Antoine Hazoume

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Antoine Hazoume
Naissance
Porto-Novo
Décès
Fort-Lamy
Nationalité Drapeau de la France France; Drapeau du Bénin Bénin
Activité principale
Autres activités
Ascendants
Descendants
Flore, Alain

Antoine Hazoume, né le à Porto-Novo et mort empoisonné le à Fort-Lamy, est un homme politique et un agent des renseignements français. Il a opéré entre les années 1950 et 1960, période trouble du passage des colonies de l'empire colonial français vers les indépendances.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né le à Porto-Novo, la capitale officielle et historique du Dahomey (aujourd'hui Bénin), Antoine Hazoume est le fils de Paul Hazoumé, un ethnologue, chercheur, écrivain et homme politique béninois né en 1890 à Porto-Novo et mort en 1980 à Cotonou. Il est issu de l'ethnie mlinoritaire Yoruba.

Comme bon nombre de ses compatriotes de cette époque, il se rend en AEF (Afrique-Équatoriale française) pour y tenter sa chance. Il s'installe à Brazzaville et milite au sein du PPC (Parti progressiste congolais), fondé en 1946 par Jean-Felix Tchicaya. Celui-ci est co-fondateur et vice-président du Rassemblement démocratique africain (RDA), une fédération de partis politiques africains dont le PDCI (Parti démocratique de Côte d'Ivoire) de Félix Houphouët-Boigny prend rapidement le leadership.

Jean-Félix Tchicaya, grand pourfendeur du colonialisme à l’Assemblée nationale française, où il siège pendant toute la IVe République, est proche du Parti communiste français. En fait, le Congo-Brazzaville, dans ces années de décolonisation, est considérée comme l’une des lignes de front de la lutte anti-communiste en Afrique francophone. Paris veut à tout prix que le futur Congo indépendant ne soit pas tenu par les « rouges », mais par un responsable politique ami. Paris avait aussi initialement espéré faire de Brazzaville le pivot de l’action française en Afrique centrale en direction du Congo-Kinshasa, parce que tous les complots qui visaient l’ex-Congo belge passaient par Brazzaville.

Antoine Hazoume gravit rapidement les échelons au sein du PPC-RDA et en devient en 1957, le secrétaire général, remplaçant son compatriote greffier au Tribunal de Brazzaville, Yves Marcos[1]. La même année, la ligne officielle du RDA évolue et Jean-Felix Tchicaya, bien qu'étant cofondateur du RDA, n'apparait plus comme étant son meilleur atout au Moyen-Congo. Avec la loi-cadre Defferre de 1956, le RDA entame un virage pragmatique. Dans ces années de guerre froide, Houphouet Boigny estime qu'indépendance et développement ne riment pas forcément avec le rejet de ce que la colonisation française a apportée. La France et ses alliés francophones, dont le président ivoirien, misent alors sur l'abbé Fulbert Youlou, nouveau venu sur la scène politique congolaise[2],[3],[4].

Deux hauts dignitaires du RDA sont mandatés à Brazzaville pour négocier ce virage politique. Le docteur Youssoupha Sylla et Ouezzin Coullibaly découvrent alors les talents d'Antoine Hazoume qui opère activement le transfert d'affiliation politique du PPC de Jean-Felix Tchicaya vers l'UDDIA (Union démocratique pour la défense des intérêts africains) de Fulbert Youlou.

Transfuge du PPC vers l'UDDIA, Antoine Hazoume devient conseiller politique de Youlou et agent d'influence du RDA à Brazzavile.

En 1959, Antoine Hazoume intègre le séminaire de la Djoumouna (école des cadres anticommunistes) dirigé par Alfred Delarue, dit "Monsieur Charles", ancien inspecteur des renseignements généraux de la préfecture de police de Paris, compromis sous l'occupation. Hazoume s'y distingue et est repéré comme le meilleur élément. C'est à ce titre qu'il intègre le cabinet politique de l'abbé, dont il est nommé directeur.

