Exode palestinien de 1948

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Réfugiés palestiniens lors de l'exode de 1948

L'exode palestinien de 1948 fait référence à l'exode de la population arabe palestinienne qui se produisit pendant la guerre israélo-arabe de 1948. L'événement est commémoré dans la mémoire collective palestinienne en tant que Nakba (arabe: النكبة, an-Nakbah, lit. « désastre » ou « catastrophe »).

Durant cette guerre, entre 700 000 et 750 000[1],[2][Note 1] Arabes palestiniens fuient ou sont expulsés[Note 2] de leurs villes et villages. Il se voient de manière générale refuser le droit au retour à la suite de l'échec des accords de paix[3],[4] [Note 3]. Approximativement 400 villages arabes sont abandonnés, évacués ou détruits[5],[6],[7] [Note 4]. Leurs descendants sont aujourd'hui plus de 5 000 000[8].

La proportion entre les Palestiniens ayant fui, ayant été expulsés ou contraint à la fuite; les causes et les responsabilités de l'exode; la question de leur droit au retour après les combats; et le parallélisme avec l'exode juif des pays arabes sont des sujets débattus. Selon Benny Morris, « les réfugiés palestiniens constituent le plus inextricable et explosif des problèmes laissés par les événements de 1948 »[9].

Sommaire

Contexte[modifier | modifier le code]

Conflit nationaliste en Palestine mandataire[modifier | modifier le code]

Insurgés lors de la Grande Révolte arabe de 1936-1939.
En rouge bordeaux, les pays ayant voté contre le Plan de partition de la Palestine, en vert, ceux ayant voté pour et en jaune, les pays n'ayant pas voté. Le monde arabe est unanimement opposé au plan.

À partir de 1920 et du contrôle de la Palestine par les Britanniques, celle-ci connaît une immigration croissante de Juifs ayant pour aspiration d'y fonder un État dans ce qu'ils voient comme la Terre d'Israël. Face à ceux-ci, les dirigeants arabes affichent leur propre nationalisme, parfois pan-arabe et mènent une opposition de plus en plus forte, marquée par des émeutes en 1920, 1921 et 1929 et des massacres qui font plusieurs centaines de morts.

Ce sont deux types de sociétés (l'une principalement industrielle et l'autre principalement agricole et pastorale), deux cultures (l'une occidentale[10] et l'autre proche-orientale) et deux nationalismes inconciliables qui s'affrontent et qui affrontent également l'« occupant » britannique. La problématique est d'autant plus délicate que malgré l'essor économique provoqué par l'implantation sioniste les protagonistes sont confrontés à un « jeu à somme nulle »[11],[3], en ce sens que la capacité d'accueil du territoire est pleinement utilisée et qu'en conséquence toute augmentation de l'espace vital de l'un ne peut se faire qu'au détriment de celui de l'autre.

L'opposition arabe culmine avec la Grande Révolte de 1936-1939. Menée par les nationalistes palestiniens, elle s'oppose à la fois au sionisme, à la présence britannique en Palestine et aux politiciens se revendiquant d'un nationalisme pan-arabe. La répression britannique est sanglante et la réaction des organisations sionistes violente. À son terme, les arabes palestiniens obtiennent des Britanniques une diminution drastique de l'immigration juive traduite par le Livre blanc de 1939. Mais les conséquences sont lourdes : la révolte a fait près de 5000 morts côté arabe et 300 côté juif[12]. Les différentes organisations sionistes paramilitaires se sont renforcées et la plupart des membres de l'élite politique arabe palestinienne ont été arrêtés et contraints à l'exil. Parmi ceux-ci, le chef du Haut Comité arabe, Hadj Amin al-Husseini se réfugie en Allemagne nazie où il cherchera soutien à sa cause.

Après la Seconde Guerre mondiale, à la suite de la Shoah et au problème des personnes déplacées en Europe, le mouvement sioniste attire la sympathie de l'Occident[13]. En Palestine, les groupes de la droite sioniste, l'Irgoun et le Lehi, mènent à leur tour une campagne de violence contre l'« occupation » britannique. Les nationalistes arabes palestiniens se réorganisent mais restent en retard par rapport aux Juifs. Toutefois, l'affaiblissement des puissances coloniales a renforcé les puissances arabes et la Ligue arabe récemment formée a repris à son compte les revendications nationalistes palestiniennes et lui sert de porte-parole.

