Sédévacantisme

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L’emblème du Saint-Siège quand celui-ci est vacant.

Le sédévacantisme (de l'expression latine sede vacante signifiant « le siège - sous-entendu le trône de saint Pierre - [étant] vacant », utilisée entre la mort ou la renonciation d'un pape et l'élection de son successeur[1]) est une position religieuse défendue par une minorité de catholiques issue du courant traditionaliste. Ils affirment que, depuis 1958 (mort de Pie XII) ou 1963 (mort de Jean XXIII), le siège de Pierre est vacant et que les papes suivants sont des usurpateurs.

Genèse du sédévacantisme[modifier | modifier le code]

Les thèses sédévacantistes ne datent pas du concile Vatican II, mais elles apparaissent au lendemain de la crise moderniste, où des personnalités comme Ernest Jouin ou le plus marginal André de La Franquerie développent le même type de théories.

En 1962, le livre Complot contre l'Église est publié par Joaquín Sáenz y Arriaga, prêtre mexicain à ce moment, « expert en judaïsme et en franc-maçonnerie » selon certains sédévacantistes. Si le livre ne semble pas mentionner directement des thèses sédévacantistes, il contient des éléments qui peuvent y faire écho. En août 1971, Joaquín Sáenz y Arriaga publie « La Nouvelle Église montinienne » (adjectif forgé d'après le patronyme de Giovanni Battista Montini, le pape Paul VI), dans lequel il conclut que celui-ci a fondé une nouvelle religion.

En janvier 1972, il est excommunié par les évêques de son pays pour ses idées. En 1973, il publie Sede Vacante, argumentant les « hérésies » de Paul VI. Il lie sa thèse au droit canon par la bulle de Paul IV Cum ex Apostolatus, reprise 1917. Il justifie ainsi la perte d'autorité papale.

Ces deux publications fondent le mouvement sédévacantiste, rejoint par plusieurs clercs :

Doctrine[modifier | modifier le code]

L'argumentation sédévacantiste repose sur le syllogisme suivant :

  • en vertu de l'assistance du Saint Esprit, un pape ne peut, dans l'exercice de sa charge, enseigner ou promulguer des erreurs contre la foi (dogme de l'infaillibilité pontificale) ;
  • les papes, depuis Jean XXIII ou Paul VI, enseigneraient de multiples hérésies ;
  • conclusion : ceux-ci ne seraient donc pas des papes légitimes[2].

Les sédévacantistes ne reconnaissent ainsi ni la légitimité, ni l'autorité des pontifes régnant actuellement à Rome.

Pour eux, la ratification des décrets du IIe concile du Vatican et en particulier celui sur la liberté religieuse Dignitatis humanæ serait incompatible avec la possession légitime du souverain pontificat, car cette doctrine aurait été précédemment explicitement condamnée par Pie IX dans son encyclique Quanta Cura[3]. Nostra Ætate, le nouveau code de droit canon — qui aurait procédé à l'inversion des fins du mariage — et également certains actes (réunions œcuméniques et inter-religieuses notamment à Assise) sont considérés par les sédévacantistes comme scandaleux et relevant du schisme, de l'hérésie, de l'apostasie pour Paul VI, Jean-Paul Ier, Jean-Paul II, Benoît XVI et François[réf. souhaitée].

Certains s'appuient sur la bulle Cum ex apostolatus officio du pape Paul IV, qui énonce en 1559 : « S'il apparaissait […] qu'un souverain pontife lui-même, avant sa promotion et élévation au cardinalat ou au souverain pontificat, déviant de la foi catholique est tombé en quelque hérésie, sa promotion ou élévation, même si elle a eu lieu dans la concorde et avec l'assentiment unanime de tous les cardinaux, est nulle, sans valeur, non avenue ». Également pour justifier leur position, beaucoup d'entre eux se réfèrent à un passage de la version du Secret de la Salette publiée en 1879 : « Rome perdra la foi… elle deviendra le siège de l’antéchrist… Il y aura une éclipse de l’Église ». Outre que l’Église proscrivit cette version imprimée (mise à l’Index le ), en 1999 le passage en question est absent d'un manuscrit exhibé en tant qu'original par les archives de l’ex Saint-Office[4].

