Sophie de Bavière

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Sophie de Bavière
L'archiduchesse Sophie (1858).
L'archiduchesse Sophie (1858).

Titre Duchesse de Bavière puis archiduchesse d'Autriche
Biographie
Dynastie Maison de Wittelsbach
Naissance
Munich
Décès (à 67 ans)
Vienne
Père Roi Maximilien Ier Joseph de Bavière
Mère Caroline de Bade
Conjoint François-Charles de Habsbourg-Lorraine, archiduc d'Autriche
Enfants François-Joseph Ier d'Autriche
Maximilien Ier du Mexique
Charles-Louis de Habsbourg
Marie-Anne d'Autriche
Louis Victor de Habsbourg-Lorraine

Frédérique Sophie Dorothée Wilhelmine de Wittelsbach, duchesse de Bavière puis archiduchesse d'Autriche, née le 27 janvier 1805 à Munich et décédée le 28 mai 1872 à Vienne était un membre par alliance de la Famille impériale d'Autriche, « le seul homme de la famille » disait d'elle le chancelier Metternich. Elle est la mère des empereurs François-Joseph Ier d'Autriche et Maximilien Ier du Mexique.

Une princesse de la famille de Wittelsbach[modifier | modifier le code]

Membre de la Maison de Wittelsbach, Sophie et sa sœur jumelle, Marie, sont les filles de l'électeur Maximilien IV de Bavière et de sa seconde épouse, Caroline de Bade.

Les mariages des sœurs de l'électrice sont cependant brillants : Louise-Auguste est l'épouse du tsar Alexandre Ier de Russie, Frédérique a été mariée au roi Gustave IV de Suède (qui sera détrôné en 1809), Marie devient duchesse de Brunswick et Wilhelmine, landgravine puis grande-duchesse de Hesse.

L'année de la naissance de Sophie et de sa sœur, la Bavière est érigée en Royaume par l'empereur des Français, Napoléon Ier, qui s'est arrogé le titre de « protecteur de la Confédération du Rhin » à laquelle la Bavière, à l'instar des principautés survivantes du feu Saint-Empire romain germanique, adhère.

Consciente de ses intérêts, la Maison de Wittelsbach s'est également s'alliée par mariage à la famille Bonaparte : la sœur aînée de Sophie Augusta-Amélie de Bavière épouse en 1806 Eugène de Beauharnais, le fils de Joséphine, adopté par l'empereur des Français. Une cousine de la branche cadette a été mariée au maréchal Berthier fait prince de Neuchâtel et de Wagram. Nonobstant l'alliance Française, lorsque Napoléon envisage d'unir le prince héritier de Bavière à une de ses parentes, le jeune homme est rapidement marié à une princesse de sang royal bien que d'une Maison secondaire et protestante. Sans l'exprimer, les Wittelsbach considèrent une union avec les Bonaparte comme une mésalliance.[réf. nécessaire]

À la chute de l'Empire français, le roi de Bavière ayant opportunément rallié les alliés, conserve son royaume et son titre et, pour faire oublier son passé « bonapartiste », marie ses filles aux vainqueurs du jour. Caroline-Auguste, après un mariage annulé avec le prince héritier de Wurtemberg, épouse l'empereur François Ier d'Autriche, Élisabeth épouse le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse, Marie et Amélie sont chacune à leur tour reines de Saxe. Seule, la benjamine Ludovica ne porte pas couronne, elle est mariée pour des raisons familiales à un cousin d'une branche cadette, le duc Maximilien en Bavière. Modèle:RefnecElle souffrit beaucoup de sa différence de rang avec ses sœurs mais prend sa revanche en mariant brillamment ses filles.

Ainsi, Sophie est également la tante (et belle-mère) de l'impératrice Élisabeth d'Autriche, la célèbre « Sissi », de la reine Marie des Deux-Siciles et de la duchesse d'Alençon.

Au cœur de l'Europe tourmentée[modifier | modifier le code]

À la naissance de Sophie, le Saint-Empire romain germanique est sur le point d'être formellement dissous. L'empereur François II abdique en 1806, laissant la place à une Confédération du Rhin sous « protection » de l'Empire français dont la Bavière est le membre principal. Son ralliement à la France permet au père de Sophie d'obtenir le titre royal sous le nom de Maximilien Ier de Bavière et d'agrandir ses possessions. En échange, il donne sa fille aînée Augusta-Amélie en mariage à Eugène de Beauharnais.

Pour faire oublier son alliance avec la France napoléonienne, Maximilien Ier utilise également sa nombreuse progéniture féminine qu'il marie aux têtes couronnées de la nouvelle Confédération germanique.

