Doctrine Monroe

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La doctrine de Monroe a caractérisé la politique étrangère des États-Unis durant le XIXe et le début du XXe siècle.

Tirée du nom du cinquième président des États-Unis James Monroe (1817–1825), elle condamne toute intervention européenne dans les affaires « des Amériques » (Nord et Sud), comme celle des États-Unis dans les affaires européennes.

La doctrine Monroe est aussi utilisée par les dirigeants des États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale pour illustrer le combat mené contre les puissances étrangères perçues comme une menace (surtout l'URSS sous les différents présidents de la Guerre Froide, mais aussi la Chine en particulier sous Donald Trump).

Le discours de Monroe[modifier | modifier le code]

Le , lors de son septième message annuel au Congrès des États-Unis, le président américain républicain James Monroe prononce quelques phrases plus particulièrement destinées aux puissances européennes :

  • les Amériques ne sont plus ouvertes à la colonisation ;
  • toute intervention européenne dans les affaires du continent sera perçue comme une menace pour la sécurité et la paix ;
  • en contrepartie, les États-Unis n’interviendront pas dans les affaires européennes.

Politique expansionniste[modifier | modifier le code]

À partir de la fin du XIXe siècle, les États-Unis donnent un caractère impérialiste à la doctrine Monroe et entreprennent de resserrer leur influence militaire, économique et politique sur la région des Caraïbes, y compris au moyen d'interventions militaires. L'objectif est de transformer cette mer caraïbe en mare nostrum en raison de son importance stratégique[1].

Entre 1891 et 1912, ils réalisent nombre d'interventions militaires : 1891, Haïti ; 1895, Nicaragua ; 1898, Porto Rico et Cuba ; 1899, Nicaragua ; 1903, Venezuela ; République dominicaine et Colombie ; 1904, République dominicaine et Guatemala ; 1906-1909, Cuba ; 1907, République dominicaine ; 1908, Venezuela ; 1909-1910, Nicaragua ; 1910-1911 Honduras ; 1912, Cuba, Nicaragua et République dominicaine ; 1915, Haiti, en outre, hors des Caraïbes, une action militaire est portée contre le Chili en 1891[1].

En pratiquant la « diplomatie du dollar », ils réalisent des interventions d'ordre financier aboutissant à l'établissement de contrôles américains sur les finances de plusieurs états (Honduras, Nicaragua, République dominicaine, Haiti). Ils acquièrent des territoires comme Porto Rico après la guerre contre l'Espagne en 1898, et les Îles Vierges, achetées au Danemark en 1917. Certains États sont placés sous un statut proche du protectorat, comme Cuba, en vertu de l'amendement Platt et de l'obtention de la base navale de Guantánamo, et comme le Panama, en vertu de la Constitution panaméenne (rédigée avec la participation du consul américain) et le déploiement permanent de forces américaines dans la zone du canal[1].

En 2012, le journal American Rationalist résume les effets de la doctrine Monroe ainsi : « En 1823, la doctrine Monroe prononce que les États-Unis ne devaient plus interférer avec les colonies européennes existantes dans le Nouveau Monde et a proclamé que les puissances européennes devaient laisser les colonies américaines seules. Les États-Unis ont ensuite pris la Floride aux Espagnols et se sont établis à l'ouest en contestant à la Grande-Bretagne les terres au-delà de la frontière de l'Oregon, en prenant le Texas en 1837, le Nouveau Mexique, l'Arizona et la Californie en 1848. Lorsque la guerre hispano-américaine a éclaté en 1898, les Ėtats-Unis profitent de l'effet de levier de la Destinée manifeste pour annexer Guam, Porto Rico et les Philippines[2]. »

Le corollaire Roosevelt[modifier | modifier le code]

Caricature de 1903 faisant allusion aux négociations du traité Herrán-Hay portant sur les droits d'accès à l'isthme de Panama.

Au début du XXe siècle, Theodore Roosevelt (1901-1909) prononce « le corollaire de la doctrine de Monroe ». Ce discours ne prône plus une neutralité absolue, en affirmant que le pays ne tolérerait pas que l'on s'oppose frontalement à ses intérêts. Il permet aussi de justifier les désirs d'expansion nord-américaine vers l'Amérique latine. Ce corollaire a provoqué l'indignation des dirigeants européens, notamment le Kaiser Guillaume II.

Pendant la Guerre Froide[modifier | modifier le code]

Sous la Guerre Froide, la doctrine Monroe a servi de prétexte a des interventions anti-communistes en Amérique Latine (au Brésil, en République Dominicaine, au Salvador, au Nicaragua et à Grenade) sous différentes présidences (John F. Kennedy, Lyndon Johnson, Richard Nixon, et surtout Ronald Reagan)[3].

Après que la révolution cubaine (1953-1959) a établi un gouvernement communiste proche de l’URSS, la doctrine Monroe a été perçue comme moyen d’empêcher la diffusion du communisme soviétique à l’ensemble de l’Amérique latine[4]. Suivant cette interprétation, les États-Unis ont alors aidé (par des renseignements ou des ressources militaires) les gouvernements d’Amérique Centrale et du Sud en proie à la « vague » communiste (comme ce fût le cas lors de l’opération Condor)[5].

Lors de la Crise des missiles de Cuba en 1962, le Président des États-Unis John F. Kennedy a cité directement la doctrine Monroe pour en faire le fondement de la confrontation américano-soviétique[5].