Établissement d'une succession apostolique discutée[modifier | modifier le code]

Plusieurs personnes[5] adhérant aux thèses sédévacantistes se sont vu conférer l'ordination épiscopale par l'archevêque de Hué, Mgr Pierre-Martin Ngô Dinh Thuc. Il sacra notamment Clemente Domínguez en 1976, Guérard des Lauriers en 1981. Du fait de cette attitude, ce fut le seul évêque de l'Église catholique romaine auquel on attribua, avec persistance, des sentiments sédévacantistes[6], même si la réalité de ces sentiments reste discutée[7].

L'Église catholique, par une notification du [8], a rappelé que les évêques ainsi ordonnés encouraient « l’excommunication ipso facto très spécialement réservée au Siège apostolique » ; de même, « les prêtres ainsi ordonnés illégitimement sont suspendus ipso facto de l’Ordre qu’ils ont reçu ». La question de leur validité, en revanche, n'est pas tranchée ; c'est pourquoi, « pour tous les effets juridiques, l’Église considère que chacun d’eux est resté dans l’état qui était le sien auparavant ». Mais la majorité des théologiens les estiment valides.

Les groupes et personnalités[modifier | modifier le code]

La plupart des évêques sacrés par Mgr Ngô Dinh Thuc ont donné naissance à des communautés qui forment les groupes les plus visibles de ce courant.

  • Association sacerdotale Instauratio Catholica[9] de Daniel Lytle Dolan et Donald Sanborn (en) aux États-Unis.
  • Compagnie de Jésus et de Marie[10] (Compañía de Jesús y María) de Mgr Andres Morello en Argentine.
  • Congrégation de Marie Reine Immaculée (CMRI)[11] de Mark Pivarunas aux États-Unis et dans le reste du monde.
  • Fondation Saint-Vincent-Ferrier (Fundación San Vicente Ferrer)[12] de Juan José Squetino au Mexique.
  • Fraternité Sacerdotale de Trente (Sociedad Sacerdotal Trento)[13] de Martín Dávila Gándara au Mexique.
  • Fraternité Saint Pie V (SSPV), fondée par l'évêque Alfredo José Méndez-Gonzalez C.S.C., a transmis son épiscopat à Clarence Kelly[14] aux États-Unis.
  • Fraternité religieuse Saint-Louis-Roi-de-France (Sociedad Religiosa San Luis Rey de Francia)[15] de Luis Argueta en Argentine et aux États-Unis.
  • Groupe Catholique Conservateur (Grupo Católico Conservador del Santísimo Sacrificio Perpetuo y Verdadero de Nuestro Señor Jesucristo) de José Antonio Rodríguez López au Mexique.
  • Institut Mater Boni Consilii[16] de Geert Stuyver, en Italie, en Belgique et en France.
  • Ligue nationale des catholiques traditionalistes (Liga Nacional de Católicos Tradicionalistas) au Mexique.
  • Ordre des Frères mineurs de stricte observance[17] de Louis Vezelis, OFM.
  • Tiers-Ordre dominicain traditionnel[18] de Robert McKenna, OP.
  • Guild of St. Peter ad Vincula et de Paul Petko[19].

Il existe aussi des communautés isolées dans la lignée de Mgr Thuc, comme celles, de Bryan Clayton[20], de Neal Webster[21], de Robert Neville[22], de John Hesson, de M. Bruno[23].

Pour autant, la plupart des prêtres sont indépendants de toutes structures.

Rejet du magistère récent[modifier | modifier le code]

Tous les sédévacantistes rejettent les réformes du concile Vatican II et tous les enseignements postérieurs au concile. En conséquence, ils refusent aussi les nouvelles règles disciplinaires du code de droit canonique de 1983.

