Doctrine Monroe

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La doctrine de Monroe a caractérisé la politique étrangère des États-Unis durant le XIXe et le début du XXe siècle. Tirée du nom d'un président républicain des États-Unis, James Monroe, elle condamne toute intervention européenne dans les affaires « des Amériques » (tout le continent) comme celle des États-Unis dans les affaires européennes.

Le discours de Monroe[modifier | modifier le code]

Le , lors de son septième message annuel au Congrès, le président américain républicain James Monroe prononce quelques phrases plus particulièrement destinées aux puissances européennes :

  • l'Amérique du Nord et du Sud ne sont plus ouvertes à la colonisation ;
  • toute intervention européenne dans les affaires du continent sera perçue comme une menace pour la sécurité et la paix ;
  • en contrepartie, les États-Unis n'interviendront jamais dans les affaires européennes.

Politique expansionniste[modifier | modifier le code]

À partir de la fin du XIXe siècle, les États-Unis donnent un caractère impérialiste à la doctrine Monroe et entreprennent de resserrer leur influence militaire, économique et politique sur la région des Caraïbes, y compris au moyen d'interventions militaires. L'objectif est de transformer cette mer caraïbe en mare nostrum en raison de son importance stratégique[1].

Entre 1891 et 1912, ils réalisent nombre d'interventions militaires : 1891, Haïti ; 1895, Nicaragua ; 1898, Porto Rico et Cuba ; 1899, Nicaragua ; 1902, Venezuela ; 1903, République dominicaine et Colombie ; 1904, République dominicaine et Guatemala ; 1906-1903, Cuba ; 1907, République dominicaine ; 1909-1910, Nicaragua ;1910-1911 Honduras ; 1912, Cuba, Nicaragua et République dominicaine (en dehors des Caraïbes, une action militaire est portée contre le Chili en 1891)[1].

En pratiquant la « diplomatie du dollar », ils réalisent des interventions d'ordre financier aboutissant à l'établissement de contrôles américains sur les finances de plusieurs états (Honduras, Nicaragua, République dominicaine, Haiti). Ils acquièrent des territoires comme Porto Rico après la guerre contre l'Espagne en 1898, et les Îles Vierges, achetées au Danemark en 1917. Certains Etats sont placés sous un statut proche du protectorat, comme Cuba, en vertu de l'amendement Platt et de l'obtention de la base navale de Guantánamo, et comme le Panama, en vertu de la Constitution panaméenne (rédigée avec la participation du consul américain) et le déploiement permanent de forces américaines dans la zone du canal[1].

En 2012, le journal American Rationalist résume les effets de la doctrine Monroe ainsi : « En 1823, la doctrine Monroe prononce que les États-Unis ne devaient plus interférer avec les colonies européennes existantes dans le Nouveau Monde et a proclamé que les puissances européennes devaient laisser les colonies américaines seules. Les États-Unis ont ensuite pris la Floride aux Espagnols et se sont établis à l'ouest en contestant à la Grande-Bretagne les terres au-delà de la frontière de l'Oregon, en prenant le Texas en 1837, le Nouveau Mexique, l'Arizona et la Californie en 1848. Lorsque la guerre hispano-américaine a éclaté en 1898, l'Amérique profite de l'effet de levier de la Destinée manifeste pour annexer Guam, Porto Rico et les Philippines[2]. »

Le corollaire Roosevelt[modifier | modifier le code]

Caricature de 1903 faisant allusion aux négociations du traité Herrán-Hay portant sur les droits d'accès à l'isthme de Panama.

Au début du XXe siècle, Theodore Roosevelt (1901-1909) prononce « le corollaire de la doctrine de Monroe ». Ce discours ne prône plus une neutralité absolue, en affirmant que le pays ne tolérerait pas que l'on s'oppose frontalement à ses intérêts. Il permet aussi de justifier les désirs d'expansion nord-américaine vers l'Amérique latine. Ce corollaire a provoqué l'indignation des dirigeants européens, notamment l'Empereur allemand, Guillaume II.

En 1912, le secrétaire d'État Elihu Root peut affirmer : « Notre destinée manifeste comme contrôleur du destin de toute l'Amérique est un fait inévitable et logique... Personne ne doute de notre mission et de notre intention de l'accomplir, ou, ce qui revient au même, de notre pouvoir de la réaliser[1]. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Doctrine Monroe sur universalis.fr
  • Sous la direction de Pierre Renouvin, Histoire des Relations Internationales, tome cinquième, Paris, Hachette, réed. 1994
  • Jean-Michel Lacroix, Histoire des États-Unis, Paris, PUF, 2006
  • Claude Julien, L'empire américain[3], Éd. Livre de poche, 1968
  • (es) German A. de la Reza, El Congreso de Panamà de 1826 y otros ensayos de integración en el siglo XIX. Estudio y fuentes documentales anotadas, UAM-Eon, México, 2006 (ISBN 970-31-0656-0)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Leslie Manigat,, L’Amérique latine au XXe siècle,1889-1929, Points, , p. 360-370
  2. Michael Paulkovich, « Manifest Genocide », The American Rationalist, 2012, LVIII, 6 (5-6).
  3. L'empire américain de Claude Julien, Repère-TV.