Au cœur des négociations diplomatiques et familiales[modifier | modifier le code]

L'archiduc François-Charles (vers 1825)
L'archiduchesse au sein de la famille impériale de gauche à droite l'impératrice, l'empereur, l'archiduchesse, le duc de Reichstadt, la duchesse de Parme, le Kronprinz, l'archiduc François-Charles

Belle et intelligente, elle épouse à contrecœur le 4 novembre 1824 à Vienne l'archiduc François-Charles d'Autriche, homme faible et sans charme, mais apparemment promis au trône impérial, son frère étant visiblement incapable.

Sa mère, à qui la jeune Sophie se plaignait, lui répondit : « Que voulez-vous, cela a été décidé au congrès de Vienne ».[réf. nécessaire]

Après six années de stérilité et une fausse couche en 1827 – un handicap politique –, le couple a six enfants :

Rumeurs[modifier | modifier le code]

L'archiduchesse Sophie d'Autriche
Le duc de Reichstadt

Des rumeurs affirment que le père de son second fils Ferdinand-Maximilien n'était autre que son neveu l'Aiglon, le fils de Napoléon[1], qui n'était que de six ans son cadet, avec lequel elle était intimement liée : elle fut, dit-on, le grand amour de l'Aiglon. Une complicité amoureuse existait entre eux et, bien qu'enceinte, elle l'assista dans ses derniers jours.


Portrait réalisé en 1832 par Joseph Karl Stieler pour la galerie des beautés

Membre à part entière de la Maison d'Autriche par sa mère l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche devenue duchesse régnante de Parme, et traité avec affection par son grand-père l'empereur François, le duc de Reichstadt était le neveu de son mari et éveilla en Sophie, elle aussi en exil, des sentiments probablement partagés entre amour romantique et amour maternel[réf. nécessaire].

Par ailleurs, la famille paternelle de Sophie était francophile et bonapartiste : son père, le roi Maximilien Ier, père de l'archiduchesse, devait son titre royal à Napoléon et sa sœur aînée, la duchesse Augusta-Amélie de Bavière avait épousé le prince Eugène de Beauharnais, créé duc de Leuchtenberg - mariage d'État devenu véritable union amoureuse ; Sophie ne cacha jamais son admiration pour Napoléon ni son affection pour son beau-frère Beauharnais.

la Maison de Wittelsbach se faisait aussi remarquer par son goût pour les arts et son excentricité. Le roi Louis Ier, frère aîné de l'archiduchesse, fonda la pinacothèque de Munich et se rendit célèbre par sa Galerie des beautésil souhaite voir figurer le portrait de sa sœur en bonne place[réf. nécessaire]. Sa passion pour la danseuse Lola Montez l'obligea à abdiquer en 1848. Son hellénophilie permit à son fils Othon de monter sur le trône de Grèce en 1831. Le beau-frère de l'archiduchesse, le duc Max, escalada la pyramide de Khéops et joua de la cithare à son sommet.

La rumeur prêta également à la remarquable archiduchesse une liaison avec son cousin le prince Vasa, prince héritier de Suède en exil.

Membre à part entière de la famille de Habsbourg[modifier | modifier le code]

Sophie de Bavière en costume Biedermeier. Lithographie de Josef Kriehuber (1836).
Le chancelier Metternich

Dès son arrivée à la Cour de Vienne, la jeune fille y occupe la première place. Sa demi-sœur (et belle-mère), Caroline-Augusta, bien qu'impératrice en titre, lui laisse jouer ce rôle qui convient parfaitement à sa personnalité. Il en est de même à la mort de l'empereur François Ier, en 1835, l'impératrice Caroline se retire à Salzburg et la nouvelle impératrice en titre, née Marie-Anne de Sardaigne et qui ne parle pas l'allemand, ne lui conteste pas ce rôle.[réf. nécessaire]

Cependant, elle trouve en face d'elle, le chancelier de l'empire, le prince de Metternich qui gouverne depuis 1810 et se méfie de cette jeune archiduchesse ambitieuse et à la forte personnalité qui pourrait lui faire de l'ombre.

L'archiduc François-Charles aurait dû à la mort de son père devenir empereur d'Autriche et Sophie impératrice car le fils aîné de François Ier, l'archiduc Ferdinand, était d'un caractère doux et aimable mais à la limite de la débilité. Le chancelier Metternich s'opposa, en vertu du principe dynastique, à cette substitution car il voyait dans le monarque plus l'institution que l'homme et il craignait d'avoir à compter avec Sophie, dont le mari était à sa dévotion : avec un empereur faible, marié à une femme sans intérêt pour les affaires politiques, Metternich put ainsi conserver la haute main sur la politique autrichienne durant les treize années suivant la mort de l'empereur François Ier.