Ils considèrent le rituel des sacres épiscopaux institué par Paul VI en 1968, comme tout à fait invalide (à l'égal du sacre des évêques anglicans), tout comme le nouveau rituel des ordinations sacerdotales ou de la « nouvelle messe ».

Certains n'appliquent pas les modifications apportées au rite de la Semaine sainte entre 1955 et 1960, y décelant les prémices du bouleversement liturgique des années 1960-1970 et une marque des influences néfastes au sein de l'Église.

La dénonciation du « complot maçonnique »[modifier | modifier le code]

Des sédévacantistes étayent leur position par l'existence d'un plan, ou complot, ourdi par la franc-maçonnerie et différentes sociétés secrètes, ayant pour but la destruction du pouvoir temporel et spirituel de la papauté[réf. nécessaire]. Ce complot fut très tôt dénoncé : Clément XII condamna la franc-maçonnerie par la bulle In eminenti de 1738. D'autre part, des travaux comme ceux de l'abbé Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, mirent au jour un grand nombre de documents inconnus jusqu'alors, tels des correspondances privées entre différents membres de la secte des Illuminés de Bavière[réf. nécessaire]. Les papiers secrets de la Haute Vente des Carbonari tombés entre les mains du pape Grégoire XVI évoqueraient des intentions perverses des francs-maçons : « Vous aurez prêché une révolution en tiare et en chape, marchant avec la croix et la bannière, une révolution qui n'aura besoin que d'être un tout petit peu aiguillonnée pour mettre le feu aux quatre coins du monde. »

La plupart des sédévacantistes se fondent sur ces études et sur ces documents, dont l'authenticité n'a cependant jamais été démontrée, pour renforcer leur thèse.

Différences avec la Fraternité Saint-Pie-X[modifier | modifier le code]

Quoique réfractaires à ce qu'ils appellent le « conciliabule Vatican II », les sédévacantistes ne sont pas pour autant favorables à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX). En effet, si les origines de ces mouvements sont communes, la FSSPX refuse d'admettre l'idée selon laquelle le Saint-Siège serait vacant, et fait de l'adhésion formelle aux thèses sédévacantistes un motif d'exclusion. Pour elle, il faut reconnaître l’autorité du pape régnant[24].

Pour les sédévacantistes, cette attitude porterait en elle une contradiction interne que traduit ainsi l'évêque sédévacantiste Dolan[25], « la FSSPX s'est opposée à l’apostasie conciliaire non pas avec une réponse vraiment catholique mais plutôt avec la réponse du jugement privé par lequel les doctrines, les décrets et les disciplines universelles de ce qu’ils pensent être l’Église sont sujets à leurs avis privés », position qu'il estime condamnée par l'Église, notamment par la bulle Unam sanctam : « En conséquence nous déclarons, disons et définissons qu'il est absolument nécessaire au salut, pour toute créature humaine, d'être soumise au pontife romain ».

Dans la première prière du canon de la messe tridentine le nom du pape régnant est mentionné. C'est une prière qui demande au Christ de gouverner son Église en union avec (una cum) le Pape, les évêques et tous ceux qui professent la foi catholique. Cette prière signifie donc que le pape régnant fait l'unité de l'Église en tant qu'instrument de Jésus-Christ qui gouverne l'Église. Contrairement aux autres traditionalistes, les sédévacantistes refusent d'être en communion avec la hiérarchie de l'Église qui pour eux serait une fausse hiérarchie. Ils omettent donc de prononcer le passage « una cum » au cours de leurs célébrations.

Présence sur Internet[modifier | modifier le code]

L'avènement d'Internet a permis à certains groupes sédévacantistes de donner une plus large audience à leurs thèses.

Les sites sédévacantistes qui ont cette intention polémique regroupent le plus souvent les citations de personnalités conciliaires pour les opposer à des doctrines magistérielles antérieures. Beaucoup suivent l'actualité religieuse pour la commenter du point de vue sédévacantiste et cherche à y trouver de nouveaux arguments pour soutenir la thèse de la vacance du Saint-Siège.

