Système pentatonique

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

En musique, un système pentatonique est une échelle musicale constituée de cinq hauteurs de son différentes.

Pentatonique vient du grec penta qui signifie cinq.

Généralement, le mot est utilisé dans un sens plus restreint, pour désigner un certain type d'échelle ne comportant aucun intervalle de demi-ton.

Les ethnomusicologues appellent ce système pentatonique anhémitonique, du grec (an-), aucun, et (hemi-), moitié, pour désigner le demi-ton.

Il s'agit par exemple des notes données par les touches noires du piano :


{
\new Staff \with { \remove "Time_signature_engraver" }
\clef treble
\time 5/1

fis'1^"fa#" gis'^"sol#" ais'^"la#" cis''^"do#" dis''^"ré#"

\bar "|."
}


Le système pentatonique de Constantin Brăiloiu[modifier | modifier le code]

De fait, un grand nombre de musiques à travers le monde utilisent ce type d'échelle. Mais selon l'ethnomusicologue Constantin Brăiloiu, ce qui caractérise ces musiques est non seulement une certaine échelle (un ensemble de sons) mais également une manière particulière de l'utiliser. Brăiloiu, qui synthétise les travaux de plusieurs autres chercheurs, parle donc de système pentatonique.

Le pycnon[modifier | modifier le code]

Dans le cas d'une gamme pentatonique sur sol (sol - la - si - ré - mi), la partie sol-la-si de l'échelle a une importance particulière :

  • elle est séparée du reste, de part et d'autre, par l'intervalle le plus grand de l'échelle (mi-sol = si-ré = 1 ton et demi) ;
  • c'est la seule suite d'intervalles qui ne se présente qu'une fois (alors que ré-mi-sol = la-si-ré ; mi-sol-la = si-ré-mi, etc.). Pour l'auditeur, c'est donc le principal point de repère à l'intérieur du mode.

Brăiloiu propose d'appeler cette section sol-la-si un pycnon (du grec pucnos qui signifie serré ; épais ; fort).

C'est donc par le pycnon que devrait commencer la numérotation des degrés. On aurait ainsi :


{
\new Staff \with { \remove "Time_signature_engraver" }
\clef treble
\time 5/1

g'1_"1"
a'_"2" 
b'_"3" 
d''_"4" 
e''_"5"

\bar "|."
}

Cela permet de décrire une mélodie en disant qu'elle est en mode 1, 2, etc., ce qui signifie essentiellement que sa note la plus grave est 1, 2, etc.

Les pyens[modifier | modifier le code]

Dans les intervalles séparant le pycnon du reste (mi-sol et si-ré) se glissent parfois des sons « secondaires et fluctuants », inhérents néanmoins au système. Brăiloiu les appelle des pyens (cette fois, l'étymologie renvoie à la théorie musicale chinoise).


{
\new Staff \with { \remove "Time_signature_engraver" }
\clef treble
\time 5/1
\cadenzaOn

g'1
a'1
b'1
c''2
d''1
e''1
f''2
g''1

\bar "|."
}

Les pyens sont secondaires car :

  • ils peuvent apparaître ou disparaître d'une version de la mélodie à une autre ;
  • leur hauteur est fluctuante : do - do♯ pour l'un, et fa - fa♯ pour l'autre ;
  • ils tombent plus souvent sur des temps faibles que sur des temps forts ;

Ils apparaissent en fait le plus souvent comme des notes de passage ou des appoggiatures.

Gamme pentatonique[modifier | modifier le code]

L'appellation « gamme pentatonique » est un abus de langage dû à une mauvaise traduction de l'allemand, « der Ton » voulant tout à la fois dire le ton et le son. Penta-ton voudrait donc dire 5 tons ou 5 sons. Nous pouvons constater que la traduction exacte serait pentaphonique qui correspondrait à une gamme de 5 sons et non pentatonique qui ferait envisager une gamme de 5 tons.

Notons que les gammes précolombiennes ne partageaient pas l'octave en six intervalles donnant 6 degrés dont on aurait utilisé que cinq) ; elles divisaient l'octave en cinq intervalles égaux donnant 5 degrés (à la façon des lithophones asiatiques anciens). (Ajoutons au passage que les syrinx des îles de la Sonde divisaient, elles, l'octave en sept intervalles égaux.]

Il en découle Si bien que la gamme « pentatonique » des Incas n'était pas superposable exactement à une gamme qui emprunterait cinq sons dans notre échelle occidentale (comme indiqué dans les exemples musicaux précédents), que ce soit dans un tempérament inégal "ancien " ou dans le tempérament égal utilisé de nos jours. Certaines notes s'en écartaient de près d'un quart de ton.