La diplomatie ne parvient pas à concilier les points de vue. En , les Britanniques annoncent qu'ils ont décidé d'abandonner leur mandat sur la région. Le 29 novembre 1947, l'Assemblée générale des Nations unies vote un Plan de partage de la Palestine avec le soutien des grandes puissances mais sans le soutien des Britanniques et contre l'ensemble des pays arabes.

Guerre israélo-arabe de 1948[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre israélo-arabe de 1948.

Le lendemain du vote, la guerre civile éclate entre la communauté juive et la communauté arabe. Le 15 mai, après le retrait britannique et la fin du mandat, le conflit se transforme en une guerre conventionnelle avec l'intervention des pays arabes voisins.

C'est lors de cette guerre que se produit l'exode palestinien.

Événements[modifier | modifier le code]

Décembre 1947 - mars 1948[modifier | modifier le code]

Entre décembre et mars 1948, devant l'explosion de la violence, environ 100 000 Palestiniens, en majeure partie membres des classes moyennes et supérieures urbaines, quittent leur foyer en espérant revenir une fois que les armées arabes auront pris le contrôle du pays ou que les violences auront cessé[14].

Avril 1948 - juin 1948[modifier | modifier le code]

Yigal Allon était l'officier responsable de l'opération Yiftah en Galilée. Dans un rapport, il se félicite de l'efficacité de la guerre psychologique dont il fit usage au cours de l'opération[15] : « Nous (...) avons cherché des moyens ne nous obligeant pas à utiliser la force pour jeter dehors les dizaines de milliers d'Arabes hostiles encore présents en Galilée et qui, dans l'éventualité d'une invasion, pourraient nous frapper dans le dos. Nous avons essayé d'utiliser un stratagème exploitant les défaites arabes à Safed et dans les régions nettoyées par l'Opération Matatech - un stratagème qui a merveilleusement fonctionné. »

La seconde phase débute quand la Haganah passe à l'offensive début avril, et au cours des combats qui suivent l'intervention des armées arabes jusqu'à la première trêve de juillet, entre 250 000 et 300 000 Arabes palestiniens supplémentaires fuient les combats ou sont expulsés. Ils sont originaires principalement des villes de Haïfa, Tibériade, Beisan, Safed, Jaffa et Acre qui perdent plus de 90 % de leur population arabe durant cette période[16]. Des expulsions se produisent dans plusieurs villes et villages, en particulier le long de la route Tel Aviv-Jérusalem[17] et dans l'est de la Galilée au cours des opérations Nahshon et Yiftah[15].

Le 15 mai, les armées arabes entrent en guerre et durant 6 semaines les positions restent globalement inchangées. Le 11 juin, une trêve est acceptée par les belligérants.

Juillet 1948 - décembre 1948[modifier | modifier le code]

Après la trêve, l'armée israélienne prend l'initiative sur les armées arabes et lance contre elles plusieurs opérations militaires au cours des 6 derniers mois de 1948. C'est la troisième phase de l'exode palestinien. Lors de l'Opération Dani, les 50 000 à 70 000 habitants des villes de Lydda et Ramle sont expulsés de force vers Ramallah alors que les villes se sont rendues[18]. D'autres expulsions se produisent au cours des opérations de nettoyage dans les zones arrières[19]. Au cours de l'Opération Dekel, les Arabes de Nazareth et du sud de la Galilée sont autorisés à rester chez eux. Ils sont à la base de la population arabe actuelle d'Israël[20]. Entre octobre et novembre, Tsahal lance les Opérations Yoav et Horev pour chasser les Égyptiens du Négev et l'Opération Hiram pour chasser l'Armée de libération arabe du nord de la Galilée. Au cours de cette dernière, au moins neuf massacres de civils sont perpétrés par les forces israéliennes[21]. En plus des habitants de Lydda et Ramle, durant la troisième phase, 200 000 à 220 000 Palestiniens fuient par crainte des atrocités et sont expulsés quand ils n'ont pas fui[22].