Durant les années 1980, le débat sur cette nouvelle interprétation de la doctrine Monroe s’est accentué après l’affaire Iran-Contra. De fait, des révélations montrèrent que la CIA (Agence Centrale de Renseignement des États-Unis) a discrètement entraîné des « contras » (guérilleros latino) afin de déstabiliser et prendre le pouvoir du Nicaragua, alors aux mains du gouvernement sandiniste et dirigé par Daniel Ortega. Le directeur de la CIA, Robert Gates, s’est vigoureusement défendu en 1984 d’une telle opération, argumentant qu’intervenir de la sorte au Nicaragua serait « un abandon total de la doctrine Monroe »[3].

Nouvelles approches au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Sous Obama (2009-2017)[modifier | modifier le code]

En novembre 2013, John Kerry, Secrétaire d’État américain sous la présidence de Barack Obama, a déclaré « l’ère de la doctrine Monroe est révolue ». Néanmoins, plusieurs spécialistes firent remarquer que les demandes de Kerry d'un partenariat plus fort envers les autres pays d’Amérique sont bien conformes aux intentions originelles de la doctrine Monroe[6],[7],[8].

Sous Trump (2017-2021) : « America First »[modifier | modifier le code]

En , Donald Trump (président depuis janvier 2017) a implicitement déclaré un nouvel usage de la doctrine Monroe quand il annonça une possible intervention militaire au Venezuela, après que son directeur des renseignements Mike Pompeo lui a indiqué que la dégradation de la situation vénézuélienne était due à l’ingérence iranienne (et russe). En février 2018, le Secrétaire d’État Rex Tillerson vanta les mérites de la doctrine (« une vraie réussite » dit-il) et avertit des ambitions commerciales chinoises « impériales », tout en rappelant que les États-Unis demeurent la plus grande puissance commerciale du continent américain. En , Pompeo pris la place de Tillerson au Secrétariat d’État. Lors d'un discours au cours de la 73e Assemblée Générale des Nations Unies (2018), Trump a réitéré son engagement sur l’application de la doctrine Monroe[8],[9].

Le , lors de la réunion d’urgence du conseil de Sécurité de l’ONU no 8452, la Russie (via Vasily Nebenzya) déclara percevoir l’implémentation de la doctrine Monroe. Le Venezuela fit de même en énumérant 27 interventions étatsuniennes en Amérique latine, en ajoutant que celles-ci représentent une « menace directe envers la République Bolivarienne du Venezuela ». Cuba a à son tour formulé une déclaration similaire, affirmant que « la Présidence en cours aux États-Unis a déclaré la prise d’effet de la doctrine Monroe »[10].

Le , le conseiller sécurité national américain John Bolton a cité la doctrine Monroe pour décrire la politique de l’administration Trump sur le continent américain, affirmant que « dans cette administration, nous n’avons pas peur d’employer les mots de « doctrine Monroe »… C’était déjà l’objectif de nombreux présidents américains, notamment de Reagan, d’avoir un hémisphère totalement démocratisé »[8],[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Leslie Manigat,, L’Amérique latine au XXe siècle,1889-1929, Points, , p. 360-370
  2. Michael Paulkovich, « Manifest Genocide », The American Rationalist, 2012, LVIII, 6 (5-6).
  3. a et b SMITH et GADDIS (trad. de l'anglais), The Last Years of the Monroe's Doctrine, , 280 p. (lire en ligne Inscription nécessaire).
  4. NSC–IG/ARA, Study Prepared in Response to National Security Study Memorandum, Washington, (lire en ligne)
    Paragraphe I.A.1. "La "relation spéciale" ("special relationship") [qu'entretiennent les Etats-Unis avec les pays d'Amérique Latine] est un fait historique. Depuis l'ère de la Doctrine Monroe, nous avons défendu une relation protectrice envers les nations d'Amérique latine".
  5. a et b « The Durable Doctrine », TIME,‎ , p. 10 pages (résumé, lire en ligne).
  6. Jean-Louis Carrere, Rober del Picchia, Josette Durieu et Alain Gournac, Rapport d'informations n°708, Sénat français, 2013-2014 (lire en ligne)
    Rapport d'information de Sénateurs français
  7. Max Paul Friedman, « Amérique latine: la doctrine Monroe est morte, vive la doctrine Monroe », Recherche Internationale,‎ (lire en ligne).
  8. a b et c Eric Rouby et Adrien Schu, « Rendre compte de la politique étrangère américaine à l’ère de Trump : le cas des relations avec l’Amérique centrale et la Caraïbe », Études caribéennes, no 42,‎ (ISSN 1779-0980, DOI 10.4000/etudescaribeennes.15908, lire en ligne, consulté le ).
  9. « Remarks by President Trump to the 73rd Session of the United Nations General Assembly | New York, NY – The White House », sur trumpwhitehouse.archives.gov (consulté le ).
  10. ONU, Security Council, 8452nd meeting, New York, Russie : p.12 ; Venezuela p. 20 ; Cuba p. 42 (lire en ligne)
    Compte-Rendu des échanges lors du conseil de sécurité n°8452 Document en anglais
    .
  11. (en-US) Adam Taylor, « Analysis | What is the Monroe Doctrine? John Bolton’s justification for Trump’s push against Maduro. », Washington Post,‎ (ISSN 0190-8286, lire en ligne, consulté le ).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Renouvin (dir.), Histoire des Relations Internationales, t. V, Paris, Hachette, .
  • Jean-Michel Lacroix, Histoire des États-Unis, Paris, PUF, .
  • Claude Julien, L'Empire américain, Les Repères Languirand, coll. « Livre de poche », (présentation en ligne).
  • (es) German A. de la Reza, El Congreso de Panamà de 1826 y otros ensayos de integración en el siglo XIX. Estudio y fuentes documentales anotadas, México, UAM-Eon, (ISBN 970-31-0656-0).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]