Kituba

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Kituba
kituba, munukutuba, kikóngo ya létá
Pays République démocratique du Congo, République du Congo
Nombre de locuteurs RC : 1 160 000 (1987)[1]
RDC : 4 200 000 (1990)[2]
Écriture Écriture latine et alphabet latin (en)
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle Langue nationale et langue non officielle :
Drapeau de la république démocratique du Congo République démocratique du Congo
Drapeau de la république du Congo République du Congo
Codes de langue
ISO 639-3 mkw – RC
ktu – RDC
IETF mkw, ktu
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français)

Kibuku yantete

Bantu nyonso, na mbutukulu kevwandaka na kimpwanza ya bawu, ngenda mpe baluve ya mutindu mosi. Mayela na mbanzulu ke na bawu, ni yawu yina bafwana kusalasana na bumpangi.
Wikipédia en Kituba dans l'Incubateur de Wikimedia.

Le kituba, aussi appelé munukutuba, kikongo ya leta ou kikongo du gouvernement, est un créole kikongo, un kikongo simplifié, modifié et véhiculaire parlé comme seconde ou première langue en République du Congo, entre Brazzaville et Pointe-Noire et en République démocratique du Congo par plus de 4 millions de personnes [3]. Le nom kikongo est souvent utilisé à tort pour désigner le kituba.

Histoire[modifier | modifier le code]

D’après Thomas Albert Sebeok et Jack Berry[4], lorsque les commerçants, explorateurs et colons européens sont arrivés pour la première fois dans la région des Kongos, le Fiote[5] a été utilisé comme moyen de communication entre européens et africains.

Ces auteurs[4] disent plus loin ne pas savoir exactement quand est-ce qu’une forme très simplifiée du Kikongo avait été utilisée comme moyen de communication entre Kongos et africains non Kongos. Mais Fr. Swartenbroekx[4] suggère qu’au XVIe siècle il y avait la présence d’une forme simplifiée du Kimpangu[6] dans le Kwilu-Kwango.

Ce qui est sûr, c’est que le Kituba (Kikongo ya Leta) a émergé durant les colonisations Belge et Française (1885-1960), notamment avec la construction du chemin de fer (Matadi-Kinshasa) occasionnant la main d’œuvre des africains non Kongos ou encore avec les compagnies commerciales, les missionnaires, les agents de l’Etat colonial Belge, les caravaniers et les porteurs africains allant des régions Kongos aux régions non Kongos (exemples: Loango-Brazzaville, Kongo central-Kwango) ainsi qu’avec un grand nombre d’enfants orphelins lingalaphones qui furent amenés à Boma pour y recevoir l’instruction[4],[7],[8],[9],[10],[11],[12],[13]. Qui plus est, kituba était anciennement appelé kibulamatadi (ou kibulamatari, c’est-à-dire le parler des briseurs de pierres en français), kikwango (littéralement : le parler du kwango), ikeleve (littéralement : il n’en est rien) ou kizabave (littéralement : ne pas savoir). Dans les milieux académiques, Kituba est appelée Kituba, Munukutuba, Monokutuba, Kikongo ya leta (leta est le dérivé du français « l'État ») et Kikongo-Kituba pour la différencier du Kikongo (KiYombe, KiZombo, KiNsundi, KiManianga, KiSansala, etc.) [7],[14].

L'essentiel des mots du Kituba proviennent du Kikongo. D'autres langues africaines (Yansi, Téké, Lingala, Swahili, etc.) ont également influencé le Kituba. Outre cela, de nombreux mots ont été empruntés au Français, au Portugais et à l'Anglais [15].

Classification[modifier | modifier le code]

Distribution géographique des langues kongo et du kituba. N. B. [16],[17],[18] : Petite erreur sur la carte, le kisikongo (aussi appelé kisansala par certains auteurs) est le kikongo parlé à Mbanza Kongo. Le kisikongo n’est pas la langue mère qui porte le groupe linguistique kongo.

En République démocratique du Congo, le kikongo ya leta est parlé comme langue véhiculaire (lingua franca) dans les provinces du Kongo central, du Kwango et du Kwilu et, dans une moindre mesure, à Kinshasa, au Mai-Ndombe et au Kasaï.

En République du Congo, le kituba est parlé dans les régions de Kouilou, Pointe-Noire, Niari, Bouenza, Lékoumou et dans la capitale Brazzaville. Le lingala est plus populaire dans le nord du pays.

L’Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a publié une traduction de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme en kituba.

