de balafon dans quatre sociétés camerounaises en 1975-1976, Paris, EHESS, 1979, 220 p. (thèse de 3e cycle)
Jeune joueur de balafon au Mali.

Discographie[modifier | modifier le code]

  • Gert Kilian, afro percussion - Musiques du Mali et Sénégal
  • Gert kilian, KÂLA ethno groove
  • Gert Kilian & LOOPING, "multitude" Playasound
  • Aly Keita, Akwaba Iniséné, Contre-Jour
  • El Hadj Djeli Sory Kouyate, Guinée, anthologie du balafon mandingue, Buda musique, Adès, Paris, 3 CD + 3 livrets d'accompagnement (enregistrements réalisés au Palais du peuple de Conakry en novembre 1991 par Stéphane Larrat)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Le Balafon avec Aly Keita & Gert Kilian, www.le-salon-de-musique.com 2009, ' DVD
  • Balafon, film de Bernard Surugue, CNRS Audiovisuel, Meudon, 1969, 19' (vidéocassette)
  • Les maîtres du balafon, série de quatre films de Hugo Zemp en un coffret de 3 DVD (Fêtes funéraires, 2001, 80'; La joie de la jeunesse, 2002, 70'; Le bois et la calebasse, 2002, 43', Ami, bonne arrivée !, 27', 2002). Production Sélénium Films/Süpor XAO. Distribution : L'Harmattan Vidéo (www.harmattantv.com)
  • Siaka, musicien africain, film de Hugo Zempo. 2005, 79'. Production Sélénium Films/Süpor XAO. Distribution L'Harmattan Vidéo (www.harmattantv.com)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Site de Gert Kilian avec infos sur la construction du balafon

Notes et références[modifier | modifier le code]