Eurabia

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La théorie Eurabia postule l'existence d'une alliance fusionnelle entre les pays européens et musulmans méditerranéens.

Eurabia, mot-valise de Europe et Arabia, Arabie en anglais, est une théorie conspirationniste développée par l'essayiste Bat Ye'or selon laquelle le Général de Gaulle puis la plupart des dirigeants européens auraient secrètement mis en place une "politique stratégique qui lie l'Europe au Monde Arabe méditerranéen" avec "une association à tous les niveaux" [1]. Cette politique serait mise en place grâce "aux mélanges des populations, à l'immigration et à l'entente parfaite sur tous les sujets (avec les pays du Monde Arabe méditerranéen)".

Cette thèse a été exposée pour la première fois dans l'ouvrage Eurabia : l'axe euro-arabe sorti en 2005. Elle est depuis reprise par certains sites web généralement classés comme nationalistes[2].

Origine du terme[modifier | modifier le code]

Bat Ye'or[1] rappelle qu'Eurabia[3] étaient le nom d'une petite revue suisse et anglaise publiée durant les années 70 en collaboration avec « Middle East International (Londres), France-Pays Arabes (Paris) et le Groupe d'Études sur le Moyen-Orient[4] (Genève) », leur rédacteur en chef étant Robert Swann, l'animateur de l’« Association Parlementaire pour la Coopération Euro-Arabe » (APCEA)[5].

Présentation de la théorie[modifier | modifier le code]

Bat Ye'or décrit Eurabia comme une politique européenne secrète, cachée aux populations, initiée par la France du Général de Gaulle durant la fin des années 50 afin de développer l'autonomie de la France vis-à-vis des États-Unis. Elle aurait facilité la décolonisation de l'Algérie, alors perçue comme un frein à cette politique pro-arabe, ainsi qu'une politique de défiance vis-à-vis d'Israël[1]. Bat Ye'or déplore les rapports actuels entre les pays européens et les États-Unis, estimant que l'Europe ingrate envers les Américains, malgré deux guerres mondiales.

Enfin, cette théorie souligne l'aspect confidentiel qu'aurait cette politique, non exposée et assumée publiquement par les dirigeants européens. Cette dimension secrète serait assurée par le silence des médias à ce sujet[1].

Cette théorie fut reprise depuis par d'autres auteurs comme Oriana Fallaci[6], Robert Spencer[7], Mark Steyn[8] ou encore Raphael Israeli (en).

Enfin, Anders Behring Breivik, l'auteur des attentats de 2011 en Norvège, fit mention de cette théorie dans son manifeste politique[9].

Théories connexes[modifier | modifier le code]

Cette théorie reprend ou partage les analyses d'autres théories comme celles du Grand remplacement, du Choc des civilisations ou encore de la Migration de remplacement.

Des auteurs comme Bernard Lewis[10] et Christopher Caldwell[11] ont présenté des scénarios similaires.

Critiques[modifier | modifier le code]

Eurabia a été souvent critiquée comme étant une théorie conspirationniste d'extrême droite[12].

Des journaux journal suédois Dagens Nyheter et The Economist ont critiqué cette théorie. The Economist a qualifié le concept d'Eurabia de caricature alarmiste[13], alors que Matt Carr écrit que « ce qui a commencé comme une théorie conspirationniste farfelue est devenu un dangereux mythe islamophobe »[14]. Selon le politologue Jean-Yves Camus il s'agit d'un concept marqué par le complotisme qui conçoit le monde selon une vision manichéenne dans laquelle « le communisme a été remplacé par l'islam comme ennemi civilisationnel » et « une absurdité géopolitique, puisqu'elle nie l'évidence que la situation géographique de l'Europe fait d'elle une zone de contact avec le monde arabo- musulman[15] ».

L'essayiste Caroline Fourest compare la méthode utilisée par Bat Ye’Or dans son ouvrage "Eurabia : l'axe euro-arabe" à celle mise en œuvre par Thierry Meyssan dans L'Effroyable imposture, à savoir « une succession de faits sans rapports les uns avec les autres, que l’auteure imbrique et tord dans tous les sens pour donner le sentiment d’une conspiration[16] ». Nicolas Lebourg décrit pour sa part le mythe Eurabia comme « une sorte de pendant islamophobe au mythe antisémite des Protocoles des Sages de Sion[17] ».

