Ligue de la contre-réforme catholique

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

La Contre-Réforme catholique (ou CRC) est le titre d'un mensuel fondé par l'abbé Georges de Nantes en 1967 pour "dénoncer les risques que présentaient pour l'Église catholique les nouveautés adoptées par le concile Vatican II". C'est aussi le nom d'une Ligue que l'abbé de Nantes a fondée en 1970 dans le but d'empêcher les catholiques déçus par les nouveautés doctrinales et liturgiques issues de Vatican II, de rejoindre le mouvement de Mgr Marcel Lefebvre, qui donnait, selon l'abbé de Nantes, toutes les signes du schisme. Dans le contexte mouvementé des années post-conciliaires, l'abbé de Nantes résuma sa position par la formule : « Ni hérésie ni schisme ». Le mouvement est considéré comme étant de nature sectaire par l'ADFI[1]. On le situe généralement à l'extrême droite[2],[3], dans la mouvance nationaliste[4].

Historique[modifier | modifier le code]

Le mouvement a été mis au ban de l'Église catholique par la hiérarchie ecclésiastique sans jamais pour autant en avoir été officiellement exclu. L'abbé Georges de Nantes était suspens a divinis dans le diocèse de Troyes exclusivement, depuis le [5], soit bien avant la fondation de la CRC. En 1997, Mgr Daucourt a frappé l'abbé de Nantes d'un interdit. L'abbé de Nantes a adressé un recours à la Congrégation pour la doctrine de la foi, selon les règles du droit canon. Dans sa réponse à ce recours, la Congrégation pour la doctrine de la Foi a confirmé uniquement la suspense a divinis mais pas l'interdit[6].

Ainsi, le diacre Bruno Bonnet-Eymard, en communauté Frère Bruno de Jésus, prieur de la communauté des Petits frères du Sacré-Cœur de Jésus a pris, en février 2010, la direction du mouvement après la mort de l'abbé Georges de Nantes.

Positions et publications[modifier | modifier le code]

Georges de Nantes prend la défense d'Hitler[7], ou encore annonce des événements apocalyptiques : il prédit, le 21 novembre 1981, l'invasion de l'Europe en 1983 par les armées soviétiques : « Le débarquement des sous-marins soviétiques en rade de Brest, la capitulation sans honneur et sans condition, l'esclavage, la famine, la déportation et l'apostasie de tout un peuple » (Bulletin CRC, no 172). « L'analyste politique que je suis le déclare sérieusement : les trois-quarts d'entre nous mourront d'ici trois ans, dans l'horreur d'un conflit mondial apocalyptique. » (CRC no 151, mars 1980)[1]. « L'an 2000 ne passera pas que tout soit accompli » (Bulletin CRC, n° 202). Son organisation est classée parmi les mouvements sectaires par un rapport parlementaire de 1995. Le mouvement présente toutes les caractéristiques de la dérive sectaire ; groupe restreint, soumission aveugle au leader spirituel ou gourou, système de croyances et de valeurs imposé à ses membres, prédictions apocalyptiques, pressions psychologiques et intimidations visant à empêcher l'expression d'une opinion contraire, langage hermétique, pression financière, immixtion de l'organisation dans les décisions de vie les plus intimes, comme la natalité ou l'habillement, etc.

L'organisation est frappante aussi dans sa ressemblance avec la Westboro Baptist Church : elle appelle à la haine des juifs et des homosexuels, proteste à l'aide de tracts et d'affiches, et surtout est centrée autour d'une seule famille, celle de Georges de Nantes. Elle en diffère par son admiration pour l'armée et la fascination pour la guerre et la force. Elle voit aussi la main de Dieu dans les cataclysmes et épidémies, ou bien encore nie la théorie de l'évolution.

Son message porte aujourd'hui principalement sur les apparitions de Fatima, dont elle fait cependant une interprétation bien particulière. Elle y voit en effet des prédictions concernant Vladimir Poutine et nie l'accomplissement des promesses de l'apparition, pourtant reconnu par la sœur Lucie dans sa correspondance, ou en vidéos. La CRC invoque, pour cela, dans le cas des correspondances, la théorie du complot, quant aux vidéos ne semble pas en avoir connaissance.