Avec l'influence espagnole, les facteurs d'instruments andins avaient donc adopté une sorte de « cote mal taillée » qui permettait à la fois de jouer "un peu faux" leurs musiques traditionnelles, et en même temps de jouer des mélodies dans la gamme occidentale.

Les gammes pentatoniques sont basées sur un cycles de 5 quintes successives, ramenées sur une seule octave. Par exemple :


{
\new Staff \with { \remove "Time_signature_engraver" }
\clef treble
\time 5/1

c'1_"do"
g'_"sol" 
d''_"ré" 
a''_"la" 
e'''_"mi"

\bar "|."
}

donne la gamme suivante :


{
\new Staff \with { \remove "Time_signature_engraver" }
\clef treble
\time 5/1

c'1_"do"
d'_"ré" 
e'_"mi"
g'_"sol" 
a'_"la" 

\bar "|."
}

Cette gamme constitue la gamme pentatonique majeure de Do.


La gamme pentatonique majeure comprend donc les intervalles suivants : tonique - seconde - tierce majeure - quinte - sixte (majeure).

La gamme pentatonique mineure comprend : tonique - tierce mineure - quarte - quinte - septième mineure.

Par exemple, la gamme de La pentatonique mineure comprend les notes la, do, ré, mi, sol, et contient les mêmes notes que la gamme de Do pentatonique majeur.

Elles sont fréquemment employées dans la plupart des musiques, et se retrouvent notamment dans le rock et le blues.

Outre la pentatonique majeure et la pentatonique mineure qui sont ses formes les plus connues, la gamme pentatonique donne aussi naissance à 2 autres modes qui n'ont pas de tierces, et enfin à un cinquième mode qui, s'il a une tierce mineure, n'a pas de quinte :


{
\new Staff \with { \remove "Time_signature_engraver" }
\clef treble
\time 5/1

d'1_"sans tierce (ni sixte)" e' g' a' c'' \bar "||"

e'_"sans quinte (ni seconde)" g' a' c'' d'' \bar "||"

g'_"sans tierce (ni septième)" a' c'' d'' e'' \bar "||"

\bar "|."
}

Exemple[modifier | modifier le code]

« Tha mi sgìth » est une mélodie celte composée avec la pentatonique sans tierce ni sixte.

Un système pentatonique ?[modifier | modifier le code]

On comprend que, dès lors, pentatonique désigne avant tout un système - et non une simple échelle. Ce qui fait la différence entre, par exemple :


{
\new Staff \with { \remove "Time_signature_engraver" }
\clef treble
\time 5/1
\cadenzaOn

c'1 d' e' f' g' a' b' c''

\bar "|."
}

et


{
\new Staff \with { \remove "Time_signature_engraver" }
\clef treble
\time 5/1
\cadenzaOn

c'2 d'1 e' f'2 g'1 a' b' c''2

\bar "|."
}

c'est que dans le second cas, on considère que do et fa sont des pyens, et n'appartiennent donc pas à la structure même de la mélodie.

Brăiloiu précise un autre trait qui justifie l'existence d'un système pentatonique :

« L'indifférence fonctionnelle, aussi bien harmonique que mélodique, de ses principes. Non seulement aucune « attraction » ne s'y fait sentir, mais ses 1, 2, 3, 5, 6 peuvent chacun faire office de cadence intérieure ou finale, si bien que l'on se fourvoierait gravement en voulant, à tout prix, lui assigner une tonique, voire une fondamentale. »

Il y a donc des mélodies qui utilisent plus de cinq sons mais qui n'en sont pas moins « pentatoniques ». Par contraste, certaines échelles de cinq sons - mais ne respectant pas le principe d'indifférence fonctionnelle - ne relèvent pas du « système pentatonique ».

Les recherches ultérieures en ethnomusicologie semblent montrer que les principes dégagés par Brăiloiu s'appliquent dans plusieurs cultures différentes. On trouverait ce système notamment en Chine, en Afrique et en Europe de l'Est. Il n'est cependant pas prouvé que ces similitudes dans l'organisation et l'utilisation des hauteurs découlent bien d'un même « système » mental ou culturel. Autrement dit, si d'un point de vue descriptif, la théorie de Brăiloiu permet de rendre compte d'un grand nombre de musiques, il n'est pas pour autant certain que le système pentatonique ait un sens autre que théorique.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Constantin Brăiloiu, Problèmes d'ethnomusicologie, Genève, Gilbert Rouget,‎ 1973, 331 p., cf. « Un problème de tonalité » et « Pentatonismes chez Debussy »
  • Heiner Ruland, Évolution de la musique et de la conscience : Approche pratique des systèmes musicaux, Genève, ÉAR,‎ 2005 (ISBN 2-88189-173-X)

Exemples de musiques pentatoniques[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :