Philippe de Belgique (1837-1905)

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Philippe de Belgique (1837-1905)
Description de cette image, également commentée ci-après
Philippe, comte de Flandre, photographié par Louis-Joseph Ghémar (avril 1863).

Titre

Prince héritier de Belgique[N 1]


(36 ans, 9 mois et 26 jours)

Prédécesseur Léopold de Belgique,
duc de Brabant
Successeur Albert de Belgique
Fonctions militaires
Grade militaire Lieutenant général (1865-1905)
Commandement Commandant supérieur de la cavalerie (1869-1902)
Biographie
Titulature Prince de Belgique
Duc en Saxe
Prince de Saxe-Cobourg et Gotha
Comte de Flandre (1840-1905)
Dynastie Maison de Saxe-Cobourg et Gotha
Nom de naissance Philippe Eugène Ferdinand Marie Clément Baudouin Léopold Georges de Saxe-Cobourg-Gotha
Naissance
Laeken (Belgique)
Décès (à 68 ans)
Bruxelles (Belgique)
Sépulture Crypte royale de Laeken
Père Léopold Ier
Mère Louise d'Orléans
Conjoint Marie de Hohenzollern-Sigmaringen
Enfants Baudouin de Belgique
Henriette de Belgique
Joséphine de Belgique
Joséphine de Belgique
Albert Ier Red crown.png
Résidence Palais du comte de Flandre
Religion Catholicisme romain

Description de cette image, également commentée ci-après

Philippe de Belgique, comte de Flandre, de son nom de naissance Philippe Eugène Ferdinand Marie Clément Baudouin Léopold Georges de Saxe-Cobourg et Gotha, né au château de Laeken (en Belgique) le [1] et mort le au palais du comte de Flandre à Bruxelles[1] est un prince de Belgique, duc en Saxe, prince de Saxe-Cobourg et Gotha. Il est le troisième fils du roi Léopold Ier et de la reine Louise, née princesse d'Orléans. Il est le frère du roi Léopold II, dont il devient l'héritier présomptif le à la suite du décès de son neveu, le prince Léopold (fils du roi Léopold II). Le comte de Flandre est également le frère de Charlotte impératrice consort du Mexique.

Bien qu'il ne joue pas un rôle majeur dans l'histoire de son pays, le comte de Flandre est le père du roi Albert Ier devenant ainsi l'ancêtre de tous les membres actuels de la dynastie régnant sur la Belgique. Il est également l'ancêtre de l'actuel grand-duc de Luxembourg, du prétendant au trône d'Italie, ainsi que du prince Napoléon. Sénateur de droit, il ne siège cependant jamais à la chambre haute. Frappé d'une surdité précoce[2], il refuse le trône de Grèce en 1863[3], de même qu'il avait décliné l'offre d'épouser Isabelle de Bragance, fille héritière de l'empereur Pierre II du Brésil[4]. En 1866, il refuse le titre de prince régnant des principautés roumaines[5],[N 2].

Son mariage en 1867 avec Marie de Hohenzollern-Sigmaringen, une cousine du futur empereur allemand Guillaume Ier, assure à la Belgique une alliée majeure dans le contexte politique délicat pour le pays entouré de puissantes voisines : la France et l'Allemagne. Au cours de la guerre franco-prussienne de 1870, à laquelle Philippe participe, la neutralité et l'intégrité du territoire belge sont sauvegardées. Ensuite, le comte de Flandre effectue plusieurs visites officielles en Europe. À sa mort en 1905, cette figure familière aux Bruxellois laisse le souvenir d'un prince fortuné, esthète et bibliophile.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Le prince Philippe avec son frère le prince Léopold et la princesse Charlotte. Gravure de Charles Baugniet (1850).
Groupe photographié. Debout : Philippe comte de Flandre, Albert prince consort, la princesse Alice, le duc de Porto, le prince de Galles, Léopold Ier de Belgique et la reine Victoria assise photographiés à Osborne (juin 1859).

.