L'une des caractéristiques visuelles de certain de ces sites est la mise en avant de photographies apparemment problématiques. Parmi les supports les plus classiques, on trouve une photo de Jean-Paul II supposé embrasser le Coran[26] ou des photos du pape Benoît XVI allumant un chandelier à sept branches (la menorah des Juifs)[27]. Le thème du « complot » y est omniprésent, en particulier le prétendu « complot maçonnique » à l'intérieur de l'Église catholique. Les sédévacantistes accusent ouvertement plusieurs papes ou cardinaux d'être ou d'avoir été des francs-maçons.

Malgré les apparences, cette thématique ne date pas du concile Vatican II. Elle apparaît au lendemain de la crise moderniste, où des personnalités comme Ernest Jouin, ou comme le plus marginal André de La Franquerie développent le même type de théories. Entre autres exemples, le cardinal Mariano Rampolla del Tindaro, mort en 1913, a été l'objet des mêmes accusations que, cinquante ans plus tard, le pape Jean XXIII. Plus largement ces procédés appartiennent aux méthodes des catholiques « intégraux » qui, sous l'égide du Sodalitium Pianum ou de la Revue internationale des sociétés secrètes en France, recherchaient au sein de l'Église les personnalités qu'ils considéraient modernistes.

Les sédévacantistes expriment également une critique très virulente contre les autres courants traditionalistes et certaines de leurs personnalités, les cibles les plus classiques étant l'abbé Franz Schmidberger, ancien supérieur de la FSSPX, considéré comme un « infiltré », et l'évêque Richard Williamson, accusé par certains d'être rosicrucien[28].

Nombre de ces sites présentent en outre une forte tonalité apocalyptique. Pour eux, la fin du XXe siècle marque le début d'une période d'apostasie généralisée, l'Église se trouverait sans chef. Tout cela annoncerait la prochaine venue de l'Antéchrist.

Les derniers papes reconnus par les sédévacantistes[modifier | modifier le code]

Les sédévacantistes reconnaissent tous en Pie XII un pape légitime. Certains émettent des doutes sur la légitimité de Jean XXIII. Leurs critiques s'appuient sur l'ambiguïté qu'ils estiment trouver à l'encyclique Pacem in Terris et sur certains témoignages évoquant l'hétérodoxie supposée de ce pape. Certains sédévacantistes le rejettent donc tout à fait et estiment que son élection en 1958 est douteuse.

Le critère permettant de distinguer ceux qui admettent la légitimité de Jean XXIII est leur acceptation du Missel de 1962.

Les sédévacantistes complets et les catholiques Semper Idem[modifier | modifier le code]

On distingue habituellement les sédévacantistes complets qui considèrent celui qui est sur le trône de Pierre comme un imposteur. Ils se réfèrent aux écrits de saint Robert Bellarmin qui fut un grand défenseur de la papauté et qui écrivit différents traités, dont l'un est particulièrement célèbre et apprécié des sédévacantistes complets : De Romano Pontifice. Cet ouvrage en latin n'a jamais été traduit ni publié dans une autre langue[29].

Il expose l'impossibilité pour un souverain pontife de tomber dans l'hérésie, autant dans la fonction de pontife qu'en tant que docteur privé. C'est une forme d'immunité dans la foi qui empêche à celui qui est le guide des fidèles catholiques, de tomber dans des erreurs contre la foi ou les mœurs, et donc de les mal guider. Cela n'exempte en rien le Souverain pontife d'être potentiellement pécheur et de se confesser.

Cette appellation de sédévacantiste est contestée par une partie d'entre eux qui se revendiquent catholiques Semper Idem (CSI). Si tous considèrent Pie XII comme le dernier Souverain pontife, la différence se fait au-delà de la question du Souverain pontife, sur une question ecclésiologique.

Pour les catholiques Semper Idem ce n'est pas seulement le problème du pape qui serait un usurpateur, mais l'Église conciliaire qui éclipse l'Église catholique. Ils s'appuient sur les prophéties de Notre Dame à La Salette en 1846 qui aurait prédit l'éclipse de l'Église catholique.