Elle dénonce aussi la conformité du concile Vatican II avec le magistère de l'Église, l'accuse de contenir de nombreuses erreurs, et en appelle à un jugement infaillible du pape. La Contre-Réforme Catholique n'a pas à réviser son statut par rapport aux autres courants traditionalistes : à la différence du mouvement traditionnaliste de Mgr Marcel Lefebvre (« Je ne connais pas l'Église du concile Vatican II » avait souligné l'évêque[réf. nécessaire]), en l'absence de sanction définitive selon le droit de l'Église[8], elle est en communion perpétuelle avec le Pape, en dépit de leurs positions respectives, et entend que les livres d'accusation (« liber accusationis » : acte introductif d'instance en procès canonique selon les règles du droit canon) pour « hérésie, schisme et scandale » rédigés par l'abbé de Nantes à l'encontre des papes successifs, de Paul VI à Benoît XVI, soient examinés par le Saint-Père régnant, afin qu'il juge sur le fond « à la lumière de la Loi de l'Église ». « En raison de la primauté du Pontife romain, tout fidèle peut librement déférer au jugement du Saint-Siège, ou introduire auprès de lui, toute cause canonique ou pénale, à n’importe quel degré de juridiction et à n’importe quel moment du procès. » (canon 1417)

La CRC dénonce la liberté de religion dans le monde, telle que définie par le Concile Vatican II, à la différence de la liberté de conscience qu'elle reconnaît totalement en conformité avec l'enseignement de l'Église catholique depuis toujours. Elle interprète la liberté religieuse dans le monde comme un principe d'égalité entre les religions[9] qui irait à l'encontre de la notion de vérité enseignée par le Christ (« Je suis la Voie, la Vérité, la Vie » a dit Ce dernier).

La CRC est à l'origine d'une série d'ouvrages relatifs au Saint-suaire de Turin, qui contestent radicalement les résultats publiés à la suite des analyses effectuées au carbone 14. Frère Bruno Bonnet-Eymard en fut le principal rédacteur. En effet, la CRC défend la thèse de l'authenticité du suaire de Turin. La ligue a publié par ailleurs un certain nombre de livres dressant le projet d'un « Concile Vatican III »[10] qui « jetterait au feu les hérésies promulguées au concile précédent ».

Composition[modifier | modifier le code]

La CRC comprend deux communautés religieuses principales, à Saint-Parres-lès-Vaudes, dans l'Aube, et au Québec. De plus, de petits ermitages ont été fondés dans différentes régions : Paris, Normandie, Ardèche, Loiret.

Proche de ces communautés, il s'est constitué un noyau militant, la Phalange catholique ou Phalange de l'Immaculée, dont les principes d'action, fondés sur la notion religieuse et politique de chrétienté, sont rassemblés dans le recueil des « 150 points de la Phalange » ; il s'y ajoute quelques milliers de sympathisants (deux mille à dix mille selon un rapport parlementaire), ainsi que les membres associés de la CRC (par le biais de l'« Association des Amis du Sacré-Cœur »).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Doctrine de la Ligue[modifier | modifier le code]

  • Les 150 points de la Phalange : catholique, royale, communautaire, Association de la Contre-réforme catholique au XXe siècle (1996)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Joseph Algazy, L'Extrême-Droite en France de 1965 à 1984, 1989
  • Jean-Yves Camus, L'Extrême Droite aujourd'hui, 1997
  • Ariane Chebel d'Appollonia, L'Extrême-Droite en France: De Maurras à Le Pen, Volume 1, 1998, p. 359 et passim
  • René Chiroux, L'Extrême-Droite sous la Ve République, 1974
  • Anne-Marie Duranton-Crabol, L'Europe de l'extrême droite de 1945 à nos jours, 1991, p. 54 et passim
  • Frère François de Marie des Anges, Pour l'Église - Quarante ans de contre-réforme catholique. Tomes 1 (1988), 2 (1993), 3 (1996), 4 (2005).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « La Contre-Réforme Catholique ou Communion Phalangiste », sur www.unadfi.org (consulté le 30 septembre 2017)
  2. Bibliographie sur Google Books avec ouvrages consultables.
  3. Anne-Marie Duranton-Crabol, L'Europe de l'extrême droite de 1945 à nos jours, 1991, p. 54 et passim
  4. Ariane Chebel d'Appollonia écrit dans L'Extrême-Droite en France: De Maurras à Le Pen, Volume 1, 1998, p. 359 : « Parmi les intégristes figure la Contre-Réforme Catholique de l'abbé de Nantes qui a rompu en 1976 avec Mgr Lefebvre. La Contre-Réforme catholique est violemment antisémite, anti-communiste, antilibérale ».
  5. La Documentation catholique, 2001 « Copie archivée » (version du 10 juillet 2011 sur l'Internet Archive).
  6. « LA SITUATION CANONIQUE de l'abbé Georges de Nantes » (consulté le 29 avril 2015)
  7. (en) Lesley K. Twomey, Women in Contemporary Culture: Roles and Identities in France and Spain, Intellect Books, (ISBN 9781841500409, lire en ligne)
  8. « La situation canonique de l'abbé de Nantes - LE BOUCLIER DU DROIT DEPUIS LE 8 JANVIER 2001 » (consulté le 29 avril 2015)
  9. ni Unitatis Redintegratio ni Nostra Ætate ne reconnaissent l'égale vérité de toutes les religions, ni leur égale valeur dans l'économie du salut.
  10. http://www.crc-resurrection.fr

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]