Philippe est le troisième fils du roi des Belges Léopold Ier et de la reine Louise d'Orléans. Il est le petit-fils du roi des Français Louis-Philippe Ier et le cousin de la reine Victoria. Philippe a deux frères aînés : Louis-Philippe (mort à moins d'un an en 1834) et Léopold, né en 1835, ainsi qu'une sœur cadette Charlotte, née en 1840[1]. La troisième grossesse de la reine est délicate, au point que l'on craigne une fausse couche en octobre 1836, mais c'est un fils en bonne santé qui naît au château de Laeken le [6]. Il est prénommé « Philippe Eugène Ferdinand Marie Clément Baudouin Léopold Georges ». Aux côtés des prénoms se référant aux membres de sa famille, le roi Léopold a adjoint deux prénoms historiquement symboliques : Philippe qui rappelle le souvenir de Philippe le Bon duc de Bourgogne et Baudouin les comtes de Flandre du Moyen-Âge. Ces choix s'inscrivent dans une volonté d'ancrer solidement la jeune dynastie belge dans le pays où elle ne règne que depuis moins de six ans[7]. Très tôt, une hiérarchie s'installe entre les deux frères, Léopold, l'aîné et héritier du trône, s'arrogeant invariablement la place prépondérante[8]. Dès l'enfance, Philippe effectue de réguliers séjours à Ostende en été et passe de longues vacances chez ses grands-parents maternels dans les résidences royales françaises[9].

À la mort de la reine Louise, le [10], Philippe n'a que treize ans. C'était la reine qui veillait personnellement à l'instruction et à l'éducation des enfants royaux. Fuyant Laeken dès qu'il le peut, le roi Léopold est peu présent auprès de ses enfants lesquels en pâtissent[11]. Maintenant, Philippe et son frère se retrouvent livrés aux mains d'une succession de gouverneurs lesquels tentent, parfois en vain, d'imposer leur autorité sur les deux princes[12]. Très tôt, Philippe est à même de s'exprimer oralement et par écrit en français, anglais et allemand. Le roi Léopold exige que ses enfants effectuent de fréquents examens de conscience[13].

À dix-huit ans, la vie de Philippe prend une nouvelle direction. La Constitution belge lui permet de devenir sénateur de droit. En cette même année 1855, ses études sont officiellement terminées. Auprès de Philippe, le roi Léopold a adjoint depuis 1853 Théobald Burnell, un capitaine qui le sert comme aide de camp[14]. Depuis 1852, Philippe participe aux manœuvres militaires lesquelles ont ordinairement lieu au camp de Beverlo[15]. Tandis que Léopold, l'héritier de la couronne, commence à élaborer d'ambitieux projets pour la Belgique et voyage à travers le monde, Philippe préfère se consacrer à ses plaisirs, et tout particulièrement à la chasse pour laquelle il nourrit une intense passion. Toutefois, le comte de Flandre s'intéresse également aux mécanismes qui règlent le système politique belge et échange à ce sujet avec son frère[16]. Philippe commence aussi à fréquenter seul les cours européennes : il rend régulièrement visite à sa cousine la reine Victoria et tente de recueillir lors de ces séjours des renseignements utiles aux intérêts belges auprès d'Albert le prince consort de Grande-Bretagne[17].

En 1857, la princesse Charlotte quitte la Belgique pour s'installer à Milan où son mari, l'archiduc Maximilien vient d'être nommé vice-roi de Lombardie-Vénétie[18]. Leur séparation constitue une épreuve difficile pour Charlotte et Philippe qui entament dès lors une intense correspondance[19]. Philippe se plaignant régulièrement de son absence d'activité, le roi le nomme, en février 1858, son référendaire en matière militaire et navale[20]. Cette nomination ne suffit cependant pas à meubler suffisamment son existence. Pour y remédier, le prince chasse, collectionne les livres et participe avec plaisir aux divers bals et concerts donnés à Bruxelles ou dans les cours qu'il visite[21].

Missions économiques et diplomatiques[modifier | modifier le code]

En été 1860, le comte de Flandre effectue un long voyage qui le mène au Danemark, en Norvège, en Suède et jusqu'à Saint-Pétersbourg[22]. Ce voyage comprend des aspects diplomatiques et politiques : à Moscou, il rencontre la famille impériale, ainsi que des industriels qui promeuvent l'industrie belge[23].

En 1861, Philippe effectue deux visites en Prusse : la première lors des funérailles du roi de Prusse ; la seconde pour assister aux fêtes du couronnement de Guillaume, le nouveau roi de Prusse à Königsberg. Avant chacune de ces visites en Allemagne, comme ailleurs, le roi Léopold Ier dispense force conseils à son fils et le mandate afin qu'il s'enquière de l'opinion des princes européens qu'il rencontre[24].

En été 1863, pour la première fois depuis la chute de la monarchie de Juillet qui a chassé du trône ses grands-parents Louis-Philippe et Marie-Amélie, Philippe se rend à Paris où l'empereur Napoléon III vient le chercher personnellement à sa descente du train[25]. L'amabilité de l'empereur des Français est partiellement dictée par les projets qu'il nourrit au Mexique où l'archiduc Maximilien, le beau-frère du comte de Flandre, est appelé à régner le .

Perspectives monarchiques et matrimoniales[modifier | modifier le code]

Isabelle du Brésil photographiée par Augusto Stahl (vers 1865).

Depuis la naissance de son neveu Léopold, fils du futur Léopold II, le , Philippe est rétrogradé au troisième rang dans l'ordre de succession au trône de Belgique. Cela ne l'affecte pas outre-mesure car il n'a jamais exprimé son désir de ceindre quelque couronne que ce soit[26].

À la fin de l'année 1860, le roi Léopold, considérant les excellentes relations commerciales et diplomatiques avec le Brésil, songe à y envoyer s'établir son fils cadet. Célibataire, Philippe pourrait épouser l'une des deux filles de l'empereur Pierre II. Ce dernier, sans héritier de sexe masculin, souhaite en effet octroyer à ses futurs gendres de vastes territoires sur lesquels s'installeraient des colons européens. Un mariage belgo-brésilien constituerait une belle opportunité d'investissements pour la Belgique et étendrait l'influence des Cobourg outre-Atlantique. Initialement désireux de se rendre au Brésil pour estimer si l'une des princesses lui convient, le comte de Flandre temporise. En octobre 1862, lors d'une visite qu'il rend à sa sœur Charlotte à Miramare, cette dernière tente de le convaincre d'entreprendre le voyage pour rencontrer sa fiancée potentielle, Isabelle, l'aînée des princesses brésiliennes. Cependant, Philippe rejette les conseils de sa sœur avant de renoncer définitivement à tout projet au Brésil en avril 1863[27].

Toujours outre-Atlantique, dans le cadre du nouvel empire que Napoléon III cherche à créer au Mexique, l'ambassade des États-Unis à Madrid informe son gouvernement en mars 1862 que le comte de Flandre pourrait épouser sa cousine Marie-Isabelle d'Orléans[28], union qui servirait de prélude à la candidature du prince Philippe comme souverain du Mexique. John Russel, secrétaire d'État aux Affaires étrangères à Londres, avait clairement affirmé que la Grande-Bretagne ne soutiendrait la candidature de personne au Mexique[29].

À l'automne 1862, le roi Léopold Ier — qui avant d'avoir accepté de devenir roi des Belges s'était vu offrir le trône de Grèce — apprend que les chancelleries suggèrent le nom de son fils Philippe pour occuper le trône de Grèce vacant depuis la déposition du roi Othon Ier en octobre 1862. À l'intention de son fils cadet, le roi Léopold rédige un memorandum exposant les avantages et inconvénients de ceindre la couronne hellène. Hormis la douceur du climat, Philippe ne voit aucun motif de se porter candidat pour régner sur un pays dont la situation est instable[3].

Le , deux mois après la mort du roi Léopold Ier, le parlement des principautés roumaines unies élit à l'unanimité Philippe comte de Flandre comme leur hospodar, mais ce dernier qui n'a jamais sollicité une telle fonction refuse catégoriquement d'y donner suite. Cette proposition est la dernière reçue par le comte de Flandre qui préfère demeurer en Belgique même s'il reste en perpétuelle position de second. Ces refus successifs s'expliquent par son goût de mener une existence sans trop de contraintes et également par la surdité dont il souffre depuis sa jeunesse[5].

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Philippe et Marie, comte et comtesse de Flandre photographiés par Louis-Joseph Ghémar (vers 1870).