Les sédéprivationnistes (Thèse de Cassiciacum)[modifier | modifier le code]

Les sédéprivationnistes, s'appuyant sur la thèse élaborée principalement par Mgr Guérard des Lauriers, pensent que les successeurs de Jean XXIII sont papes matériellement, mais non formellement (materialiter sed non formaliter).

Autres doctrines proches[modifier | modifier le code]

Les survivantistes[modifier | modifier le code]

Certains groupes estiment que le pape Paul VI a été remplacé par un sosie, et que c'est le sosie qui est mort, tandis que Paul VI est encore vivant et reviendra à la fin des temps[30]. Paul VI est donc, d'après eux, le vrai pape.

Les bénédicistes[modifier | modifier le code]

Certains groupes catholiques, généralement situés parmi les plus conservateurs, estiment que François n'est pas vraiment Pape et que c'est Benoît XVI le vrai Pape ; les arguments vont de l'invalidité de la renonciation de Benoît XVI (qui n'aurait pas été correctement rédigée, ou qui serait le fruit de pressions, notamment financières [le Vatican ayant été suspendu du réseau bancaire international à cette époque-là]) à des irrégularités supposées dans l'élection de François : campagne illégale en faveur de François, groupe de pression (surnommé mafia de Saint-Gall), trois scrutins organisés le jour de l'élection alors que la limite est à deux (un des trois scrutins avait été invalidé en raison d'une erreur de vote [un bulletin en trop] et donc refait immédiatement).

Les conclavistes[modifier | modifier le code]

À différentes occasions, de très petits groupes de sédévacantistes, considérant que l'Église ne pouvait rester sans pape, ont pris l'initiative d'organiser des « conclaves », qui ont débouché sur l'élection d'un certain nombre d'antipapes. De telles élections ont eu lieu en 1990 (David Bawden, se faisant appeler le pape Michel), 1994 (Victor von Pentz, pape Lin II), 1998 (Lucian Pulvermacher, pape Pie XIII, chef de la True Catholic Church et décédé en 2009), 2006 (Oscar Michaelli, pape Léon XIV).

Chacun de ces prétendants n'a qu'une poignée de fidèles et la plupart des sédévacantistes rejettent tout conclavisme.

Parallèlement, un certain nombre de personnages affirment tenir leurs droits à la papauté d'une révélation privée, comme Clemente Domínguez, fondateur de l'« Église catholique palmarienne », qui s'est fait appeler Grégoire XVII.

Analyse des théories du sédévacantisme[modifier | modifier le code]

Sédévacantisme et théories du complot[modifier | modifier le code]

Si on comprend une théorie du complot comme « une théorie alternative qui présente comme véridique une version de faits supposés nuisibles selon laquelle un groupe humain (plus ou moins restreint) serait à l'origine de ces faits, œuvrant dans l'objectif que l'acte ne soit pas connu de la population », il est presque nécessaire de considérer le sédévacantisme comme une théorie du complot : dans le cas contraire, il faudrait fonder soit que les Pères du concile Vatican II l'auraient approuvé en pleine conscience que le contenu serait hérétique et qu'ils auraient voulu toutes les mauvaises conséquences présumées, soit que les Pères du concile Vatican II eûent été ignorants.

Pour ce qui est des thèses sédévacantistes particulières (donc non toujours approuvées par tous les sédévacantistes), elles contiennent souvent un caractère conspirationniste : pour la thèse de Cassicacum, par exemple, le pape ne serait pas pape formaliter parce qu'il lui manquerait un aveu de cœur de sa fonction, ce qu'il cacherait nécessairement, sinon personne ne lui ferait confiance, serait sû des autres membres du haut clergé qui se rendraient bien compte qu'il ne fait pas d'aveu de cœur, et ce dans un objectif qui ne peut être bon du point de vue sédéprivationniste.