1949 - 1950[modifier | modifier le code]

La quatrième phase se déroule après la guerre jusqu'en 1950. L'armée israélienne « nettoie » les zones frontières et y installe les nouveaux immigrants, ce qui conduit à l'expulsion supplémentaire d'environ 30 000 à 40 000 Palestiniens[23].

Bilan[modifier | modifier le code]

Camp de réfugié près de Naplouse.
Article principal : Réfugiés palestiniens.

Entre novembre 1947 et la fin 1950, entre 700 000 et 750 000 Arabes palestiniens se retrouvent réfugiés à la fin de la guerre. Près de 400 villages se retrouvent vidés de leur population arabe palestinienne. Sur ces derniers, selon Naseer Aruri, 92 % sont complètement ou partiellement détruits[24],[25].

Aujourd'hui, leurs descendants sont près de 5 000 000 et vivent dans des camps de réfugiés principalement en Cisjordanie, dans la Bande de Gaza, en Jordanie, au Liban et en Syrie[8].


Causes de l'exode[modifier | modifier le code]

Les causes de l'exode de 1948 sont un sujet controversés entre les spécialistes ainsi que les commentateurs des événements.

Analyses et controverses[modifier | modifier le code]

Article connexe : Plan Daleth.

Approche israélienne[modifier | modifier le code]

Principalement à la fin des années 1970, de nombreux travaux, critiques et témoignages israeliens remettent en cause la thèse d'un exode volontaire initialement proposer. Selon cette thèse certains partirent volontairement, tandis que d'autres durent partir suite à des combats et expulsées par les forces israéliennes/juives [26],[27].

Selon cette approche, le gouvernement israélien aurait demandé aux Palestiniens de rester chez eux et aurait affirmé qu'ils auraient les droits civiques complets en Israël. Quant à l'appel des chefs arabes aux populations locales, ils insistent sur les témoignages que l'on peut recueillir à ce sujet : « La somme des preuves essentielles actuellement à notre disposition, indique que l’évacuation de la Palestine est due à l’exhortation des chefs militaires ou politiques des États arabes eux-mêmes. » (Analyse de l’institut des affaires publiques (Washington))

Selon Mahmoud Darwich, poète palestinien, rédacteur de la déclaration d'indépendance palestinienne. :« Pour mes parents, notre séjour au Liban était temporaire ; nous y étions en visite ou même en villégiature. On avait à l’époque commandé aux Palestiniens de quitter leur patrie pour ne point gêner le déroulement des opérations militaires arabes qui devaient durer quelques jours et nous permettre de réintégrer rapidement nos maisons. Mes parents découvrirent bien vite que ces promesses n’étaient que rêves… » [28].

Les thèses des « nouveaux historiens israéliens »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : nouveaux historiens israéliens.

À la fin des années 1980, apparaît de nouvelles thèses israéliennes, basées sur des sources documentaires israéliennes (partiellement accessibles depuis 1988) et britanniques, ainsi que par des interviews et témoignages. Selon Benny Morris, sur les 369 localités arabes de l'État israélien et des zones qui passèrent sous contrôle israélien pendant cette guerre :

  • 187 ont été désertés lors d'attaques,
  • 41 ont été le théâtre d'une expulsion après la conquête,
  • 90 villages se sont vidés de leur population, affolée par l'approche des combats ou par les témoignages de massacres, notamment celui de Deir Yassin.
  • Pour 45 cas, l'historien avoue ignorer les causes du départ.
  • Dans seulement 6 cas, il l'attribue à l'appel des autorités locales arabes.

À ces départs, il ajoute que significativement plus de 70 000 personnes, surtout des membres de la classe moyenne et de la bourgeoisie, qui sont partis dans les semaines qui suivirent le début des affrontements et avant la guerre elle-même, attendant la fin des combats. Il indique de même, avoir trouvé des preuves que « le Haut Comité Arabe et les échelons intermédiaires ont émis des ordres pour évacuer les enfants, les femmes et les vieilles personnes de leurs villages."[29].