C'est le chancelier qui, après la naissance de l'archiduc François-Joseph, avait incité l'empereur à conserver ses droits à la couronne à l'archiduc Ferdinand et à le marier alors qu’il approchait de la quarantaine, afin de procréer et d'éloigner Sophie du trône.

Connaissant cependant la valeur du chancelier, elle se rapproche de lui et lui confie une partie de l'éducation de son fils, François-Joseph, en qui elle voit déjà le futur empereur.

Bien que quatre de ses sœurs fussent souveraines, deux reines de Saxe et une reine de Prusse, une impératrice d'Autriche, et que son frère Louis Ier fût roi de Bavière, bien qu'étant devenue par mariage membre de la Maison de Habsbourg-Lorraine (comme un certain nombre de princesses de sa Maison), Sophie était la véritable tête de la famille.

Durant la période Biedermeier, l'archiduchesse fut une figure éminente du monde viennois. Son salon était réputé ouvert aux artistes et elle y reçut, entre autres Franz Liszt et Johann Strauss qui lui consacra une valse. Une des salles de bals les plus fréquentées de Vienne portait son nom la Sophiensaal.

Se posant résolument comme la championne de la tradition, elle s'oppose avec succès aux projets de mariage du duc d'Orléans, héritier du « roi des barricades » et petit-fils d'un prince régicide avec l'archiduchesse Marie-Thérèse, fille de l'archiduc Albert.

L'empereur François-Joseph en 1853

Sophie savait également former autour d'elle une cercle familial chaleureux dans ce monde curial qui l'était si peu.

La révolution de 1848 chasse Mettternich du pouvoir et l'oblige à l'exil. La Hongrie se soulève. Le roi Charles-Albert de Sardaigne, profitant des difficultés de l'empire lui déclare la guerre. La famille impériale se réfugie à Innsbruck puis à Prague et à Olmütz. Cependant, ayant conscience que la monarchie devait se rénover et que seul un jeune souverain pourrait faire face aux troubles causés par les révolutions nationales, l'archiduchesse Sophie, avec la complicité de sa sœur, l'impératrice douairière, veuve de François Ier d'Autriche, et de sa belle-sœur, l'impératrice Marie-Anne, obtint que son mari, l'archiduc François-Charles, trop faible de caractère pour assumer la fonction impériale, renonçât à ses droits à la couronne, et que son beau-frère l'empereur Ferdinand Ier abdiquât en faveur de François-Joseph. Ce fut le « complot des Dames ».

Actrice de la politique impériale[modifier | modifier le code]

La famille impériale (1861)

Par son caractère et sa fermeté, ainsi que grâce à l'appui des ultramontains, Sophie assoit les débuts du règne de son fils aîné sur un régime absolutiste et autoritaire, ne s'effaçant progressivement du pouvoir qu'à l'approche de la mort, minée par les échecs et l'évolution de l'empire qu'elle déplore.

Après avoir écarté l'archiduchesse Elisabeth dont l'empereur s'était épris mais qui cumulait les handicaps politiques - issue de la branche hongroise, veuve d'un prince de la branche de Modène et mère d'une petite fille -, elle souhaite affaiblir la Prusse en mariant une nièce du roi, la princesse Anne de Prusse, à l'empereur. Mais les Hohenzollern ne veulent pas d'une alliance avec les Habsbourg-Lorraine et l'archiduchesse se tourne vers sa Bavière natale, seconde puissance catholique de la Confédération Germanique après l'Autriche. Cependant, François-Joseph faisant preuve pour la première fois d'indépendance, épouse non la fiancée désignée mais sa soeur.

Les autres fils se marient aussi selon leur cœur. D'abord le troisième Charles-Louis épouse en 1856 la duchesse Marguerite de Saxe une cousine saxonne qui meurt prématurément, puis la princesse Maria-Annunziata des Deux-Siciles, une cousine sicilienne en exil qui meurt après lui avoir donné quatre enfants et enfin une princesse de Bragance, fille de l'ex-roi du Portugal, elle aussi exilée, Marie-Thérèse de Portugal.

Ferdinand-Maximilien, le second, épouse très diplomatiquement une princesse ni Allemande, ni Hongroise, ni Slave, ni Italienne : Charlotte, l'ambitieuse fille de l'ambitieux roi des Belges.