Statut[modifier | modifier le code]

La Constitution de 2002 de la République du Congo utilise le nom « kituba » (kituba signifie parler ou énoncer) pour dénommer la langue, remplaçant le terme « munukutuba » (munukutuba signifie moi, je dis), utilisé dans les constitutions précédentes. Le nom officiel de la langue y est donc « kituba »[19],[20],[21].

En République démocratique du Congo, la Constitution spécifie que le kikongo est une des quatre langues nationales [22],[23], mais le kikongo ya Leta est une langue utilisée dans l’administration, à la radio et à la télévision [24],[25],[26],[27]. Ceci peut s’expliquer par le fait que « kikongo ya Leta » (kikongo ya Leta signifie kikongo de l’État ou kikongo du gouvernement) est appelé à tort « kikongo » [28],[29],[21],[30].

Écriture[modifier | modifier le code]

L'alphabet latin est utilisé pour transcrire le kituba.

L’écriture mandombe, créée en République démocratique du Congo, est aussi utilisée pour transcrire le kituba.

Ordre alphabétique[modifier | modifier le code]

A B D E F G I K L M MB MF MP MV N ND NG NK NL NS NT NZ O P S T U V W Y Z
a b d e f g i k l m mb mf mp mv n nd ng nk nl ns nt nz o p s t u v w y z

Prononciation[modifier | modifier le code]

Voyelles[modifier | modifier le code]

Voyelles (courte, longue) en API
Antérieur Postérieur
Fermé /i/, /iː/ /u/, /uː/
Mi-fermé /e/, /eː/ /o/, /oː/
Ouvert /a/, /aː/

Le kituba possède cinq voyelles dont la quantité vocalique change le sens, donc cinq voyelles courtes et cinq voyelles longues. La longueur de voyelle change le sens des mots de des paire minimale[31] :

  • [kùsìkísà] (faire tarir) et [kùsìːkísà] (vanter, se vanter)
  • [kùsálà] travailler et [kùsáːlà] (mépriser)
  • [kùtéká] (vendre) et [kùtéːkà] (apparaître)
  • [kùsóla] (défricher) et [kùsóːlà] (choisir)
  • [kùkúlà] (grandir) et [kùkúːlà] (délivrer)

Consonnes[modifier | modifier le code]

Bilabial Labio-
dental
Alvéolaire Post-
alvéolaire
Palatal Vélaire
Occlusif p b t d k g
Nasal m n ŋ
Fricatif f v s z (ɕ) (ʑ)
Spirant j
Spirant latérale l

Dans certaines variétés du kituba :

Prénasalisation[modifier | modifier le code]

Le kituba contient plusieurs consonnes prénasalisées :

Consonnes b d ɡ p t k f v s z
Prénasalisation mb nd ŋg mp nt ŋk mf mv ns nz

Les consonnes occlusives sourdes prénasalisées sont souvent substituées par leurs équivalents non prénasalisés :

  • /mp/: [mp] ou [p]
    • e.g.: mpimpa est prononcé [mpi.mpa] mais parfois [pimpa] ou [pipa]
  • /nt/: [nt] ou [t]
    • e.g.: ntinu est prononcé nti.nu mais parfois [ti.nu]
  • /ŋk/: [ŋk] or [k]
    • e.g.: nkento est prononcé [ŋke.nto] mais parfois [ke.nto]
  • /ns/: [ns] or [s]
    • e.g.: nionso est prononcé [ɲo.nso] mais parfois [ɲo.so]

Les consonnes occlusives sonores prénasalisées, /mb/, /nd/, /ŋg/, /nz/ ne varient pas en général.

Les consonnes fricatives prénasalisées sont parfois substituées par leurs équivalents affriqués :

  • /nz/: [nz] ou [ndz]
    • e.g.: manzanza est prononcé [ma.nza.nza] mais parfois [ma.ndza.ndza]
  • /mf/: [mf] ou [mpf]
    • e.g.: mfumu est prononcé [mfu.mu] mais parfois [mpfu.mu]

Grammaire[modifier | modifier le code]

Classes[modifier | modifier le code]

classe préfixe
nominal
exemple traduction
1 mu- muzombi chasseur
2 ba- bazombi chasseurs
3 mu- mulangi bouteille
4 mi- milangi bouteilles
5 di- dinkondé banane
6 ma- mankondé bananes
7 ki- kiti chaise
8 bi- biti chaises
9 n-/m- nzo maison
11 lu- lusuki poil
11a n-/m- nsuki poils
12 ka- kamwana tout petit enfant
13 tu- tubana petits enfant
14 bu- bunduki fusils
14a ma- manduki fusils
19 fi-/ka- fimasa un peu d’eau
21 ku- kudya manger

On peut dénombrer neuf classes ou particules. La plupart renvoient à des catégories philosophiques, présentes dans cette zone géographique. Elles vont par paire (singulier/pluriel). Seules deux classes n'admettent pas de pluriel.