Yoav Gelber considère quant à lui que la cause principale de la seconde vague des réfugiés fut l'effondrement de la société arabe palestinienne qui sans le soutien administratif des Britanniques était trop fragile pour résister aux conditions de vie d'une guerre civile[30],[31]. Il conteste la vision des historiens israéliens traditionnels mais rejette la vision des « nouveaux historiens » et des historiens arabes sur le Plan Daleth. Henry Laurens non plus ne reconnaît pas le Plan Daleth comme un plan d'expulsion des arabes[32] et commente : « Le départ des autorités britanniques et la fuite des notables palestiniens accélèrent la décomposition de la société palestinienne. (…) Dans les villes, l'effondrement de l'économie et la fin de l'ordre public accroissent le désarroi des habitants ». Dominique Vidal estime néanmoins que les autorités du Yichouv ont une responsabilité directe dans l'exode durant cette période[33].

Dans 1948 and After, Benny Morris cite une pièce des archives de Tsahal (ouvertes après 50 ans) : le rapport « L’émigration des Arabes de Palestine dans la période 1/12/1947 - 1/6/1948 » rédigé par les services de renseignement de l’armée israélienne et daté du 30 juin 1948. Ce document estime à 391 000 le nombre de Palestiniens ayant quitté le territoire aux mains d’Israël début juin 1948, et évalue l’influence des différents facteurs dans ces départs :

  • «Au moins 55 % du total de l’exode a été causé par nos opérations»,
  • les opérations des « dissidents » de l’Irgoun et du Lehi « ont directement causé environ 15 % de l’émigration »,
  • les « peurs » et la « crise de confiance » de la population palestinienne sont la cause de 22 % des départs.
  • 5 % des départs sont liés à des appels à la fuite des dirigeants arabes,
  • 2 % des départs sont attribués aux ordres d’expulsion explicites donnés par les soldats juifs,
  • 1 % des départs sont attribués à la guerre psychologique menée par les forces juives.

Benny Morris est critiqué à la fois par les historiens du courant israélien traditionnel et par ceux du courant arabe, qui remettent en cause ses travaux, relevant des distorsions et des développements exagérés de l'histoire, généralement d'ordre spéculatif[34]. Le courant des historiens arabes le critique, pour avoir minimisé le «plan Daleth». Tandis que les historiens israeliens, comme Efraïm Karsh, l'accuse de donner « une mauvaise présentation des documents, ne donn[ant] que des citations partielles, produit de fausses allégations et réécrit[ure] des documents originaux »[35]. Shabtaï Teveh, relèvent que d'une part, les sources de Tsahal n'étaient pas accessibles en 1988. Le 1er livre de Benny Morris manquait donc de sources documentaires incontestables. Et d'autres part, il y eut en Israël le scandale des fausses archives de l'état d’Israël, des archives furent falsifiées durant des déménagements, nettoyages, et par des chercheurs autorisés à les consulter, Benny Morris a été accusé par l’historien Karsh d'en avoir lui-même falsifié, et devant des preuves de falsification, des historiens et écrivains accusés se rejettent mutuellement la paternité des faits" (source: site des archives israéliennes). De nombreux livres éditent des thèses politiques en se fondant sur ces fausses archives, et de fausses citations (fausses citations de Ben Gourion, Moshe Dayan, Einstein, ..) Benny Morris ne met aucune cause particulière en avant pour la deuxième vague de l'exode palestinien. Il le considère comme dû à la conjonction de tous ces facteurs simultanément. De plus, il exclut catégoriquement une cause possible. Selon lui, cette deuxième vague « ne fut pas le résultat d'une politique générale, prédéterminée, du Yichouv »[36] bien qu'il souligne qu'« elle fut immédiatement vue comme un phénomène à exploiter »[37] dans le contexte de l'« idée du transfert dans la pensée sioniste »[38].