En ce qui concerne les autres thèses, la référence au complot est souvent plus directe encore : Pour Johan Livernette, par exemple, le pape Jean XXIII serait un franc-maçon, ce qui l'excluerait de l'Église, et qui aurait convoqué le concile pour faire rentrer les idées franc-maçonnes dans l'Église[31],[32]. De même, pour la thèse des semper idem, « celui qui est sur le trône de Pierre » est « un imposteur » (comme le relate cet article), ce qui fait directement appel à l'idée d'un complot, dans le cas contraire, il faudrait un imposteur assez habile pour que les deux tiers des cardinaux aient approuvé le premier de ces imposteurs sans se faire repérer par ceux-ci...

Il existerait aussi des thèses selon lesquelles Paul VI aurait été enlevé (aucune information n'est donné sur le groupe humain, la date et l'endroit où il serait) et que les autres papes auraient été élus invalidement parce que le saint-Siège n'aurait pas été vacant à ce moment-là[33], ce qui expliquerait les prétendues hérésies/disciplines nuisibles des papes actuels : il est évident que ces théories impliquent un complot au moins des enleveurs, mais même potentiellement des autorités vaticanes, parce que soit les enleveurs l'auraient remplacé par un sosie, qui aurait assez bien joué son rôle et qui aurait accepté de mourir pour cela et d'être enterré, soit le Vatican aurait volontairement caché l'enlèvement de Paul VI.

Il est aussi constatable sur les sources sédévacantistes que les sédévacantistes utilisent la technique du « millefeuille argumentatif », décrite comme procédé courant dans les théories du complot parce que c'est un constat facile qu'ils montrent souvent une grande quantité d'hérésies/disciplines nuisibles supposées tenues pour un même pape, plutôt qu'une seule par pape, alors que cela suffirait du point de vue de leur théories.

Le sédévacantisme a aussi en commun avec les théories du complot de soutenir une action qui se aurait débuté il y a longtemps (ici plusieurs décennies), mais qui n'aurait été découverte que par groupe minoritaire ou présenté comme minoritaire dans la société, et commise par/dans une institution qui aurait une dimension au moins nationale (ici internationale), par des personnes influentes (le pape).

D'autres thématiques à caractère conspirationniste sont aussi souvent exprimées par les sédévacantistes, notamment la thèse d'un complot moderniste dans l'Église (voir Présence sur internet, dans cet article), voire d'un complot judéo-maçonnique.

Louis-Hubert Rémy, sédévacantiste en 2001, dit que « l'Église conciliaire, c'est le fruit d'un complot. [...] Je sais que vous, M.L'abbé, vous ne croyez pas à la thèse du complot, moi je crois deux étendards, je crois terriblement à la thèse du complot »[34]

Recueil des différentes thèses sédévacantistes[modifier | modifier le code]

Les sédévacantistes ont émis différentes thèses pour expliquer leur « constat » de vacance du Siège :

  • la thèse de Cassiciacum (voir plus haut)

Point de vue de l'Église catholique[modifier | modifier le code]

Pour l'Église catholique, le sédévacantisme est un schisme. En effet, le canon 751 du Code de droit canon 1983 déclare : « On appelle [...] schisme, le refus de soumission au Pontife suprême ou de communion avec les membres de l’Église qui lui sont soumis »[35].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (la) État du Saint- Siège, Vatican, « Siège Vacant 2013 - Vatican », sur www.vatican.va (consulté le 22 août 2020)
  2. [1]
  3. encyclique quanta cura
  4. http://jesusmarie.free.fr/apparitions_salette_secret.html
  5. http://lebloglaquestion.wordpress.com/2011/10/13/les-antipapes-sedevacantistes/
  6. Voir sa déclaration du 25/02/1982
  7. [2]
  8. http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_19830312_poenae-canonicae_fr.html
  9. [3]
  10. http://www.catholique-sedevacantiste.com/article-visite-de-mgr-andres-morello-en-france-debut-juillet-77740703.html
  11. [4]
  12. [5]
  13. [6]
  14. « http://congregationofstpiusv.net/BishopKelly.html »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  15. [7]
  16. [8]
  17. [9]
  18. [10]
  19. https://peteradvincula.org/missions.htm
  20. [11]
  21. [12]
  22. [13]
  23. [14]
  24. La position de la FSSPX à l'égard des thèses sédévacantistes est détaillée dans cet article : Ce siège est-il vacant ?
  25. Conférence de Mgr Dolan
  26. Par exemple sur le site Church Revolution in Pictures.
  27. Par exemple sur ce site
  28. Voir ce site.
  29. Il existe sur fisheaters.com/bellarmine.html une traduction en anglais de l'important chapitre 30 du livre II. On peut en lire ici le début de la traduction française :