Pierre-André Taguieff estime cependant qu'« Eurabia » est une « critique sévère et argumentée de la démissions des Européens face aux offensives convergentes des islams politiques, ainsi que de leur glissement politique opportuniste vers les positions 'antisionistes' radicales »[18]. Ivan Jablonka estime lui que « [l]es approximations et les fantasmes qu[e] véhicule Eurabia composent une espèce de politique-fiction qui ferait sourire si elle ne visait pas à attiser la haine. Le lecteur est transporté dans un monde manichéen et fixiste, où le Bien aux prises avec le Mal cherche son champion pour dessiller les foules. Propre à susciter une adhésion de révolte, la fable est d’autant plus expressive qu’elle fait fi de la complexité du monde (...) »[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d « Le projet EURABIA expliqué par Bat Ye'or. La destruction des nations à l'oeuvre. », Interview de Bat Ye'or présentant le concept d'Eurabia, sur youtube.com,‎
  2. tels que Gates of Vienna, The Brussels Journal, Free Republic, Front Page Magazine (en), ou encore Riposte laïque
  3. R. Bitterlin et R. Swann. Comité européen de coordination des associations d'amitié avec le monde arabe (EURABIA), Eurabia, , 17 p., p. 17
  4. Groupe représenté par Georges Vaucher (chef des services financiers du Journal d’Égypte et correspondant au Caire de plusieurs journaux suisses selon Jean Lacouture ; auteur de Gamal Abdel Nasser et son équipe, 2 volumes, Julliard, Paris, 1959 et 1960) ; groupe cité parmi les organisations “comprises” dans le Comité Eurabia en dernière page de Europe Pays Arabes, sept. 1973.
  5. Association de droit français fondée à Paris en 1974 par Raymond Offroy, député gaulliste, Christopher Mayhew (en), député britannique travailliste, et Robert Swann, secrétaire général de l'association (ancien du Foreign Office et directeur du Arab-Non Arab Friendship Fund basé en Suisse ; voir The Guardian)
  6. Oriana Fallaci, La Force de la Raison; « L'Europe n'est plus l'Europe, c'est Eurabia, une colonie de l'Islam » (« Europe is no longer Europe, it is 'Eurabia,' a colony of Islam ») Oriana Fallaci citée dans Tunku Varadarajan, (en) Prophet of Decline, The Wall Street Journal, 2005-06-23;
  7. Robert Spencer, The Politically Incorrect Guide to Islam, 2005, pp. 221-224, chapitre 18 The Crusade We Must Fight Today
  8. Mark Steyn, Early skirmish in the Eurabian civil war, The Daily Telegraph, 2005-11-08
  9. Jelle van Buuren, Spur to violence? Anders Behring Breivik and the Eurabia conspiracy, Nordic Journal of Migration Research, vol. 3-4, décembre 2013, pp. 205–215, DOI:10.2478/njmr-2013-0013
  10. [1], [2], [3], [4] [5], [6], [7], et « which could lead within the foreseeable future to significant Muslim majorities in at least some European cities or even countries » dans Europe and Islam (discours[8] et livre);
  11. Christopher Caldwell, Islamic Europe?, The Weekly Standard, 2004-10-04
  12. Réacosphère : "Le conspirationnisme est au cœur de la dynamique", L'Obs, 22/9/2012
  13. « Integration will be hard work for all concerned. But for the moment at least, the prospect of Eurabia looks like scaremongering. » dans (en) « Tales from Eurabia », The Economist,‎ (résumé);
  14. « What began as an outlandish conspiracy theory has become a dangerous Islamophobic fantasy that has moved ever closer towards mainstream respectability [...] » dans You are now entering Eurabia
  15. Le monde manichéen d'Eurabia Pierre-Yves Camus, Le Monde, 28 mai 2012
  16. Une mise au point sur "Eurabia" ConspiracyWatch, 23 février 2010
  17. Le cas Anders Behring Breivik : un imaginaire de « lone wolf » ?, Droite(s) extrême(s), 24 juillet 2011
  18. Pierre André Taguieff, Judéophobie des Modernes : Des Lumières au Jihad mondial, Odile Jacob, 2008, p. 674.
  19. Ivan Jablonka, Bat Ye’or et le spectre de l’ « Eurabie », La Vie des idées, 01/05/2006, ISSN 2105-3030, article en ligne.

Liens externes[modifier | modifier le code]