La thèse palestinienne et arabe[modifier | modifier le code]

Officiellement, le « plan D » avait des objectifs limités : sécuriser les zones juives. Il ne s'appliquait pas à l'ensemble du territoire palestinien, et les expulsions prévues étaient conditionnelles. Mais pour les historiens palestiniens, il indique clairement qu'une politique d'expulsion était en cours. Pour eux, le « plan D » n'est que la partie la plus connue de cette politique. Des comparaisons avec les crimes nazi sont parfois mis en parallèle[39],[40] Selon Walid Khalidi, le Plan Daleth serait « un projet de destruction de la société palestinienne »[41]. Ilan Pappé partage l'avis des historiens palestiniens et décrit l'exode comme un « nettoyage ethnique de la Palestine »[42],[43]. Selon lui, « l'exode, [dès la deuxième vague], résulte d'une action délibérée des dirigeants sionistes de Palestine »[44]. L'usage de ces mots provoque de vives réactions en particulier de la part d'historiens israéliens et qualifié de propagande. Yoav Gelber, demande son expulsion de l'université d'Haïfa et publie une réponse [45]. Benny Morris ajoute que: « le transfert ne devint jamais une politique sioniste générale ou déclarée »[46],[47].

Les controverses sur le contexte[modifier | modifier le code]

Il existe une polémique importante entre historiens sur l'importance voire la réalité qu'il faut apporter à tel ou tel élément du contexte. Soit l'exode doit se placer dans le contexte principalement de la guerre, dont il résulterait directement ; soit il doit se placer dans le contexte d'une volonté sioniste puis israélienne de voir l'État juif vidé au maximum de sa minorité arabe et que la guerre n'a été qu'un prétexte à un transfert forcé[réf. nécessaire].

L'historien israélien Benny Morris considère que l'exode palestinien était presque « inévitable ». Il avance les causes contextuelles suivantes : l'enchevêtrement géographique des populations juives et arabes; l'histoire de leur antagonisme depuis 1917 ; le rejet par les deux parties de toute solution binationale ; la profondeur de l'animosité arabe envers les juifs et leur crainte d'être soumis à l'autorité sioniste; les faiblesses structurelles de la société arabe palestinienne (désorganisée, sans cohésion sociale, sans leader, sans structure nationale, sans aspiration nationaliste partagée…) au contraire du Yichouv[48].

Il a également développé une thèse selon laquelle un aspect fondamental du contexte de l'exode palestinien est l'idée du transfert dans la pensée sioniste[49]. Il considère que les événements de l'époque doivent être lus en gardant à l'esprit qu'un état juif viable ne pouvait voir le jour et subsister avec une trop importante minorité arabe et donc que son transfert hors de l'État était indispensable. Toutefois, il insiste sur le fait que, selon ses travaux, si le soutien des autorités sionistes à l'idée de transfert est « incontestable », « les connexions entre ce soutien et ce qui s'est réellement passé durant la guerre sont beaucoup plus ténues que ce que les propagandistes arabes laissent penser »[50].

Dans les éléments essentiels pour comprendre le contexte, il rajoute « qu'on ne peut pas souligner de trop que les événements (…) [liés] à l'exode arabe palestinien se produisirent en période de guerre (…) »[51]. Il va plus loin et insiste tant dans l'introduction de son ouvrage que dans sa conclusion sur un aspect contextuel controversé : « la peur du Yichouv que les Palestiniens et les États arabes, s'il leur en était donné l'occasion, avaient l'intention de reproduire une version de l'Holocauste à l'échelle du Moyen-Orient[51] et que « l'invasion de la mi-mai 1948 menaçait le Yichouv d'extinction »[52], ce qui influença certaines décisions des autorités juives.

Ce contexte est remis en question par d'autres historiens post-sionistes israéliens tel Ilan Pappé et Avi Shlaim ainsi que par les historiens palestiniens dont par exemple Walid Khalidi et Nur Masalha. Ils considèrent que le second point est inexact et que la communauté juive n'a jamais été confrontée à un véritable danger d'extermination car l'armée juive, la Haganah, disposait d'une supériorité incontestable. Selon eux également, Morris ne va pas assez loin dans le développement de sa thèse concernant le transfert. Au-delà d'une pensée, ils estiment que l'idée du transfert était en réalité un pilier dans l'idéologie sioniste[53].