Le roi Léopold II est soucieux, dès le début de son règne en décembre 1865, d'assurer le maintien de l'intégrité nationale et la sécurité de la Belgique entourée par la France et la Prusse, deux puissantes voisines. Il songe à planifier le mariage de son frère Philippe avec une princesse prussienne. Cette union assurerait à la Belgique une alliée précieuse. Pour ce faire, Léopold s'adjoint le concours de la reine Victoria laquelle connaît bien la famille des Hohenzollern-Sigmaringen (la branche catholique de la famille des rois de Prusse). En décembre 1866, Philippe se rend à Berlin afin de rencontrer la princesse Marie de Hohenzollern-Sigmaringen, fille du prince Charles-Antoine de Hohenzollern-Sigmaringen autrefois ministre-président de Prusse et toujours très influent à la cour de Berlin[30]. Cette première rencontre entre Philippe et Marie se passe au mieux. Elle est suivie par une nouvelle visite de Philippe en février 1867 et par une demande en mariage, lequel est prévu deux mois plus tard[31].

Philippe épouse à Berlin le [32] la princesse Marie de Hohenzollern-Sigmaringen (1845-1912), fille du prince Charles-Antoine de Hohenzollern-Sigmaringen et de la princesse Joséphine de Bade, qui lui donne cinq enfants :

  1. Baudouin, prince de Belgique, prince de Saxe-Cobourg et Gotha, duc en Saxe, né à Bruxelles le et mort à Bruxelles à vingt-et-un ans, le [33].
  2. Henriette, princesse de Belgique, princesse de Saxe-Cobourg et Gotha, duchesse en Saxe, née à Bruxelles le et morte à Sierre (Suisse) le . Elle épouse le le prince Emmanuel d'Orléans, « duc de Vendôme » (1872-1931). Descendance : Louise (1896-1973), Sophie (1898-1928), Geneviève (1901-1983) et Charles-Philippe (1905-1970).
  3. Joséphine de Belgique, princesse de Belgique, princesse de Saxe-Cobourg et Gotha, duchesse en Saxe, née le à Bruxelles où elle est morte le . Elle est la jumelle d'Henriette.
  4. Joséphine de Belgique, princesse de Belgique, princesse de Saxe-Cobourg et Gotha, duchesse en Saxe, née à Bruxelles le et morte à Namur le . Elle épouse le Charles-Antoine, prince de Hohenzollern (1868-1919). Descendance : Stéphanie (1895-1975), Marie-Antoinette (1896-1965), Albert (1898-1977) et Henriette (1907-1907).
  5. Albert, prince de Belgique, prince de Saxe-Cobourg et Gotha, duc en Saxe, né à Bruxelles le et mort à Marche-les-Dames le , roi des Belges du au sous le nom d'Albert Ier.

Après la mort de son neveu[N 3],[34], le duc de Brabant, fils de Léopold II, le prince Philippe devient héritier du trône. Son premier fils, Baudouin, né en juin 1869, est à sa naissance second dans l'ordre de succession, mais celui-ci meurt en 1891 à vingt et un ans.

Philippe meurt dans son palais rue de la Régence le . C'est dès lors son fils cadet Albert qui devient l'héritier du trône.

Rôle militaire et guerre franco-allemande de 1870[modifier | modifier le code]

Le comte de Flandre en grande tenue de lieutenant-général. Il porte les décorations de grand cordon de l'ordre de Léopold (ruban en écharpe et plaque de la catégorie militaire) [en haut], de grand-croix de l'ordre de la maison Ernestine de Saxe (catégorie militaire) [au milieu], et de grand commandeur de l'ordre royal de la maison de Hohenzollern [en bas].[N 4]

Les deux fils du roi Léopold Ier ne sont pas inscrits à l'École royale militaire, mais ils suivent des exercices de tactique militaire autour du château de Laeken. Dès ses neuf ans, Philippe est attaché au régiment des Guides. Il gravit rapidement les échelons de la hiérarchie militaire. Le , le prince Philippe est nommé sous-lieutenant au régiment des Guides. Par la suite, il est nommé lieutenant le , capitaine-commandant le , major le , lieutenant-colonel le , colonel le , général-major le et finalement lieutenant-général le [35].

Le comte de Flandre est investi le du commandement de la brigade de Grosse Cavalerie (formée du régiment des Guides et du 2e régiment de Cuirassiers). Il est nommé commandant supérieur de la cavalerie le , fonction qu'il exercera jusqu'à sa démission en 1902[36].

En 1870, durant la guerre franco-allemande, après la mise de l'armée sur le pied de guerre, le comte de Flandre commande le IIe corps d'armée de l'armée d'Observation. Ce corps est composé de la 4e et 5e division et d'une brigade de cavalerie[37].

Léopold II mobilise l'armée belge le . Son objectif est de maintenir la neutralité du territoire. Durant le conflit, Philippe correspond régulièrement avec son frère Léopold II qui lui donne ses directives[38]. Philippe établit son quartier général à Philippeville. Sa mission consiste à surveiller le pays à la frontière franco-belge. La nouvelle de la défaite française de Sedan le laisse présager la fin proche de la guerre. Léopold II craint que Napoléon III ne s'enfuie par la Belgique. Cette situation ne se produisant pas, Philippe est dès lors chargé de contribuer à la bonne organisation de l'accueil et des soins aux soldats français et allemands blessés[39].

À l'issue du conflit, le général Chazal considère que la mission militaire du comte de Flandre a épargné au pays de grandes calamités « en arrêtant et en désarmant des populations affolées fuyant devant l'invasion » ; quant au roi, il est très reconnaissant envers son frère lequel vient de prouver qu'il était capable de s'investir et de payer de sa personne lorsque la situation l'exige[40].

Un prince fortuné[modifier | modifier le code]

À Bruxelles, Philippe et sa famille vivent à partir de mai 1868 dans le palais de Flandre, à l'angle de la place Royale et de la rue de la Régence[41],[N 5]. Aux obligations officielles et aux couronnes qui lui ont été proposées, le comte de Flandre préfère mener une vie confortable dans sa résidence où il est servi par 70 personnes. Il collectionne les antiquités et les objets d'art, acquiert des chevaux de valeur et constitue en ses murs une bibliothèque remarquable[42] : 30 000 volumes reliés, lesquels sont disposés sur des rayonnages totalisant près de 1,2 km de long. Depuis le départ des Arenberg[N 6], elle est considérée comme la plus belle bibliothèque privée de Belgique, voire d'Europe[N 7].

Le comte de Flandre est également un grand propriétaire terrien. En Belgique, il possède en Campine un « bien noir » (sécularisé à la Révolution française) : l'ancienne abbaye de Postel[43], dont les dépendances s'étendent sur 4 452 ha d'un seul tenant, couvrant une partie des communes de Rethy, Mol, Gheel et Dessel. En Ardenne, il acquiert en 1868 la forêt de Muno attachée au domaine des Amerois[44]. Il achète à la fin de sa vie une résidence en Suisse sur les bords du lac des Quatre-Cantons[45].

À sa mort en 1865, son père, le roi Léopold Ier laisse à ses héritiers une fortune évaluée à 38 000 000 de francs[46],[N 8]. Dans le partage opéré à la mort de Léopold Ier, le comte de Flandre est considérablement avantagé. Il reçoit une plus grande partie du portefeuille du défunt roi en compensation de l'abandon de ses droits au partage des domaines d'Ardenne et de Ciergnon. Actionnaire de la société Cockerill, il y aurait placé 5 millions de francs, sans compter ses investissements dans d'autres entreprises. Le prince Philippe bénéficie depuis 1856 d'une dotation annuelle allouée par l'État d'un montant initial de 150 000 francs, porté à 200 000 francs à partir de son mariage en 1867. Le comte de Flandre est d'ailleurs le Belge le plus taxé sur ses signes extérieurs de richesse. La masse successorale laissée par comte de Flandre à sa mort s'élève à près de 39 000 000 de francs (soit environ 800 000 000 euros en 2019)[47].

Le domaine des Amerois[modifier | modifier le code]

gravure représentant un imposant château avec tourelles et clochetons devant lequel circule une calèche à quatre chevaux suivie par deux cavaliers
Le château des Amerois, résidence d'été du comte de Flandre, gravure de M.Weber (1882).

En décembre 1868[44], le comte de Flandre acquiert une propriété à la campagne : Les Amerois qui rappellent à la comtesse de Flandre les paysages qu'elle a connus dans son enfance. Situé en Ardenne belge méridionale, ce vaste domaine est situé à dix kilomètres de Bouillon[48]. Chaque année, à partir de 1869, les Flandre y séjournent en été. Un grave incendie détruit la propriété en 1874[49]. Philippe entreprend de la reconstruire en l'agrandissant selon les plans de l'architecte Gustave Saintenoy. Le nouvel édifice est inauguré en juin 1877[50].

Quand la famille se rend aux Amerois, le personnel demeure nombreux[N 9]. Au personnel régulier s'ajoutent des gens recrutés sur place : cinq laveuses, cinq repasseuses, des lingères... Les domestiques d'intérieur chaussent des souliers à boucles et des bas de soie noirs. Les repas sont servis à quatre tables distinctes, lesquelles reçoivent à volonté le boire et le manger. Les moyens de transport comprennent huit chevaux d'attelage, les dix poneys de la Comtesse de Flandre, six chevaux de selle et un âne pour la promenade des enfants. Pour les voitures, on recense trois ducs, deux landaus, une calèche, une clarence, un phaéton, un break, deux victorias, un omnibus et enfin le fourgon qui quotidiennement amène les provisions depuis Florenville[52].

Armoiries et titulature[modifier | modifier le code]

Titres et honneurs
Philippe de Belgique, comte de Flandre
Prédicat Son Altesse royale
Style oral Votre Altesse royale
Style alternatif Monseigneur

Titré comte de Flandre en 1840, Philippe reçoit des armoiries en rapport avec cette situation. Bien qu'aucun arrêté royal ne l'ait spécifié, Philippe semble avoir porté jusqu'en 1869 un écu d'or au lion de sable armé et lampassé de gueules (Flandre), chargé de l'écusson écartelé de Grande-Bretagne et de Saxe qui avait été concédé à son père Léopold par le prince régent.

Après la mort de son neveu le prince Léopold, duc de Brabant en 1869, Philippe devient l'héritier présomptif du trône et adopte des armes plus « belges » : il porte désormais les armes de son frère aîné, au lion d'or armé et lampassé de gueules (Brabant/Belgique), avec l'écusson, mais brisées d'un lambel de gueules, rappelant ainsi les trois couleurs du drapeau belge.

Ces armes sont simplifiées par l'arrêté royal du qui régit depuis lors l'héraldique de la maison royale de Belgique. L'écusson de Grande-Bretagne et de Saxe, concédé personnellement à son père et qu'il n'aurait donc pas dû porter, est remplacé par un simple écusson de Saxe.

Décorations[modifier | modifier le code]

Le comte de Flandre est décoré de[53] :