    « La quatrième opinion est celle de Cajetan, pour qui le pape manifestement hérétique n'est pas ipso facto destitué, mais peut et doit être déposé par l'Église. À mon avis, une telle opinion est indéfendable. En premier lieu, en effet, il est prouvé par des arguments d'autorité et de raison que l'hérétique manifeste est ipso facto destitué. L'argument d'autorité se fonde sur saint Paul (Tite, c. 3), qui stipule que l'hérétique doit être évité après avoir été deux fois averti, donc après s'être montré manifestement obstiné, et ainsi avant toute excommunication ou sentence judiciaire. Et c'est ce que saint Jérôme écrit quand il ajoute que les autres pécheurs sont exclus de l'Église par une sentence d'excommunication, mais que c'est de leur propre fait que les hérétiques s'exilent et se séparent eux-mêmes du corps du Christ. Or, un Pape qui reste Pape ne peut pas être évité, car comment pourrait-on nous demander d'éviter notre propre tête ? Comment pouvons-nous nous séparer d'un membre qui nous est uni ?

    Ce principe est le plus sûr. Le non-chrétien ne peut en aucun cas être pape, comme Cajetan l'admet lui-même (ib. c. 26). La raison en est qu'il ne peut pas être la tête puisqu'il n'est pas membre, or celui qui n'est pas chrétien n'est pas membre de l'Église, et un hérétique manifeste n'est pas un chrétien, comme l'enseignent clairement saint Cyprien (lib. 4, Epist. 2), saint Athanase (Scr. 2 cont. Arian.), saint Augustin (Lib. De Grat. Christ. cap. 20), saint Jérôme (contra Lucifer) et d'autres ; l'hérétique manifeste ne peut pas donc être pape. »

  30. Voir par exemple : La survie de Paul VI et le secret de Fatima, Jean-Baptiste André
  31. « Débat avec Johan Livernette »
  32. « Débat avec Johan Livernette »
  33. « Réfutation du sédévacantisme, voir vers les dix-quinze dernières minutes pour les faits rapportés. »
  34. « Débat entre un prêtre de la FSSPX et un sédévacantiste. Regarder à partir de 1 heure 12 pour les phrases. »
  35. « Code du Droit Canon », sur Faculté de Droit Canonique (consulté le 25 mai 2020).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Sédévacantisme.

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cyrille Dounot, « Paul VI hérétique ? La déposition du pape dans le discours traditionaliste » dans Cyrille Dounot (dir.), Nicolas Warembourg (dir.) et Boris Bernabé (dir.), La déposition du pape hérétique. Lieux théologiques, modèles canoniques, enjeux constitutionnels, Paris/Sceaux, Mare et Martin/Presses universitaires de Sceaux, 2019, 224 p. (ISBN 978-2-84934-426-2).
  • Frédéric Luz, Le Soufre et l'Encens : enquête sur les Églises parallèles et les évêques dissidents, Paris, Claire Vigne, coll. « La Place royale », 1995, 335 p.  (ISBN 2-84193-021-1), (notice BnF no FRBNF36687158).
  • Nicolas Magne, « La question du pape en vérité », Rivarol, no 3415,‎ , p. 8-9.

Articles connexes[modifier | modifier le code]