Des critiques vont également diamétralement dans l'autre sens. Selon Shabtai Teveth, un biographe de David Ben Gourion ainsi que selon l'historienne israélienne Anita Shapira, jamais ce dernier n'a soutenu l'idée de transfert. Efraïm Karsh partage ce point de vue et considère que le travail de Morris n'a pas été honnête à ce sujet. Cette critique ne prend pas en compte le récit censuré dans les mémoires de David Ben Gourion mais publié dans un article du New York Times[54], rapportant les ordres de ce dernier lors de l'opération Lydda et Ramle aux colonels Yigal Allon et Yitzhak Rabin : « Expulsez-les ! »

Au niveau du contexte, il insiste plutôt sur la réalité du danger d'extermination auquel aurait été confronté le Yichouv et sur le fait qu'il s'agissait, avant tout, d'une guerre et que les exodes sont propres à toute guerre[55]. L'historien israélien Yoav Gelber considère aussi qu'il importe d'avoir en tête qu'il s'agissait d'une guerre et il souligne la fragilité de la société palestinienne pour y faire face. Toutefois, il ne fait aucune référence pro ou contra l'idée de transfert. Il critique également les nouveaux historiens qui selon lui font abstraction dans leurs thèses des relations conflictuelles qu'ont connues les sionistes et les arabes avant 1948[56].

Exode juif des pays arabes[modifier | modifier le code]

Parallèlement durant les années qui suivent l'exode palestinien de 1948, se produit l'exode des Juifs du Moyen-Orient au cours duquel entre 500 000 et 600 000 Juifs « émigrent, sont poussés à la fuite ou sont expulsés » des pays arabes[9]. Parmi ceux-ci, environ 260 000 arrivent en Israël entre 1948 et 1951[57].

Annexes[modifier | modifier le code]

Documentation[modifier | modifier le code]

Ouvrages traitant directement le sujet[modifier | modifier le code]

  • Sandrine Mansour-Mérien, L'histoire occultée des Palestiniens (1947-1953), Privat, 2013.
Ouvrages publiés avant l'ouverture des archives israéliennes[modifier | modifier le code]
Ouvrages publiés après l'ouverture des archives israéliennes[modifier | modifier le code]
Ouvrages traitant des conséquences[modifier | modifier le code]
Problématique de l'histoire orale[modifier | modifier le code]

Articles de références[modifier | modifier le code]

Articles publiés avant l'ouverture des archives israéliennes[modifier | modifier le code]
Articles publiés après l'ouverture des archives israéliennes[modifier | modifier le code]
Débats autour des travaux de Benny Morris[modifier | modifier le code]

Documents officiels et articles de presse d'époque[modifier | modifier le code]

Documents[modifier | modifier le code]
Témoignages[modifier | modifier le code]

Historiographie[modifier | modifier le code]

Articles et ouvrages traitant de l'historiographie de l'exode[modifier | modifier le code]
Biographies de protagonistes traitant de l'exode[modifier | modifier le code]

Ouvrages et articles contextuels[modifier | modifier le code]

Guerre de 1948[modifier | modifier le code]
  • Rogan, Eugène et Avi Shlaim (2002), 1948 : la guerre de Palestine. Derrière le mythe…, Cambridge University Press' (version anglaise), Ed. Autrement (version française), ISBN 2746702401.
  • Benny Morris (2003), The Road to Jerusalem: Glubb Pasha, Palestine and the Jews. Tauris. (ISBN 1860649890), (ISBN 9781860649899)
  • Benny Morris (2008), 1948: The First Arab-Israeli War. Yale University Press.
Conflit israélo-arabe[modifier | modifier le code]
  • Benny Morris (2001), Righteous Victims, A History of the Zionist-Arab Conflict, 1881, 2001, Vintage, (ISBN 0679744754)
  • Benny Morris (2003), Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Éditions Complexes, (ISBN 2870279388)
Histoire du peuple palestinien[modifier | modifier le code]
Histoire d'Israël[modifier | modifier le code]

Articles de presse sur l'exode[modifier | modifier le code]