Le 4 février 1960, il est l'une des figures clés de la réunion de Madibou. On estime que c'est à cette période qu'intervient son recrutement comme agent du SDECE dirigé par Maurice Robert.

Le 24 décembre 1966, la veille de Noël, le résident du SDECE au Tchad trouve son corps étendu, mort, dans la chambre 108 de l’hôtel La Tchadienne à Fort-Lamy devenu aujourd'hui N’Djaména. Il semblerait qu'il ait été empoisonné.

Hommage[modifier | modifier le code]

En 2015, à la faveur d'un reportage sur Jacques Foccart, le premier "Monsieur Afrique" de la Ve République et ses réseaux, diffusé par RFI[5], Alain Hazoumé, le fils d'Antoine, qui ignorait tout de cette facette de son père, apprend avec stupeur que celui-ci était en fait agent des services secrets, agent du SDECE, et acteur de la Françafrique.

Tout de suite après sa dispartion, des individus vont fouiller la maison d'Antoine Hazoumé et emporter deux valises pleines de documents. Ils en oublieront certains dans la cave, que la famille a décidé de déposer aux archives nationales, au sein d’un « fonds Hazoumé ».

C'est grâce à la « Grande Collecte » organisée par les archives nationales de France du 18 au 20 novembre 2016, que l’histoire d’Antoine Hazoumé, cet homme de l'ombre, agent des services secrets français, conseiller politique de plusieurs chefs d’État d’Afrique centrale et occidentale a pu être révélée au grand jour. Le mérite en revient en grande partie à Jean-Pierre Bat[6], agrégé et docteur en histoire, en charge de ce fonds d’archives d'une richesse exceptionnelle.

Cette collecte permet aux Français et aux personnes résidant en France de pouvoir apporter dans cent lieux de collecte des photos, des courriers, des carnets qu’ils détiennent et qui peuvent enrichir la mémoire collective. Le thème retenu l'année dernière était " Afrique France, XIXe-XXe siècle "[7]. Disponibles en libre accès, ces documents conservés aux Archives nationales, à Pierrefitte, dans la banlieue nord de Paris, peuvent désormais livrer leurs secrets.

Flore Hazoumé, la fille d'Antoine, née à Brazzaville en 1959, dans son récit "Je te le devais bien.."[8], rend hommage à ses deux parents, d'abord à sa mère congolaise, tante de l'homme poilitique Bernard Kolelas et ensuite à son père béninois.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Wilfrid Sathoud, « 45ème anniversaire de la disparition de Jean Félix-Tchicaya », Congopage,‎ (lire en ligne)
  2. Jean-Pierre Bat, Vincent Hiribarren, « Africa4 - Le « barbouze » africain de Foccart - Libération.fr », sur libeafrica4.blogs.liberation.fr (consulté le 12 août 2017)
  3. « Fonds Hazoumé, le visage intime de l’agent », RFI,‎ (lire en ligne)
  4. Jean-Pierre BAT, « Les décolonisations au XXe s. Les hommes de la transition. Itinéraires, actions et traces : «L’ami Antoine»: Antoine Hazoume, militant RDA, conseiller présidentiel et agent secret », Racine du Présent, Paris, L'Harmattan,‎ , p. 274 (ISBN 978-2-3430-3023-4, lire en ligne)
  5. (en) Player FM, Série La «Grande collecte» (volet 4/4): Antoine Hazoume (lire en ligne)
  6. « La fabrique des barbouzes, Histoire des réseaux Foccart en Afrique (Jean Pierre Bat) », sur www.nouveau-monde.net (consulté le 12 août 2017)
  7. « Jean-Pierre Bat : « Houphouët-Boigny était la tête de pont du système » de la Françafrique – JeuneAfrique.com », JeuneAfrique.com,‎ (lire en ligne)
  8. « Je te le devais bien... | Takam Tikou », sur takamtikou.bnf.fr (consulté le 12 août 2017)


Lien externe[modifier | modifier le code]