Ascendance[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En qualité de deuxième fils (survivant) du roi Léopold Ier, il porte le titre de comte de Flandre.
  2. Le titre de prince souverain des principautés de Moldavie et de Valachie est accepté le par le beau-frère de Philippe comte de Flandre : Charles de Hohenzollern-Sigmaringen. À partir du , il règne sur la Roumanie sous le nom de Carol Ier.
  3. Le prince Léopold est mort le des suites de complications dues à un rhume contracté en avril 1868.
  4. Le premier ordre est le plus important de Belgique ; le second est décerné par le duché de Saxe-Cobourg et Gotha, dont provient sa famille et le troisième est décerné par la famille de son épouse.
  5. Le palais du comte de Flandre accueille, après sa vente en 1921, la Banque de Bruxelles. Depuis 1982, il constitue le siège de la Cour des comptes.
  6. Famille princière résidant autrefois dans l'actuel palais d'Egmont avant de quitter le pays suite à la Première Guerre mondiale.
  7. Un manuscrit de sa bibliothèque offert par Bruno Christiaenssens entièrement numérisé est visible sur le site de l'IRPA (Institut royal du Patrimoine artistique) : voir ici.
  8. Le roi Léopold Ier a notamment bénéficié de la dot somptueuse de son épouse. Son beau-père, le roi des Français Louis-Philippe Ier, a versé un million de francs en espèces, un trousseau et des bijoux estimés à 300 000 francs-or, ainsi qu'un mobilier de style Empire qui décore aujourd'hui encore des salons du palais royal de Bruxelles. La fortune de Léopold Ier était tant immobilière (4 300 ha) que mobilière. Il possédait de gros intérêts dans la Société générale, dans la Banque nationale et dans la société de Cockerill. Tout cela fut acquis dans d'excellentes conditions qui amenèrent des plus-values considérables.
  9. Le personnel des Amerois comprend : un maître d'hôtel, un chef de cuisine, un sommelier, un pâtissier et son aide, quatre filles de cuisine, deux huissiers, quatre valets de pied, un argentier, quatre valets de chambre, trois frotteurs, deux hommes de peine, deux chauffeurs, un chef d'écurie, un piqueur, des cochers et des palefreniers[51].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Huberty 1976, p. 508.
  2. Bilteryst 2014, p. 101-102.
  3. a et b Bilteryst 2014, p. 120-123.
  4. Bilteryst 2014, p. 108-120.
  5. a et b Bilteryst 2014, p. 155-157.
  6. Bilteryst 2014, p. 15-16.
  7. Bilteryst 2014, p. 17.
  8. Bilteryst 2014, p. 20.
  9. Bilteryst 2014, p. 23.
  10. Bilteryst 2014, p. 37.
  11. Bilteryst 2014, p. 38.
  12. Bilteryst 2014, p. 39-44.
  13. Bilteryst 2014, p. 44.
  14. Bilteryst 2014, p. 56.
  15. Bilteryst 2014, p. 57.
  16. Bilteryst 2014, p. 65.
  17. Bilteryst 2014, p. 68-69.
  18. Bilteryst 2014, p. 71.
  19. Bilteryst 2014, p. 75.
  20. Bilteryst 2014, p. 80.
  21. Bilteryst 2014, p. 79-88.
  22. Bilteryst 2014, p. 88.
  23. Bilteryst 2014, p. 89.
  24. Bilteryst 2014, p. 92-93.
  25. Bilteryst 2014, p. 97.
  26. Bilteryst 2014, p. 123.
  27. Bilteryst 2014, p. 108-119.
  28. Bilteryst 2014, p. 107.
  29. Gustave Léon Niox, Expédition du Mexique, 1861-1867; récit politique & militaire, Paris, , p. 30
  30. Bilteryst 2014, p. 174-176.
  31. Bilteryst 2014, p. 180.
  32. Bilteryst 2014, p. 183.
  33. Bilteryst 2013, p. 259-271.
  34. Bilteryst 2014, p. 201-202.
  35. Bilteryst 2014, p. 36.
  36. Colonel Jean-Paul Warnauts, Les Guides : 175 années d'histoire, Skopje, Dunik, (lire en ligne).
  37. Centre de documentation historique des Forces armées, Histoire de l'Armée belge de 1830 à nos jours, t. I, Bruxelles, Éditions André Grisard, , 398 p., p. 183.
  38. Bilteryst 2014, p. 196.
  39. Bilteryst 2014, p. 197.
  40. Bilteryst 2014, p. 198.
  41. Bilteryst 2014, p. 185.
  42. Auguste Scheler, Catalogue de la bibliothèque de S.A.R. le Comte de Flandre, Vanderhaeghen, Bruxelles, 1870.
  43. Bilteryst 2014, p. 72.
  44. a et b Bilteryst 2014, p. 217.
  45. Bilteryst 2014, p. 311.
  46. Bilteryst 2014, p. 162.
  47. Bilteryst 2014, p. 310.
  48. Defrance 2014, p. 12.
  49. Defrance 2014, p. 20-21.
  50. Defrance 2014, p. 22.
  51. Louis Wilmet, Intimités royales - Les parents du roi Albert dans leur domaine des Amerois en Ardenne, Spa, 1956, p.24.
  52. Defrance 2014, p. 19.
  53. Almanach de poche de Bruxelles et de ses faubourgs : Pour 1905, Bruxelles, A. Manceaux, Imprimeur-Libraire, , 740 p. (lire en ligne), p. 8.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Damien Bilteryst, Philippe Comte de Flandre : Frère de Léopold II, Bruxelles, Éditions Racine, , 336 p. (ISBN 978-2-87386-894-9, lire en ligne).
  • Damien Bilteryst, Le prince Baudouin : Frère du Roi-Chevalier, Bruxelles, Éditions Racine, , 336 p. (ISBN 978-2-87386-847-5, lire en ligne).
  • Olivier Defrance, Les vacances des comtes de Flandre : Autour de la Chronique des Amerois, Bruxelles, Éditions Fondation Roi Baudouin, coll. « Fonds du Patrimoine », , 100 p. (ISBN 978-2-87212-731-3, lire en ligne).
  • Michel Huberty et Alain Giraud, L'Allemagne dynastique : HESSE-REUSS-SAXE, t. I, Le Perreux-sur-Marne, , 597 p..

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]