Filmographie et iconographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'United Nations Conciliation Commission for Palestine en 1950, estime le nombre de réfugiés à 711,000 (et estime 800,000 à 900,000 réfugiés enregistrés auprès de l'UNRWA dans un rapport de 1961). 550,000 à 600,000 selon une estimation du gouvernement israélien d'après la guerre. Efraïm Karsh en calculant la différence de la population arabe avant et après la guerre déduit entre 583,000 et 609,000 réfugiés et selon certains historiens arabes (Abu Sitta ou bien Abdel-Azim Hammad) les chiffres serait de plus de 800,000 à approximativement 900,000 réfugiés.
  2. Les événements de 1948 sont présentés différemment selon les auteurs. Benny Morris a divisé l'exode en 4 phases. Lors de la première phase, environ 100 000 Arabes palestiniens ont fui. La seconde phase est sujette à controverse quant à ses causes. Selon les auteurs, les Arabes palestiniens ont fui ou bien ils ont été chassés et dans cette seconde hypothèse, sur base délibérée non. Ce sont entre 250 000 et 300 000 Arabes palestiniens qui fuient ou sont expulsés en particulier des villes mixtes ou arabes de Haïfa, Tibériade, Beisan, Safed, Jaffa et Acre qui perdent 90 % de leur population arabe. Lors de la troisième phase, entre 50 000 et 70 000 ont été expulsés manu militari de Lydda et Ramle après la reddition des villes. Ensuite, entre 200 000 et 220 000 ont été poussés à fuir suite à des massacres et ont été expulsés quand ils n'avaient pas fui, à l'exception notable des Arabes chrétiens de Nazareth. Lors de la quatrième phase, après la guerre entre 30 000 et 40 000 Arabes des zones frontalières ont été déplacés ou expulsés. Quand on additionne ces chiffres, on arrive à un total compris entre 630 000 et 730 000. Le chiffre généralement retenu est de 720 000.
  3. Au cours de la conférence de Lausanne de 1949, Israël propose l'annexion de la bande de Gaza et l'absorption des 200,000 réfugiés s'y trouvant ou bien l'absorption de seulement 100,000 réfugiés, ce que les pays arabes rejettent. L'armée israélienne permet à des réfugiés de retourner dans des villages frontaliers du Liban et après la guerre, entre 30,000 et 90,000 réfugiés s'infiltrent illégalement puis reçoivent la nationalité si « ils sont retournés après une période de temps raisonnable » ou dans le cas contraire seulement après 1980 (suite à la modification de la loi sur la nationalité de 1952). La réunification familiale est quant à elle toujours pratiquée (avec 17,037 demandes acceptées durant la période 1998-2006).
  4. 342 selon Benny Morris, 400 selon Khalidi et 419 selon Abu Sitta.

Références[modifier | modifier le code]

  1. United Nations Conciliation Commission for Palestine, Officila Records: Fifth Session, Supplément No. 18 (A/1367/Rev.1), 1951.
  2. Benny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Éditions Complexe, 2003, p. 277.
  3. a et b Benny Morris, 1948, Yale University Press, 2008, p. 408.
  4. http://transparency.aljazeera.net/en/projects/thepalestinepapers/20121823144781654.html
  5. Naseer Aruri (20 July 2001). Palestinian Refugees: The Right of Return. Pluto Press. p. 50. ISBN 978-0-7453-1777-9.
  6. Benny Morris (2004). The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited. Cambridge University Press. p. 342. ISBN 978-0-521-00967-6.
  7. "Ruling Palestine, A History of the Legally Sanctioned Jewish-Israeli Seizure of Land and Housing in Palestine." Publishers: COHRE & BADIL, May 2005, p. 34.
  8. a et b Site UNRWA.
  9. a et b Benny Morris, 1948, Yale University Press, 2008, p. 412.
  10. L'immigration juive est majoritairement composée de Juifs ashkénazes
  11. Henry Laurens (2005), p. 70
  12. Hughes, M. (2009) The banality of brutality: British armed forces and the repression of the Arab Revolt in Palestine, 1936–39, English Historical Review Vol. CXXIV No. 507, 314–354.
  13. Tom Segev, Israel and the memory of the Holocaust, Le Monde diplomatique - Édition anglaise, avril 2001.
  14. Benny Morris (2003), p. 138-139.
  15. a et b Benny Morris (2003), p. 248-252.
  16. Benny Morris (2003), p. 262
  17. Benny Morris (2003), p. 233-240.
  18. Benny Morris (2003), p. 423-436.
  19. Benny Morris (2003), p. 438.
  20. Benny Morris (2003), p. 415-423.
  21. Benny Morris, Righteous Victims, p. 245.
  22. Benny Morris (2003), p. 492.
  23. Benny Morris (2003), p. 538
  24. Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-00967-6, lire en ligne), p. 342 :

