Crète ottomane

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image illustrant l’Empire ottoman
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Crète
Eyālet-i Girīt/Vilayet-i Girīt (turc)

16461898

Description de cette image, également commentée ci-après

Localisation du vilayet de Crète au sein de l'Empire ottoman dans ses frontières de 1895.

Informations générales
Statut Province de l'Empire ottoman
Histoire et événements
1646 Conquête ottomane
1669 Chute de Candie
1866-1869 Grande Révolte
1867 L'eyalet devient un vilayet
1897 Traité de Constantinople

Entités précédentes :

Entités suivantes :

De g. à dr. : cavalier chrétien de La Canée, dame musulmane de La Canée, bourgeois chrétien de La Canée. Pavillon ottoman de l'exposition universelle de Vienne, Pascal Sebah, 1873

La Crète, ancienne possession de la république de Venise, est conquise par les Ottomans pendant la guerre de Candie (1645-1669) et reste en leur possession du milieu du XVIIe à la fin du XIXe siècle. Une grande partie de la population se convertit à l'islam. Cependant, les révoltes du XIXe siècle amènent un affaiblissement de l'autorité ottomane jusqu'à l'octroi d'un statut de principauté autonome en 1897.

Histoire[modifier | modifier le code]

La Crète, colonie de la république de Venise sous le nom de duché de Candie, devient une province de l’Empire ottoman en 1646 quand l'armée ottomane commandée par Gazi Hussein Pacha s’empare de la partie orientale de l’île, durant la guerre de Candie. La capitale de l’île, Candie (actuelle Héraklion), reste vénitienne jusqu’en 1669, et les forteresses de Souda, Gramvoussa et Spinalonga jusqu’en 1715.

Carte de Crète, Johnston, 1861

La Crète ottomane constitue un eyalet (Eyālet-i Girīt en turc ottoman) avec Hanya (La Canée) pour capitale. Elle est divisée en trois sandjaks (districts) : Hanya, Réthymnon et Sélino.

Une classe dirigeante turque se met en place : 17 domaines (ziamet) et 2 550 lots de terre (timar) sont répartis entre les officiers (aghas) pour leur entretien. Certains domaines sont attribués aux mosquées (waqf, en turc vakıf) ou à la sultane validé (mère du sultan). Vers 1700, selon le voyageur et botaniste Tournefort, la ville de Candie compte une forte garnison de 10 600 hommes, janissaires, sipahis, azabs, etc., alors que la population civile se réduit à 800 Grecs, 200 Arméniens et un millier de juifs[1]. Dès cette époque, selon lui, une grande partie de la population insulaire s'est déjà convertie à l'islam pour échapper aux taxes (kharâj) et aux vexations des musulmans, y compris des renégats. Ces conversions massives, qui touchent des communautés entières, leur permettent de conserver l'usage de la langue grecque, de leur nom de famille grec et d'habitudes comme la consommation du vin. Cependant, certains convertis conservent en secret leur ancienne religion comme les Kourmoulidès de la Messara qui reviendront au christianisme pendant l'insurrection de 1821[2].

La région montagneuse de Sfakiá, dans le sud-ouest de l'île, reste quasiment indépendante jusqu'en 1770[2]. En 1770-1771, l'île participe à la révolte d'Orlov, mouvement insurrectionnel soutenu par la Russie, sous la conduite de Daskaloyánnis (« Jean le professeur »), ex-fonctionnaire ottoman et armateur crétois, qui établit un gouvernement insurrectionnel à Chóra Sfakíon ; mais il est capturé et supplicié en juin 1771.

Mustapha Naili Pacha, gouverneur de Crète de 1830 à 1851

En juin 1821, la Crète se joint à la guerre d'indépendance grecque. En mai 1822, une forte armée égyptienne envoyée par le gouverneur d'Égypte Méhémet Ali, débarque dans l'île ; cependant, l'insurrection reprend en avril 1823 sous la conduite d'Emmanuel Tombazis, avant d'être finalement écrasée en 1824. La Crète reste sous administration égyptienne après la défaite de Navarin (20 octobre 1827). En 1828, la flotte d'intervention franco-britannique détruit une flottille de corsaires grecs à Gramvoussa, amenant les insurgés à déposer les armes.

Au traité de Constantinople (1832), la Crète reste sous domination ottomane. De 1830 à 1851, elle est gouvernée par un pacha d'origine albanaise, Mustapha Naili Pacha, plus tard grand vizir. Celui-ci s'appuie sur un corps de gendarmes albanais et réduit les privilèges de la communauté musulmane locale, déjà éprouvée par la révolte. Beaucoup de musulmans appauvris doivent vendre leurs terres aux Grecs chrétiens[2].

En 1867, avec la réforme du Tanzimat, la Crète devient un vilayet. Elle compte alors six sandjaks : Hanya, Réthymnon, Sélino, Candie (Héraklion), Sfakiá et Lassithi.

Après une série de révoltes, notamment la révolte crétoise de 1866-1869 et celle de 1897-1898, l'intervention des grandes puissances oblige le sultan à signer le traité de Constantinople (en) de 1897 : la Crète devient un état autonome, gouverné par le prince Georges de Grèce mais toujours sous la souveraineté ottomane.

Après deux siècles et demi de domination turque, la Crète choisit son rattachement au royaume de Grèce en 1908, accepté par l'Empire ottoman en 1913 à l'issue de la Première Guerre balkanique.

Population[modifier | modifier le code]

Au début du XIXe siècle, la population de la Crète est estimée entre 240 000 et 350 000 habitants, moitié musulmans (« Turcs ») et moitié chrétiens. La capitale, Candie, compte 10 000 à 12 000 musulmans et 3 000 Grecs, avec un archevêque. La Canée compte 4 000 musulmans et 3 000 chrétiens. Réthymnon compte 5 000 à 6 000 habitants, moitié musulmans et moitié chrétiens[3].

Économie[modifier | modifier le code]

L'île produit des vins et fruits très estimés, notamment des oranges et des cerises, ainsi que des cannes à sucre, du blé, de l'huile et de la soie. La Canée, qui passe pour la ville la plus commerçante, fabrique aussi du savon[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. J. Pitton de Tournefort, Relation d'un voyage du Levant fait par ordre du roy, tome 1, 1717, pp. 41-42
  2. a, b et c Emile-Y. Kolodny, La Crète : mutations et évolution d'une population insulaire grecque, Revue de géographie de Lyon Année 1968
  3. a et b H. K., Description géographique et historique de la Turquie d'Europe, Paris, 1828, p. 29-30 et 127

Liens externes[modifier | modifier le code]