  • Classes ou particules allant par paire (singulier/pluriel) :
    • mu-/ba- (1/2)
      • e.g.: mukongo un kongo, bakongo les kongos
    • mu-/mi- (3/4)
      • e.g.: mulangi une bouteille, milangi bouteilles
    • di-/ma- (5/6)
      • e.g.: dinkonde une banane, mankonde bananes
    • ki-/bi- (7/8)
      • e.g.: kima une chose, bima choses
    • lu-/tu- (11/13)
      • e.g.: ludimi une langue, tudimi ou baludimi langues
    • yi-/bayi- (2)
      • e.g.: yinti un arbre, bayinti arbres
    • n-/ban- (9/2)
      • e.g.: ngulu un porc, bangulu porcs
    • ka-/tu-
      • e.g.: kamwana tout petit enfant, tubana petits enfants
  • Classes ou particules qui n'admettent pas de pluriel :
    • Préfixes ou classes d'abstraction : bu-, lu-
    • Préfixes ou classes (ou particules) verbales : ku-

Il est très important de noter qu'en munukutuba, la reconnaissance du genre passe en second lieu. Il apparaît uniquement lorsque l'on veut préciser qu'il s'agit du masculin ou du féminin. On fait dans ce cas appel à un adjectif approprié.

Conjugaison[modifier | modifier le code]

Les verbes du kituba se conjuguent en ajoutant des préfixes et suffixes à la racine.

Mode indicatif[modifier | modifier le code]

temps nuance préfix/suffix exemple
passé antérieur -ak- saláka
récent mé sála
historique vandaka ku- vandáka kusála
continuatif mé -ak- mé saláka
présent général ké sála
(1) kéna ku- kéna kusála
continuatif ké -ak- ké saláka
futur immédiat ké sála
éloigné ta ta sála
continuatif ta -ak- ta saláka

Mode impératif[modifier | modifier le code]

nuance exemple
momentané sála
habituel saláka

Littérature[modifier | modifier le code]

Un livre (Nelson Rolihlahla Mandela: Mbandu ya luzingu par Protais Yumbi) écrit en Kikongo ya Leta a été finaliste de l'édition 2018 des Grands Prix des associations littéraires[32],[33]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Fiche langue du kituba de la République du Congo[mkw]dans la base de données linguistique Ethnologue.
  2. (en) Fiche langue du kituba de la République démocratique du Congo[ktu]dans la base de données linguistique Ethnologue.
  3. Philip M. Peek et Kwesi Yankah, African Folklore: An Encyclopedia, Routledge, 2004, p.698
  4. a b c et d Jack Berry et Thomas Albert Sebeok, Linguistics in Sub-Saharan Africa, Mouton De Gruyter; Reprint 2017 ed. édition (1 avril 1971), p. 525.
  5. Le mot fiote signifie noir et signifie aussi parler une langue africaine c’est-à-dire l’Ibinda, le Vili, le Woyo, etc.
  6. Kimpangu : Kikongo parlée dans l’ancienne province du Royaume du Kongo « Mpangu »
  7. a et b (en) Salikoko Sangol Mufwene, « Kikongo-Kituba », sur Britannica (consulté le 11 décembre 2020).
  8. William J. Samarin, « Versions of Kituba’s origin: Historiography and theory1 », sur University of Toronto, Canada (consulté le 10 janvier 2021).
  9. Flavien Nkay Malu , La mission chrétienne à l'épreuve de la tradition ancestrale (Congo belge, 1891-1933): la croix et la chèvre, KARTHALA Editions, 2007, p. 223
  10. Salikoko S. Mufwene , Iberian imperialism and language evolution in Latin America, University of Chicago Press , 2014, p. 33
  11. Derek Nurse et Gérard Philippson , The Bantu Languages, Routledge, 2006, p. 203
  12. Edouard Eliet , Les langues spontanées dites commerciales du Congo: le monokutuba comparé au lingala et au lari de la région du Pool, V. Simarro, 1925, p. 7
  13. Phyllis Martin, Leisure and Society in Colonial Brazzaville, Cambridge University Press, 2002, p. 40-44
  14. Louis-Jean Calvet , Towards an Ecology of World Languages, Polity, 2006, p. 206
  15. William Frawley, International Encyclopedia of Linguistics: 4-Volume Set, Oxford University Press, USA, 2003, p. 351
  16. Jasper DE KIND , Sebastian DOM, Gilles-Maurice DE SCHRYVER et Koen BOSTOEN, Fronted-infinitive constructions in Kikongo (Bantu H16): verb focus, progressive aspect and future, KongoKing Research Group, Department of Languages and Cultures, Ghent University, Université Libre de Bruxelles, 2013
  17. Koen Bostoen et Inge Brinkman, The Kongo Kingdom: The Origins, Dynamics and Cosmopolitan Culture of an African Polity, Cambridge University Press, 2018
  18. Raphaël Batsîkama Ba Mampuya Ma Ndâwla, L'ancien royaume du Congo et les Bakongo, séquences d'histoire populaire, L'harmattan, 2000
  19. « Constitution du 20 janvier 2002 », sur Digithèque matériaux juridiques et politiques, Jean-Pierre Maury, Université de Perpignan (consulté le 10 décembre 2020).
  20. « Constitution de 2015 », sur Digithèque matériaux juridiques et politiques, Jean-Pierre Maury, Université de Perpignan (consulté le 10 décembre 2020).
  21. a et b (en) Salikoko Sangol Mufwene, « Kikongo-Kituba », sur Britannica (consulté le 11 décembre 2020).
  22. « Constitution de la République Démocratique du Congo », sur Organisation mondiale de la propriété intellectuelle ou World Intellectual Property (WIPO) (consulté le 10 décembre 2020), p. 11.
  23. « Constitution de la République Démocratique du Congo de 2006 modifiée en 2011 », sur Organisation mondiale de la propriété intellectuelle ou World Intellectual Property Organization (WIPO) (consulté le 6 janvier 2021), p. 6.
  24. Sandro Sessarego et Fernando Tejedo-Herrero, Spanish Language and Sociolinguistic Analysis, John Benjamins Publishing Company, 2016, p.50-51
  25. PY Esther et Thomas Bearth, « Langues et education en Afrique noire », sur THE EDUCATIONAL RESOURCES INFORMATION CENTER(ERIC), Institut de Linguistique, Université Neuchatel, Suisse, (consulté le 19 janvier 2021), p. 18.
  26. « RDC INFO DU 24/05/2012 EN KIKONGO (Rectification: KIKONGO YA LETA) sur la chaîne de télévision TELE50 », sur YouTube, (consulté le 19 janvier 2021).
  27. « INFO EN KIKONGO (Rectification: KIKONGO YA LETA) - 21 MARS 2012 sur la chaîne de télévision RTNC », sur YouTube, (consulté le 19 janvier 2021).
  28. Foreign Service Institute (U.S.) and Lloyd Balderston Swift, Kituba; Basic Course, Department of State, 1963, p.10
  29. Godefroid Muzalia Kihangu, Bundu dia Kongo, une résurgence des messianismes et de l’alliance des Bakongo?, Universiteit Gent, België, 2011, p. 30
  30. Salikoko S. Mufwene, Lioba Moshi, Topics in African Linguistics: Papers from the XXI Annual Conference on African Linguistics, University of Georgia, April 1990, John Benjamins Publishing, 1993, p.244-246
  31. Mfoutou 2009.
  32. Un livre en kikongo sur Nelson Mandela finaliste des Grands Prix des Associations Littéraires 2018 (Lire sur Worlnews.net)
  33. « Protais Yumbi, Nelson Rolihlahla Mandela:Mbandu ya luzingu (1918-2013) », Nzoi,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le 28 juillet 2020)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Alexis Mfoutou, Grammaire et lexique munukutuba : Congo-Brazzaville, République Démocratique du Congo, Angola, L'Harmattan, , 344 p. (ISBN 2296226736 et 9782296226739, présentation en ligne, lire en ligne).
  • (en) Salikoko S. Mufwene, « Kitue, Kileta, or Kikongo? What’s in a name? », dans C. de Féral, Le nom des langues III. Le nom des langues en Afrique sub-saharienne : pratiques dénominations, catégorisations. Naming Languages in Sub-Saharan Africa: Practices, Names, Categorisations, Louvain-la-Neuve, Peeters, coll. « BCILL » (no 124), , 211-222 p. (lire en ligne)
  • (en) William J. Samarin, « The origins of Kituba and Lingala », Journal of African languages and linguistics, vol. 12, no 1,‎ 1990/1991, p. 47–77 (DOI 10.1515/jall.1991.12.1.47, lire en ligne)
  • (en) William J. Samarin, « Versions of Kituba’s origin: Historiography and theory », Journal of African languages and linguistics, vol. 34, no 1,‎ , p. 111–181 (DOI 10.1515/jall-2013-0004, lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]