    « About 400 villages and towns were depopulated in the course of the war and its immediate aftermath. By mid-1949, the majority of these sites were either completely or partly in ruins and uninhabitable. »

  25. Naseer Aruri, Palestinian Refugees: The Right of Return, Pluto Press, (ISBN 978-0-7453-1777-9, lire en ligne), p. 50 :

    « Of the 418 depopulated villages, 293 (70%) were totally destroyed and 90 (22%) were largely destroyed. Seven survived, including 'Ayn Karim (west of Jerusalem), but were taken by Israeli settlers. »

    .
  26. Nets-Zehngut, Rafi. (2011). Origins of the Palestinian refugee problem: Changes in the historical memory of Israelis/Jews 1949–2004. "Journal of Peace Research", 48 (2), 235–248; Nets-Zehngut, Rafi. (2012)
  27. Overview of the Israeli memory of the Palestinian refugee problem. "Peace Review", 24 (2), 187–194.
  28. Mahmoud Darwich, interview réalisé par Farouk Nardam-Bey et Elias Sanbar (Revue d’Études palestiniennes, No 10, Hiver l984)
  29. Interview donné au journal israélien 8 janvier 2004, Haaretz
  30. Palestine 1948 : war, espace and the emergence of the Palestinian refugee problem
  31. Yoav Gelber (2006), p. 98-116
  32. Henry Laurens (2005), p. 85
  33. Point de vue exprimé lors d'une conférence intitulée : Aux origines des événements La guerre de 1947-1949 se déroulant à Paris, le 9 novembre 2000.
  34. https://electronicintifada.net/content/top-israeli-historian-analyzes-benny-morriss-shocking-interview/4968
  35. 'Benny Morris and the Reign of Error', Efraïm Karsh, The Middle East Quarterly, vol. 4 no 2, 1999)
  36. Benny Morris (2003), p. 262
  37. Benny Morris (2003), p. 263
  38. Benny Morris (2003), p. 39-61
  39. http://www.plands.org/books/book%2001-02.html
  40. Aharon Zisling, ministre de l’agriculture au conseil des ministres du 17 novembre 1948, souvent citée: « Maintenant, les juifs aussi se conduisent comme des nazis,(...) »
  41. Ilan Pappé (2000), p. 128
  42. Ilan Pappé, Le nettoyage ethnique de la Palestine, Fayard, 2006.
  43. The 1948 Ethnic Cleansing of Palestine, Journal of Palestine Studies, Vol. 36, No. 1, Autumn 2006.
  44. Ilan Pappé (2000), p. 124-127
  45. History and Invention. Was Plan D a Blueprint for Ethnic Cleansing ?, Yoav Gelber, Palestine 1948, Appendix I, Sussex Academic Press, 2006
  46. Benny Morris, 1948. A History of the First Arab-Israeli War, Yale University Press, 2008, p. 407-408.
  47. Benny Morris, Arab-Israeli War, Crimes of War Project, non daté.
  48. Benny Morris, Victimes (2003), p. 278.
  49. Benny Morris (2003), p. 39-63
  50. Benny Morris (2003), p. 6
  51. a et b Benny Morris (2003), p. 7
  52. Benny Morris (2003), p. 589
  53. Benny Morris (2003), p. 5
  54. The New York Times, 23 octobre 1979
  55. Les autorités israéliennes à l'époque et certains historiens aujourd'hui comparent l'exode palestinien au transfert de 1 500 000 Grecs et de 500 000 Turcs à la suite du traité de Lausanne qui met fin à la guerre gréco-turque de 1924. Le problème des personnes déplacées à la suite de la Seconde Guerre mondiale est également pris en exemple ainsi que le transfert de population entre l'Inde et la Pakistan à la suite de leur indépendance en 1948.
  56. Yoav Gelber (2006)
  57. (en)Shindler, Colin. A history of modern Israel. Cambridge University Press 2008. p. 63–64