Impératrice douairière d'un empire défait[modifier | modifier le code]

L'exécution de Maximilien, (Manet, 1868)

La défaite de 1859 face à la Sardaigne alliée de la France qui permet la création du Royaume d'Italie et, par le Diplôme d'octobre 1860, provoque la fin de l'absolutisme, celle contre la Prusse en 1866 qui exclut l'Autriche de la sphère germanique, le compromis austro-hongrois de 1867, victoire de l'impératrice Élisabeth puis la mort de son fils Maximilien, empereur du Mexique, fusillé en 1867, à Queretaro, furent ressentis comme autant de crève-cœur par l'archiduchesse vieillissante qui se retira alors de la vie politique.

L'archiduchesse ne pardonna jamais à Napoléon III d'avoir entraîné son fils dans cette aventure, puis de l'avoir abandonné, et refusa de le rencontrer lors de la visite de condoléances que celui-ci fit à Vienne quelque temps plus tard.

Sophie de Bavière dans la culture[modifier | modifier le code]

L'archiduchesse Sophie en 1866

Le cinéma – notamment l’œuvre de Ernst Marischka – a laissé de l'archiduchesse Sophie l'image d'une femme politique au caractère ferme et autoritaire interprétée par Vilma Degischer. Les diplomates disaient qu’elle était « le seul homme de la famille impériale ». Ce caractère bien trempé se heurta très vite à la personnalité de sa jeune belle-fille et nièce, l'impératrice Elisabeth.

La révolution de 1848 qui ébranla fortement le principe monarchique l'effraya mais ne lui fit pas perdre contenance. Ayant compris qu'une période nouvelle était advenue, elle préféra renoncer au trône en y plaçant son fils aîné à peine sorti de l'adolescence : « Adieu ma jeunesse » aurait dit le jeune homme.

Si elle avait renoncé au trône, l'archiduchesse n'avait pas renoncé au pouvoir. À peine cinq ans plus tard, l'archiduchesse cherchait pour son fils l'empereur François-Joseph une union capable de renforcer la monarchie danubienne. N'ayant pu conclure un mariage prussien qui aurait maintenu dans une sorte de « vassalité » ce royaume rival, l'archiduchesse trouva dans sa Bavière natale l'alliée dont l'Autriche avait besoin pour asseoir durablement son pouvoir en Allemagne. La princesse Hélène en Bavière, jolie, sage, pieuse et cultivée fut choisie. Les deux promis ne furent consultés que pour la forme.

« Sissi » en 1865

L'archiduchesse dut s'incliner devant la volonté de son fils, décidée à choisir lui-même son épouse. Comme toujours elle s'adapta, disposée à aimer sa belle-fille. Néanmoins, elle se montra très maladroite avec cette adolescente un peu puérile. Femme de devoir, elle ne pouvait comprendre que l'impératrice fît passer ses propres sentiments avant les devoirs de son État.

L'archiduchesse Sophie n'était pas la méchante femme présentée parfois : son principal souci était la grandeur de l'Autriche et de sa Maison souveraine ce qui explique qu'elle n'hésita pas à inspirer à son fils une politique réactionnaire, autoritaire, centralisatrice et cléricale.

Bien que manquant de tact et de patience envers sa belle-fille qui se montrait de moins en moins capable de remplir correctement ses devoirs[réf. nécessaire], elle fut une excellente mère pour ses quatre fils et une excellente grand-mère, proche de tous ses petits-enfants. Peu avant de mourir, elle avait assisté aux fiançailles de l'archiduchesse Gisèle, l'aînée des deux filles survivantes du couple impérial avec le prince Léopold de Bavière, une énième union entre Habsbourg-Lorraine et Wittelsbach tout en déplorant que politiquement ce mariage fut inutile.

Au seuil de la vieillesse, les défaites militaires de 1859 et 1866, le Diplôme d'octobre 1860 qui mettait fin à l'absolutisme, la révision du concordat moins favorable au clergé, la création de l'Autriche-Hongrie signèrent l'échec de sa vision politique. La catastrophe mexicaine qui fut fatale à son fils préféré la brisa. L'unification de l'Allemagne sous l'égide de la Prusse à laquelle la Bavière avait du prêtée son concours fut aussi une humiliation et un chagrin.

L'archiduchesse Sophie mourutle 28 mai 1872 d'une pneumonie[2] à l'âge de 67 ans. Elle fut veillée jusqu'à sa fin par l'impératrice, sa belle-fille.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. André Castelot, Madame Royale, Perrin 1962, rééd. 1999, p. 265
  2. Erika Bestenreiner, Sissi, ses frères et sœurs, Pygmalion 2004, p. 101

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :